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SIMPLES ENTRETIENS sur le livre des

 

 

Actes des Apôtres

 

 

par Samuel Prod’hom

 

Table des matières :

1     Introduction

2     Chapitre 1

2.1      Ch. 1 v. 1-5 — Les disciples et Jésus ressuscité

2.2      Ch. 1 v. 6-9 — Ascension du Seigneur

2.3      Ch. 1 v. 10-14 — Les messagers célestes

2.4      Ch. 1 v. 15-26 — Remplacement de Judas

3     Chapitre 2

3.1      Ch. 2 v. 1-4 — La venue du Saint Esprit

3.2      Ch. 2 v. 1-36 — Premiers effets du don des langues

3.3      Ch. 2 v. 37-41 — Résultats du discours de Pierre

3.4      Ch. 2 v. 42-47 — Heureux débuts de l’Église

4     Chapitre 3

4.1      Ch. 3 v. 1-11 — Guérison d’un infirme

4.2      Ch. 3 v. 11-16 — Témoignage de Pierre au peuple

4.3      Ch. 3 v. 17-26 — Pierre appelle le peuple à la repentance

5     Chapitre 4

5.1      Ch. 4 v. 1-4 — Intervention des chefs religieux

5.2      Ch. 4 v. 5-12 — Comparution de Pierre et de Jean

5.3      Ch. 4 v. 13-22 — Embarras du Sanhédrin

5.4      Ch. 4 v. 23-31 — Prière des disciples

5.5      Ch. 4 v. 32-37 — Effets de la Parole

6     Chapitre 5

6.1      Ch. 5 v. 1-11 — Ananias et Sapphira

6.2      Ch. 5 v. 12-16 — Puissance miraculeuse des apôtres

6.3      Ch. 5 v. 17-32 — Délivrance miraculeuse des apôtres

6.4      Ch. 5 v. 33-42 — Un sage conseil

7     Chapitre 6

7.1      Ch. 6 v. 1-7 — Murmures des Hellénistes

7.2      Ch. 6 v. 8-15 — Étienne

8     Chapitre 7— Discours d’Étienne

8.1      Ch. 7 v. 1-19 — De l’appel d’Abraham à Moïse

8.2      Ch. 7 v. 20-53 — De Moïse à Christ

8.3      Ch. 7 v. 54-60 — Mort d’Étienne

9     Chapitre 8

9.1      Ch. 8 v. 1-3 — Première persécution de l’assemblée

9.2      Ch. 8 v. 4-13 — La Samarie est évangélisée

9.3      Ch. 8 v. 14-25 — Pierre et Jean viennent à Samarie

9.4      Ch. 8 v. 26-40 — Conversion de l’eunuque d’Éthiopie

10       Chapitre 9

10.1     Ch. 9 v. 1-9 — Saul de Tarse sur le chemin de Damas

10.2     Ch. 9 v. 10-16 — Vision d’Ananias

10.3     Ch. 9 v. 17-22 — Ananias chez Saul

10.4     Ch. 9 v. 23-31 — Arrivée de Saul à Jérusalem

10.5     Ch. 9 v. 36-43 — Résurrection de Dorcas

11       Chapitre 10

11.1     Ch. 10 v. 1-8 — Vision de Corneille

11.2     Ch. 10 v. 9-24 — Vision de Pierre

11.3     Ch. 10 v. 25-33 — Arrivée de Pierre chez Corneille

11.4     Ch. 10 v. 34-43 — Prédication de Pierre

12       Chapitre 11

12.1     Ch. 11 v. 1-18 — Pierre à Jérusalem

12.2     Ch. 11 v. 19-26 — L’évangile est annoncé à Antioche

12.3     Ch. 11 v. 27-30 — Libéralité des disciples d’Antioche

13       Chapitre 12

13.1     Ch. 12 v. 1-6 — Emprisonnement de Pierre

13.2     Ch. 12 v. 7-17 — Délivrance de Pierre

13.3     Ch. 12 v. 18-25 — Mort d’Hérode

14       Chapitre 13

14.1     Résumé des douze premiers chapitres

14.2     Ch. 13 v. 1-3 — Appel de Saul et Barnabas

14.3     Ch. 13 v. 4-12 — L’évangile dans l’île de Chypre

14.4     Ch. 13 v. 13-41 — Discours de Paul à Antioche de Pisidie

14.5     Ch. 13 v. 42-52 — Nouveau discours de Paul

15       Chapitre 14

15.1     Ch. 14 v. 1-7 — Paul et Barnabas à Iconium

15.2     Ch. 14 v. 8-19 — Les apôtres à Lystre

15.3     Ch. 14 v. 20-28 — L’œuvre à Derbe

16       Chapitre 15

16.1     Ch. 15 v. 1-21 — Une conférence à Jérusalem

16.2     Ch. 15 v. 22-35 — Lettre adressée aux assemblées des nations

16.3     Ch. 15 v. 36-41 — Départ de Paul pour son second voyage

17       Chapitre 16

17.1     Ch. 16 v. 1-5 — Appel de Timothée

17.2     Ch. 16 v. 6-12 — Paul se rend en Macédoine

17.3     Ch. 16 v. 13-15 — Au bord du fleuve

17.4     Ch. 16 v. 16-24 — L’œuvre de l’ennemi

17.5     Ch. 16 v. 25-34 — L’œuvre de Dieu

17.6     Ch. 16 v. 35-40 — Paul et Silas en liberté

18       Chapitre 17

18.1     Ch. 17 v. 1-19 — Paul à Thessalonique

18.2     Ch. 17 v. 10-15 — Paul à Bérée

18.3     Ch. 17 v. 16-34 — Paul à Athènes

19       Chapitre 18

19.1     Ch. 18 v. 1-4 — Arrivée de Paul à Corinthe

19.2     Ch. 18 v. 5-17 — Travail de Paul à Corinthe

19.3     Ch. 18 v. 22, 23 — Troisième voyage de Paul

20       Chapitre 19

20.1     Ch. 19 v. 8-22 — Travail de Paul à Éphèse

20.2     Ch. 19 v. 23-41 — Grand tumulte à Éphèse

21       Chapitre 20

21.1     Ch. 20 v. 1-6 — Paul quitte Éphèse

21.2     Ch. 20 v. 7-12 — Un dimanche en Troade

21.3     Ch. 20 v. 13-16 — Départ de la Troade

21.4     Ch. 20 v. 17-38 — Discours de Paul à Milet

22       Chapitre 21

22.1     Ch. 21 v. 1-14

22.2     Ch. 21 v. 15-26 — Arrivée de Paul à Jérusalem

22.3     Ch. 21 v. 27-40 — Paul est saisi dans le temple

23       Chapitre 22

23.1     Ch. 22 v. 1-21 — Discours de Paul sur les degrés de la forteresse

23.2     Ch. 22 v. 22-30 — Paul dans la forteresse

24       Chapitre 23

24.1     Ch. 23 v. 1-11 — Devant le sanhédrin

24.2     Ch. 23 v. 12-22 — Un complot des Juifs

24.3     Ch. 23 v. 23-25 — Paul conduit à Césarée

25       Chapitre 24

25.1     Ch. 24 v. 1-21 — Apologie de Paul devant Félix

25.2     Ch. 24 v. 22-27 — Paul et Félix

26       Chapitre 25

26.1     Ch. 25 v. 1-12 — Festus et les Juifs

26.2     Ch. 25 v. 13-22 — Festus renseigne Agrippa

26.3     Ch. 25 v. 23-27 — Festus présente Paul à Agrippa

27       Chapitre 26

27.1     Ch. 26 v. 1 à 32 — Apologie de Paul devant Agrippa

28       Chapitre 27

28.1     Ch. 27 v. 1-8 — Départ pour Rome

28.2     Ch. 27 v. 9-44 — De l’île de Crète à Malte

29       Chapitre 28

29.1     Ch. 28 v. 1-10 — Arrivée à Malte

29.2     Ch. 28 v. 11-16 — De Malte à Rome

29.3     Ch. 28 v. 17-31 — Paul et les Juifs de Rome

 

 

 

1                        Introduction

Le livre des Actes des Apôtres suit tout naturellement les Évangiles.

Dans les quatre récits évangéliques, nous voyons quelque chose des gloires du Seigneur, présentées dans ses actes et ses paroles, sous les caractères de Messie, Serviteur, Fils de l’homme et Fils de Dieu, puis sa mort, nécessaire pour que Dieu fût glorifié en sauvant le pécheur, et, le troisième jour, sa résurrection.

Les Actes des Apôtres font suite à l’évangile selon Luc ; ils sont du même auteur et s’adressent à la même personne, appelée dans l’évangile « très excellent Théophile », probablement un fonctionnaire romain devenu chrétien (*). Dans les Actes il n’est plus appelé « très excellent », soit qu’il eût renoncé à ses fonctions, soit que, dans l’intimité fraternelle, ce titre ne fût plus employé.

 

(*) Le titre de « très excellent » est donné à Félix et à Festus, chap. 23:26 ; 24:3 et 26:25.

 

À la fin de l’évangile selon Luc, le Seigneur dit à ses disciples : « Il est ainsi écrit ; et ainsi il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour, et que la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Et vous, vous êtes témoins de ces choses ; et voici, moi, j’envoie sur vous la promesse de mon Père. Mais vous, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de puissance d’en haut » (chap. 24:46-49). L’Esprit de Dieu reprend ce sujet en Actes 1 avec des détails omis dans l’évangile.

Le récit des Actes se divise en deux parties : 1° chapitres 1 à 12 ; 2° chapitres 13 à 28. Dans la première partie nous trouvons l’ascension du Seigneur, la descente du Saint Esprit le jour de la Pentecôte, le ministère de Pierre et de Jean au milieu des Juifs, la conversion de Saul de Tarse, devenu l’apôtre Paul, la diffusion de l’évangile en dehors de la Judée et la mort de Jacques.

La seconde partie raconte le ministère de Paul au milieu des gentils. En prêchant le salut par la foi, aux Juifs premièrement, et aux Grecs, il fait connaître à tous les vérités relatives à l’Église, savoir son caractère céleste en union avec Christ glorifié, tête de son corps, dont tout croyant est membre ; en même temps que, habitation de Dieu par l’Esprit, elle remplace Israël comme témoignage de Dieu sur la terre.

Toute l’activité du grand apôtre des gentils est présentée dans quatre voyages missionnaires jusqu’à son emprisonnement à Rome, au cours desquels il écrivit ses épîtres.

 

2                        Chapitre 1

2.1   Ch. 1 v. 1-5 — Les disciples et Jésus ressuscité

« J’ai composé le premier traité, ô Théophile, sur toutes les choses que Jésus commença de faire et d’enseigner, jusqu’au jour où il fut élevé au ciel, après avoir donné, par l’Esprit Saint, des ordres aux apôtres qu’il avait choisis » (v. 1, 2). Ce premier traité, l’évangile selon Luc, comprend les choses que « Jésus commença de faire et d’enseigner ».  Toute l’activité du Seigneur ici-bas était le commencement de la grande œuvre qu’il allait continuer par la puissance du Saint Esprit et au moyen de ses serviteurs, jusqu’à l’accomplissement des conseils de Dieu pour le ciel et la terre. Dans le livre des Actes, nous voyons la part que les apôtres ont prise à cette œuvre. À la fin de l’évangile selon Marc, nous lisons : « le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la parole par les signes qui l’accompagnaient » (Marc 16:20). Que pourraient faire les serviteurs de Dieu, si le Seigneur n’opérait pas lui-même en eux et par leur moyen ? L’œuvre est celle du Seigneur, le serviteur n’est qu’un instrument. Il l’a commencée lui-même sur la terre, et elle sera entièrement achevée lorsque la terre actuelle aura fait place à une nouvelle terre, sous des cieux nouveaux.

Le Seigneur donna des ordres aux apôtres qu’il avait choisis, par l’Esprit Saint, son agent, par lequel il a toujours tout accompli. Le Seigneur le reçut comme homme au début de son ministère, pour son service, et c’est encore par le même Esprit qu’il agit après sa résurrection.

L’Esprit de Dieu rappelle que le Seigneur s’est présenté vivant aux apôtres : « Après avoir souffert, il se présenta lui-même vivant, avec plusieurs preuves assurées, étant vu par eux durant quarante jours, et parlant des choses qui regardent le royaume de Dieu » (v. 3). Cette déclaration a une très grande importance dans nos jours, parce qu’elle affirme la vérité capitale de la résurrection du Seigneur. Après avoir souffert, il est mort, mais il s’est présenté vivant, en donnant toutes les preuves qu’il était le même ; les apôtres le virent pendant quarante jours ; il mangea et but avec eux, dit Pierre au chap. 10:41, et il leur parla des choses qui concernaient le royaume de Dieu. Nous trouvons, dans le dernier chapitre de Luc, les détails de ce que dit ce verset 3, car en Luc l’Esprit de Dieu fait ressortir l’importante vérité que le Seigneur était le même après sa résurrection qu’avant, quoique son corps fût un corps spirituel, tout en étant visible et tangible, ce que n’est pas un esprit. Lorsqu’il se trouva au milieu des disciples, il leur fit toucher ses mains et ses pieds pour les assurer qu’il était toujours le même, et il mangea devant eux, quoique son corps, devenu spirituel, n’eût plus besoin de nourriture. Ce n’est pas dans une apparition soudaine et passagère que les disciples virent Jésus ressuscité, mais durant quarante jours. Dans la Parole, le nombre quarante représente le temps nécessaire à une épreuve. Il fallut quarante ans pour éprouver le peuple d’Israël dans le désert. Moïse resta quarante jours sur la montagne avec Dieu ; pendant ce temps le peuple montra ce qu’il était en faisant le veau d’or. L’épreuve de l’homme dura quarante siècles, jusqu’à la venue de Christ. Le Seigneur demeura sur la terre le temps voulu de Dieu pour que la grande vérité de sa résurrection fût établie d’une manière irréfutable, car c’est par elle que l’œuvre de Christ acquiert toute sa valeur. Elle fournit la preuve que Dieu a été parfaitement glorifié par la mort de son Fils, et que tous nos péchés, qu’il avait pris sur lui à la croix, ont été expiés, car, s’ils ne l’avaient pas été, Dieu ne l’aurait pas ressuscité : « Si Christ n’a pas été ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés » (1 Cor. 15:17).

Nous verrons, dans ce livre, l’importance de la résurrection dans la prédication de l’Évangile au milieu d’un peuple qui, après avoir mis à mort le Seigneur, avait cru au mensonge de ses chefs qui disaient que ses disciples étaient venus de nuit et avaient dérobé son corps. Il est facile de comprendre que, si le Seigneur n’était pas ressuscité, tout ce qu’il a fait et dit durant son ministère aurait été de nulle valeur, puisque son œuvre et sa personne auraient pris fin dans la mort. En conséquence, la mort éternelle aurait été la part de tous les hommes, Satan aurait eu la victoire, puisqu’il aurait détruit toute l’œuvre de Dieu, ce qui était impossible. Des hommes pécheurs et perdus, Dieu voulait faire les habitants heureux et glorieux d’une terre nouvelle sous des cieux nouveaux ; mais, pour cela, il fallait un Sauveur qui prît sur lui toutes les conséquences du péché, et, après avoir tout accompli, sortît de la mort triomphant et vainqueur.

Nous nous sommes arrêtés sur ce v. 3, à cause de l’importance de la résurrection du Seigneur, sur laquelle repose tout le christianisme, mais que méconnaissent aujourd’hui ceux qui enseignent que Jésus ne ressuscita qu’en esprit. Il n’est pas plus ressuscité en esprit qu’il n’est mort en esprit. Par la grâce de Dieu, il est bien mort : il souffrit à notre place le jugement que nous avions mérité, et Dieu le ressuscita et le glorifia pour montrer sa parfaite satisfaction de l’œuvre accomplie, quand il mourut sur la croix. C’est un homme véritable mais un homme divin, qui vécut dans ce monde, qui mourut, qui ressuscita, qui est maintenant dans le ciel et qui reviendra en gloire avec tous les saints glorifiés pour régner mille ans sur cette terre ; pendant ce temps ceux qui n’ont pas cru à sa mort expiatoire et à sa résurrection seront dans le hadès en attendant de paraître devant lui en jugement, lorsqu’il siégera sur le grand trône blanc (Apoc. 20:11-15).

« Et étant assemblé avec eux, il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, laquelle dit-il, vous avez ouïe de moi : car Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint, dans peu de jours, (v. 4, 5). Nous avons vu (Jean, chap. 14 à 16) que le Seigneur avait annoncé plusieurs fois la venue du Saint Esprit, appelé la promesse du Père, parce qu’il était promis dans l’Ancien Testament (entre autres Ésaïe 32:15 ; Ézéchiel 36:27 ; Joël 2:29). En attendant qu’il accomplisse, en faveur du peuple terrestre, les prédictions des prophètes, il est venu comme Consolateur de ceux que le Seigneur laissait ici-bas, comme puissance pour accomplir leur service, comme sceau de la foi chez ceux qui croient, et comme habitation de Dieu au milieu des siens sur la terre. Avant la venue et la glorification du Seigneur, le Saint Esprit n’avait jamais habité personnellement sur la terre. Il avait agi momentanément chez les prophètes, chez des croyants et même chez des non-croyants, comme dans le cas de Saül (l Samuel 10:10 et 19:24) ; mais il ne demeurait pas en eux.

 

2.2   Ch. 1 v. 6-9 — Ascension du Seigneur

Nous voyons les disciples dans une liberté et une intimité parfaites avec le Seigneur ressuscité. Au v. 4, il est « assemblé avec eux », de même qu’au v. 6 où ils l’interrogent. Il ne pouvait « s’assembler » avec le monde qui l’avait rejeté. En dehors des disciples, personne ne le vit ressuscité. Il avait dit aux Juifs : « Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Matt. 23:39). Il en est de même aujourd’hui ; le Seigneur a promis sa présence, non à tout le monde, mais aux deux ou trois réunis à son nom.

Les apôtres dirent au Seigneur : « Est-ce en ce temps-ci que tu rétablis le royaume pour Israël ? » Ils conservaient leurs pensées juives quant au royaume, croyant qu’il n’était que pour Israël. Le royaume de Dieu dont le Seigneur leur a parlé au v. 3 est un ordre de choses divin dans lequel on entre par la foi, que l’on soit Juif ou gentil. Le Seigneur répond : « Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les saisons que le Père a réservés à sa propre autorité ; mais vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » (v. 7, 8).

Il y a deux parties dans la réponse du Seigneur. Dans la première, il ne leur dit pas que le royaume pour Israël ne sera pas rétabli, mais que le moment n’est connu que de son Père. Les temps et les saisons se rapportent à l’établissement du règne de Christ sur la terre, et ne concernent pas l’Église qui a sa part dans le ciel, où il n’y a pas de temps ni de saisons. Ces termes indiquent les temps qui doivent s’écouler avant que le Roi prenne en main sa grande puissance pour régner ; pour ce moment-là, il attend la volonté de son Père. Le Seigneur dit en Marc 13:32 : « Mais quant à ce jour-là, ou à l’heure, personne n’en a connaissance, pas même les anges qui sont dans le ciel, ni même le Fils, mais le Père ».  En 1 Thess. 5:1, Paul dit : « Mais pour ce qui est des temps et des saisons, frères, vous n’avez pas besoin qu’on vous en écrive ; car vous savez vous-mêmes parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit ».  Il s’agit toujours de sa venue pour juger et régner. Dans le chap. 4, l’apôtre avait parlé de la venue du Seigneur pour ressusciter les morts en Christ et transmuer les vivants ; cette venue peut se produire d’un instant à l’autre ; chaque croyant l’attend journellement pour être introduit, non dans le royaume terrestre, mais dans le ciel où sont ses bénédictions éternelles. S’il s’agit de la venue du Seigneur en gloire avec tous les saints, elle est en rapport avec les temps et les saisons ; elle surprendra, comme un voleur dans la nuit, ceux qui auront été laissés lors de l’enlèvement des saints.

Dans la seconde partie de sa réponse, le Seigneur indique aux disciples leur part en attendant le rétablissement du royaume. Laissés dans le monde qui avait rejeté le Seigneur et qui lui était toujours hostile, ils seraient ses témoins à Jérusalem, dans la Judée et la Samarie, jusqu’au bout de la terre. Partout on devait porter le témoignage de ce qu’est le Seigneur et le Sauveur du monde. Pour être les témoins de celui que les hommes ont crucifié et que hait le cœur naturel, il leur fallait de la puissance. Le Saint Esprit viendrait sur eux et les rendrait capables d’accomplir leur service. Ils auraient ainsi à leur disposition la même puissance que le Seigneur a eue pour accomplir son œuvre ici-bas ; lui que « Dieu a oint de l’Esprit Saint et de puissance, qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance, » dit Pierre, au chap. 10:38. Nous verrons, dans les récits de ce livre, de quelle manière l’Esprit de Dieu opéra en eux et les rendit capables de faire ce que le Seigneur leur disait en Jean 14:12 : « Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci ; parce que moi, je m’en vais au Père » (v. 12).

« Et ayant dit ces choses, il fut élevé de la terre, comme ils regardaient, et une nuée le reçut et l’emporta de devant leurs yeux » (v. 9). Quel fait étrange et merveilleux, de voir un homme élevé au ciel du milieu de ceux qui l’entouraient ! C’est ce qui aura lieu lorsque le Seigneur viendra ; des enfants de Dieu pourront se trouver au milieu de non-croyants, à leur travail, en voyage ou ailleurs, et disparaîtront à la rencontre du Seigneur en l’air, lorsque le cri du commandement et la trompette de Dieu se feront entendre : beau moment pour ceux qui sont prêts, mais angoisse terrible pour ceux qui seront laissés, pour autant qu’ils pourront se rendre compte de leur situation ; ensuite le jour du Seigneur les surprendra comme un voleur dans la nuit. Nous aimons à croire qu’aucun de nos lecteurs ne sera du nombre de ceux-là.

L’Ancien Testament nous parle de deux hommes qui montèrent au ciel sans passer par la mort : Enoch, figure de l’Église enlevée avant les jugements, l’a été avant le déluge, et Élie après avoir achevé son ministère. Mais on remarquera la différence des expressions que l’Esprit de Dieu emploie à propos de l’enlèvement du Seigneur et de ces deux hommes de Dieu. Du Seigneur il est dit qu’il fut élevé : une nuée le reçut et l’emporta de devant leurs yeux, mais d’Enoch qu’il fut enlevé (Hébreux 11:5), d’Élie aussi (2 Rois 2:3 et 5). Le Seigneur fut élevé dans le ciel où il avait le droit d’entrer avec toute la gloire qui lui était due. Les portails éternels se sont élevés pour laisser entrer le roi de gloire (Psaume 24:7-10). Comme les apôtres regardaient, une nuée le reçut et l’emporta de devant leurs yeux. La nuée est le signe de la demeure de Jéhovah ; Jésus y entrait de plein droit. Lorsque cette nuée remplit le tabernacle au désert et, plus tard, le temple de Salomon (Exode 40:34, 35 et 1 Rois 8:11, 12), personne ne put y entrer, car la présence de Dieu est inaccessible à l’homme naturel. Il n’est pas dit qu’une nuée reçut Élie. Un char de feu et des chevaux de feu le séparèrent d’Élisée, et il monta au ciel dans un tourbillon (2 Rois 2:11). Les chars et les chevaux de feu sont des anges. Le feu figure le jugement qui avait caractérisé le ministère d’Élie. Lorsque le Seigneur reviendra du ciel pour exercer la vengeance, ce sera avec les anges de sa puissance en flammes de feu, est-il dit en 2 Thess. 1:8. Les anges exécutent les jugements de Dieu. Les anges n’étaient pas nécessaires pour que le Seigneur montât au ciel. Venu du Père, il s’en allait au Père après avoir accompli toute l’œuvre que le Père lui avait donnée à faire.

 

2.3   Ch. 1 v. 10-14 — Les messagers célestes

« Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel » (v. 10, 11). On se représente aisément la surprise des disciples qui, ayant retrouvé le Seigneur après sa résurrection, n’avaient pas encore compris qu’il devait remonter au ciel, puisqu’ils espéraient qu’il rétablirait le royaume pour Israël. Ils croyaient, avec raison, qu’il accomplirait ce que les prophètes avaient annoncé quant à son règne ; mais le rejet du Roi différait l’établissement du royaume. Dieu dans sa bonté, leur envoya deux anges pour les rassurer en leur disant que Jésus reviendrait de la même manière qu’ils l’avaient vu monter au ciel. Le fait qu’il était rejeté n’annulait pas l’accomplissement des promesses. La foi des disciples reçut un précieux encouragement, et au lieu de regarder vers le ciel comme si tout était perdu, « ils s’en retournèrent à Jérusalem avec une grande joie », est-il dit en Luc 24:52, puisqu’ils savaient que Jésus reviendrait.

Le retour du Seigneur, annoncé par les anges, n’est pas sa venue que nous attendons aujourd’hui pour ressusciter les morts et transmuer les vivants. Il s’agit de son apparition glorieuse dont les prophètes ont parlé. C’est de la montagne des Oliviers que Jésus est monté au ciel, et nous lisons en Zacharie 14:4 : « Ses pieds se tiendront, en ce jour-là, sur la montagne des Oliviers, qui est en face de Jérusalem, vers l’orient... ». Il s’y tiendra aussi pour délivrer le résidu pieux et Jérusalem tombée entre les mains des nations. Tous ceux qui leur auront fait la guerre seront détruits et le Seigneur établira son règne de paix et de justice, non seulement pour Israël, comme les disciples le pensaient, mais sur toutes les nations. Le temps qui s’écoule entre l’ascension et le retour du Seigneur est nécessaire pour que l’évangile de la grâce soit annoncé au monde en vue de former l’Église, l’Épouse du Roi, qui apparaîtra avec lui en gloire. C’est pourquoi il la prendra auprès de lui, en même temps qu’il ressuscitera tous les saints endormis, avant de venir pour régner : « Si nous croyons que Jésus mourut et qu’il est ressuscité, de même aussi, avec lui, Dieu amènera ceux qui se sont endormis par Jésus » (1 Thess. 4:14). Il les amènera glorifiés, sans qu’il en manque aucun : « Et l’Éternel, mon Dieu, viendra, et tous les saints avec toi » (Zach. 14:5).

Après avoir reçu le message des anges, les disciples retournèrent à Jérusalem, dans la chambre haute où demeuraient les onze apôtres dont les noms sont donnés au v. 13. Là ils « persévéraient d’un commun accord dans la prière, avec les femmes, et avec Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères » (v. 14). La chambre haute est souvent mentionnée. C’est là, dans ce lieu retiré, en dehors du monde et de son agitation, dégagés de son influence, que les disciples pouvaient librement faire monter à Dieu leurs prières. Aujourd’hui nous avons aussi le privilège de nous réunir, pour chercher la présence du Seigneur, dans un lieu qui correspond à la chambre haute, hors du monde agité et de toutes ses formes religieuses. Là le Seigneur a promis sa présence, là où deux ou trois sont assemblés en son nom. Nous trouvons encore la chambre haute dans les Actes, au chap. 9:37 et 20:8. En réalité cette pièce était située au haut des maisons en Orient, et même bâtie sur les toits qui, dans ces pays, sont plats. Mais c’est la situation figurée de cette chambre qui est significative pour nous. C’est dans la chambre haute qu’Élisée, après avoir fermé la porte sur lui seul, supplia l’Éternel pour la résurrection du fils de la Sunamite (2 Rois 4). Pierre veut aussi être seul pour prier, lors de la résurrection de Dorcas (Actes 9:40). Le Seigneur lui-même rechercha cet isolement pour ressusciter la fille de Jaïrus (Luc 8:54). Cette chambre était tout indiquée aux disciples pour y habiter et persévérer dans la prière, car ils sentaient leur isolement au milieu de la ville coupable, meurtrière des prophètes et de son Roi. Ils se souvenaient des exhortations du Seigneur à la prière, en vue de son départ. Jean 14:13, 14 ; 15:7, 16 ; 16:23, 24, 26 ; c’était là leur unique ressource, celle du croyant dans tous les temps et toutes ses circonstances. C’est pourquoi la prière est si importante ; le Seigneur écoute celle des petits enfants comme celle des grandes personnes. La position des disciples était tout à fait spéciale. Selon la promesse du Seigneur, ils attendaient à Jérusalem la venue du Saint Esprit, en persévérant dans la prière avec les femmes, parmi lesquelles se trouvait la mère du Seigneur ; elle s’unissait de cœur aux prières des disciples. L’Esprit de Dieu a soin de mentionner ce fait pour montrer combien grande est l’erreur de ceux qui s’adressent à elle sous le titre de Vierge Marie, afin qu’elle intercède pour eux auprès de son Fils. Malgré le grand honneur qu’elle eut de communiquer l’humanité au Fils de Dieu, c’était par nature une pécheresse, sauvée par l’œuvre de la croix, dépendante de Dieu, comme une autre disciple. Les frères de Jésus étaient devenus croyants depuis qu’il était dit d’eux qu’ils « ne croyaient pas en lui » (Jean 7:5).

 

2.4   Ch. 1 v. 15-26 — Remplacement de Judas

Pendant les jours qui s’écoulèrent entre l’ascension du Seigneur et la descente du Saint Esprit, Pierre se leva au milieu des disciples, réunis au nombre d’environ cent vingt, et leur démontra que ce qui était arrivé à Judas marquait l’accomplissement des Écritures, comme l’Esprit Saint l’avait annoncé par la bouche de David. Il rappelle que l’argent rapporté par Judas aux chefs des Juifs, lorsqu’il vit Jésus condamné, avait servi à acheter le champ sur lequel le traître s’était ôté la vie et appelé Aceldama ou champ du sang. Il cite un passage du Psaume 69:25, relatif à ce lieu-là : « Que sa demeure soit déserte, et qu’il n’y ait personne qui y habite » et un autre (Psaume 109:8) indiquant que Judas devait être remplacé : « Qu’un autre prenne sa charge de surveillant ».  Avec l’autorité de cette écriture, Pierre dit : « Il faut donc que d’entre les hommes qui se sont rassemblés avec nous pendant tout le temps que le Seigneur Jésus entrait et sortait au milieu de nous, en commençant depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour auquel il a été élevé au ciel d’avec nous, quelqu’un d’entre eux soit témoin avec nous de sa résurrection » (v. 21, 22). Nous voyons de nouveau l’importance de la résurrection dans le témoignage que les apôtres avaient à rendre du Seigneur. Remarquons aussi, dans ce discours de Pierre, que c’est la Parole écrite qui dirige les croyants. Le Seigneur avait ouvert l’intelligence des disciples pour qu’ils comprissent les Écritures (Luc 24:45), en sorte qu’ils n’avaient pas besoin d’une autre direction pour remplacer Judas. Aujourd’hui la révélation de Dieu, tout à fait complète, contient tout ce qui est nécessaire au croyant pour le guider dans sa marche et l’instruire à tous égards. Tout enseignement qui n’est pas en accord avec les Écritures ou qui provient d’une autre source, de prétendues révélations de l’Esprit ou des esprits, est faux. L’Esprit de Dieu dirige au moyen de la Parole écrite.

Les apôtres mirent deux disciples sur les rangs, « Joseph, appelé Barsabbas, qui était surnommé Juste, et Matthias. Et priant, ils dirent : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre lequel de ces deux tu as choisi, afin qu’il reçoive en partage ce service et cet apostolat, duquel Judas est déchu pour s’en aller en son propre lieu » (v. 24, 25). Il importait d’avoir la direction de Dieu pour choisir cet apôtre. On voit le Seigneur passer la nuit en prières avant d’appeler ses disciples (Luc 6:12-16). Les apôtres, dès le début, font usage de la Parole et de la prière, ces précieuses ressources encore à notre disposition jusqu’à la venue du Seigneur. Si nous en faisons usage, nous serons gardés d’agir d’après notre propre volonté et de tout ce que Satan emploie pour nous nuire et nous empêcher d’honorer le Seigneur par une marche d’obéissance.

Les apôtres jetèrent le sort sur ces deux disciples et le Seigneur le fit tomber sur Matthias. Peut-être auraient-ils choisi Joseph, puisqu’ils le nomment en premier lieu.

Nous n’avons plus besoin d’employer le sort, coutume juive, parce que la Parole de Dieu est complète et que le Saint Esprit dirige le croyant avec intelligence pour qu’il se conforme aux Écritures et en faisant usage de la prière.

 

3                        Chapitre 2

3.1   Ch. 2 v. 1-4 — La venue du Saint Esprit

Les disciples demeuraient à Jérusalem selon l’ordre du Seigneur, en attendant la venue du Saint Esprit promis. Le jour de la Pentecôte ils étaient tous ensemble en un même lieu. « Et il se fit tout à coup du ciel un son, comme d’un souffle violent et impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu ; et elles se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer » (v. 2-4). Cet événement est d’une importance capitale ; car il ne s’agit rien de moins que de la venue du ciel de la troisième personne de la Trinité pour demeurer sur la terre avec les croyants et en eux. Lorsque le Seigneur Jésus vint dans ce monde, seconde personne de la Trinité, il prit un corps, parce qu’il devait être un homme, l’homme des conseils de Dieu, pour accomplir l’œuvre de la rédemption. Le Saint Esprit, personne divine aussi, n’avait pas besoin d’un corps. Il descendit directement du ciel sur les disciples, rendus propres à le recevoir par l’œuvre de Christ à la croix. Comme le Seigneur le leur avait dit au chapitre précédent, il serait en eux la puissance dont ils auraient besoin pour leur activité comme ses témoins dans ce monde, où ils rencontreraient l’opposition de Satan agissant chez les Juifs, ennemis de Christ, et chez les gentils dans les ténèbres du paganisme. C’est par les disciples, absolument impuissants en eux-mêmes, que le Seigneur allait accomplir une grande œuvre sur la terre, grâce à la prédication de l’Évangile.

Le Seigneur Jésus, homme parfait, reçut aussi le Saint Esprit au début de son ministère : « Jésus qui était de Nazareth... Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien » (Actes 10:38). Sur lui, le Saint Esprit descendit sous la forme d’une colombe, symbole de la grâce, de la bonté, de la douceur qui ont caractérisé tout le ministère de Jésus, lui dont on n’entendrait pas la voix dans les rues et qui n’éteindrait pas le lumignon qui fume (voir Matt. 12:19, 20). Venant sur les disciples, il apparaît en langues divisées, comme de feu, emblème du jugement ; chez le Seigneur il n’y avait rien à juger et son ministère ne portait pas le caractère de jugement, bien au contraire, tandis que l’œuvre du Saint Esprit, au milieu d’un monde opposé à Dieu, jugerait tout ce qui n’était pas selon Dieu. C’est pourquoi un souffle impétueux se fit entendre, qui remplit toute la maison. Rien de semblable n’eut lieu lorsque le Saint Esprit descendit sur Jésus.

Une autre différence dans cet événement merveilleux, c’est que l’Esprit Saint vint sur les disciples « sous forme de langues », Dieu montrant ainsi qu’il les rendrait capables d’annoncer le message de la grâce dans tous les dialectes parlés alors. Le langage des hommes avait été différencié par jugement de Dieu, lorsqu’ils voulurent construire la tour de Babel ; maintenant l’Évangile pourra être porté à tous les peuples dans leur propre langage. Ainsi « la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement » (Jacques 2:13).

Il est intéressant de remarquer un fait analogue, qui nous montre comment Dieu a veillé à ce que, dans tous les temps, l’Évangile parvienne à tous les hommes. Par la Réformation, Dieu remit en lumière sa Parole qui, durant des siècles, resta voilée dans les ténèbres du papisme et fut remplacée par les enseignements des hommes égarés par Satan. Mais il était difficile de se procurer des exemplaires de la Bible ; on ne l’avait qu’en manuscrits et dans les langues anciennes, inconnues au peuple. Dieu voulait qu’elle fût lue et mise à la portée de tous. Pour cela, il fit précéder la Réformation de la découverte de l’imprimerie. Dès lors, on traduisit la Bible et on l’imprima en langues connues de tous, ce qui en facilita la diffusion, malgré la violente opposition du clergé romain. Au siècle passé il se produisit un réveil général dans le protestantisme et l’évangélisation prit un nouvel essor. Dieu favorisa l’extension de l’Évangile dans le monde entier, non par une nouvelle Pentecôte, comme quelques-uns le prétendent, mais en facilitant la traduction de la Bible dans une quantité de langues. Actuellement elle est publiée en tout ou en partie, en plus de 1000 langues et idiomes dans les cinq continents. On voit comment Dieu a pourvu à tout pour que la bonne nouvelle du salut puisse être répandue dans le monde entier. C’est pourquoi la responsabilité de ceux qui n’en profitent pas est grande et les conséquences terribles.

Ce chapitre présente la venue du Saint Esprit au point de vue de la puissance et des capacités dont les disciples avaient besoin pour accomplir leur service. En même temps (nous l’apprenons par d’autres portions de la Parole) ils le recevaient individuellement comme Esprit d’adoption, par lequel ils avaient la conscience qu’ils étaient enfants de Dieu (Romains 8:14-17). C’est aussi par la venue de l’Esprit Saint que Dieu est venu habiter dans sa maison, composée de tous les croyants qui sont sur la terre. « Vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (Éphésiens 2:22). C’est encore à ce moment-là que les disciples furent baptisés ensemble d’un seul Esprit pour être un seul corps, le corps de Christ, dont lui est la tête glorifiée dans le ciel. « Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres ; et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit » (1 Cor. 12:13). En un mot, c’est par la descente du Saint Esprit que l’Église, ou l’Assemblée, a été formée sur la terre. Par le même Esprit le croyant devient capable de comprendre les Écritures. Il est les arrhes de l’héritage céleste, c’est-à-dire que, par lui, nous avons déjà une partie de ce que nous espérons. Dans la gloire toute sa puissance, sans entraves, nous fera jouir de toutes nos bénédictions en Christ. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le Saint Esprit, mais ceci suffit pour faire comprendre l’importance du merveilleux événement de la Pentecôte.

Ce même Esprit demeurera sur la terre tant que l’Église y sera. Nous n’avons donc pas besoin de demander une seconde venue du Saint Esprit, comme quelques-uns l’enseignent. Il suffit de marcher dans l’obéissance à la Parole de Dieu pour qu’il puisse accomplir son œuvre : celle d’occuper nos cœurs de la personne du Seigneur, et il l’accomplira dans sa plénitude lorsque nous serons tous arrivés dans la gloire.

L’Esprit vint du ciel à la Pentecôte, pour accomplir ce que cette fête typifiait. La Pâque, première des fêtes juives, avait eu son accomplissement à la mort de Christ. Après la Pâque (Lévitique 23), le sacrificateur présentait à l’Éternel, le lendemain du sabbat, une gerbe des prémices de la moisson. L’accomplissement de ce type eut lieu à la résurrection du Seigneur, premier fruit de la victoire qu’il venait de remporter sur la mort et la puissance de Satan et prémices de la grande moisson des rachetés. Cinquante jours après, avait lieu la fête de la Pentecôte, type du rassemblement des croyants, fruits de l’œuvre de Christ à la croix. Voilà pourquoi l’Esprit Saint vint sur les disciples ce jour-là.

Une fois l’œuvre de Christ accomplie, nous voyons que tout répond pleinement à ce que les types préfiguraient.

 

3.2   Ch. 2 v. 1-36 — Premiers effets du don des langues

La fête de la Pentecôte avait attiré à Jérusalem beaucoup de Juifs pieux qui habitaient dans les pays nommés aux versets 9 à 11. Dieu voulut les rendre témoins des résultats merveilleux de la venue du Saint Esprit. « Le bruit de ceci », est-il dit, « s’étant répandu, la multitude s’assembla, et fut confondue de ce que chacun les entendait parler dans son propre langage. Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes, et s’étonnaient, disant : Voici, tous ceux-ci qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage, celui du pays dans lequel nous sommes nés ?... Nous les entendons annoncer dans nos langues les choses magnifiques de Dieu » (v. 6-12).

C’est la contrepartie de la confusion des langues qui eut lieu à la tour de Babel.

Après le déluge, les hommes voulurent se faire un nom, avoir une puissance qui empêchât leur dispersion sur la terre, contrairement à la pensée de Dieu qui avait dit à Noé et à ses fils : « Fructifiez et multipliez et remplissez la terre » (Genèse 9:1). Dieu les obligea à se disperser en confondant leur langage. Ceux qui parlaient la même langue se groupèrent et habitèrent dans un même lieu : ainsi se formèrent les nations. Bientôt elles s’adonnèrent à l’idolâtrie et, alors, Dieu appela Abraham à sortir de son pays et de sa parenté, en vue de se former un peuple qui gardât la connaissance du vrai Dieu. Dès lors les nations furent abandonnées à leurs propres convoitises. Le peuple d’Israël s’adonna à l’idolâtrie comme les gentils et subit la captivité. Un résidu revint sous Néhémie et Esdras, pour recevoir le Messie promis, qui fut rejeté et mis à mort. Dieu ayant épuisé tous les moyens de rendre les hommes heureux sur le pied de leur propre responsabilité et n’ayant obtenu que la révolte et le péché, il ne lui restait plus qu’à exécuter sur eux les jugements mérités. Alors il manifesta son amour en donnant son Fils, son unique, pour subir, sur la croix, le jugement à la place des coupables. La justice de Dieu contre le péché étant ainsi satisfaite, l’évangile de la grâce pouvait être proclamé à tous et en tous lieux.

Les disciples chargés d’annoncer ce message d’amour, en prêchant la repentance et la rémission des péchés « à toutes les nations, en commençant par Jérusalem » (Luc 24:47), étaient des Galiléens illettrés, qui ne connaissaient que leur langue. Mais comme les ressources étaient en Dieu seul pour sauver les pécheurs, elles se trouvaient aussi en lui seul pour leur faire connaître ce grand salut. Il envoya, du ciel, l’Esprit Saint pour rendre ses faibles serviteurs capables de proclamer l’Évangile à tous les peuples dans leur propre langage. Ainsi, le jour même de la Pentecôte, ces Juifs, nés dans ces divers pays, les entendirent annoncer, dans leurs langues, « les choses magnifiques de Dieu », le message d’un Dieu qui n’exige rien du pécheur, qui lui offre, au contraire gratuitement, la rémission des péchés, un salut éternel. Quelles choses magnifiques sortent du trésor infini de l’amour de Dieu, manifesté dans la personne et l’œuvre de son Fils bien-aimé, grand sujet de l’Évangile ! Il y avait de quoi mettre ces gens « hors d’eux-mêmes et en perplexité, disant l’un à l’autre : Que veut dire ceci ? » (v. 12). Mais l’opposition du cœur naturel, insensible à la grâce, se manifeste aussitôt. « D’autres, se moquant, disaient : Ils sont pleins de vin doux ». C’est au travers de la haine et de la dureté du cœur de l’homme influencé par Satan que la puissance de l’Esprit Saint, agissant chez les disciples, se frayera un chemin pour porter au monde entier la grâce merveilleuse de Dieu en commençant par Jérusalem, la ville la plus coupable qui eût jamais existé.

En attendant le Saint Esprit est venu sur les croyants, comme il viendra sur le résidu à venir, parce qu’ils se sont repentis et ont reçu le Seigneur. À ceux qui disaient : « Que ferons-nous, frères ? » Pierre répondit (v. 38) : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit ». Dès lors tous ceux qui se sont repentis en croyant au Seigneur Jésus, ont reçu le Saint Esprit. Mais la prophétie de Joël ne s’accomplira pour les Juifs qu’après l’enlèvement de l’Église et avant que vienne le grand jour des jugements sur les ennemis du peuple et de Christ : « Vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes hommes verront des visions, et vos vieillards songeront en songes ; et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront ; et je montrerai des prodiges dans le ciel en haut, et des signes sur la terre en bas, du sang et du feu, et une vapeur de fumée ; le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, avant que vienne la grande et éclatante journée du Seigneur. Et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (v. 17-21). En attendant ce jour-là, le Saint Esprit donne aux disciples la capacité de rendre témoignage au Seigneur Jésus glorifié en annonçant l’Évangile en tous lieux, et il demeurera dans l’Église jusqu’à la venue du Seigneur.

Soit maintenant, au temps de la grâce, soit dans celui qui précédera la grande et éclatante journée du Seigneur, « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ». C’est le grand sujet de l’Évangile, le seul moyen d’avoir part aux bénédictions présentes et futures, puisque du côté de l’homme, il n’y a aucune ressource.

Le discours de Pierre se divise en plusieurs parties. Jusqu’ici il a réfuté l’absurde accusation des Juifs en établissant, par la Parole, que ce qu’ils prenaient pour les effets du vin, marque l’accomplissement d’une prophétie de Joël. Dans ce qui suit, jusqu’au v. 36, Pierre parle aux Juifs de Jésus qu’ils ont fait mourir, mais que Dieu a ressuscité et fait asseoir à sa droite ; le Saint Esprit a produit les effets dont ils étaient témoins. « Hommes Israélites », leur dit-il, « écoutez ces paroles : Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez, ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — lui, vous l’avez cloué à une croix et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques » (v. 22, 23). L’apôtre rappelle ici trois grands faits relatifs au Seigneur.

1° Il était « un homme approuvé de Dieu ». Pierre ne craint pas de nuire à la gloire de sa personne en l’appelant Jésus le Nazaréen, un homme, comme tous le virent au cours de son ministère ici-bas. Cet homme était approuvé de Dieu, qui accomplit, par lui, toute l’œuvre merveilleuse dont ils furent les témoins.

2° « Il a été livré par le conseil défini et la préconnaissance de Dieu ». C’est le côté de Dieu dans l’œuvre que le Seigneur a accomplie sur la croix. Il mourut selon les conseils divins. Si Dieu voulait sauver des pécheurs et remporter la victoire sur toute l’œuvre du diable, il fallait que son Bien-aimé, devenu homme, fût livré.

3° Les hommes sont coupables de l’avoir cloué à une croix. Le fait que le Seigneur ne pouvait mourir, s’il ne se livrait lui-même pour accomplir les conseils de Dieu, n’enlève rien à la culpabilité des hommes. Ils le haïssaient et ne pouvaient le supporter plus longtemps au milieu d’eux ; ils le firent mourir volontairement.

Mais s’ils donnèrent libre cours à leur haine, Dieu intervient pour ressusciter le Seigneur d’entre les morts. Pierre continue en disant : « Lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle » (v. 24). La mort fut obligée, pour ainsi dire, de laisser sortir le Seigneur. Il y était entré par grâce, pour ouvrir au pécheur repentant le passage au travers de cette terrible conséquence du péché. Il n’avait rien fait qui méritât la mort ; c’est pour nous en délivrer qu’il y est entré ; elle n’avait aucun pouvoir sur lui. Par la résurrection Dieu montra aussi combien il était pleinement satisfait et glorifié par l’œuvre de Jésus.

Pierre cite ensuite les v. 8 à 11 du Psaume 16 qui expriment la confiance du Seigneur, homme ici-bas, en face de la mort : il savait que son Dieu ne le laisserait pas dans le tombeau, c’est-à-dire dans l’état où l’âme est séparée du corps

« Car David dit de lui : « Je contemplais toujours le Seigneur devant moi ; car il est à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, et ma langue a tressailli de joie ; et plus encore, ma chair aussi reposera en espérance ; car tu ne laisseras pas mon âme en hadès, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption. Tu m’as fait connaître les chemins de la vie, tu me rempliras de joie par le regard de ta face ».  L’apôtre se sert des textes familiers aux Juifs, pour leur prouver que Jésus était bien celui dont David avait parlé dans les Psaumes. Dieu avait promis à David qu’il susciterait, après lui, un de ses fils dont le trône serait établi pour toujours (voir 1 Chroniques 17:11-14). Ce fils est Jésus, né selon la chair, de Marie qui appartenait à la famille de David. Lorsque les mages d’Orient vinrent lui rendre hommage, parce qu’ils avaient appris la naissance du roi des Juifs, les principaux sacrificateurs surent très bien dire à Hérode que le Christ devait naître à Bethléhem, selon une prophétie de Michée. Au lieu de se réjouir, ils cherchèrent à mettre à mort le petit enfant et consommèrent leur désir à la croix. Mais le rejet de Christ n’annulait pas les promesses faites à son sujet, car ce roi était non seulement le fils de David, mais aussi le fils de Dieu ; il devait ressusciter. David, comme prophète, a parlé de sa résurrection dans le Psaume 16, dont Pierre donne l’explication dans les v. 29-31, en ajoutant : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins. Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez » (v. 32, 33). Ainsi, ces malheureux Juifs avaient devant eux, par les effets de la puissance du Saint Esprit, les preuves de la résurrection de Jésus. Puisque Dieu l’avait exalté par sa droite, sa puissance, il était bien le Christ qu’ils avaient mis à mort. Pierre cite encore une parole de David au Psaume 110:1 : « Le Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds ».  En disant cela, le Seigneur, ou l’Éternel, ne parlait pas de David dont le tombeau était toujours à Jérusalem, contenant sa dépouille ; donc David n’était pas monté au ciel ; il n’est pas encore ressuscité. Il parlait évidemment du Christ. Aussi Pierre conclut en disant : « Que toute la maison d’Israël sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (v. 36). Terrible démonstration de la gravité de leur culpabilité ! Quel contraste, comme nous l’avons souvent remarqué, entre l’appréciation des hommes et celle de Dieu, au sujet de son Fils, comme à l’égard de toutes choses ! Les hommes mettent à mort Jésus, Dieu le ressuscite et le glorifie en l’établissant Seigneur de tout.

 

3.3   Ch. 2 v. 37-41 — Résultats du discours de Pierre

La grâce de Dieu se servit de la prédication de Pierre pour agir sur la conscience d’un grand nombre de ses auditeurs ; leur cœur fut saisi de componction, quand ils comprirent de quelle manière outrageante ils avaient offensé Dieu en crucifiant celui qu’il a fait Seigneur et Christ. Ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : « Que ferons-nous, frères ? Et Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé... et vous recevrez le don du Saint Esprit : car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui. Et par plusieurs autres paroles, il conjurait et exhortait, disant : Sauvez-vous de cette génération perverse » (v. 38-40). Une fois la conscience réveillée au sujet de la culpabilité, la première chose à faire consiste à se repentir. La repentance n’est pas seulement le regret d’avoir mal fait, comme on le pense souvent ; elle veut un retour sur soi et sur sa manière d’agir. Par exemple, on entend un homme très satisfait de lui-même qui dit : « Je n’ai fait de mal à personne ; je n’ai ni tué, ni volé ». Mais, quelque temps après, il ajoute : « Je suis un misérable pécheur, je n’ai mérité que le jugement ; je suis perdu ». Il s’est repenti ; il ne regrette pas seulement ce qu’il a fait, mais il porte sur lui-même un jugement absolument opposé à celui qu’il portait auparavant. À cet homme-là, on peut annoncer l’Évangile, lui dire que le sang de Jésus Christ purifie de tout péché. La prédication de Pierre avait produit chez un grand nombre la profonde douleur d’avoir offensé Dieu en mettant à mort son Fils. Que faire maintenant pour se soustraire aux conséquences inévitables d’un si grave péché ? Premièrement, se repentir, reconnaître sincèrement devant Dieu que la voie qu’ils avaient suivie était mauvaise, changer complètement de pensée à leur égard et à l’égard de celui qu’ils avaient rejeté. Puisqu’ils s’étaient repentis, ils devaient passer par le baptême, reconnaître dans la mort de Christ le seul moyen d’obtenir la rémission des péchés ; par le baptême, figure de cette mort, ils entraient dans le nouvel état de choses chrétien qui remplaçait Israël comme témoignage de Dieu sur la terre. Une fois là, ils recevraient le don du Saint Esprit, promis par Dieu, dans l’Ancien Testament et appelé « la promesse », qui appartenait au peuple terrestre de Dieu, à leurs enfants et aussi à tous ceux que le Seigneur appellerait à lui en dehors d’Israël. C’est ce qui eut lieu lorsque le Saint Esprit tomba sur Corneille et les siens qui étaient des gentils (chap. 10). En Ésaïe 57:19, nous lisons : « Paix, paix à celui qui est loin, et à celui qui est près ! dit l’Éternel ; et je le guérirai ». Nous qui n’étions pas Juifs, sommes du nombre de ceux qui étaient loin, loin d’Israël et par conséquent loin de Dieu, mais appelés par lui pour nous faire grâce. « Ceux donc qui reçurent sa parole, furent baptisés ; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes » (v. 41). Merveilleux résultat de cette première prédication de l’Évangile ! Ce nombre fut ajouté à celui des disciples réunis après l’ascension du Seigneur et dont le nombre s’élevait à environ cent vingt. Ils formaient l’Église, ou Assemblée, témoignage de Dieu sur la terre, habitation de Dieu par l’Esprit. Il ne pouvait habiter au milieu des Juifs, puisqu’ils l’avaient rejeté dans la personne de son Fils.

 

3.4   Ch. 2 v. 42-47 — Heureux débuts de l’Église

Aux versets 42 à 47, nous voyons ce qui caractérisait cette Assemblée de croyants dans toute la fraîcheur de leur début et où le Saint Esprit agissait avec puissance. Rien ne l’attristait, comme c’est le cas aujourd’hui à cause du triste état de l’Église qui a bientôt abandonné son premier amour (Apocalypse 2:4). Il est dit qu’ils « persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières ». Après avoir reçu la vérité, il faut y persévérer, car en dehors, tout est en œuvre pour nous en détourner. Malgré la ruine actuelle, nous pouvons réaliser toutes les précieuses vérités contenues dans ce passage ; choses qui demeurent et dont la foi s’empare dans tous les temps. Quand on les a reçues, on doit y persévérer et ne pas écouter toutes les voix qui se font entendre, pour détourner de la bénédiction qui découle de l’obéissance à la Parole. Les apôtres communiquent alors leur doctrine oralement ; aujourd’hui nous la possédons en entier dans la Parole de Dieu, à laquelle nous devons une entière soumission, afin de ne pas faire valoir nos propres pensées et nos opinions. Soumis à la Parole, nous réaliserons la communion des apôtres et la communion les uns avec les autres. Avoir communion, c’est avoir une même part en commun. Tous avaient communion avec les apôtres dans les choses qu’ils présentaient. L’apôtre Jean dit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous : or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1:3). Rien n’est plus grand et précieux, en attendant la gloire, que d’avoir des choses en commun avec le Père, avec le Fils, et les uns avec les autres, puisque nous possédons la même vie.

Ils persévéraient aussi dans la fraction du pain et les prières, ce que nous avons le grand privilège de faire encore maintenant. De bonne heure, les chrétiens cessèrent de persévérer dans la fraction du pain. Au lieu de le faire chaque premier jour de la semaine, comme la Parole nous l’enseigne, ils le firent à de longs intervalles, et beaucoup de croyants ne le font jamais, refusant ainsi le mémorial du Seigneur mort pour ôter nos péchés. L’ennemi fait de grands efforts pour priver nombre d’enfants de Dieu de ce grand privilège.

Il faut aussi une grande énergie pour persévérer dans la prière, soit individuellement, soit en famille, soit dans l’Assemblée. Satan sait que le croyant sera affaibli spirituellement s’il ne persévère pas dans la lecture de la Parole et dans la prière ; ses efforts tendent à le priver de cette source de puissance et de joie. Persévérer dans la doctrine, ce n’est pas seulement s’occuper de la Parole qui renferme la doctrine des apôtres, c’est mettre en pratique ce qu’elle enseigne quant à l’Assemblée aussi bien qu’individuellement.

Si tant de choses ont changé dans l’Église au cours des siècles écoulés depuis sa formation, cela ne vient que de l’infidélité de l’homme. Mais ce qui est de Dieu est resté intact dès le commencement et ne peut changer. Sa Parole, son Esprit, demeurent avec nous. La même Parole enseignait les saints au commencement ; le même Esprit les occupait du Seigneur. Dieu ne change pas, le Seigneur non plus. Nous pouvons user librement de la prière ; ce moyen béni par lequel nous plaçons tous nos besoins devant Dieu, le faisant intervenir en toute circonstance pour recevoir la sagesse, l’intelligence, la force nécessaire pour le servir fidèlement et l’honorer dans toute notre vie. Dieu écoute le plus jeune enfant comme le chrétien le plus avancé.

En présence de tous les effets merveilleux de la puissance de l’Esprit Saint, « toute âme avait de la crainte ».  Cette crainte, quoique dans une plus faible mesure, peut encore se produire chez les témoins de la marche fidèle d’un croyant, car le monde remarque une manifestation quelconque de la vie divine, quoiqu’il ne veuille pas toujours en convenir.

« Beaucoup de prodiges et de miracles se faisaient par les apôtres ». Nous n’avons plus les apôtres pour faire des miracles, nécessaires pour l’établissement du christianisme, mais qui ne nourrissaient pas, ni n’édifiaient les assemblées. Ils s’adressaient aux gens du dehors ; ils accompagnaient la prédication de la Parole, frappaient le monde d’étonnement ; mais par eux-mêmes ne communiquaient la vie à personne. Toute l’œuvre de Dieu chez les inconvertis, chez les croyants et dans l’Assemblée, se fait au moyen de la Parole de Dieu, appliquée par le Saint Esprit. Le christianisme existe depuis dix-neuf siècles. Les miracles, destinés à son établissement au milieu de Juifs hostiles et de païens superstitieux, n’ont donc plus leur raison d’être. Il est vrai que Dieu travaille pour sauver des pécheurs au milieu de nations qui professent le christianisme, mais sa Parole suffit. « La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Rom. 10:17). L’homme riche dans les tourments (Luc 16) aurait voulu qu’un miracle s’accomplît pour que ses frères ne vinssent pas dans le lieu où il était. Mais il lui est répondu : « Ils ont Moïse et les prophètes — savoir les Écritures — qu’ils les écoutent... S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts ». Le Seigneur prouve par cela que la Parole de Dieu seule opère le salut dans les cœurs. La puissance miraculeuse, que l’on réclame tant dans certains milieux, n’est absolument pas nécessaire, ni pour convertir, ni pour édifier les croyants. Tout ce qu’il faut pour opérer de la part de Dieu est demeuré intact dès le commencement, comme nous l’avons vu au v. 42. Le croyant n’a qu’à persévérer dans la vérité, à obéir à la Parole de Dieu. Il ne sert à rien de dire que Dieu peut toujours faire des miracles quand il le trouve à propos ; mais c’est tout autre chose que la prétention d’en faire dans le triste état où se trouve la chrétienté.

Les versets 44 et 45 nous décrivent les effets merveilleux de la vie divine dans sa fraîcheur première : « Tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes ; et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que quelqu’un pouvait en avoir besoin ». La vie éternelle, vie divine et céleste, manifestait nettement ses caractères propres.

Premièrement, c’est l’amour actif, qui se montre par le besoin de se trouver ensemble : « Tous les croyants étaient en un même lieu ». Ce besoin se fait sentir encore aujourd’hui partout où la vie de Dieu est quelque peu libre et active. Dieu est amour et veut rassembler un jour tous ses rachetés autour du Seigneur dans la gloire. Ceux qui possèdent la vie divine désirent donc naturellement se rassembler déjà ici-bas, mais ne sauraient se rencontrer tous en un même lieu, puisque, par la grâce de Dieu, il y a des rachetés dans le monde entier. « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom », dit le Seigneur, « je suis là au milieu d’eux ». Là ils jouissent de sa présence et peuvent s’entretenir de leurs bénédictions en attendant son retour pour les rassembler tous autour de lui dans la maison du Père.

Ensuite ces premiers chrétiens avaient compris que leurs biens étaient célestes et que le Seigneur allait venir ; aussi mettaient-ils leurs biens matériels au service de l’amour ; ils n’avaient de valeur que pour subvenir aux besoins des frères nécessiteux. Ceux qui en possédaient les vendaient. Actuellement on ne peut agir de même ; mais lorsque la vie divine agit, elle s’affiche avec les mêmes caractères. Les croyants dont le cœur est rempli de l’amour de Dieu et qui apprécient à leur valeur leurs bénédictions spirituelles, savent se servir de leurs biens matériels pour aider à leurs frères nécessiteux et pour servir les intérêts du Seigneur. Ils ne les vendent pas, mais les considèrent comme la propriété du Seigneur, dont ils sont les administrateurs.

Cette manière d’agir selon la pensée de Dieu est loin de ressembler au communisme dont on parle tant maintenant et qui exige de ceux qui possèdent des biens qu’ils les partagent. C’est l’amour de Dieu actif dans le cœur qui fait penser aux autres, et non à soi-même ; il n’exige rien de personne, mais trouve son bonheur à faire le bien. L’amour donne et ne demande rien.

« Et tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple ; et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (v. 46, 47). Ces chrétiens juifs reconnaissaient encore le temple comme la maison de l’Éternel et le considéraient avec tous les sentiments religieux dus à cet édifice. Mais pour rompre le pain, ils se retiraient dans leurs maisons, à part du peuple et du temple, car ils ne pouvaient se souvenir là du Seigneur mort, rejeté par le peuple et les chefs religieux. L’acte de rompre le pain appartenait au nouvel ordre de choses, à l’assemblée, dont ils faisaient partie, et ne pouvait se mélanger au judaïsme. Plus tard les croyants juifs apprirent à rompre entièrement avec tout ce qui constituait le culte lévitique.

Ces croyants prenaient aussi leur nourriture avec joie et simplicité de cœur et louaient Dieu. Ils excluaient de leur vie tout avantage charnel. Ils ne trouvaient pas davantage leur plaisir dans la bonne chère que dans la possession de leurs biens matériels. L’amour, la joie, la louange caractérisaient leur existence ; ils jouissaient de la faveur de tout le peuple, témoin de cette vie merveilleuse.

Il est dit que le Seigneur « ajoutait tous les jours à l’Assemblée ceux qui devaient être sauvés ». Pourquoi n’est-il pas dit : tous ceux qui étaient sauvés ? Ce passage parle de ceux qui sont sauvés des jugements qui allaient tomber sur la nation juive pour avoir crucifié son Roi. Dans l’Assemblée, nouveau témoignage de Dieu au milieu des hommes, les croyants se trouvaient en sécurité. Aujourd’hui, nous savons que les jugements atteindront la chrétienté et le monde entier. Comme autrefois, le Seigneur ajoute à l’Assemblée ceux qui doivent en être épargnés, non pas grâce à la protection du monde, mais parce qu’ils seront ravis à la rencontre du Seigneur en l’air, pour être avec lui. Nous avons été tournés « des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient » (1 Thess. 1:9, 10).

Que le Seigneur donne à tous, jeunes et vieux, de mettre à profit les enseignements de ce merveilleux chapitre. Soyons fidèles en attendant qu’il vienne chercher tous les siens ! Alors nous serons tous ensemble dans un même lieu, la maison du Père ; là le bonheur de tous sera parfait et surtout le sien. Nous le verrons face à face ; nous n’aurons plus besoin de nous souvenir de lui par la fraction du pain. La vie divine, que nous possédons déjà ici-bas se déploiera en plein ; nous devons la montrer à ceux qui nous entourent.

Tous mes lecteurs ont-ils cette vie ? Le Seigneur vient ! Que tous ceux qui ne la possèdent pas s’empressent non pas de la rechercher, mais de l’accepter : elle est offerte à tous gratuitement. « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3:36). Pour celui qui croit et qui doute s’il la possède, le même apôtre dit : « Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu (l Jean 5:13).

 

4                        Chapitre 3

4.1   Ch. 3 v. 1-11 — Guérison d’un infirme

Pierre et Jean montaient au temple à l’heure de la prière, la neuvième de la journée (soit 15 heures chez nous). Les disciples juifs reconnaissaient encore le temple comme la maison de Dieu, une maison de prières, ainsi que le Seigneur le rappelle en Luc 19:46, jusqu’à ce qu’ils eussent compris toute la vérité concernant l’Église (ou Assemblée) dont on a vu la formation au chapitre précédent. Elle remplaçait Israël comme témoignage de Dieu sur la terre. Plus tard, le Seigneur leur enseigna à quitter Jérusalem et le temple, avant leur destruction par les Romains. Comme Pierre et Jean arrivaient, on portait au temple un homme, boiteux dès sa naissance, que l’on plaçait à la porte du temple, dite la Belle, pour y mendier. Au moment où les apôtres allaient entrer, cet infirme leur adressa sa demande. « Et Pierre ayant, avec Jean, arrêté ses yeux sur lui, dit : Regarde-nous. Et il les regardait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose d’eux. Mais Pierre dit : Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ; et à l’instant les plantes et les chevilles de ses pieds devinrent fermes ; et faisant un saut, il se tint debout et marcha ; et il entra avec eux au temple, marchant, et sautant, et louant Dieu » (v. 4-8). Cette guérison rendait un témoignage public à la valeur et à la puissance du nom de Jésus Christ le Nazaréen, devant ceux qui l’avaient méprisé durant sa vie ici-bas, en le traitant de Nazaréen, l’avaient rejeté et mis à mort. Au milieu du peuple, Jésus avait accompli de grands miracles qui auraient dû convaincre les Juifs qu’il était réellement le Messie promis. Maintenant que Dieu l’a ressuscité et glorifié, et fait Seigneur et Christ, comme Pierre le dit au v. 36 du chapitre précédent, son nom a la même puissance au moyen des apôtres qui en sont simplement le canal. Tous les témoins de ce miracle étaient remplis d’étonnement.

Avec cette guérison, nous voyons se produire les mêmes effets que ceux de la conversion. Ce qui caractérisait cet homme, c’était la pauvreté et l’incapacité de marcher. Il était assis et mendiait. Après sa guérison, il marchait, sautait et louait Dieu. Son cœur était plein de reconnaissance envers le Seigneur qui l’avait si merveilleusement délivré. Dans son état naturel, tout homme ressemble moralement à cet infirme, sans ressources et incapable de suivre la pensée de Dieu. Mais par la puissance du nom de Jésus, toujours à la disposition de la foi, il peut marcher d’une manière qui glorifie Dieu, le cœur rempli de reconnaissance, de louanges et d’adoration. Si nous sommes au nombre de ceux qui possèdent le salut, n’oublions pas, qu’en effet, c’est pour marcher d’une manière digne de Dieu et pour le louer dès ici-bas, que Dieu nous a délivrés du triste état dans lequel le péché nous avait tous plongés.

« Et comme il tenait par la main Pierre et Jean, tout le peuple étonné accourut vers eux au portique appelé de Salomon » (v. 11). Si ce peuple avait pu demeurer dans ces sentiments d’admiration, et se repentir en reconnaissant dans ce miracle la puissance et la grâce de celui qu’ils avaient crucifié, quelles bénédictions il en aurait reçues ! Hélas ! nous verrons, déjà dans ce chapitre, qu’il n’en fut rien, et qu’il persévéra dans son refus de croire en Jésus et de le recevoir.

 

4.2   Ch. 3 v. 11-16 — Témoignage de Pierre au peuple

Profitant de la présence de la foule attirée par le miracle accompli, Pierre annonça devant tous comment la guérison s’était opérée et les invita à croire en celui qu’ils avaient crucifié, afin qu’ils reçussent les bénédictions promises par les prophètes.

« Et Pierre, voyant cela, répondit au peuple : Hommes israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci ? Ou pourquoi avez-vous les yeux fixés sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou par notre piété ? » (v. 12). Le monde cherche toujours à attribuer à l’homme ce qui lui donne du renom et l’homme vise à s’attribuer ce qui revient à Dieu. Mais les apôtres se savaient les simples instruments de la puissance du Seigneur. Un instrument n’a de valeur que s’il se laisse manier par celui qui l’emploie. Pour Pierre et Jean, il n’y avait rien d’étonnant à ce miracle ; ils connaissaient la puissance de celui en qui ils avaient cru et que Dieu avait glorifié, toujours le même. C’est ce que Pierre va leur dire : « Le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher. Mais vous, vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier ; et vous avez mis à mort le prince de la vie, lequel Dieu a ressuscité d’entre les morts, ce dont nous, nous sommes témoins » (v. 13-15). Le Dieu de leurs pères avait fait des promesses et il avait envoyé Jésus pour les accomplir ; mais eux l’avaient mis à mort. Tout était-il perdu pour cela ? Absolument pas. Dieu accomplirait ce qu’il avait promis au moyen de son Fils, sur qui reposaient toutes ses pensées. Aussi Dieu l’a ressuscité et glorifié ; les apôtres en étaient témoins ; il l’a fait asseoir à sa droite, jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour le marchepied de ses pieds (Ps. 110:1). Quoique rejeté par son peuple, rien ne pouvait empêcher la manifestation de la puissance de ce Jésus glorifié, sauf l’incrédulité des Juifs qui les prive, pour un temps, de toutes les bénédictions à eux destinées. De même aujourd’hui les résultats glorieux et éternels de la venue du Seigneur en grâce dans ce monde s’adressent à chacun et tous ceux qui croient se les approprient ; seule l’incrédulité de ceux qui repoussent le message de la grâce les en prive.

Pierre place devant les Juifs quatre grands chefs d’accusation qui font ressortir leur terrible culpabilité au sujet du rejet de Jésus. 1° Ils l’ont livré. 2° Ils l’ont renié devant Ponce Pilate, alors que celui-ci voulait le relâcher. 3° Ils lui ont préféré un meurtrier. 4° Ils l’ont mis à mort. Appelé le saint et le juste, le Seigneur était reconnu pour être tel ; mais dans leur haine, ils lui préfèrent un meurtrier. Lui, le prince de la vie, ils le mirent à mort ; mais Dieu le ressuscita, ce dont les disciples étaient témoins. Il est impossible de trouver une contradiction plus grande dans l’histoire de l’humanité, ainsi qu’une pareille culpabilité. Ces faits inouïs montrent l’abîme moral qui sépare l’homme de Dieu, son incapacité de juger de toutes choses selon Dieu. La présentation de son Fils l’a prouvé. Mais cette constatation si humiliante pour l’homme fait ressortir la grâce de Dieu qui, après une pareille expérience, lui offre son pardon et le bonheur éternel.

Pierre continue en disant : « Et, par la foi en son nom, son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; et la foi qui est par lui a donné à celui-ci cette entière disposition de tous ses membres, en la présence de vous tous » (v. 16). Le nom est l’expression de la personne ; c’est ce nom-là, le Seigneur lui-même, mis à mort par les Juifs et ressuscité par Dieu, qui a accompli ce miracle. Il suffit d’avoir la foi pour profiter de sa puissance. La preuve, incontestable, était sous les yeux de tous ; qu’en feront-ils ? Nous le voyons au chap. 4:16, 17.

 

4.3   Ch. 3 v. 17-26 — Pierre appelle le peuple à la repentance

Ce que Pierre présente dans la suite de son discours avait une importance capitale pour le peuple. De son acceptation ou de son refus dépendait sa bénédiction ou sa ruine. Il a choisi la ruine. L’homme ne sait faire autre chose si Dieu le laisse à sa responsabilité. La ruine des Juifs dépendait du rejet du Christ ; mais Dieu voulait encore user de grâce envers eux. Sur la croix, le Seigneur avait intercédé pour ceux qui le mettaient à mort, disant : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23:34). En vertu de cette prière, Dieu, par la bouche de Pierre, leur offre de se repentir afin que le Seigneur revienne du ciel et leur apporte les bénédictions dont ils s’étaient privés en le mettant à mort : « Et maintenant, frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi ; mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, savoir que son Christ devait souffrir » (v. 17, 18). La grâce de Dieu veut bien admettre que le peuple avait agi par ignorance en faisant mourir le Seigneur. C’est ainsi que Dieu pouvait considérer leur acte jusqu’à ce qu’ils eussent rejeté le témoignage que le Saint Esprit rendait par les apôtres à Christ glorifié, et cela en réponse à l’intercession du Seigneur sur la croix. Par le rejet de Jésus, Dieu avait accompli ce que ses prophètes avaient prédit, savoir que son Christ, ou son Oint, devait souffrir. Mais il ne faudrait pas conclure de cela que les hommes sont moins coupables de l’avoir mis à mort. Ils portent l’entière responsabilité de leur acte inqualifiable. Ils l’ont livré, non pour que Dieu accomplisse ses desseins de grâce par la mort de son Fils, mais pour satisfaire leur haine contre lui, contre Dieu dont il était la manifestation en grâce, parce qu’ils ne pouvaient plus le supporter au milieu d’eux. En même temps, par sa mort, il accomplissait les desseins de Dieu pour le salut des pécheurs. À cela, les hommes n’ont rien à voir. Dieu a choisi le moment où leur haine, où leur péché, étaient à leur apogée pour manifester son amour parfait qui voulait les sauver. C’est pourquoi il fallait que Jésus souffrît de la part de Dieu le jugement dû au péché.

Pendant que Dieu considérait le peuple comme ayant agi par ignorance, il lui fait dire par Pierre : « Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés : en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur, et qu’il envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (v. 19-21). Si donc les Juifs s’étaient repentis et convertis, s’ils avaient changé de pensées à l’égard du Seigneur, en reconnaissant l’affreuse faute commise en le mettant à mort, leurs péchés auraient été effacés et le Seigneur serait redescendu du ciel pour établir son règne, ce que Pierre appelle « les temps de rafraîchissement de devant le Seigneur, dont tous les prophètes avaient parlé ». Ce moment était donc décisif pour le peuple. Que fera-t-il ? Les Juifs vénéraient profondément les prophètes. Ceux-ci avaient parlé du Seigneur, de sa venue, de ses souffrances, de son exaltation, de son retour pour accomplir les promesses faites aux pères. Les écouteraient-ils ? Plus encore, écouteraient-ils le témoignage du Saint Esprit par la bouche de Pierre ? Non. Animés d’une haine implacable à l’égard du Seigneur, ils refusèrent la dernière offre de la patiente grâce de Dieu.

Pierre leur cite encore Moïse, le plus vénéré des prophètes, qui avait parlé de Jésus, ainsi que des conséquences qui menaçaient les indifférents : « Moïse déjà a dit : Le Seigneur (*), votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il pourra vous dire : et il arrivera que toute âme qui n’écoutera pas ce prophète sera exterminée d’entre le peuple » (citation de Deutéronome 18:15-19). Et il ajoute : « Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours » (v. 22-24). Il fallait être aveuglé par l’esprit d’incrédulité pour ne pas comprendre. Les prophètes avaient annoncé la venue de Christ et les bénédictions qui en résulteraient ; mais on devait le recevoir. C’était à eux que ces prophéties s’adressaient. Pierre leur dit : « Vous, vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a établie avec nos pères, disant à Abraham : Et en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre. À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés » (v. 25, 26). Quoi de plus clair ? Tout dans ce discours était propre à toucher le cœur du peuple et à ouvrir ses yeux. Dieu avait établi une alliance avec Abraham ; elle reposait sur la fidélité de Dieu pour l’accomplir. Ce Dieu fidèle avait envoyé son Oint pour cela ; mais il ne pouvait rien faire tant que les Juifs demeuraient dans leur incrédulité ; ils devaient se repentir. Le Seigneur les avait exhortés à se détourner de leurs méchancetés. Dieu avait envoyé avant lui Jean le baptiseur qui leur avait dit : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché » (Matthieu 3:2) ; mais en vain. Au lieu de l’écouter, ils l’ont tué. Si le Seigneur avait accompli des miracles, les avait délivrés du joug des Romains, sans leur parler de leurs péchés, ils l’auraient reçu ; mais ce n’aurait pas été le règne de la justice, où le péché ne peut être supporté ; les droits d’un Dieu saint n’auraient pas été reconnus. Dieu ne peut se départir de ce qui convient à sa nature, pour être agréable aux hommes. Le Messie ne pouvait établir sur des pécheurs le règne de la justice, car elle les aurait tous fait périr. En parlant du règne millénaire, il est dit : « Chaque matin, je détruirai tous les méchants du pays » (Psaume 101:8).

 

(*) Dans le Nouveau Testament, lorsque le mot Seigneur est précédé d’un astérisque, il signifie l’Éternel.

 

Aujourd’hui encore on voudrait un Dieu qui satisfasse les désirs des hommes, leur épargne les conséquences du péché, transforme ce monde en un paradis, selon leur gré. S’il en était ainsi, les hommes croiraient en lui ; mais ce Dieu qu’ils voudraient n’est pas celui que Jésus est venu révéler : un Dieu qui est amour, en même temps juste et saint, dont les yeux sont trop purs pour voir le mal. Pour maintenir ce que Dieu est, au milieu d’un monde souillé et perdu, il fallut la croix où la justice de Dieu contre le péché a été satisfaite, sa sainteté maintenue par le jugement que le Seigneur a subi, afin que l’amour de Dieu puisse être connu des pécheurs. Un jour cette création, réconciliée avec Dieu par l’œuvre même de la croix, ressemblera à un paradis, sous le règne du Fils de l’homme ; les hommes y seront heureux, ils jouiront des bienfaits de Dieu répandus en tous lieux (voir Ésaïe 2:2-5 ; 55:12, 13 ; 65:17-25 ; Ézéchiel 34:23-31, parmi beaucoup d’autres passages). Mais ces temps-là n’arriveront qu’après les jugements terribles par lesquels Dieu ôtera tous les méchants de la terre, surtout ceux qui dans les temps actuels refusent de croire au Seigneur Jésus comme Sauveur.

Il est très important et instructif de considérer le caractère sous lequel le Seigneur est présenté aux Juifs dans ce chapitre, en contraste avec le chapitre précédent et dans la suite. Au chapitre 2, Pierre répond à ceux dont le cœur est saisi de componction, après avoir compris la gravité de leur situation à la suite du rejet de Christ : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit ». Environ trois mille âmes crurent, furent baptisées et ajoutées à l’Assemblée déjà constituée par la venue du Saint Esprit. Le chapitre 3 forme une sorte de parenthèse dans le récit de l’établissement de l’Église, en ce que Pierre ne prescrit pas aux Juifs de se repentir et d’être baptisés pour recevoir le Saint Esprit et faire partie de l’Église. Il leur dit bien : « Repentez-vous et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés » ; mais c’est afin que « viennent des temps de rafraîchissement... et qu’il envoie Jésus Christ » …, en d’autres termes, pour qu’il établisse son règne de paix et de justice sur la terre. C’était, nous l’avons dit, un dernier appel aux Juifs comme peuple, fondé sur l’intercession de Christ sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Le refus de cet appel, consommé par le meurtre d’Étienne au chap. 7, eut pour conséquence le rejet des Juifs jusqu’à ce qu’ils disent : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Matthieu 23:39). Dès lors l’Évangile fut annoncé à tous, aux Juifs premièrement, puis aux Grecs. Individuellement, tout Juif pouvait recevoir le Seigneur et être sauvé, mais s’il croyait, il ne faisait plus partie de son peuple que Dieu avait mis de côté ; il appartenait à l’Église que le Seigneur viendra chercher avant de reprendre ses relations avec Israël et établir son règne sur la terre.

 

5                        Chapitre 4

5.1   Ch. 4 v. 1-4 — Intervention des chefs religieux

La guérison de l’infirme et le discours de Pierre au peuple ne devaient pas tarder à attirer l’attention des autorités religieuses. C’est la première fois que nous les voyons en contact avec les apôtres, ou plutôt avec la puissance de l’Esprit Saint. « Mais comme ils parlaient au peuple, les sacrificateurs et le commandant du temple et les sadducéens survinrent, étant en peine de ce qu’ils enseignaient le peuple et annonçaient par Jésus la résurrection d’entre les morts » (v. 1, 2). Deux choses mettaient en émoi ces hommes opposés à Dieu : le fait que les apôtres enseignaient le peuple, et qu’ils annonçaient par Jésus la résurrection d’entre les morts. Les chefs religieux, le clergé d’alors, revendiquaient pour eux l’enseignement. Il est probable que le miracle les aurait moins émus s’il n’avait été l’occasion de placer devant le peuple la vérité concernant la personne de Jésus, dont la puissance avait opéré cette guérison. Plus loin ils ne défendent pas aux apôtres de faire des miracles, mais bien de « ne plus parler ni enseigner, en aucune manière, au nom de Jésus » (v. 18). Puis, nous voyons apparaître les sadducéens qui niaient la résurrection (voir Matthieu 22:23 et les passages correspondants en Marc et Luc) et dont faisait partie un certain nombre de chefs religieux (chap. 5:17). Non seulement la résurrection de Jésus était contraire à leur doctrine, mais elle manifestait la victoire que le Seigneur a remportée sur le monde et son prince, qui est Satan, elle est aussi le fondement du christianisme, ce nouvel ordre de choses qui annulait l’ancien auquel les Juifs demeuraient attachés en même temps qu’elle établissait leur terrible culpabilité. On comprend facilement l’irritation de tout ce monde religieux en entendant Pierre et Jean annoncer ces vérités : la résurrection de Jésus et la résurrection d’entre les morts par Jésus. C’est sa propre résurrection qui a inauguré celle d’entre les morts et l’a rendue possible ; à sa voix elle aura lieu pour tous les croyants. Sa résurrection a été la manifestation spéciale de la faveur de Dieu qui reposait sur lui, parce qu’il l’avait pleinement glorifié ; à cause de l’excellence de son œuvre tous les croyants, délogés jusqu’au retour de Christ, sortiront de leurs tombeaux, comme objets de la même faveur, et laisseront dans leurs sépulcres ceux qui n’auront pas cru, jusqu’au moment où les morts, petits et grands, paraîtront devant le grand trône blanc pour le jugement dernier (Apoc. 20).

Comme il était déjà tard, les chefs religieux arrêtèrent les apôtres et les firent garder jusqu’au lendemain. « Mais plusieurs de ceux qui avaient ouï la parole crurent ; et le nombre des hommes se monta à environ cinq mille » (v. 4). Nul ne saurait empêcher l’action de la parole de Dieu ; on peut emprisonner ceux qui la portent, mais non la parole, ni circonscrire ses effets. Trois mille hommes furent convertis à la première prédication de Pierre ; peu après le nombre s’accrut de deux mille environ. Et à travers les dix-neuf siècles qui se sont écoulés depuis ces premières prédications, un nombre incalculable s’est ajouté à ces cinq mille, malgré l’opposition constante de Satan. Il faut entendre premièrement et croire pour être sauvé. Le Seigneur a dit : « Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24). « Ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut ; auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit... » (Éph. 1:13). « La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Romains 10:17). Tous ceux qui ont entendu la Parole de Dieu, ne serait-ce qu’une fois, sont responsables d’avoir la foi.

Tous nos lecteurs qui entendent la Parole de Dieu depuis longtemps, ont-ils la foi ? Quelle chose terrible ce serait, dans le malheur éternel, de se souvenir qu’on l’a entendue sans avoir cru au message de grâce qu’elle apportait ! Celui qui se trouvera dans ce cas pourra dire éternellement : « Je suis là par ma propre faute, je n’ai pas voulu croire ». Dieu veuille que ce ne soit le partage d’aucun de ceux qui lisent ces lignes !

 

5.2   Ch. 4 v. 5-12 — Comparution de Pierre et de Jean

Le lendemain, une imposante assemblée des dignitaires du peuple juif, où figuraient les chefs, les anciens et leurs scribes, s’assembla à Jérusalem. On y voyait Anne, le souverain sacrificateur, son gendre Caïphe, qui occupait ces fonctions à la mort de Jésus, Jean et Alexandre, probablement fils d’Anne, et tous ceux de la race souveraine sacerdotale. Ayant fait comparaître Pierre et Jean, ils leur demandèrent : « Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? » À cette occasion, Pierre répondit en exposant la vérité concernant Jésus, de manière à agir sur la conscience de tous, en leur présentant aussi l’unique moyen d’être sauvés, s’ils l’acceptaient. « Alors Pierre, étant rempli de l’Esprit Saint, leur dit : Chefs du peuple et anciens d’Israël, si aujourd’hui nous sommes interrogés au sujet de la bonne œuvre qui a été faite à un homme impotent, et qu’on veuille apprendre comment il a été guéri, sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que ç’a été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; c’est, dis-je, par ce nom que cet homme est ici devant vous plein de santé » (v. 8-10). Le Saint Esprit donna à Pierre une force et une assurance propres à confondre son auditoire. Il fait l’expérience de ce que le Seigneur avait dit à ses disciples lorsqu’il leur prédisait qu’ils seraient traduits devant les gouverneurs et les rois, à cause de son nom ; « Moi, je vous donnerai une bouche et une sagesse, à laquelle tous vos adversaires ne pourront répondre ou résister » (Luc 21:12-15). Les apôtres étaient du côté de Dieu ; toute cette assemblée était contre lui. Pierre et Jean avaient la force du Saint Esprit ; celle des Juifs résidait dans leur haine pour le Seigneur et Dieu les avait mis de côté. Aussi Pierre peut leur dire en face comment ils manifestaient leur opposition à Dieu, en mettant à mort Jésus Christ le Nazaréen, tandis que Dieu avait montré toute la valeur de son Fils bien-aimé pour lui, en le ressuscitant d’entre les morts. Ce nom de Jésus avait une telle puissance que, malgré le mépris des hommes, il suffisait pour accomplir ce si grand miracle, comme Pierre l’avait dit aux foules au chapitre précédent.

L’apôtre va plus loin en faisant ressortir la culpabilité des chefs du peuple : il dit : « Celui-ci est la pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est devenue la pierre angulaire ; et il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (v. 11, 12). Pierre fait allusion au Psaume 118:22 : « La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée, est devenue la tête de l’angle ».  Cela veut dire que tout l’édifice de la bénédiction pour Israël reposait sur la personne du Seigneur Jésus. Les bâtisseurs, ceux qui avaient une responsabilité au milieu du peuple, et qui savaient que leur bénédiction devait provenir du Christ, au lieu de conduire le peuple à le recevoir, le poussèrent à le mettre à mort. Ils méprisèrent cette pierre angulaire qui devait soutenir tout l’édifice. Mais, malgré leur mépris, elle demeure la maîtresse pierre de l’angle, sur laquelle repose l’accomplissement des promesses de Dieu pour le peuple terrestre dans l’avenir et, par la foi, le salut de tout homme jusque-là. Nous lisons en Ésaïe 28:16 : « Voici, je pose comme fondement, en Sion, une pierre, une pierre éprouvée, une précieuse pierre de coin, un sûr fondement : celui qui se fie à elle ne se hâtera pas » (en note : « avec frayeur »). Le résidu juif futur pourra compter sur elle, malgré toutes les apparences contraires, lorsqu’il traversera la grande tribulation, une détresse sans pareille. En attendant les temps à venir, il dira : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », le nom de Jésus est le seul qui soit donné aux hommes par lequel il leur faille être sauvés. Pierre dit : « nous » ; il se met au nombre de ceux qui pouvaient profiter de ce salut en croyant en Jésus, dans ce temps-là, où il y avait encore espoir pour la nation, si Jésus était reçu, comme il leur dit au chapitre précédent. Dans le chapitre 2 de sa première épître, le même apôtre dit, après avoir cité le passage d’Ésaïe 28 : « C’est pour vous qui croyez qu’elle a ce prix ; mais pour les désobéissants, la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin, et une pierre d’achoppement et un rocher de chute, lesquels heurtent contre la Parole, étant désobéissants » (v. 7, 8). En Matthieu 21:44, le Seigneur cite aussi le passage du Psaume 118 pour montrer aux Juifs combien ils sont coupables de ne pas le recevoir ; puis il en annonce les conséquences : « Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé ».  C’est ce qui est arrivé au peuple. Dieu l’a rejeté pour un temps, et le Seigneur ajoute : « Mais celui sur qui elle tombera, elle le broiera ».  Le Seigneur rejeté est monté au ciel, où il demeure jusqu’à son retour en gloire, mais lorsqu’il viendra, ce sera en jugement, comme une pierre qui tombera sur Israël incrédule et le broiera, tandis que le résidu sera sauvé parce qu’il aura cru en lui.

En attendant que le peuple reçoive les bénédictions que le Seigneur lui apportera à son retour glorieux, il est le fondement sur lequel repose l’Église ; par son nom quiconque croit est sauvé.

 

5.3   Ch. 4 v. 13-22 — Embarras du Sanhédrin

« Et, voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et s’étant aperçus qu’ils étaient des hommes illettrés et du commun, ils s’en étonnaient, et ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus » (v. 13). Ces chefs religieux, frappés par ce qu’ils appellent la hardiesse de Pierre et de Jean, et qui n’était autre que la puissance de leurs paroles sous l’action de l’Esprit Saint, constatent le fait sans en savoir la cause. S’ils avaient été des hommes instruits, on aurait attribué ce fait à leur érudition ; mais c’étaient des illettrés, c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas l’instruction des rabbins. L’auraient-ils eue que leur parole n’aurait pas possédé plus de puissance. On fit la même remarque à propos du Seigneur. « Comment celui-ci connaît-il les lettres, vu qu’il ne les a point apprises ? » (Jean 7:15). « Les foules s’étonnaient de sa doctrine ; car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes » (Matthieu 7:28, 29). La divine puissance de la parole du Seigneur et des apôtres demeurait en dehors de toute question d’instruction et de sagesse humaine. Le Saint Esprit se sert d’hommes érudits lorsqu’il en a besoin, aussi bien que d’hommes simples ; mais les uns et les autres ne doivent être que des canaux, alimentés à une source divine, communiquant ce qui porte le caractère divin. Chez le Seigneur c’était parfait ; chez lui jamais rien n’entravait l’action de l’Esprit, ni chez les apôtres dans leur merveilleux début, car ils étaient « remplis de l’Esprit Saint », lit-on à mainte reprise. Aujourd’hui encore, au milieu de la ruine de cette Assemblée qui avait commencé sous la puissante action de l’Esprit de Dieu, la Parole de Dieu peut être présentée sous l’action du Saint Esprit de manière à opérer son œuvre chez les auditeurs, lorsque ceux qui la présentent demeurent sous l’action de l’Esprit dans la conscience de leur grande faiblesse. Car l’Esprit Saint demeurera dans l’Église et dans le croyant, sur la terre, jusqu’à la venue du Seigneur.

Ceux qui entendaient Pierre et Jean les reconnurent pour avoir été avec Jésus. Il y avait dans leur langage et leur attitude quelque chose qui rappelait le Seigneur, lorsqu’il était ici-bas ; ils le reproduisaient en quelque sorte ; Jésus était en eux. Non seulement ceux que le Seigneur emploie pour annoncer sa Parole, mais tous les croyants, petits et grands, devraient toujours et partout porter ce caractère. Pour cela, ils doivent s’occuper de lui, de sa Parole, vivre avec lui, par la foi ; immanquablement leur attitude, leur langage et toute leur manière de se comporter les ferait reconnaître pour avoir vécu avec Jésus, et ils se manifesteraient ainsi pratiquement comme la « lettre de Christ », lisible pour tous (voir 2 Corinthiens 3:2, 3).

La présence de l’infirme guéri fournissait une autre preuve irrécusable de la puissance du nom de Jésus. « Et, voyant là présent avec eux l’homme qui avait été guéri, ils n’avaient rien à opposer » (v. 14). Cependant, que ne devaient-ils pas penser en ayant entendu Pierre les accuser si fortement d’avoir fait mourir le Seigneur ? Leur conscience devait être quelque peu atteinte, car ils ne trouvèrent rien à opposer à ce qu’ils entendaient et voyaient. Aussi ordonnent-ils aux apôtres de sortir du sanhédrin pour discuter entre eux sur les mesures à prendre en vue d’annuler l’effet produit sur le peuple par la guérison de l’infirme. « Que ferons-nous à ces hommes ? » disent-ils, « car il est apparent pour tous les habitants de Jérusalem, qu’un miracle notoire a été fait par eux, et nous ne pouvons le nier ; mais afin que cela ne soit pas répandu davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces, de parler davantage en ce nom à qui que ce soit ».

(v. 14-17). Avec leurs prétentions et leur autorité illusoire, ils se doutaient peu du ridicule de leur décision. Si coupables, n’ayant plus Dieu avec eux puisqu’ils l’ont rejeté dans la personne de son Fils, aveuglés par leur haine contre lui, pourront-ils arrêter en quelque manière que ce soit l’exercice de la puissance du Saint Esprit, troisième personne de la Trinité, envoyée du ciel par Jésus glorifié, pour accomplir les desseins de Dieu dans ce monde ? Ils appelèrent donc Pierre et Jean et « leur enjoignirent de ne plus parler ni enseigner, en aucune manière, au nom de Jésus » (v. 18). Voilà l’ordre donné des hommes. Au chapitre 1:8, le Seigneur dit aux disciples : « Vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre ». Voilà l’ordre divin. Les apôtres en ont pleinement conscience et répondent : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu. Car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (v. 19, 20).

Cette réponse fait constater la déchéance du système juif que ces hommes représentaient et que Dieu mettait de côté. Jusqu’à Christ, les sacrificateurs, lien entre Dieu et le peuple, devaient être écoutés ; ils usèrent de leur autorité sur le peuple pour que Jésus fût crucifié. Les bâtisseurs n’ont plus rien en mains de la part de Dieu. Ils s’opposeront à la prédication de la grâce dans la mesure où Dieu les laissera faire, mais en vain. La puissance appartiendra aux disciples de Jésus de Nazareth. Comme tous les hommes, les sacrificateurs doivent reconnaître que Dieu parle au moyen des apôtres. C’est pourquoi Pierre et Jean leur disent : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu », ce qui signifiait clairement : « nous ne vous écouterons pas ; Dieu ne parle plus par votre moyen ».  C’était fort autant que vrai ; il y avait de quoi les irriter, mais ils continrent leur colère et se bornèrent à menacer les apôtres en les relâchant, non parce qu’ils étaient convaincus, mais afin de ne pas indisposer le peuple contre eux, voulant garder sur lui le prestige et l’autorité qu’ils avaient perdus sur les apôtres. « Après les avoir menacés, ils les relâchèrent, ne trouvant pas comment ils pourraient les punir, à cause du peuple ; parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui avait été fait. Car l’homme en qui avait été faite cette miraculeuse guérison, avait plus de quarante ans » (v. 21, 22).

De tout temps le clergé a prétendu bien servir Dieu, mais il veut retenir pour lui la gloire qui revient à Dieu, et, s’il n’a pas l’approbation divine, il veut au moins avoir la faveur du peuple.

 

5.4   Ch. 4 v. 23-31 — Prière des disciples

« Et ayant été relâchés, ils vinrent vers les leurs et leur rapportèrent tout ce que les principaux sacrificateurs et les anciens leur avaient dit » (v. 23). C’est une grande faveur que Dieu nous accorde encore aujourd’hui, d’avoir « les nôtres », ceux avec lesquels nous avons les mêmes pensées, parce que nous possédons la même vie, le même objet, la même espérance, et que la même Parole nous enseigne. Nous nous trouvons en dehors du monde et de tout ce qui le caractérise. Les croyants ont à marcher ensemble, à se rechercher pour se fortifier dans la foi et s’encourager à sentir leur isolement au milieu du monde qui ne connaît pas leur Sauveur et Seigneur. Ensemble ils peuvent faire monter à Dieu leurs prières, placer devant lui leurs sujets d’inquiétude, lui parler, comme les disciples, de l’opposition de l’adversaire, afin de recevoir la force et la sagesse pour rendre témoignage au milieu du monde où le Seigneur les laisse comme témoins, étrangers et forains.

Ayant entendu le récit de Pierre et de Jean, « ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu, et dirent : Ô Souverain ! toi, tu es le Dieu qui as fait le ciel et la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont ». Ils reconnaissent sa souveraineté et sa puissance, sachant qu’ils peuvent se confier en lui. Mais ils lui rappellent non seulement ce qu’il a fait, mais aussi ce qu’il a dit par la bouche de David son serviteur : « Pourquoi se sont déchaînées les nations, et les peuples ont-ils projeté des choses vaines ? Les rois de la terre se sont trouvés là, et les chefs se sont réunis ensemble, contre le Seigneur et contre son Christ » (v. 25, 26), citation du Psaume 2:1, 2, dont l’accomplissement littéral aura lieu lorsque les nations se rassembleront autour de Jérusalem, contre le Seigneur, venu pour établir son royaume en gloire. Mais ces paroles se réalisèrent partiellement le jour où Satan réunit les représentants du monde entier, pour faire mourir Jésus. C’est l’application que les disciples font de ces paroles dans leur prière. « Car en effet, dans cette ville, contre ton saint serviteur Jésus que tu as oint, se sont assemblés et Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël, pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient à l’avance déterminé devoir être faites » (v. 27, 28).

Lorsque le Seigneur viendra en gloire, il anéantira les nations et les rois qui se seront élevés contre lui. Mais il n’a pas agi de la sorte vis-à-vis de ceux qui le crucifièrent, et qui, à leur insu, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, accomplirent ce que Dieu avait décidé dans ses conseils, savoir l’œuvre de la rédemption. Les nations subsistent, le monde s’oppose toujours au Seigneur et à ses témoins. Jusqu’à sa venue, son opprobre est la part de l’Église, haie du monde que Dieu laisse subsister pour l’heure de son jugement. Pour accomplir fidèlement leur service pendant ce temps, les croyants peuvent compter sur la puissance du Souverain, créateur du ciel et de la terre, et sur le secours de l’Esprit Saint envoyé pour eux. Les apôtres l’avaient compris ; aussi, ayant saisi la pensée de Dieu, ils ne lui demandent pas qu’il détruise leurs ennemis, mais : « Et maintenant, Seigneur, regarde à leurs menaces et donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse, en étendant ta main pour guérir, et pour qu’il se fasse des miracles et des prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus » (v. 29, 30). Les disciples connaissent la vanité de ce que les hommes projettent contre Dieu. Comment l’empêcheraient-ils d’accomplir ses desseins ? Semblables au vent qui soulève les vagues de la mer, ils peuvent effrayer les faibles serviteurs du Seigneur, s’opposer à eux, mais jamais vaincre la puissance qui les soutient. Le Créateur, et plus encore, Celui qui les a aimés, qui les a sauvés d’un péril bien plus grand, celui de la mort éternelle, et qui les a envoyés dans le monde porter le message du salut, les accompagnera et les protégera par la puissance de son Saint Esprit. Toutes nos difficultés, petites ou grandes, créent une occasion pour faire intervenir Dieu dans le sentiment de notre faiblesse, mais dans une pleine confiance en sa force et en son amour. Les disciples ne demandent que de pouvoir annoncer la parole en toute hardiesse et Dieu leur répond par une manifestation immédiate de sa puissance : « Et comme ils faisaient leur supplication, le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé, et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse » (v. 31).

Lorsque nos prières ont pour but la gloire de Dieu, nous avons l’assurance de leur exaucement, pas immédiat peut-être, car Dieu doit souvent opérer en nous une œuvre avant de pouvoir nous accorder ce que nous lui demandons. Dans le cas des disciples, rien n’empêchait Dieu de leur répondre ; ils étaient de son côté en dehors du monde qui s’opposait à lui. Aussi, il leur donna une preuve visible que sa puissance serait avec eux pour accomplir leurs désirs : « Ils furent tous remplis du Saint Esprit ». Nous aurons l’occasion de voir de quelle manière merveilleuse cette puissance, qui avait ébranlé le lieu où les apôtres étaient assemblés, les accompagna dans la suite.

 

5.5   Ch. 4 v. 32-37 — Effets de la Parole

« La multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme ; et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux » (v. 32). Ces chrétiens réalisaient ce que le Seigneur demandait à son Père dans sa merveilleuse prière du chapitre 17 de Jean, en parlant de ceux qui croiraient par la parole de ses envoyés : « Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé » (v. 21). Du moment que les croyants possèdent tous la même vie divine, ils sont un cœur et une âme, et cette vie manifestant chez tous les mêmes effets, il en résulte ce que l’on a appelé l’unité de communion. Le Saint Esprit agissait non seulement chez ceux qui prêchaient la parole, mais aussi en ceux qui l’avaient reçue par la foi ; car il est la puissance de la vie divine. À ce moment il n’était attristé en rien et pouvait manifester les caractères de cette vie dans leur pureté. Un cœur et une âme, provenant d’une même vie, caractérisaient cette foule qui avait cru.

Cette manifestation de la vie de Christ n’a plus lieu dans la même mesure aujourd’hui ; mais la vie étant toujours la même, si elle est libre de se manifester, elle le fait avec les mêmes caractères. Pour cela, il ne faut pas attrister le Saint Esprit par des fruits de la vieille nature, le péché, afin qu’il puisse agir en chaque croyant, ainsi cette unité de pensée, de sentiment, dans une pleine communion et dans l’amour, caractérise leur vie tout entière en témoignage devant le monde, qui devrait pouvoir reconnaître en cela que le Père avait envoyé son Fils. Chez ces premiers chrétiens, l’amour bannissait tellement l’égoïsme de la nature humaine, que ce qui était à soi appartenait à tous. Ce n’était pas le communisme qui dit : « Ce qui est à toi est à moi », mais l’amour qui dit : « Ce qui est à moi est à toi ».  Les biens matériels n’avaient de valeur que mis au service de l’amour. C’est aussi ce que l’on voit aujourd’hui, dans une mesure, là où la vie divine est active sous l’action de l’Esprit de Dieu, en obéissance à la Parole.

« Les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous » (v. 33). Sur cette grande vérité de la résurrection du Seigneur, base de toute la prédication de l’Évangile et de tout le christianisme, il importe d’insister aujourd’hui encore, car beaucoup la nient. Paul dit : « Si Christ n’a pas été ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés » (1 Corinthiens 15:17). Si le Seigneur Jésus n’avait pas été ressuscité, la mort dominerait sur lui, comme sur tous les hommes, et, comment saurait-on qu’il a porté nos péchés sur la croix et qu’ils sont expiés ? C’est le Saint Esprit, venu dans ce monde à la suite de la glorification de Christ, qui nous l’apprend. Il fallait, en effet, une grande puissance pour annoncer la résurrection de Jésus au milieu des Juifs, car aucun homme ne le vit ressuscité, sinon les disciples. Le mensonge des principaux sacrificateurs, disant que ceux-ci, venus de nuit, avaient dérobé son corps, trouva facilement créance (voir Matthieu 28:11-15). Il fallait la foi en un Christ mort et ressuscité pour être sauvé, alors comme aujourd’hui. La foi saisit les choses invisibles : c’est pourquoi le Seigneur n’est apparu ressuscité qu’à ceux qui avaient cru en lui avant sa mort.

L’Esprit de Dieu aime à rappeler dans les v. 34 à 35 ce qu’il a déjà dit dans les versets 44 à 46 du chap. 2, à savoir que tous ceux qui possédaient des biens les vendaient. Ces biens faisaient partie des choses terrestres. Les croyants réalisaient dans une si grande mesure qu’ils étaient du ciel et que là étaient leurs vrais biens, qu’ils n’attribuaient d’autre valeur à ce qu’ils possédaient que celle de leur utilité pour manifester l’amour entre eux. Aussi il n’y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse, tout le produit de la vente de leurs propriétés, ils le déposaient aux pieds des apôtres qui administraient sagement cette abondance selon les besoins. Un Cypriote, nommé Joseph, mais que les apôtres nommèrent Barnabas (fils de consolation), avait remis, lui aussi, le produit de la vente d’une terre. L’Esprit de Dieu nomme ce disciple parce qu’il sera un instrument béni dans l’œuvre, où nous le verrons agir selon la signification de son nom. Il est même nommé apôtre au chap. 14:14.

Il est bon de se souvenir que, dans la manière dont les disciples agissaient avec leurs biens au commencement, nous voyons la manifestation de la vie divine et les principes d’après lesquels elle agissait. Nous pouvons en faire autant, sans vendre et distribuer ce que nous possédons. Si nous avons des biens terrestres, nous n’avons qu’à les considérer comme la possession du Seigneur, et nous comme les administrateurs de choses qui ne nous appartiennent pas. Le Seigneur l’enseigne en Luc 16 : comme l’économe, nous pouvons utiliser les biens de notre Maître pour d’autres en vue de l’avenir. Paul ne dit pas à ceux qui sont riches dans le présent siècle de vendre leurs biens ; mais d’être « prompts à donner, libéraux, s’amassant comme trésor un bon fondement pour l’avenir, afin qu’ils saisissent ce qui est vraiment la vie » (1 Timothée 6:17-19). Le même apôtre enseigne aussi que ce ne sont pas seulement les riches qui doivent donner : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin » (Éphésiens 4:28). C’est une grande faveur, de la part de Dieu, de posséder une vie telle que celle dont nous voyons la manifestation si merveilleuse chez les premiers chrétiens ; elle nous aide à agir selon les mêmes principes d’amour, de dévouement, d’abnégation ; ils contrastent avec l’égoïsme du cœur naturel qui s’étale au grand jour au milieu du monde devant lequel nous sommes appelés à luire comme des luminaires. Pour que cette vie se développe et se manifeste, nous devons non seulement considérer ces premiers chrétiens, mais contempler le Seigneur ici-bas, la manifestation parfaite de la vie que nous possédons, notre modèle sans tache et sans faiblesse. Que Dieu nous donne à tous, grands et petits, de le faire sans nous laisser distraire par les intérêts de ce monde !

 

6                        Chapitre 5

6.1   Ch. 5 v. 1-11 — Ananias et Sapphira

Jusqu’ici nous avons vu la formation de l’Église et son développement dans toute sa fraîcheur. L’Esprit Saint, agissant librement, empêchait toute manifestation du cœur naturel. Ce qui vient de Dieu est toujours pur et porte ses caractères divins, contrastant avec ceux de l’homme naturel. Mais ce que Dieu a confié à la responsabilité de l’homme se ternit bientôt, se gâte et se dénature par l’activité du cœur naturel, incorrigible et désespérément mauvais, que le croyant porte toujours en lui.

Au début de l’histoire de l’humanité, Dieu créa Adam parfait, innocent, mais responsable de lui obéir sur un point seulement ; il ne le fit pas et tomba. Après le déluge Dieu recommença avec un monde nouveau, et en confia le gouvernement à Noé, qui se déshonora. La même déchéance eut lieu avec la sacrificature par Héli (1 Samuel 2), avec la royauté par Saül et toute la famille de David. La seule exception à cette règle humiliante aurait dû se produire avec l’Église, car, depuis l’œuvre accomplie à la croix, Dieu a agi tout autrement envers les hommes que dans les économies précédentes, en ce qu’il a donné aux croyants la vie divine, manifestée en Christ, et le Saint Esprit, puissance de cette vie pour agir en chacun d’eux ; ainsi la mauvaise nature qui habite en eux ne doit plus les caractériser, puisqu’ils ont le pouvoir et le devoir de se tenir pour morts au péché, afin de manifester la vie de Christ. Mais l’état de l’Église en ruine nous dit ce qui en est advenu durant les dix-neuf siècles de son existence, où l’on ne reconnaît que fort peu ce qui la distinguait dans ces quatre premiers chapitres des Actes. À peine un faible résidu en porte-t-il quelques caractères dont le Seigneur seul peut apprécier la réalité.

Le chap. 5 signale le début du mal. « Mais un homme nommé Ananias, avec Sapphira sa femme, vendit une possession, et, de connivence avec sa femme, mit de côté une partie du prix, et, en apportant une partie, la mit aux pieds des apôtres » (v. 1, 3). Entraînés par le mouvement puissant que produisait l’Esprit Saint sur les croyants, Ananias et sa femme ne voulurent pas rester en arrière ; mais le sacrifice qu’ils faisaient dépassait leur état spirituel. Il arrive souvent que l’on imite les bonnes actions d’autrui, sans que le mouvement provienne d’un cœur entièrement soumis au Seigneur. La chair non jugée veut avoir sa part de gloire en conservant pour elle ce qu’aux yeux des autres elle paraît avoir sacrifié. « Mais toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4:13). C’est ce dont Ananias et Sapphira firent l’expérience. Pierre dit : « Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint et que tu aies mis de côté une partie du prix de la terre ? Si elle fût restée non vendue, ne te demeurait-elle pas ? Et vendue, n’était-elle pas en ton pouvoir ? Comment t’es-tu proposé cette action dans ton cœur ? Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu » (v. 3, 4). La présence manifeste du Saint Esprit déployant une si grande puissance au milieu des disciples constituait la gravité de ce mensonge. L’amour de l’argent, actif dans le cœur d’Ananias et de Sapphira, n’avait pas été jugé et les avait soustraits à l’influence divine de l’Esprit Saint, en les poussant à préméditer cet acte, chose très grave aussi, qui montre que, froidement, ils décidèrent ensemble de mentir à l’Esprit Saint, ce qui était mentir à Dieu. Tout péché est un acte très grave puisqu’il offense Dieu. Il est bon de s’en souvenir, parce que nous sommes habiles à justifier nos fautes. Il faut avoir soin de juger toute pensée mauvaise dès qu’elle apparaît, sinon, nous nous familiarisons avec elle et perdons la conscience de la gravité du mal : « La convoitise, ayant conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort » (Jacques 1:15). C’est ce qui arriva à Judas ; Ananias et Sapphira en sont aussi un exemple frappant.

Nous voyons, dans ce que Pierre dit à Ananias, qu’il était parfaitement libre de vendre sa propriété ou de la garder, et, vendue, d’en conserver la valeur en tout ou en partie. La parole de Dieu, qui dirige la vie divine chez le croyant, n’est pas une loi imposée ; la vie du Seigneur — ses paroles — font autorité. Personne n’avait dit à ces croyants de vendre leurs biens et de les distribuer ; l’amour actif, dans la fraîcheur et la puissance de la vie divine, les portait à le faire pour secourir leurs frères dans le besoin. Chez Ananias et sa femme, cet amour s’affaiblissait par celui de l’argent ; leurs motifs n’étaient pas purs, et leur acte ne pouvait être bon.

Dans ce temps-là, où la présence de Dieu par l’Esprit Saint était si manifeste, un tel péché ne pouvait recevoir le pardon sous le gouvernement de Dieu. Aussi, en entendant Pierre, Ananias tomba mort. « Et une grande crainte s’empara de tous ceux qui entendirent ces choses. Et les jeunes hommes, se levant, le couvrirent, et l’ayant emporté dehors, l’ensevelirent » (v. 5, 6). Si Dieu a manifesté sa grâce et son amour en nous sauvant et en faisant de nous ses enfants bien-aimés, il est toujours le Dieu juste et saint qui a les yeux trop purs pour voir le mal. Nous sommes exhortés à le servir avec révérence et avec crainte, car, est-il dit, « notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:28, 29). Il faisait trembler et fumer la montagne de Sinaï ; il accompagnait son peuple dans le désert, mais aussi il s’est révélé à nous comme Père. Mais il ne peut supporter le péché.

« Et il arriva, environ trois heures après que sa femme, ne sachant pas ce qui était arrivé, entra ; et Pierre lui répondit : « Dis-moi, avez-vous donné le champ pour tant ? Et elle dit : Oui, pour tant. Et Pierre lui dit : Comment êtes-vous convenus entre vous de tenter l’Esprit du Seigneur ? Voici, les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront aussi. Et à l’instant elle tomba à ses pieds et expira. Et les jeunes hommes, entrant, la trouvèrent morte ; et ils l’emportèrent dehors, et l’ensevelirent auprès de son mari » (v. 7-10). À Sapphira, Pierre dit : « Comment êtes-vous convenus entre vous de tenter l’Esprit du Seigneur ? » et à Ananias : « Pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint ? » Ce péché avait deux caractères, intimement liés : mentir à l’Esprit Saint, auquel on ne peut rien cacher, et en même temps, le tenter, en essayant de voir s’il ignorerait leur acte. On ne doit pas tenter Dieu, le mettre à l’épreuve pour savoir s’il est fidèle dans ce qu’il dit. On doit le croire sans preuves. C’est ce que Satan voulut faire avec le Seigneur, lorsqu’il l’engageait à se jeter depuis le faîte du temple, puisqu’il est dit au Ps. 91:11, 12 : « Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre ». Jésus lui répondit : « Il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu », ce qui signifie : « Tu ne feras aucune chose qui aurait pour but de vérifier si ce que Dieu dit est vrai ». On doit croire ce que Dieu dit parce que c’est lui qui le dit. Si Dieu avait dit à Jésus de se jeter du haut du temple, il aurait obéi, et Dieu l’aurait protégé, comme dit le Psaume. En obéissant à Dieu nous sommes gardés. Lorsque nous désobéissons, Dieu doit nous ramener dans le chemin de l’obéissance, en nous faisant juger notre propre volonté, à moins que, comme pour Ananias et Sapphira, le péché commis soit à la mort (1 Jean 5:16, 17). C’est celui que peut accomplir un croyant et si grave qu’il doive mourir sous le gouvernement de Dieu. Ananias et Sapphira en sont le premier exemple dans l’Église. Il s’agit de la mort du corps, comme discipline, et non du salut de l’âme.

« Et une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses » (v. 11). Le Saint Esprit agissait non seulement pour former l’assemblée, mais aussi pour la purifier du mal qui pouvait s’y introduire. La manifestation de sa puissance produisait de la crainte chez tous. La crainte de Dieu devrait suffire pour préserver du mal, sans qu’il y ait besoin de la produire par l’exécution du jugement. On voit dans les Psaumes et les Proverbes tout ce qui se rattache à la crainte de l’Éternel, surtout en fait de bénédiction (*). Craindre Dieu, ce n’est pas avoir peur de lui ; c’est craindre de lui déplaire en lui désobéissant ; c’est une crainte qui découle de l’amour dont nous sommes aimés de Dieu que nous aimons en retour. Plus nous aimons quelqu’un, plus nous éviterons de lui déplaire.

 

(*) Chercher dans ces livres et dans celui de Job les passages qui parlent de la crainte de Dieu ou de l’Éternel et les méditer. Ils sont trop nombreux pour les énumérer ici.

 

6.2   Ch. 5 v. 12-16 — Puissance miraculeuse des apôtres

« Et beaucoup de miracles et de prodiges se faisaient parmi le peuple, par les mains des apôtres » (v. 12). La parole que les apôtres prêchaient était confirmée par des signes de puissance. C’est dans ce but que les miracles se produisaient. Ces manifestations de puissance prédisposaient les cœurs à recevoir l’Évangile ; mais la Parole seule opérait en eux, alors comme aujourd’hui. Les impressions les plus fortes ne servent à rien si la Parole de Dieu n’exerce pas la conscience. « Ils étaient tous d’un commun accord au portique de Salomon ; mais, d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux, mais le peuple les louait hautement ; et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes » (vers. 12-14). La puissance du Saint Esprit faisait éprouver la présence de Dieu au milieu de ces nouveaux convertis, mais tenait à l’écart ceux qui n’étaient que spectateurs d’une telle scène, tout en produisant chez le peuple l’admiration et la louange. Il est possible que ceux qualifiés « d’entre les autres » fussent les chefs religieux, distingués du peuple qui les louait hautement. Mais les croyants, en qui la Parole avait opéré, constituaient une autre classe. Ils se joignaient nombreux non aux apôtres, mais au Seigneur, sujet de la prédication ; on reconnaissait son autorité autant que sa grâce ; il est le centre d’attraction de ceux qui croient. Là où l’œuvre est considérée comme faite par lui, il est dit : « Le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (chap. 2:47). Ici, et comme au chap. 11, 23, 24, où l’on voit le travail des apôtres, les croyants se tournent vers le Seigneur, et non vers ses serviteurs. Désormais le Seigneur est tout pour eux ; ils vivent de lui, pour lui ; ils jouissent de sa communion, dans le rassemblement des siens ; c’est lui qui les y attire, et dans le ciel ils seront avec lui.

Si grande était la puissance de l’Esprit en Pierre qu’on apportait les infirmes dans les rues sur des petits lits, « afin que, quand Pierre viendrait, au moins son ombre passât sur quelqu’un d’eux. Et la multitude aussi des villes d’alentour s’assemblait à Jérusalem, apportant les infirmes et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes ; et ils étaient tous guéris » (v. 15, 16). C’est ce qui est appelé en Hébreux 6:5 « les miracles du siècle à venir ».  Lorsque le Seigneur établira son royaume en gloire, le Saint Esprit agira avec une grande puissance pour délivrer les hommes des conséquences du péché et du pouvoir de l’Ennemi ; on en voyait alors un exemple. Cette activité de l’Esprit Saint opérant sur la terre pour le règne de Christ, est appelée « la pluie de la dernière saison » (Os. 6:3 ; Zach. 10:1, etc.). Celle de la première saison a eu lieu à la Pentecôte, lorsque le Saint Esprit vint sur les croyants seulement, tandis que, lors de l’établissement du règne de Christ, il viendra pour tous et sera répandu sur toute chair pour la bénédiction millénaire (Joël 2:28, 29). En attendant, la puissante action de l’Esprit par les apôtres était un témoignage rendu au Christ que les Juifs avaient rejeté et à la Parole que les apôtres prêchaient. Cette action miraculeuse du Saint Esprit est tout autre que celle qu’il opère dans l’Église jusqu’à la venue du Seigneur. Elle a pour but de l’édifier en occupant les croyants de la personne du Seigneur au moyen de sa Parole et en faisant annoncer l’Évangile au monde. L’action miraculeuse du Saint Esprit a cessé de s’exercer dans l’Église dès le moment où elle fut établie. Si elle s’exerçait encore, ce serait au milieu des païens.

 

6.3   Ch. 5 v. 17-32 — Délivrance miraculeuse des apôtres

Voyant que le peuple louait hautement les apôtres et que leur influence s’étendait aux villes d’alentour d’où l’on apportait les infirmes à Jérusalem, le souverain sacrificateur et les sadducéens qui l’entouraient, éprouvèrent une violente jalousie et mirent les apôtres en prison. Ils voyaient diminuer leur prestige chez le peuple et voulaient à tout prix le conserver. Mais, comme nous l’avons déjà remarqué, leur rage se heurte à la puissance de Dieu qui est tout entière du côté des apôtres. « Un ange du Seigneur ouvrit de nuit les portes de la prison, et les conduisit dehors, et dit : Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie. Ce qu’ayant entendu, ils entrèrent, vers le point du jour, dans le temple, et ils enseignaient » (v. 17-21). Quel défi jeté publiquement à la prétendue autorité des chefs religieux ! Leurs yeux auraient dû s’ouvrir, afin de comprendre qu’il leur était inutile de lutter avec Dieu. Mais le Prince de ce siècle les avait aveuglés et les engageait toujours plus loin dans leur vaine résistance à celui qui l’a vaincu à la croix et qui agissait avec puissance pour délivrer ceux que le diable tenait sous son pouvoir, en les conduisant infailliblement vers la mort éternelle. Les apôtres devaient annoncer « au peuple toutes les paroles de cette vie », leur dit l’ange en les mettant en liberté. Merveilleux message que celui qui fait connaître les paroles d’une vie qui a triomphé de la mort, de Satan et du monde en Christ ressuscité, d’une vie éternelle que nous a donnée le Christ Jésus, vie que l’Évangile fait luire avec l’incorruptibilité (2 Tim. 1:1 et 10) au milieu d’une scène de mort, vie que l’on obtient par la foi.

Le souverain sacrificateur et son entourage, ignorant ce qui s’était passé pendant la nuit, assemblèrent le sanhédrin et envoyèrent chercher les apôtres. Les huissiers ne les trouvant pas dans la prison, en firent rapport : « Nous avons trouvé la prison fermée avec toute sûreté, et les gardes se tenant aux portes ; mais, ayant ouvert, nous n’avons trouvé personne dedans » (v. 22, 23). À l’ouïe de ces paroles tous ces dignitaires religieux furent en perplexité, « ne sachant ce que cela deviendrait » (v. 24). Jamais ils ne s’étaient trouvés aux prises avec de semblables difficultés. S’ils avaient eu un peu de sagesse, ils auraient abandonné la lutte ; mais leur orgueil ne le leur permit pas. Sur ces entrefaites quelqu’un arriva et leur dit : « Voilà, les hommes que vous avez mis en prison sont au temple et enseignent le peuple. Alors le commandant, avec les huissiers, s’en alla et les amena sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple » (v. 26, 27). Ils craignent le peuple, mais pas Dieu auquel ils sont opposés ; si leur vie n’avait pas été en danger, ils n’auraient pas craint, ils auraient agi envers les apôtres selon la méchanceté de leur cœur. Mais il n’y avait « point de crainte de Dieu devant leurs yeux », comme dit la Parole en Rom. 3:18. Les apôtres comparaissent devant le sanhédrin. Le souverain sacrificateur leur dit : « Nous vous avons expressément enjoint de ne pas enseigner en ce nom-là, et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme » (v. 28). Il est vrai qu’ils avaient défendu aux apôtres de parler du Seigneur (chap. 4) ; mais les apôtres ne s’étaient pas engagés à obéir ; au contraire, ils leur dirent : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu. Car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (v. 19, 20).

Ces hommes ne se rendent pas compte qu’ils usent d’une autorité qu’ils ne possèdent pas. Autrefois, ils auraient pu interdire d’enseigner contrairement à la loi de Moïse ; mais maintenant la loi est mise de côté comme moyen d’obtenir la vie ; elle est remplacée par la grâce qui donne la vie au croyant et pardonne le pécheur, grâce manifestée par le Christ que les chefs religieux ont rejeté. Ils se plaignent de ce que les apôtres, par leur enseignement, veulent faire venir sur eux le sang de Christ, qu’ils appellent « cet homme « ; ils ne veulent pas se souvenir que pour contraindre Pilate à le crucifier, ils s’écrièrent : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants » (Matt. 27:25). Le méchant est toujours prêt à accuser les autres des malheurs qu’il s’est attirés lui-même.

Voyant les actes de puissance accomplis au nom de Jésus et les résultats de ce qu’ils appellent « votre doctrine », leur conscience était probablement mal à l’aise. Pour la décharger, ils n’auraient eu qu’à confesser leur péché, se repentir ; la grâce s’offrait à eux comme à tous ; mais ces malheureux n’en étaient pas là. Sous le poids du sang de cet homme qui était leur Messie, le Fils de Dieu, ils persistent dans leur opposition à Dieu. Comme réponse, les apôtres précisent, en l’accentuant, ce qu’ils leur ont déjà dit au chapitre 4, de manière à faire comprendre à ces chefs religieux leur culpabilité d’avoir mis à mort le Seigneur. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes », disent-ils. « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés : et nous, nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (v. 30-32). Témoignage clair et puissant de la grâce de Dieu envers son peuple. Au lieu de demeurer sous la culpabilité du sang versé par leur haine contre Christ, la repentance et la rémission des péchés leur sont offertes, s’ils croient en Celui qu’ils ont crucifié, mais que la puissance de Dieu a élevé au titre de prince et sauveur. Ils avaient devant eux un témoignage complet de ce fait merveilleux, savoir les apôtres et le Saint Esprit, venu du ciel à la suite de la glorification de Jésus. Le Seigneur l’avait dit à ses disciples en parlant du Saint Esprit : « Celui-là rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que dès le commencement vous êtes avec moi » (Jean 15:26, 27). Aveuglés par le besoin de maintenir leur propre importance et de se justifier d’avoir mis à mort le Seigneur, le double et divin témoignage ne les touche pas.

 

6.4   Ch. 5 v. 33-42 — Un sage conseil

Non contents d’être responsables du sang innocent, ces chefs veulent encore ajouter à leur culpabilité la mort des apôtres : « Ayant entendu ces choses, ils frémissaient de rage, et tenaient conseil pour les faire mourir » (v. 33). S’ils avaient frémi à la pensée de leurs péchés, ils auraient trouvé le pardon en celui qu’ils avaient fait mourir ; mais, endurcis par leur orgueil, ils chargent leur conscience d’autres crimes. Cependant il se trouvait au milieu d’eux un homme sur lequel les paroles des apôtres semblent avoir confirmé que la main de Dieu pouvait agir dans l’œuvre dont ils étaient témoins. C’est Gamaliel, pharisien, docteur de la loi, honoré du peuple et aux pieds duquel Saul de Tarse avait été instruit (Actes 22:3). Il ordonna de faire sortir les apôtres pour un instant et tint devant le sanhédrin un discours (v. 35-37) dans lequel il conseilla de prendre garde de ne pas s’exposer à faire la guerre à Dieu. Il cita l’exemple de deux hommes mis à mort pour avoir entraîné à la révolte leurs partisans qui furent dispersés, parce qu’ils accomplissaient une œuvre mauvaise. « Ne vous mêlez plus de ces hommes », ajouta-t-il, « et laissez-les ; car si ce dessein ou cette œuvre est des hommes, elle sera détruite ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez les détruire ; — de peur que vous ne soyez même trouvés faire la guerre à Dieu » (v. 38, 39). Il y avait chez Gamaliel « la crainte de l’Éternel qui est le commencement de la sagesse. Tous ceux qui pratiquent ses préceptes auront une bonne intelligence » (Psaume 111:10). Cette crainte l’empêchait de partager la haine qui caractérisait les autres membres du sanhédrin. Dieu se servit de lui pour délivrer ses serviteurs des mains de leurs adversaires. Tous se rangèrent à son avis. « Et ayant appelé les apôtres, ils leur enjoignirent, après les avoir battus, de ne pas parler au nom de Jésus, et les relâchèrent » (v. 40).

Leur désir de ne pas faire la guerre à Dieu était peu profond, puisqu’ils firent battre les apôtres et leur renouvelèrent la défense de prêcher au nom de Jésus. Ils aggravaient leur culpabilité et, dans leur aveuglement, marchaient au-devant des terribles jugements de Dieu.

Les coups, les menaces, la défense de parler au nom de Jésus, n’avaient aucune influence sur les apôtres, sinon qu’ils se réjouirent « d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom ; et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ, dans le temple et de maison en maison » (v. 41, 42). Ils se montraient ainsi les disciples d’un Christ victorieux, quoique rejeté ; la puissance de l’Esprit Saint les soutenait, pour les affranchir de la crainte des hommes. Il en sera toujours ainsi pour ceux qui marcheront dans le chemin de la simple obéissance au Seigneur en ne craignant que de lui déplaire.

Nous sommes privilégiés de pouvoir rendre témoignage sans subir les persécutions qu’ont endurées les apôtres et tant de croyants après eux ; mais notre fidélité est-elle en rapport avec les avantages dont nous jouissons ? Le monde n’aime pas plus le Seigneur aujourd’hui qu’alors ; mais il reste plus indifférent à ce qui caractérise la fidélité chrétienne. L’ennemi se sert de cette indifférence qui laisse chacun libre de penser, comme il l’entend, a l’égard des choses de Dieu, pour attirer les rachetés dans le courant du monde, tandis que la persécution les en repoussait. Pour éviter la mondanité, nous avons besoin de l’énergie spirituelle qui caractérisait les chrétiens, lorsqu’ils enduraient les persécutions. La crainte de la désapprobation ou d’un sourire moqueur, si nous confessons le nom du Seigneur, nous effrayent et nous empêchent de lui être fidèles tout autant et plus que les coups, la prison ou le martyre de jadis. Cependant ce que le Seigneur a dit est vrai pour tous et pour tous les temps : « Quiconque me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux » (Matt. 10:32, 33).

 

7                        Chapitre 6

7.1   Ch. 6 v. 1-7 — Murmures des Hellénistes

« Or en ces jours-là, le nombre des disciples se multipliant, il s’éleva un murmure des Hellénistes contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service journalier » (v. 1). Au sein de la fraîcheur première de l’œuvre de Dieu, alors que le nombre des disciples s’était multiplié, nous voyons que le cœur naturel se montre par l’égoïsme et le mécontentement en présence de l’activité de l’amour. Tels sont nos cœurs à tous. Nous avons vu comment l’amour se manifestait chez ces premiers chrétiens. Ils vendaient leurs possessions et en apportaient la valeur aux apôtres, qui les distribuaient à chacun selon les besoins. Mais le croyant a toujours en lui sa mauvaise nature ; elle ne peut changer. Si la vie divine n’est pas active en lui, dans la jouissance de la grâce dont il est l’objet de la part du Seigneur, l’ancienne nature réapparaît dans sa laideur. Nous en avons vu une manifestation grossière chez Ananias et Sapphira, que l’amour de l’argent conduisit à tromper pour se donner l’air généreux. Dans le cas des Hellénistes, le mal était moins grave et cependant très répréhensible en présence de la grâce active en leur faveur. Leurs murmures provenaient d’une certaine jalousie. Il est fort possible que les Hébreux, pensant toujours à leur supériorité religieuse, aient été plus larges avec leurs veuves qu’avec celles des Hellénistes. Mais, quoi qu’il en fût, les murmures n’auraient pas dû se produire. S’il y avait quelque plainte à formuler, il fallait la présenter directement aux apôtres, qui auraient réglé cette difficulté avec sagesse, comme ils surent le faire ensuite. Mais ce qui eût été mieux encore, c’était de remettre cela au Seigneur, et s’attendre à lui. Nous avons toujours à veiller sur notre nature facilement mécontente, portée à envier les avantages de nos frères, au lieu d’être reconnaissants envers le Seigneur de ce que nous avons et de ce qu’il leur donne. Il est dit : Soyez « contents de ce que vous avez présentement » (Hébreux 13:5). Que de maux sont résultés de ce que l’on n’a pas réalisé ce contentement d’esprit !

Les Hellénistes étaient des Juifs qui avaient longtemps séjourné hors de leur pays et qui parlaient le grec ; il pouvait y avoir aussi parmi eux des prosélytes, des Grecs qui avaient embrassé le judaïsme. Nicolas, un des sept qui furent désignés, au v. 5, pour faire les distributions, en était un. Il pouvait donc exister aussi une légère jalousie nationale que les chrétiens doivent éviter, car les enfants de Dieu sont tous de la même patrie céleste, où il n’y a pas « Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre ; mais où Christ est tout et en tous » (Colossiens 3:11).

Dans le cas d’Ananias, la puissance de l’Esprit délivra l’assemblée du mal grossier par le jugement exécuté sur les coupables. Ici, le mal est conjuré par la sagesse des apôtres, avec un esprit de grâce. Ils firent venir la multitude des disciples et leur dirent : « Il ne convient pas que, laissant la parole de Dieu, nous servions aux tables. Jetez donc les yeux, frères, sur sept hommes d’entre vous, qui aient un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse, que nous établirons sur cette affaire. Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole » (v. 2-4).

Aux douze apôtres, auxquels on remettait les dons, incombait un travail considérable pour les répartir aux nécessiteux ; cette opération leur prenait un temps utile dont ils avaient besoin pour vaquer au service de la Parole et de la prière, les deux grands moyens par lesquels le troupeau du Seigneur peut être édifié et s’accroître. Le Seigneur se servit de l’incident survenu pour dégager les apôtres de ce travail absorbant. Ils agirent avec une grande sagesse en ne choisissant pas eux-mêmes ceux qui devaient administrer les dons. Leur proposition plut à la multitude qui choisit sept hommes d’entre eux (v. 5). Nous voyons, par les noms de ces sept serviteurs ou diacres, qu’ils devaient tous être des Hellénistes. Ce choix donnait pleine satisfaction aux plaignants Hellénistes et témoignait du désintéressement de la partie juive des disciples. C’était l’amour qui ne cherche pas son propre intérêt. Les apôtres acceptèrent ce choix, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains, montrant par là leur approbation et leur identification avec ces hommes qu’ils revêtaient de cette charge.

On voit quelle importance les apôtres mettent à ce service. Il fallait des hommes qui eussent un bon témoignage, et pleins de l’Esprit Saint, afin qu’ils agissent selon la pensée de Dieu, sans partialité. Lors même qu’il n’y ait en jeu que des soins matériels, ce qui leur donne de l’importance, c’est qu’ils font partie de l’œuvre de Dieu et concernent son Assemblée, où tout doit être accompli fidèlement, avec grâce et justice. Ces dons qui abondaient alors, comme aujourd’hui les dons qu’une Assemblée doit administrer, appartiennent au Seigneur. L’apôtre Paul dit que « ce qui est requis dans des administrateurs, c’est qu’un homme soit trouvé fidèle » (1 Corinthiens 4:2). Il montre avec quelle délicatesse il s’acquitte du service dont il avait été chargé pour porter à Jérusalem les dons des assemblées de la Macédoine et de l’Achaïe : « Évitant », dit-il, « que personne ne nous blâme dans cette abondance qui est administrée par nous ; car nous veillons à ce qui est honnête, non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes » (2 Corinthiens 8:20, 21). Tout ce que le chrétien doit faire, et tout particulièrement ce qui concerne l’Assemblée, doit être fait sous le contrôle du Seigneur qui nous a communiqué sa pensée dans sa Parole.

Nous allons voir qu’Étienne, désigné comme un homme plein de foi et de l’Esprit Saint, ne se vouait pas seulement au service des tables, mais, comme il avait fait de grands progrès, il accomplit un service bien supérieur. Nous retrouverons aussi Philippe, l’un des sept, devenu l’évangéliste qui prêcha le premier dans une ville de la Samarie. Lorsqu’un chrétien s’acquitte fidèlement d’un service que lui a confié le Seigneur, si simple qu’il soit, il acquiert un bon degré pour lui et « une grande hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus », dit Paul à Timothée (1 Tim. 3:13). Le Seigneur dit aussi : « Prenez donc garde comment vous entendez ; car à quiconque a, il sera donné, et à quiconque n’a pas, cela même qu’il paraît avoir sera ôté » (Luc 8:18). Tout service, si ignoré soit-il, doit se faire pour le Seigneur, et par conséquent avec le sérieux, les soins et le dévouement dus à un tel Maître, qui nous a donné un exemple parfait du divin serviteur en venant du ciel dans ce monde pour nous sauver.

« La parole de Dieu croissait », est-il dit, « et le nombre des disciples se multipliait beaucoup dans Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi » (v. 7). La Parole est identifiée aux fruits qu’elle produisait chez ceux qui l’entendaient, dont le nombre augmentait merveilleusement. La foule des sacrificateurs obéissait à la foi, en contraste avec la loi. La foi désigne souvent l’ensemble des vérités chrétiennes. Paul parle aussi de « l’obéissance de la foi » (Romains 1:5) ; elle consiste à croire et à marcher selon la vérité que la foi saisit. Les sacrificateurs qui devenaient croyants étaient nombreux ; mais, quoique pas tous en charge, ils gardaient leur titre, d’où leur grand nombre.

 

7.2   Ch. 6 v. 8-15 — Étienne

« Or Étienne, plein de grâce et de puissance, faisait parmi le peuple des prodiges et de grands miracles » (v. 8). Plein aussi de foi et de l’Esprit Saint, Étienne ressemblait, dans une grande mesure, à son divin Maître, et il lui fut donné de lui ressembler jusqu’à sa mort, qui eut lieu le jour même, pour avoir dit la vérité aux Juifs. Introduit dans le service comme serviteur, le Saint Esprit le suscite pour déclarer au peuple son état.

Des Juifs venus de l’étranger commencèrent à disputer avec Étienne. Quelques-uns, appelés libertins (ou affranchis), probablement affranchis de l’esclavage pendant un temps de transportation, avaient, paraît-il, une synagogue à eux. D’autres venaient de Cyrène (côte nord de l’Afrique), d’Alexandrie, de Cilicie (Asie-Mineure) et d’Asie. Peut-être s’en prirent-ils à Étienne, parce qu’il était, vraisemblablement, d’origine étrangère (son nom signifie « couronne »). Mais « ils ne pouvaient pas résister à la sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait ».  Comment l’homme naturel, malgré sa sagesse et son érudition, s’opposerait-il à l’action de l’Esprit de Dieu ? Le Seigneur n’avait-il pas dit aux disciples : « Moi je vous donnerai une bouche et une sagesse, à laquelle tous vos adversaires ne pourront... résister » (Luc 21:15). Ne pouvant tenir tête à Étienne avec droiture, ces gens engagèrent des hommes à l’accuser faussement devant le sanhédrin, sous prétexte de l’avoir « ouï proférant des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu » (v. 11), ce qui souleva contre lui le peuple, les anciens et les scribes. Mais pour que les accusations portées contre Étienne fussent admises par ce tribunal religieux, selon la loi (Deut. 19:15), il fallait des témoins ; ils en présentèrent de faux qui dirent : « Cet homme ne cesse pas de proférer des paroles contre le saint lieu et contre la loi ; car nous l’avons entendu dire que ce Jésus le Nazaréen détruira ce lieu-ci, et changera les coutumes que Moïse nous a enseignées. Et tous ceux qui étaient assis dans le sanhédrin, ayant leurs yeux arrêtés sur lui, virent son visage comme le visage d’un ange » (v. 13-15). Ces hommes faisaient usage de vérités qu’Étienne avait sûrement articulées en parlant des jugements qui atteindraient Jérusalem, si le peuple persistait à rejeter le Seigneur. Il pouvait affirmer que la ville serait détruite, et elle l’a été. Ils interprétaient les vérités du christianisme comme un changement du système légal enseigné par Moïse ; la grâce remplaçait la loi. Mais Moïse ne se mettait nullement en contradiction avec le Christ qui était prêché au peuple. Le Seigneur avait dit aux Juifs : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi ; car lui a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jean 5:46, 47). Étienne cite (chap. 7:37), un passage où Moïse parle du Seigneur. Les hommes ont toujours déployé de l’habileté pour déformer le sens des paroles de vérité qui leur sont adressées, afin d’échapper à leur action sur leur conscience. Étienne était si près du Seigneur et tellement au-dessus de ses accusateurs, que son visage reflétait un caractère céleste à la vue de tous.

Le chapitre suivant contient le discours qu’il prononça devant le sanhédrin et par lequel il démontra aux Juifs que le rejet de Christ ne faisait que couronner leur opposition à Dieu tout au long de leur histoire. Ne pouvant supporter une vérité qui transperçait leur conscience et les condamnait définitivement, ils le lapidèrent, pensant ainsi faire taire la voix de Dieu. Il en résulta que l’Évangile fut porté aux nations et que le peuple juif demeure rejeté jusqu’au jour où il dira : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », cri du résidu juif à venir, après qu’il aura traversé un temps d’épreuves terribles qui le formeront pour jeter cet appel au-devant du Seigneur.

 

8                        Chapitre 7— Discours d’Étienne

Après avoir entendu les accusations portées contre Étienne, le souverain sacrificateur lui dit : « Ces choses donc sont-elles ainsi ? » Étienne répondit en exposant devant tous l’histoire du peuple d’Israël depuis l’appel d’Abraham jusqu’à son introduction par Josué dans le pays de Canaan, avec une allusion à la construction du temple de Salomon, mais pour montrer que Dieu n’habite pas dans des demeures faites de mains d’hommes. Il termine en leur disant que sans avoir gardé la loi, ils ont mis à mort le Juste, après avoir tué les prophètes qui avaient annoncé sa venue. Ce discours avait pour but d’atteindre la conscience du peuple en plaçant devant les Juifs leur culpabilité.

 

8.1   Ch. 7 v. 1-19 — De l’appel d’Abraham à Moïse

Étienne s’adresse au sanhédrin en appelant ses auditeurs : « Hommes frères et pères ».  Il se considère encore comme faisant partie de ce peuple pendant que Dieu prenait patience envers lui ; ce temps allait prendre fin. Il prend leur histoire à son début en leur rappelant de quelle manière Dieu avait agi pour se former un peuple à part des autres nations. Celles-ci s’étaient formées depuis l’époque de la tour de Babel ; chacune avait sa langue. Mais elles ne tardèrent pas à se plonger dans l’idolâtrie. Elles « ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance... d’un homme corruptible et d’oiseaux et de quadrupèdes et de reptiles » (Romains 1:23). Alors Dieu apparut à Abraham pour le faire sortir de son pays et de sa parenté. Étienne appelle Dieu, « le Dieu de gloire », car la gloire est l’ensemble de toutes les perfections divines, manifestées dans la personne de Christ ici-bas et qui brilleront éternellement en Lui. Il est dit qu’il était « le resplendissement de la gloire de Dieu et l’empreinte de sa substance » (Hébreux 1:3), alors que les hommes ne voyaient en lui aucune beauté.

Ce Dieu de gloire appela Abraham à sortir de son pays et de sa parenté pour venir au pays qu’il lui montrerait ; car sa famille était aussi idolâtre (Josué 24:2, 3). Abraham habitait alors Ur des Chaldéens, en Mésopotamie. Mais au lieu de sortir de son pays et de sa parenté, il habita Charan avec son père jusqu’à la mort de celui-ci (Genèse 11 et 12). Après la mort de Térakh, Dieu fit entrer Abraham en Canaan où il vécut en étranger, mais avec la promesse qu’il aurait ce pays, ainsi que sa postérité, lorsqu’elle aurait séjourné dans une terre étrangère, où elle serait asservie et maltraitée pendant quatre cents ans. Après ce temps, Dieu jugerait la nation qui l’aurait asservie, et, dit Étienne, en citant Genèse 15:13-16, « Ils sortiront et me serviront en ce lieu-ci ». Le but de Dieu, en formant pour lui-même un peuple à part des autres nations, était qu’il le servît dans le pays qu’il lui avait donné, en contraste avec les autres nations qui adoraient les idoles. Il en va de même pour les chrétiens depuis la mort de Christ. Paul dit aux Thessaloniciens : « Vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils » (1 Thess. 1:9). Il y a une différence pourtant : Dieu donne au croyant une vie par laquelle il peut le servir, tandis que, sous l’ancienne alliance, tout Juif devait servir l’Éternel, tout en ayant une nature qui ne pouvait se soumettre à sa volonté. C’était le temps de l’épreuve de l’homme en Adam.

À Abraham, étranger dans le pays de la promesse, naquit Isaac, à Isaac Jacob, à Jacob les douze patriarches.

Ici commence le récit que l’Esprit de Dieu voulait placer devant les Juifs par la bouche d’Étienne, savoir l’opposition de ce peuple à Dieu, dès le commencement de son histoire. Joseph est un des types de Christ les plus beaux et les plus complets. Le songe qu’il fit (Genèse 37) et qui le désignait comme type du Seigneur qui régnerait un jour, s’accomplit lorsqu’il fut élevé à un poste glorieux en Égypte. Joseph était aimé de son père tout particulièrement, comme le fils aîné de Rachel, qui mourut à la naissance de Benjamin. À cause de cela ses frères le détestaient et leur haine se manifesta encore davantage lorsqu’ils entendirent le songe rapporté en Genèse 37:6-8. Étienne le rappelle en disant : « Les patriarches, étant pleins d’envie contre Joseph, le vendirent pour être mené en Égypte » (v. 9). L’histoire de Joseph est trop connue pour que nous entrions dans ses détails. Il est facile de retrouver chez les frères de Joseph la haine pour Christ qui caractérisait le peuple auquel Étienne s’adressait, et en Joseph un type du Seigneur Jésus, vendu par ses frères pour trente pièces d’argent. Pilate savait que les Juifs l’avaient « livré par envie » (Matthieu 27:18). Mais, quoique rejeté par ses frères, Dieu était avec lui, dit Étienne, « et il lui fit trouver grâce et sagesse auprès du Pharaon, roi d’Égypte ; et il l’établit gouverneur sur l’Égypte et sur toute sa maison » (v. 10). C’est ce que Dieu a fait de son Fils, rejeté par les hommes. Nous avons vu que Pierre dit aux Juifs (chap. 2:36) : « Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié ». Au Psaume 8:5, 6 nous lisons : « Tu l’as fait de peu inférieur aux anges, et tu l’as couronné de gloire et d’honneur ; tu l’as fait dominer sur les œuvres de tes mains ; tu as mis toutes choses sous ses pieds ». Il est vrai que « nous ne voyons pas encore que toutes choses lui soient assujetties ; mais nous voyons Jésus... couronné de gloire et d’honneur » (Hébreux 2:9), attendant que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds (Psaume 110:1). C’est ce qui s’accomplira après l’enlèvement de l’Église. Alors ceux qui l’ont percé le reconnaîtront, lorsqu’ils auront traversé un temps d’épreuves terribles, figuré par l’épreuve à laquelle Joseph soumit ses frères avant de se faire connaître à eux. C’est la famine qu’ils endurèrent au pays de Canaan qui les conduisit aux pieds de leur frère élevé à la gloire suprême. Étienne le rappelle : « Il survint une famine dans tout le pays d’Égypte et en Canaan, et une grande détresse, et nos pères ne trouvèrent pas de nourriture. Et Jacob, ayant ouï dire qu’il y avait du blé en Égypte, y envoya une première fois nos pères ; et, la seconde fois, Joseph fut reconnu de ses frères, et la famille de Joseph fut connue du Pharaon. Et Joseph envoya chercher son père Jacob, et toute sa parenté, en tout soixante-quinze âmes » (v. 11-14). Ainsi le peuple se trouva en Égypte où il fut asservi et se multiplia, jusqu’à sa délivrance par Moïse. Jacob et ses fils y moururent, mais leurs os furent transportés au pays de Canaan. Ils avaient, comme Abraham, la foi que le pays leur appartiendrait un jour et qu’ils en jouiraient lors même qu’ils mourraient auparavant ; c’est pourquoi ils voulaient y être ensevelis, afin de ressusciter là et d’avoir leur part aux bénédictions que Dieu leur avait promises. Ils y auront part, en effet ; ils ressusciteront et seront glorifiés, pour jouir, depuis la gloire céleste, de l’accomplissement de tout ce que Dieu avait dit aux pères. Le Seigneur dit aux Juifs : « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et s’est réjoui » (Jean 8:56). Toutes les promesses que Dieu a faites à Abraham s’accompliront sous le règne de Christ ; c’est pourquoi le Seigneur dit qu’il a vu son jour et s’en est réjoui. Il l’a vu par la foi. Les Juifs ne l’ont pas compris. Ils crurent que le Seigneur disait qu’il avait vu Abraham, ce qui, du reste était vrai, puisque c’est lui, l’Éternel, qui lui avait parlé.

« Mais comme le temps de la promesse que Dieu avait promise à Abraham, approchait, le peuple s’accrut et se multiplia en Égypte, jusqu’à ce qu’il se leva un autre roi sur l’Égypte, qui ne connaissait pas Joseph. Celui-ci, usant de ruse contre notre race, maltraita les pères jusqu’à leur faire exposer leurs enfants pour qu’ils ne demeurassent pas en vie » (v. 17-19). Le temps de la promesse est celui que Dieu désigna à Abraham en disant que sa semence serait opprimée pendant quatre cents ans, mais qu’après cela, ils sortiraient avec de grands biens (Genèse 15:13, 14). Ce temps approchait, mais la délivrance devait être précédée d’un temps de détresse, car si le peuple d’Israël avait joui de la faveur des Égyptiens et de l’aisance, il aurait eu peine à sortir du pays. Il devait éprouver le dur esclavage du Pharaon, pour crier, afin que l’Éternel le délivrât. Il en va de même pour une âme qui trouve son bonheur dans le monde ; elle ne pense pas à son salut ; elle tient à rester où elle trouve son bonheur. Mais si les circonstances changent et deviennent douloureuses ; si Dieu lui fait sentir, par ce moyen, la domination cruelle de Satan, la vanité de tout ce qui est visible, et, au-dessus de tout, son état de péché, le jugement à venir : cette âme criera après la délivrance et recevra la réponse du Dieu Sauveur. Dieu permet souvent que des difficultés de tous genres s’abattent sur ceux qu’Il veut sauver. C’est ce qu’illustre l’histoire de l’enfant prodigue.

Ce roi qui ne connaissait pas Joseph appartenait à une autre dynastie que celui qui établit Joseph comme gouverneur et installa sa famille dans le pays de Goshen. Les chap. 1 et 2 de l’Exode nous donnent l’historique de ce que dit Étienne dans les versets 17-19.

 

8.2   Ch. 7 v. 20-53 — De Moïse à Christ

Étienne raconte brièvement ce qui concerne Moïse jusqu’à ce qu’il se mît en rapport avec ses frères, croyant qu’ils comprendraient que Dieu les délivrerait par son moyen. Il dit seulement que Moïse naquit à l’époque où Israël subissait l’oppression et où le Pharaon cherchait à éteindre la race en tuant tous les enfants mâles. Il était divinement beau, est-il dit, et cet enfant, élu de Dieu pour délivrer son peuple, portait une empreinte divine que discernait la foi de ses parents (voir Hébreux 11:23). C’est pourquoi ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi. Mais le moment arriva où, ne pouvant plus cacher l’enfant dans leur maison, ils l’exposèrent sur le Nil, où la fille du Pharaon le trouva et le prit pour l’élever pour elle dans la maison même de celui qui avait prescrit sa mort. Dieu est tout-puissant et l’homme est nul pour s’opposer à ses conseils ; il peut même être, malgré lui, un instrument pour les accomplir.

« Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens ; et il était puissant dans ses paroles et dans ses actions. Mais quand il fut parvenu à l’âge de quarante ans, il lui vint au cœur de visiter ses frères, les fils d’Israël ; et voyant l’un d’eux à qui l’on faisait tort, il le défendit, et vengea l’opprimé, en frappant l’Égyptien. Or il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main, mais ils ne le comprirent point » (vers. 22-25). Moïse pouvait penser que Dieu, l’ayant placé à la cour du roi, se servirait de sa position élevée pour délivrer ses frères ou adoucir leur sort. Or Dieu ne voulait pas seulement les soulager de leur dur service, mais les délivrer entièrement du pouvoir du Pharaon, figure de Satan, prince de ce monde, qui tient captifs tous les hommes depuis la chute. Dieu montra à Moïse que, pour délivrer son peuple, il ne pouvait se servir du Pharaon lui-même. Il devait au contraire être vaincu, comme il le fut à la mer Rouge. Pour arracher les hommes au pouvoir de Satan, le Seigneur a dû remporter une victoire complète sur lui à la croix.

Moïse savait qu’Israël serait délivré. Ses hautes fonctions ne lui firent pas perdre de vue son peuple. Sa foi était active. En Hébreux 11, tout ce qui est dit de lui est attribué à sa foi. Mais il ne suffit pas d’avoir le désir de servir le Seigneur ; il faut être formé par lui, à son école, où l’activité de la chair est brisée pour faire place à la dépendance de Dieu, qui ne se sert que d’instruments sans volonté propre et dépendants de lui. C’est pourquoi Moïse dut aller quarante ans en Madian, pour que Dieu fît de lui le serviteur qu’il pût employer, une fois qu’il aurait perdu toute confiance en lui-même. Pendant ce temps, la souffrance du peuple augmenta de manière à lui faire accueillir la délivrance avec bonheur.

Ce qu’Étienne place tout particulièrement devant les Juifs, c’est que leurs pères repoussèrent Moïse, au lieu de comprendre qu’il voulait les délivrer, tout comme les Juifs vis-à-vis du Seigneur. Après avoir frappé l’Égyptien, Moïse chercha à intervenir entre deux Israélites qui se battaient ; « mais celui qui faisait tort à son prochain, le repoussa, disant : Qui t’a établi chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer, toi, comme tu tuas hier l’Égyptien ? » (v. 26-28). On admet l’intervention de Moïse dans un différend entre Israélite et Égyptien, mais, entre frères, on ne la supporte pas. C’est ce qui arriva avec le Seigneur. S’il avait promis de les délivrer du joug de l’étranger, les Juifs l’auraient reçu ; mais du moment qu’il leur montrait leurs propres fautes, ils le rejetèrent. Voyant le meurtre de l’Égyptien connu, Moïse s’enfuit au pays de Madian, où il demeura jusqu’à l’appel de Dieu.

Joseph et Moïse, rejetés par leurs frères, sont des types du Seigneur Jésus à deux points de vue. Joseph vendu par ses frères, emmené hors du pays, se voit porté au faîte de la gloire. Pendant ce temps il épouse une étrangère. De même Christ rejeté a été glorifié et, lorsqu’il sera reconnu de ses frères, il aura une épouse, l’Église, prise d’entre les gentils.

Moïse, également rejeté, s’en va aussi dans un pays étranger, mais il conserve son caractère d’étranger. Lui aussi a une épouse qui partage son rejet au lieu de partager sa gloire, comme celle de Joseph. On voit, par les noms que Moïse donna à ses fils, que son séjour en Madian lui fut pénible. Il appela l’un d’eux Guershom, ce qui signifie « séjournant là », et l’autre Éliézer, « Dieu une aide ».  Il réalisait douloureusement son séjour loin de son peuple souffrant auquel il s’identifiait, car il est dit de lui : « Choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché » (Héb. 11:25). Il lui fallait une aide pour traverser ce temps-là, il la trouva en Dieu, comme Éliézer l’indique. Mais les noms que Joseph donne à ses fils en Égypte, n’indiquent pas la souffrance. L’un se nommait Manassé, qui veut dire « oubli », et l’autre Éphraïm, « double fertilité ».

L’épreuve écoulée (le chiffre quarante représente toujours un temps d’épreuve complet), un ange apparut à Moïse au désert de Sinaï dans la flamme d’un buisson. En Exode 3, il est dit que le buisson ne se consumait pas lors même qu’il brûlait. C’était une figure du peuple d’Israël dans la souffrance ; mais l’ange de l’Éternel demeurait avec lui et il ne pouvait être consumé. Il était le peuple élu de Dieu. « Moïse, voyant cela, fut étonné de la vision ; et comme il approchait pour regarder, une voix du Seigneur se fit entendre : Moi, je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, et d’Isaac, et de Jacob. Et Moïse, devenu tout tremblant, n’osait regarder » (v. 31, 32). Dieu rappelle qu’il a fait les promesses aux pères. « Je suis » : c’est l’Éternel, toujours le même, pour accomplir ce qu’il a dit. Le peuple passait par le feu de l’épreuve, il est vrai ; c’était nécessaire pour sa purification, car le Dieu auquel il appartenait et qui voulait le racheter d’Égypte est un Dieu saint. C’est pourquoi le Seigneur dit à Moïse lorsqu’il veut s’approcher : « Délie les sandales de tes pieds ; car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte » (v. 33). La grâce de Dieu qui nous apporte le salut et nous délivre de la puissance du prince de ce monde ne peut être séparée de la sainteté. Pour être en relation avec Dieu, il faut se purifier de toute la souillure qui s’attache aux pieds ; c’est pourquoi Moïse devait se déchausser. De même le croyant, rendu saint par l’œuvre de Christ, ne peut réaliser la communion avec Dieu qu’en jugeant pratiquement la souillure qui s’attache à sa marche. Après avoir compris ce qui convenait à la sainteté de Dieu, Moïse entend des paroles de grâce : « J’ai vu, j’ai vu l’oppression de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu leur gémissement, et je suis descendu pour les délivrer ; et maintenant, viens, et je t’enverrai en Égypte » (v. 34). Dieu délivrera son peuple ; mais il lui faut un instrument pour cela ; il le trouve en Moïse qu’il a préparé lui-même à ce service. Il peut lui dire : « Viens, je t’enverrai en Égypte ». Étienne ne rappelle pas tout l’entretien de Moïse avec l’Éternel, en Exode 4, où nous voyons toutes les objections que formule Moïse. Il fait ressortir ici que ce Moïse qu’ils avaient rejeté en disant : « qui t’a établi chef et juge sur nous ? » est précisément celui que Dieu a envoyé pour « chef et pour libérateur, par la main de l’ange qui lui était apparu au buisson » (v. 35). De même, prochainement, après l’enlèvement de l’Église, celui que les Juifs rejetèrent délivrera le résidu de la main d’oppresseurs encore plus grands que le Pharaon : l’Antichrist et le Chef de l’empire romain renouvelé, sous lesquels il souffrira la grande tribulation.

Étienne insiste encore disant : « C’est lui qui les conduisit dehors, en faisant des prodiges et des miracles dans le pays d’Égypte, et dans la mer Rouge, et au désert pendant quarante ans » (vers. 36). Tous les Juifs honoraient hautement Moïse ; ils se prévalaient de ce que l’Éternel lui avait parlé. Ils disent à l’aveugle guéri : « Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais pour celui-ci (Jésus), nous ne savons d’où il est » (Jean 9:29). Étienne cite une parole de Moïse pour mettre les Juifs à l’épreuve et les convaincre de leur affreuse culpabilité : « C’est ce Moïse qui a dit aux fils d’Israël : Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; écoutez-le » (v. 37). Ce prophète, c’est Christ, tel que le présente l’évangile selon Marc. L’ont-ils écouté ? Il ajoute encore : « C’est lui — Moïse — qui fut dans l’assemblée au désert, avec l’ange qui lui parlait sur la montagne de Sinaï, et avec nos pères ; qui reçut des oracles vivants pour nous les donner ; auquel nos pères ne voulurent pas être soumis ; mais ils le repoussèrent et retournèrent de leur cœur en Égypte, disant à Aaron : Fais-nous des dieux qui aillent devant nous, car, quant à ce Moïse qui nous a conduits hors du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé » (v. 38-40). Leurs pères n’avaient aucune confiance en Dieu, pas plus qu’en Moïse, malgré toutes les manifestations de puissance dont ils avaient été témoins lors de leur délivrance d’Égypte. Ceux auxquels Étienne s’adresse valaient-ils mieux ? Ils n’écoutaient pas plus Moïse que ne l’avaient fait leurs pères. Le Seigneur le leur prouve, disant : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi », car c’est lui qui a écrit de moi (Jean 5:46). Et encore : « Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi ? Et nul d’entre vous n’observe la loi » (Jean 7:19). Bien que délivrés de la fournaise de l’Égypte, ils gardaient l’idolâtrie dans leur cœur. C’est pourquoi ils demandent à Aaron de leur faire un dieu qu’ils voient et qui marche devant eux. Sans être né de nouveau, personne ne peut marcher par la foi. « Ils firent en ces jours-là un veau, et offrirent un sacrifice à l’idole, et se réjouirent dans les œuvres de leurs mains ».

Dans quelle aberration l’homme est tombé pour qu’il remplace, par l’œuvre de ses propres mains, le Dieu tout-puissant, créateur de l’univers. Aussi Dieu l’a livré au maître qu’il a élu, ce qui est toujours le pire des jugements, parce que cela prouve qu’on ne veut plus écouter Dieu et il faut faire la terrible expérience de ce que valent les choses de son choix. Cela arrivera à ceux qui se montrent aujourd’hui si disposés à croire l’erreur plutôt que la Parole de Dieu. Il est dit : « Parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés, à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thess. 2:10-12). Des Israélites qui avaient préféré une idole au Dieu qui les avait délivrés, il est dit : « Et Dieu se retourna, et les livra au service de l’armée du ciel, ainsi qu’il est écrit au livre des prophètes : M’avez-vous offert des bêtes égorgées et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert, maison d’Israël ? Et vous avez porté le tabernacle de Moloch et l’étoile de votre dieu Remphan, les figures que vous avez faites pour leur rendre hommage ; et je vous transporterai au delà de Babylone » (citation d’Amos 5:25-27). Le peuple d’Israël s’adonna à l’idolâtrie tout le long de son histoire. Il servit les faux dieux en Égypte (Josué 24:14) et dans le désert, d’après ce passage d’Amos. C’est pourquoi Dieu le livre au service de l’armée du ciel comme jugement, c’est-à-dire à l’idolâtrie (*). Et conséquence terrible de ce grave péché, le peuple fut transporté au delà de Babylone par Nebucadnetsar, puis plus loin encore lors de sa dispersion par les Romains. La première transportation eut pour cause le rejet de Dieu pour les idoles, la dernière, le rejet de Dieu dans la personne de son Fils, leur Roi, auquel ils préférèrent César, disant : « Nous n’avons point d’autre roi que César ». Mais Dieu relie aussi à l’idolâtrie constante du peuple le jugement qui tomba sur eux par la main des Romains.

 

(*) L’armée du ciel ou des cieux désigne les astres que les hommes adorèrent dés l’antiquité (voir entre autres 2 Rois 21:3, 5 ; 23:4, 5, 11 ; en Jérémie 7:18 : « Reine des cieux » ; voir aussi Deutéronome 4:19 ; 17:3). Les Chaldéens pratiquaient le culte des astres : le soleil, la lune et les planètes, représentés sous diverses figures dans chaque pays.

Au temps de Salomon, Israël adorait Ashtoreth ou Astarté (« étoile »), divinité des Sidoniens (1 Rois 11:33 ; 2 Rois 23:13) qui correspondait à la planète Vénus, divinité féminine, comme Baal désignait une divinité masculine, mais ce nom générique s’appliquait à diverses divinités. En Ésaïe 65:11, Méni semble être aussi Vénus. Kemosh des Moabites (Nombres 21:29 ; Juges 11:24 ; 1 Rois 11:33 ; 2 Rois 23:13) correspondrait à Mercure ; Moloc ou Milcom des Ammonites, à Saturne, divinité malfaisante qu’on se rendait favorable en faisant passer par le feu des petits enfants (1 Rois 11:7, 33 ; 2 Rois 23:13). Remphan, qui n’est nommé qu’en Actes 7:43, le Kiun d’Amos 5:26, équivaut aussi à Saturne ; Bel, divinité chaldéenne, à Jupiter, nommé Gad en Ésaïe 65:11. Le veau ou bœuf, divinité des Égyptiens, symbolisait le soleil, la puissance créatrice dans la nature.

 

Étienne rappelle (vers. 44-48) que les pères avaient eu, dans le désert, le tabernacle de Dieu, introduit par Josué dans le pays de Canaan. Si Dieu est esprit, objet de foi auquel les Israélites préférèrent des dieux visibles, il avait pourtant son tabernacle au milieu d’eux, chose visible, soit dans le désert, soit en Canaan, jusqu’au jour où Salomon lui bâtit une maison. « Mais », dit Étienne, « le Très-haut n’habite point dans des demeures faites de main ; selon que dit le prophète : « Le ciel est mon trône, et la terre est le marchepied de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, et quel sera le lieu de mon repos ? Ma main n’a-t-elle pas fait toutes ces choses ? » (Ésaïe 66:1, 2). Depuis longtemps le temple de Jérusalem ne servait plus de demeure à Jéhovah ; sa gloire s’en était retirée au moment de la transportation de Babylone (Ézéchiel 10:18, 19) à cause de l’idolâtrie du peuple, malgré les avertissements des prophètes. Depuis le retour de la captivité, Dieu permit que le culte fût rétabli et les Juifs considéraient le temple comme la maison de l’Éternel, malgré leur inconséquence avec ce qui la concernait, puisque le Seigneur leur reproche d’en avoir « fait une caverne de voleurs » (Matthieu 21:13). Cependant ils se vantaient de posséder le temple de l’Éternel. Mais lorsque le Seigneur y vint comme roi, acclamé par la foule, accomplissant la prophétie de Zacharie 9:9, les principaux sacrificateurs et les scribes le rejetèrent. Seuls les petits enfants l’acclamèrent (Matt. 21:15-17). À quoi servait leur prétention d’être le peuple de Dieu et d’avoir son temple, puisque Dieu n’avait pu habiter au milieu d’eux ? Et lorsqu’il vint dans la personne de son Fils, ils le rejetèrent encore, couronnant, par cet acte inique, toute l’histoire de leur opposition à Dieu, que consomma le meurtre d’Étienne : ils confirmèrent alors qu’ils ne voulaient pas que le Christ régnât sur eux.

Nous comprenons le cri d’Étienne par lequel il conclut son discours en disant : « Gens de col roide et incirconcis de cœur et d’oreilles, vous résistez toujours à l’Esprit Saint ; comme vos pères, vous aussi. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Et ils ont tué ceux qui ont prédit la venue du Juste, lequel maintenant vous, vous avez livré et mis à mort, vous qui avez reçu la loi par la disposition des anges, et qui ne l’avez point gardée » (v. 51-53). Ils n’avaient jamais plié leur cou à la volonté de Dieu, ils ne s’y étaient jamais soumis. Leur cœur et leurs oreilles étaient demeurés étrangers à ce qui convenait à Dieu, pour suivre leur propre chemin. Point de cœur pour Dieu, point d’oreilles pour l’écouter. Ils avaient reçu la loi donnée par les anges en Sinaï (*), ils l’avaient acceptée en disant : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » (Exode 19:8). Mais avant de la recevoir des mains de Moïse, ils avaient déjà fait le veau d’or.

 

(*) En Galates 3:19, le don de la loi est aussi attribué aux anges, représentants ou envoyés de Dieu pour exécuter sa volonté et employés tout spécialement dans l’histoire du peuple d’Israël. En Sinaï, toute cette manifestation terrifiante de la présence de l’Éternel (Exode 19:16-19 et Hébreux 12:18-21) était l’action des anges dont Dieu se servait pour donner la loi. Il est dit que Dieu « fait ses anges des esprits — c’est-à-dire des êtres sans corps matériels — et ses serviteurs des flammes de feu » (Psaume 104:4). Pour les chrétiens encore sur la terre, ils sont « des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Hébreux 1:14).

 

Le discours d’Étienne fait ressortir la souveraineté de la grâce du Dieu de gloire. Il appela Abraham à sortir de l’idolâtrie établie dans le monde, afin d’avoir un peuple pour lui, privilégié et favorisé entre tous. Il montre la fidélité de Dieu à accomplir sa parole en sa faveur, tandis que le peuple persiste à ne pas l’écouter. Si l’idolâtrie ne caractérisait pas ceux au milieu desquels Christ vint et auxquels Étienne s’adressait, ils résistaient toujours à l’Esprit Saint, comme leurs pères, plus gravement encore que dans l’idolâtrie, puisqu’ils mirent à mort Jésus.

Tableau frappant du cœur naturel de tout homme, manifesté par l’épreuve que Dieu en fit avec le peuple d’Israël. Elle se termine à la croix, où Dieu exécuta le jugement de l’homme, en le faisant tomber sur son Fils bien-aimé. Dès lors, celui qui croit au Seigneur Jésus non seulement est sauvé, mais il reçoit une nouvelle nature, la vie divine qui, sous l’action du Saint Esprit, le rend capable de faire la volonté de Dieu à laquelle l’homme en Adam ne se soumet pas.

 

8.3   Ch. 7 v. 54-60 — Mort d’Étienne

En voyant passer devant leurs yeux le tableau effrayant, mais fidèle, de leur propre histoire, les Juifs « frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient les dents contre lui » (v. 54). Rien n’exaspère autant l’homme que d’entendre la vérité de ce qu’il est, sans qu’il soit touché par la grâce de Dieu. Quel contraste entre ces hommes et la Samaritaine qui, après avoir écouté le Seigneur, alla crier dans la ville : « Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le Christ ? » (Jean 4:29). Elle reconnaît comme le Christ cet homme qui dévoila à son âme la triste réalité de sa conduite, tandis que les Juifs, en présence de la même lumière, persistent dans le refus de le reconnaître. La Parole découvre devant le pécheur toute sa culpabilité et, en même temps, la grâce qui pardonne tous ses péchés, moyennant la foi au Sauveur.

Les auditeurs d’Étienne, qui grinçaient les dents, anticipaient ce que sera leur part éternellement, s’ils ne se sont pas repentis, « là où seront les pleurs et les grincements de dents » (Matt. 22:13). Quel contraste avec l’attitude d’Étienne ! « Mais lui, étant plein de l’Esprit Saint, et ayant les yeux attachés sur le ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu ; et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (v. 55, 56). On voit, dans Étienne, la différence qui existe entre un homme qui a reçu Christ et ceux qui le rejettent ; elle sera établie définitivement pour l’éternité entre le ciel et l’enfer. Christ est venu dans ce monde pour manifester la gloire de Dieu et accomplir l’œuvre en vertu de laquelle le croyant peut entrer dans sa présence ; ainsi dès ici-bas, celui-ci, rempli de l’Esprit Saint, voit par la foi cette gloire en attendant d’y entrer. Ceux qui refusent de croire au Seigneur demeurent dans l’état de péché et de perdition que la Parole de Dieu leur révèle ; déjà dans ce monde ils grincent les dents de rage contre la vérité et ses témoins, en attendant de les grincer contre eux-mêmes, lorsqu’ils reconnaîtront que, seuls, ils auront causé leur malheur éternel. Combien cela doit engager chacun qui n’est pas encore sauvé de recevoir le Seigneur Jésus pour son Sauveur !

Au lieu d’être frappés par l’attitude d’Étienne et les paroles merveilleuses qui sortaient de sa bouche, les Juifs crièrent à « haute voix », ils bouchèrent leurs oreilles, « et d’un commun accord se précipitèrent sur lui ; et l’ayant poussé hors de la ville, ils le lapidaient ; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit. Et s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur impute point ce péché. Et quand il eut dit cela, il s’endormit » (v. 57-60).

La ressemblance du témoin de Christ avec son modèle était trop grande pour que ses ennemis pussent le supporter. Étienne, le premier des martyrs (mot qui signifie « témoin »), fut en effet un fidèle témoin du Seigneur dans sa vie et dans sa mort. Après avoir rendu témoignage à Jésus glorifié, il le voit debout à la droite de Dieu — de même que comme Fils de l’homme, attitude de celui qui attend de savoir s’il doit venir ou non ; en effet, Pierre avait dit aux Juifs que, s’ils se repentaient et se convertissaient, Jésus reviendrait pour établir son règne selon les prophéties (chapitre 3). Maintenant, définitivement rejeté, Il est assis, jusqu’à ce que s’accomplisse ce qu’Il a dit Lui-même (Luc 19:27) : « Mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, amenez-les ici et tuez-les devant moi ». Pendant le temps de son absence, le Seigneur exerce la sacrificature en faveur de ceux qui croient en Lui et attendent son retour, non pour exercer ses jugements, mais pour être toujours avec Lui dans la gloire éternelle.

La contemplation du Seigneur remplit le cœur d’Étienne, l’élève au-dessus des circonstances et reproduit en lui les caractères de cet objet glorieux. Sous les pierres qui fondent sur lui, il prie ; il demande au Seigneur de recevoir son esprit, de même que Jésus disait à son Père : « Entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23:46). Soutenu par la contemplation du Seigneur glorifié, il se met à genoux, et crie à haute voix : « Seigneur, ne leur impute point ce péché ». Le Seigneur avait dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23:34). Mais Étienne ne prononce pas ces derniers mots ; depuis que Jésus monta dans le ciel, le Saint Esprit est descendu pour faire connaître aux Juifs les gloires de celui qu’ils ont crucifié et la gravité de leur péché. Le chrétien, qui connaît l’amour de Dieu et la valeur infinie de l’œuvre de Christ à la croix, peut demander à Dieu la conversion du plus grand des coupables. C’est là l’esprit de Christ, qui caractérise le jour, encore actuel, de la grâce. Au jour du jugement, il serait inutile d’intercéder pour un pécheur.

Ayant fait appel à la miséricorde du Seigneur en faveur de ses bourreaux, Étienne s’endormit : Absent du corps, présent avec le Seigneur (2 Cor. 5:8). « S’endormir » est l’expression employée pour désigner la mort d’un croyant. Il s’endort, attendant de se réveiller, parce qu’il possède la vie éternelle ; mais le sommeil concerne le corps seulement, et non l’âme du racheté.

Avec la mort d’Étienne, l’histoire du peuple juif s’interrompt jusqu’au jour où Dieu reprendra ses relations avec lui, alors qu’ils reconnaîtront Celui qu’ils ont percé. Comme a dit le Seigneur : « Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Matt. 23:39), cri que jettera au-devant de lui le résidu, repentant.

Dès lors, les croyants d’entre les Juifs n’attendirent plus que la nation se repentît, afin de permettre le retour du Seigneur du ciel pour régner ; ils firent partie de l’Église qui attend la venue du Seigneur, alors qu’il enlèvera les saints vivants et ressuscitera ceux qui se sont endormis, pour être, comme Étienne, auprès du Seigneur, après leur délogement. Plus tard, le Seigneur se lèvera et reviendra avec tous ses saints pour établir son règne glorieux, « exerçant la vengeance contre ceux qui ne connaissent pas Dieu, et contre ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus Christ » (2 Thess. 1:8).

Jusqu’à ce moment, l’Église, composée de tous les croyants, Juifs ou Gentils, remplace Israël comme témoignage de Dieu sur la terre ; Paul dont le nom apparaît au moment du meurtre d’Étienne, sera suscité pour faire connaître la position céleste de l’Église, qui existait dès la Pentecôte, et l’union de tous les croyants à Christ, glorifié dans le ciel, position qui ne pouvait être révélée tant que le Seigneur attendait de voir si les Juifs se repentiraient.

 

9                        Chapitre 8

9.1   Ch. 8 v. 1-3 — Première persécution de l’assemblée

« Or en ce temps-là, il y eut une grande persécution contre l’assemblée qui était à Jérusalem ; et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres. Et des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir, et menèrent un grand deuil sur lui » (v. 1, 2). L’ensevelissement d’Étienne est celui du premier chrétien mort martyr depuis la formation de l’Église. « Des hommes pieux l’emportèrent et l’ensevelirent » : ils ne craignirent pas l’opprobre qui se rattachait à cette victime de la haine des hommes. Ce court récit nous dit ce que l’on a souvent remarqué dès lors, que l’enterrement d’un chrétien porte, en général, quelque chose des caractères de sa vie. Il convenait que ce fussent des hommes pieux qui rendissent les derniers devoirs à un tel serviteur de Dieu. Nous comprenons que le deuil des saints fut grand.

La victoire que l’ennemi paraissait remporter en faisant lapider Étienne, enhardit les Juifs qui suscitèrent une persécution contre l’assemblée. Jusqu’ici, les apôtres seuls avaient été maltraités, et l’assemblée en prospérité avait considérablement grandi, sans souffrir beaucoup de l’opposition du monde. Maintenant elle est dispersée ; les apôtres seuls restent à Jérusalem.

Saul consentait à la mort d’Étienne et assistait à sa lapidation ; il était, sans doute, un homme considéré et influent au milieu des Juifs, malgré sa jeunesse. « Il ravageait l’assemblée », est-il dit, « entrant dans les maisons ; et traînant hommes et femmes, il les livrait pour être jetés en prison » (v. 3). Satan et ses agents, en déchaînant la haine des Juifs contre les chrétiens, cherchaient à détruire l’assemblée. Mais Dieu dirigeait les circonstances vers une fin absolument contraire. Dans son discours, Étienne avait dit que le Très Haut n’habitait point dans des demeures faites de mains ; Il n’avait plus son siège à Jérusalem ; par la venue de l’Esprit Saint, Il avait pris possession de sa demeure spirituelle au milieu des chrétiens et les Juifs, pleins de rage, étaient laissés à eux-mêmes, abandonnés de Dieu comme peuple. On comprend que l’ennemi cherchât à anéantir cette assemblée. Au lieu d’y parvenir, sa méchanceté ne fit que propager l’Évangile et augmenter le nombre des disciples dans les contrées voisines, en attendant de le faire pénétrer plus loin, au moyen du grand persécuteur de Jésus et des siens. C’est ainsi que Satan fait toujours une œuvre trompeuse. Ennemi vaincu, il ne peut agir que sous le contrôle du chef de l’Église, qui lui a enlevé son armure.

 

9.2   Ch. 8 v. 4-13 — La Samarie est évangélisée

« Ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, annonçant la Parole » (v. 4). La haine qui les poursuivait ne les intimidait pas. S’ils enduraient des souffrances pour le nom de Christ, ils en appréciaient la cause et, jouissant d’un si grand bonheur, ils désiraient que d’autres le connussent.

Si nous appréciions davantage la grâce merveilleuse dont nous sommes les objets par la connaissance d’un Sauveur qui nous a placés à l’abri du jugement qu’il a enduré lui-même à notre place ; si nous jouissions dans une plus grande mesure de son amour et de l’espérance vivante et glorieuse que nous avons en lui, nous aurions plus de zèle pour le faire connaître à d’autres, d’autant plus que nous n’encourons plus de persécutions comme les premiers chrétiens et tant d’autres après eux. On voit qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un don d’évangéliste pour annoncer à d’autres le Sauveur que nous possédons. Ce ne sont pas les apôtres qui prirent l’initiative de la prédication de l’Évangile dans les contrées environnantes, puisqu’ils restèrent à Jérusalem.

Parmi les chrétiens dispersés se trouvait Philippe, un des diacres choisis pour distribuer les secours aux nécessiteux de l’assemblée à Jérusalem. Il descendit dans une ville de la Samarie et « leur prêcha le Christ », est-il dit au v. 5. C’est Christ qui est le sujet de l’Évangile et l’objet du cœur qui l’a reçu. « Et les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait, l’entendant, et voyant les miracles qu’il faisait ; car les esprits immondes, criant à haute voix, sortaient de plusieurs qui en étaient possédés ; et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris ; et il y eut une grande joie dans cette ville-là » (v. 6-8). Les sept désignés pour servir aux tables (chap. 6) étaient des hommes « pleins de l’Esprit Saint et de sagesse ». Leur service avait pris fin dès la dispersion de l’assemblée ; mais le Saint Esprit dirigeait Philippe et l’avait doué pour évangéliser, comme il avait formé Étienne pour le grand service qu’il avait accompli. Le Seigneur prépare qui il veut et appelle lui-même au service qui lui plaît. Philippe se trouvait directement sous la puissance de l’Esprit pour rendre les foules attentives à la parole qu’il prêchait, confirmée par les miracles qu’il accomplissait. Seule la Parole opère dans les cœurs et produit la conversion, tandis que les miracles, sans l’action de la Parole, ne provoquent qu’un effet passager, comme nous allons le voir avec Simon le magicien. Les foules « étaient attentives aux choses que Philippe disait, l’entendant, et voyant les miracles qu’il faisait ». Entendre vient en premier lieu, les miracles donnaient simplement du poids à la Parole, mais ne communiquaient rien. Il y eut une grande joie dans la ville, quand on vit l’activité de la grâce et le déploiement de la puissance du Saint Esprit.

Les Samaritains adoraient, ils ne savaient quoi, dit le Seigneur à la Samaritaine. Etrangers méprisés par les Juifs, ils prétendaient avoir une part aux promesses. Maintenant, une fois « le mur mitoyen de clôture » (Éph. 2:14) aboli, c’est-à-dire que la différence que Dieu faisait entre un Juif et un gentil n’existait plus, l’évangile appartient à tous ; ils avaient le bonheur de participer aux bénédictions qui leur parvenaient en vertu de l’œuvre de Christ à la croix.

Dans cette ville, « il y avait un homme nommé Simon, qui exerçait la magie et étonnait le peuple de la Samarie, se disant être quelque grand personnage ; auquel tous s’attachaient ». Ils croyaient voir en lui la grande puissance de Dieu, alors qu’il n’était qu’un vulgaire trompeur (v. 9-11). C’est ainsi que Satan agit au milieu des hommes : par des moyens divers, il vise à les détourner de Dieu et à s’attirer les égards qui Lui sont dus. Il placera bientôt dans le temple de Dieu, à Jérusalem, un homme qui recevra les honneurs de tous ; il émerveillera par « toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonges, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés » (2 Thess. 2:9, 10). Aujourd’hui déjà, Satan n’est-il pas plus écouté que Dieu par grands et petits, lorsqu’ils se laissent détourner des appels de la grâce par toutes les choses de ce monde, qu’il sait présenter d’une manière si attrayante pour le cœur naturel ? L’apôtre Jean dit aux jeunes gens : « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde » (1 Jean 2:15).

Lorsque ceux qui admiraient ce magicien « eurent cru Philippe, qui leur annonçait les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus Christ, tant les hommes que les femmes furent baptisés » (v. 12). Par le baptême, ces croyants professaient publiquement qu’ils acceptaient le christianisme ; ils étaient introduits dans la maison de Dieu par cette figure de la mort et de la résurrection de Christ, qui mettait fin à leur vie précédente et les faisait entrer sur la terre, dans un ordre de choses nouveau où Dieu habite. La bonne nouvelle, que Philippe annonçait, concernait le royaume de Dieu, tandis que celui où ils se trouvaient auparavant appartenait à Satan qu’ils servaient sans s’en douter. Après avoir cru Philippe, ils reconnaissaient les droits de Dieu sur eux et pouvaient dès lors lui obéir, parce qu’ils étaient nés de nouveau. Le nom de Jésus Christ exprime tout ce qu’est cette glorieuse personne. Jésus veut dire Jéhovah Sauveur, venu dans ce monde pour délivrer les hommes du pouvoir de Satan et de la mort éternelle en leur donnant la vie éternelle. Le Christ est le Messie que les Juifs ont rejeté, mais que Dieu a fait Seigneur et Christ dans la gloire. Le Seigneur garde ce nom en rapport avec le christianisme. De là vient le nom de chrétien que l’on a donné aux disciples à Antioche (chap. 11).

Au v. 13, il est dit que « Simon crut aussi lui-même ; et après avoir été baptisé, il se tenait toujours auprès de Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était dans l’étonnement ».  À première vue on peut croire que Simon avait été réellement converti, d’autant plus qu’il est dit qu’il crut et fut baptisé. Il existe une foi qui est simplement affaire d’intelligence, produite par des effets extérieurs. En présence des manifestations de la puissance de l’Esprit Saint, il ne pouvait que les reconnaître et les attribuer à une autre cause que celle par laquelle sa magie étonnait le monde. En Jean 2:23-25, il est dit que « plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes, et qu’il n’avait pas besoin que quelqu’un rendît témoignage au sujet de l’homme ; car lui-même connaissait ce qui était dans l’homme ». Si quelqu’un dit qu’il croit, nous devons le croire ; mais comme nous ne pouvons pas, comme le Seigneur, voir ce qui se passe dans le cœur, nous attendons les fruits de cette foi. Ils firent défaut chez Simon. Déjà dans ce qui est dit de lui au v. 13, on discerne que l’œuvre était superficielle. Il se tenait près de Philippe, non pour écouter ce qu’il disait, mais parce qu’il jouissait de voir les prodiges et les grands miracles qu’il faisait. Les miracles ne donnent pas la vie et ne peuvent nourrir le vrai croyant ; cela vient de la Parole de Dieu. Il est dit au chap. 16:14, que Lydie était « attentive aux choses que Paul disait ».  Aussitôt après, elle produisit des fruits qui prouvèrent qu’elle possédait la vie divine. Dieu veut des réalités dans la marche et non des impressions ou l’exaltation des sentiments.

 

9.3   Ch. 8 v. 14-25 — Pierre et Jean viennent à Samarie

« Or les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, leur envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant descendus, prièrent pour eux, pour qu’ils reçussent l’Esprit Saint : car il n’était encore tombé sur aucun d’eux, mais seulement ils avaient été baptisés pour le nom du Seigneur Jésus » (v. 14-16). En Samarie, l’œuvre avait été accomplie, sans les apôtres, par les croyants dispersés après la mort d’Étienne et tout particulièrement par Philippe ; mais quels que soient les moyens employés, l’œuvre, venant du Saint Esprit, s’accomplit dans une parfaite unité. Pour la réaliser et la compléter, il fallait l’intervention des apôtres. Ainsi tout se passe en pleine communion avec l’assemblée de Jérusalem, la seule qui existât jusque-là. Les croyants de la Samarie avaient la vie de Dieu et ils étaient baptisés pour le nom du Seigneur, pour le suivre dans le chemin qu’Il a tracé aux siens en dehors du monde afin qu’ils Lui servent de témoins. Mais ils n’avaient pas encore reçu le Saint Esprit. Les apôtres leur imposèrent les mains (v. 17), acte par lequel ils montraient publiquement qu’ils s’identifiaient avec ceux qui avaient reçu la Parole et avaient été baptisés. Par conséquent Dieu ne faisait pas de différence entre les croyants Juifs et Samaritains : ils reçurent le Saint Esprit, puissance de la vie divine dans le croyant, sceau de Dieu par lequel Il les reconnaît comme ses bien-aimés enfants, arrhes de l’héritage.

Il est dit que le Saint Esprit n’était encore tombé sur aucun d’eux. Cela ne signifie pas que ce jour-là le Saint Esprit descendit du ciel ; il l’avait fait le jour de la Pentecôte, mais seulement sur les croyants de Jérusalem. Il fallait l’intervention des apôtres pour que ces croyants reçussent le Saint Esprit au début de l’œuvre en dehors de Jérusalem ; ici, c’est en faveur des Samaritains méprisés par les Juifs, comme au chap. 10, ce sera en faveur des Gentils qui, sous le régime de la loi, n’avaient aucune part aux bénédictions d’Israël. Sous la grâce, toute distinction entre les hommes est abolie. Devant Dieu les Juifs croyants se trouvent sur le même pied que les Gentils croyants, tous sauvés par le sacrifice de Christ à la croix : « Ayant accès auprès du Père par un seul Esprit », ils ne sont « plus étrangers ni forains », mais « concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu » (Éph. 2:18, 19 ; voir aussi v. 11-17). Aujourd’hui celui qui a cru reçoit le Saint Esprit sans l’intervention de personne, ainsi que cela eut lieu dès que Juifs, Samaritains ou Gentils croyants furent entrés dans l’Église. L’apôtre dit aux Éphésiens : « Ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut ; auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse » (1:13).

Le cœur de Simon n’avait pas été touché par la Parole de Dieu et ne s’attachait qu’aux manifestations extérieures de la puissance de l’Esprit Saint. Voyant que le Saint Esprit se donnait par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l’argent, afin d’obtenir aussi ce pouvoir (v. 18-20). Cet acte dévoile son état. « Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu. Tu n’as ni part ni portion dans cette affaire ; car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité » (v. 20-23). Simon n’est pas droit devant Dieu ; il ne s’est pas vu dans sa présence comme un pécheur perdu auquel Dieu aurait accordé son pardon. Son acte constituait une méchanceté, comme tout ce qui provient du cœur naturel, dont il devait se repentir. L’amertume caractérise le fruit du péché. L’iniquité le liait pour ainsi dire, mais il pouvait se repentir ; cependant Pierre ne lui assure pas que la pensée de son cœur lui sera pardonnée ; il dit : « Si faire se peut ».

Si nous pensons à ce qu’il en coûte pour que le Saint Esprit descende sur un croyant, nous comprendrons la gravité du péché de Simon : il fallut les souffrances et la mort du Seigneur, afin que Dieu fût glorifié à l’égard du péché, et Il le montra en le ressuscitant d’entre les morts et en le faisant asseoir à sa droite, d’où Il envoya le Saint Esprit, qui scelle le croyant, délivré, par la mort de Christ, de tout ce qui le caractérisait comme enfant d’Adam, perdu et coupable. Comment penser qu’un don acquis à un tel prix pouvait s’obtenir avec de l’argent ?

Simon ne paraît nullement disposé à la repentance ; il se préoccupe plutôt d’éviter le jugement de Dieu qu’il méritait, mais sans croire. Il dit : « Vous, suppliez le Seigneur pour moi, en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé » (v. 24). C’est bien ce qui caractérise le cœur de l’homme sans droiture devant Dieu : il cherche à éviter les conséquences du péché actuel, sans confesser ses fautes pour en obtenir le pardon éternel. On voit cela chez Caïn, lorsqu’il entendit la sentence de l’Éternel contre lui : Il dit : « Mon châtiment est trop grand pour que j’en porte le poids », et il cherche à mettre sa vie en sûreté (Gen. 4:13, 14). L’homme voudrait ne pas souffrir sur la terre ; mais il ne se préoccupe pas de se mettre à l’abri des souffrances éternelles, lors même que Dieu lui en offre le moyen gratuitement.

Pierre et Jean annoncèrent la Parole et retournèrent à Jérusalem en évangélisant plusieurs villages des Samaritains. L’œuvre de Dieu était commencée en dehors de la Judée en plein accord entre les apôtres et ceux que le Seigneur avait employés en Samarie.

 

9.4   Ch. 8 v. 26-40 — Conversion de l’eunuque d’Éthiopie

« Un ange du Seigneur parla à Philippe, disant : Lève-toi, et va vers le midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, lequel est désert » (v. 26). Le Seigneur dispose de plusieurs moyens pour diriger ses serviteurs ; nous en verrons plusieurs exemples au chap. 16, avec l’apôtre Paul. Ce qui importe, c’est que le serviteur les discerne et obéisse. Philippe avait un beau champ de travail en Samarie ; il paraissait tout indiqué pour y travailler encore ; mais l’ange, sans autre explication, l’envoie loin de là sur un chemin désert. Philippe obéit et trouva bientôt le travail à accomplir : annoncer l’évangile non à une foule, mais à un seul homme. Un eunuque éthiopien, puissant à la cour de la reine Candace et intendant de ses trésors, était venu adorer à Jérusalem. Il s’en retournait et, assis dans son char, il lisait le prophète Ésaïe. À ce moment Philippe survint. L’Esprit lui dit : « Approche-toi et joins-toi à ce char » (v. 27-29). Philippe accourut et entendit l’eunuque qui lisait les versets 7 et 8 du chapitre 53 : « Il a été mené comme une brebis à la boucherie ; et comme un agneau, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre point sa bouche ; dans son humiliation, son jugement a été ôté ; et qui racontera sa génération ? car sa vie est ôtée de la terre ». L’eunuque pria Philippe de monter s’asseoir à ses côtés et lui dit : « Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même, ou de quelque autre ? » Tout était préparé pour que le serviteur de Dieu n’eût qu’à parler. « Et Philippe, ouvrant sa bouche et commençant par cette écriture, lui annonça Jésus » (v. 30-35).

Cet homme pieux, prosélyte ou Juif de naissance, était venu adorer le vrai Dieu à Jérusalem. Il y avait dans son âme de vrais besoins qui ne pouvaient trouver satisfaction à Jérusalem, car le Dieu qu’il venait adorer en avait été chassé dans la personne de son Fils, mis à mort. La maison restait déserte, avait dit le Seigneur en Matt. 23:38. Mais si la présence de Dieu ne se trouvait plus à Jérusalem dans son temple, sa parole demeurait ; elle parlait « des souffrances de Christ et des gloires qui suivraient » (1 Pierre 1:11). Dieu veillait sur cet étranger et lui envoya celui qui pouvait lui faire connaître Jésus dont Ésaïe parlait dans ce chapitre, où il décrit son rejet, son humiliation, ses souffrances et les résultats de sa mort : « Il a été ôté de l’angoisse et du jugement », il a été délivré de la mort ; il a donc une génération ou une famille. « S’il livre son âme en sacrifice pour le péché », est-il dit, « il verra une semence... il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait ».

En entendant Philippe, l’eunuque comprit que c’était de Jésus que parlait le prophète ; qu’il était venu dans ce monde pour lui, qu’il avait souffert pour lui et que, si lui croyait en Jésus, il ferait partie de cette « semence », qu’il serait un des « fruits du travail de son âme ».  Il s’appropria la valeur de la mort du Sauveur ; aussi voulut-il être aussitôt un témoin de Christ sur la terre. Comme ils arrivaient près de l’eau, il dit à Philippe : « Voici de l’eau, qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé ? » Il avait compris que la mort de Christ le séparait désormais de tout ce qui marquait son état précédent et l’introduisait dans un état entièrement nouveau. Il tenait à déclarer publiquement, par le baptême, qu’il était un chrétien, disciple de Christ, et non pas seulement un adorateur du vrai Dieu en contraste avec les idolâtres. « Ils descendirent tous deux à l’eau, et Philippe et l’eunuque ; et Philippe le baptisa. Et quand ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, car il continua son chemin tout joyeux » (v. 38, 39). Cette disparition mystérieuse ne pouvait distraire l’eunuque ; il possédait Jésus ; il emportait avec lui la source d’une joie éternelle et connaissait Dieu comme un Père qu’il pouvait adorer en esprit et en vérité, où qu’il se trouvât, sans avoir besoin de venir à Jérusalem, le seul lieu où l’on rendait culte à Jéhovah. Aussi il s’en allait tout joyeux, emportant avec lui un trésor éternel.

Il est permis de croire que cet homme, une fois rentré dans son pays, parla à d’autres du bonheur qu’il possédait, car on décèle en Abyssinie, l’Éthiopie d’alors, des traces du christianisme, comme aussi des restes du judaïsme, importé probablement par la reine de Sheba au temps de Salomon. Une fois arrivés là où toute l’œuvre de Dieu sera manifestée, nous verrons sans doute de glorieux résultats de ces deux voyages.

Philippe se trouva à Azot, l’ancienne Asdod des Philistins, au bord de la Méditerranée, où l’arche de l’éternel avait été portée dans le temple de Dagon (1 Sam. 5). Il évangélisa toutes les villes de la contrée jusqu’à Césarée, ce qui comprend une bonne partie du littoral de la mer.

Ce chapitre nous raconte ainsi le début de l’évangélisation du monde en dehors de Jérusalem, accomplie non par les apôtres, mais par Philippe et par de simples croyants. Nous verrons, au chapitre suivant, la conversion du grand apôtre des nations, qui entrera bientôt en scène, maintenant que l’œuvre en dehors de Jérusalem a commencé et que les Juifs, comme nation, sont rejetés jusqu’à ce que l’Église soit enlevée au ciel. Alors Dieu reprendra ses relations avec son peuple terrestre.

 

10                  Chapitre 9

10.1                      Ch. 9 v. 1-9 — Saul de Tarse sur le chemin de Damas

Saul ne se contentait pas de ravager l’assemblée à Jérusalem (chap. 8:3). Il voulait étendre au loin son activité diabolique. « Respirant encore menace et meurtre contre les disciples du Seigneur, il alla au souverain sacrificateur et lui demanda pour Damas des lettres adressées aux synagogues, en sorte que, s’il en trouvait quelques-uns qui fussent de la voie, il les amenât, hommes et femmes, liés à Jérusalem » (v. 1, 2). La haine que Saul vouait aux disciples et, par conséquent, au Seigneur, créait autour de lui une atmosphère de méchanceté. On reconnaît en cela les traits du grand ennemi de Christ, qui a conduit les hommes à le mettre à mort et qui, voyant le Seigneur ressuscité accomplir son œuvre de grâce envers tous, voudrait en anéantir les résultats. Mais, quoique furieux et redoutable, Satan est un ennemi vaincu. Le Seigneur va le montrer en lui arrachant des mains le plus énergique instrument de sa haine pour en faire son grand serviteur par lequel il édifiera l’Assemblée que Saul voulait détruire. À quoi servait l’autorité du souverain sacrificateur ? Pierre n’a-t-il pas dit qu’ils n’étaient que des hommes (chap. 5:29), eux dont il était écrit : « Les lèvres du sacrificateur gardent la connaissance, et c’est de sa bouche qu’on recherche la loi, car il est le messager de l’Éternel des armées » (Malachie 2:7), tandis qu’un autre prophète dit : « La loi est périe de chez le sacrificateur, et le conseil, de chez les anciens » (Ézéchiel 7:26). Ils étaient rejetés par Dieu, dès le moment qu’ils l’avaient rejeté dans la personne de son Fils, leur Messie. Malgré la puissance apparente à laquelle ils prétendaient encore, Saul s’appuyait sur un roseau cassé pour donner essor à sa rage contre les disciples du Seigneur. Les lettres qu’il avait de la part du souverain sacrificateur pour les synagogues ne leur parvinrent jamais.

Le Seigneur laissa arriver Saul près de sa destination, car c’est à Damas que se trouvait le disciple par lequel il devait lui faire connaître son message. Comme il approchait de la ville, « tout à coup une lumière brilla du ciel comme un éclair autour de lui. Et étant tombé par terre, il entendit une voix qui lui disait : Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? Et il dit : Qui es-tu, Seigneur ? Et il dit : Je suis Jésus, que tu persécutes » (v. 3-5). De cette lumière, qui contrastait avec les ténèbres morales dans lesquelles Saul se mouvait, une voix s’adresse à lui avec autorité, car aussitôt il dit : « Qui es-tu Seigneur ? » Il avait jusque-là persécuté des chrétiens méprisés, croyant servir Dieu ; maintenant il apprend qu’il persécutait le Seigneur. Mais qui était ce Seigneur ? Il connaissait le Dieu des Juifs, l’autorité du souverain sacrificateur ; et voici la voix d’un Seigneur se fait entendre avec une autorité immédiatement reconnue. Paul n’avait pas cru le message que Pierre avait adressé au peuple (chap. 2:36), disant : « Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié ». Comme la masse des Juifs, il n’en avait tenu aucun compte. Pour eux tous, Jésus avait terminé sa vie sur la croix, entre deux malfaiteurs ; là son histoire avait pris fin. Les disciples prêchaient qu’il était ressuscité ; mais on ne les croyait pas, tandis qu’on admettait le mensonge des chefs religieux, disant que les disciples étaient venus de nuit dérober son corps (Matt. 28:13). Que les hommes croient ou non la Parole de Dieu, tout s’est accompli et s’accomplira comme elle le dit. Vérité solennelle pour les raisonneurs et les incrédules !

La réponse du Seigneur contient une vérité qui ne faisait pas partie de l’enseignement de Pierre, lorsqu’il rendait témoignage de la résurrection du Seigneur. En disant à Saul : « Je suis Jésus que tu persécutes », le Seigneur exprime la grande vérité que tous les croyants sont unis à lui dans la gloire, les membres de son corps spirituel dont il est la Tête. Devenu l’apôtre Paul, Saul développa cette vérité dans ses enseignements, tout particulièrement dans ses épîtres aux Corinthiens, aux Éphésiens et aux Colossiens. Lorsqu’on touche les membres d’un corps, on touche le corps tout entier, et par conséquent la tête. En 1 Cor, 12:12, l’apôtre, parlant des membres du corps de Christ, dit : « Ainsi aussi est le Christ ». Le corps et la tête forment un seul tout appelé « le Christ ».  Il est à remarquer aussi que le Seigneur se nomme Jésus. Quoique glorifié, il était toujours Jésus, l’homme né à Bethléhem, Celui dont l’ange avait dit à Joseph : « Tu appelleras son nom Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés » (Matt. 1:21). Ce Jésus, humilié et rejeté, est le Seigneur qui fit entendre sa voix puissante à Saul, son persécuteur. « Lève-toi », lui dit-il, « et entre dans la ville ; et il te sera dit ce que tu dois faire » (v. 6).

Dès lors, Saul devint un homme sans volonté propre, dépendant de son Seigneur pour toutes choses, car il lui appartenait ; il était son racheté, vérité importante dont tous les chrétiens, jeunes et vieux, doivent être pénétrés pour la mettre en pratique.

Les hommes qui étaient avec Saul entendirent la voix, mais ne virent personne ; c’est à Saul que le Seigneur avait à faire. C’est lui seul qui devait « voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche », dit Ananias (chap. 22:14). Saul se leva de terre et, comme il ne voyait pas, ses compagnons le conduisirent par la main, à Damas, où il fut trois jours sans voir et sans manger ni boire (v. 7-9). Quelle transformation s’opérait dans cet homme pendant ces trois jours ! C’était sans doute le dépouillement de tout ce qui caractérisait le vieux Saul avec sa propre justice et sa religion, pour lui, jusque-là, un gain comme il le dit en Phil. 3:7, mais qu’il considéra depuis ce moment comme une perte, parce qu’il avait vu Christ dans la gloire, dès lors sa justice devant Dieu. Seule la puissance de Dieu pouvait faire d’un tel homme, celui qui put dire : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; — et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Galates 2:20).

 

10.2                      Ch. 9 v. 10-16 — Vision d’Ananias

Le Seigneur avait tout préparé pour la conversion de Saul. Il ne voulut pas qu’elle s’opérât à Jérusalem, ni qu’un des apôtres intervînt. Le Seigneur le retirait « du milieu du peuple et des nations », dit-il au chapitre 26:17. Aucun des apôtres ne lui communiqua rien (voir les deux premiers chapitres de l’épître aux Galates). Il devait être indépendant de tous ceux qui avaient été avant lui, formé par le Seigneur lui-même pour le service spécial qu’il lui confiait, celui d’annoncer l’évangile aux gentils en faisant connaître les vérités relatives à l’Église, Épouse de Christ, corps de Christ. Il décrit lui-même, en Éphésiens 3, quelles choses merveilleuses (jusqu’alors des mystères) le Seigneur lui avait révélées pour en donner connaissance aux croyants juifs et gentils.

Il y avait à Damas un disciple nommé Ananias auquel le Seigneur apparut en vision et dit : « Lève-toi, et va dans la rue appelée la Droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse ; car voici, il prie, et il a vu en vision un homme nommé Ananias, entrant et lui imposant la main pour qu’il recouvrât la vue. Et Ananias répondit : Seigneur, j’ai ouï parler à plusieurs de cet homme, combien de maux il a faits à tes saints dans Jérusalem ; et ici il a pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom. Mais le Seigneur lui dit : Va ; car cet homme m’est un vase d’élection pour porter mon nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël ; car je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » (v. 11 à 16). Ananias n’est nommé nulle part ailleurs, mais nous comprenons qu’il était un disciple fidèle puisque le Seigneur lui confia cette mission auprès de Saul. Quelle grâce merveilleuse que cette liberté avec laquelle il parle au Seigneur ! Elle nous fait comprendre qu’il vivait habituellement dans sa présence. Tout croyant peut profiter de ce privilège. Ananias ne refuse pas d’aller, mais présente au Seigneur ce qu’il a entendu de Saul ; son étonnement se comprend.

Le Seigneur accomplit une grande œuvre en Saul durant les trois jours où il demeura sans voir, ni manger, ni boire. Le nombre trois représente quelque chose de complet dans les choses de Dieu. L’ardent persécuteur devient un homme qui prie. Il n’a plus de volonté ; il exprime sa dépendance par la prière. « Voici, il prie », dit le Seigneur à Ananias. Complètement isolé de tout, selon la nature, il avait eu à faire avec le Seigneur dont il dépendait entièrement désormais ; il pouvait prendre place au milieu de ceux qu’il persécutait jadis. Par le baptême il entrait dans la maison de Dieu et suivait Jésus dans le chemin de la mort, où il connut la souffrance, car ce que le Seigneur dit de lui à Ananias s’est réalisé : « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom ».  Mais sa jouissance de la communion avec le Seigneur surpassait la souffrance.

 

10.3                      Ch. 9 v. 17-22 — Ananias chez Saul

« Ananias s’en alla, et entra dans la maison ; et, lui imposant les mains, il dit : Saul, frère, le Seigneur, Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue, et que tu sois rempli de l’Esprit Saint. Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles ; et il recouvra la vue ; et se levant, il fut baptisé ; et ayant mangé, il reprit des forces » (v. 17, 18). Ananias commence par imposer les mains à Saul ; c’est un acte d’identification. Pour lui, maintenant, Saul est un frère ; tous deux possèdent la même vie, le même Seigneur, de la part duquel il vient pour que Saul recouvre la vue et reçoive le Saint Esprit. Le Seigneur, ce Jésus méprisé sur la terre et glorifié dans le ciel, était apparu à Saul sur le chemin qu’il suivait dans un but tout autre que celui auquel il fut conduit. Souvent dès lors, des hommes, très opposés à l’évangile et qui se rendaient à tel ou tel endroit dans une mauvaise intention, entendirent une simple parole du Seigneur, qui les arrêta et leur fit changer de voie. Au reste, c’est ce qui se passe lors de la conversion, retour complet, changement de direction. Tout homme inconverti est sur le chemin qui aboutit au jugement ; mais, dès qu’il croit au Seigneur Jésus comme en son Sauveur, il se trouve sur le chemin du ciel, et le manifeste par un changement de conduite qui provient de ce qu’il possède la vie de Jésus dont il est un disciple.

Des yeux de Saul tombent comme des écailles. Tout disparaît de ce qui empêchait de voir comme le Seigneur et d’avoir sa pensée. Tel l’aveugle que le Seigneur rendit voyant (Jean 9). Saul a pour sa vue nouvelle un nouvel objet dont il ne se détourne plus. Il peut se lever, et, par le baptême, figure de la mort de Christ, il est introduit dans le nouvel état de choses qu’il voulait détruire, alors que les écailles du judaïsme et de sa propre justice l’aveuglaient. Désormais chrétien, il sera un fidèle serviteur de son Seigneur, rempli du Saint Esprit qui a pris possession de tout son être, puissance par laquelle il portera le nom de Jésus devant les nations, les rois et les fils d’Israël.

Il demeura quelques jours avec les disciples à Damas ; et « aussitôt il prêcha Jésus dans les synagogues, disant que lui est le Fils de Dieu » (v. 19, 20). Saul avait des lettres de la part des principaux sacrificateurs et, dans leurs propres lieux de culte, il faisait retentir le message de Dieu qui annonce à tous que Jésus, rejeté et crucifié, est son Fils, vérité qui fit condamner à mort le Seigneur lorsqu’il comparut devant le sanhédrin (Luc 22:70, 71). Pierre avait annoncé aux Juifs que Jésus était le Christ, ce que tout Juif doit savoir pour être sauvé ; mais puisqu’ils refusèrent de le croire, Saul annoncera à tous les hommes qu’il est le Fils de Dieu, l’objet céleste du chrétien, ce qui le rend victorieux du monde (1 Jean 5:5). Lorsque le Seigneur trouva l’aveugle que les pharisiens avaient chassé de la synagogue (Jean 9:35), il lui dit : « Crois-tu au Fils de Dieu ? » Il est l’objet de la foi, par lequel le croyant est satisfait ; il n’a plus besoin du monde qui l’a crucifié ; c’est ce qui le rend victorieux. L’aveugle-né, guéri et croyant au Fils de Dieu, n’avait plus besoin de la synagogue. En Éphésiens 4, nous voyons que le Seigneur a donné des dons pour l’édification de son corps, « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu » (v. 12, 13).

Tous ceux qui entendaient Saul étaient dans l’étonnement et disaient : « N’est-ce pas celui-là qui a détruit à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et qui est venu ici dans le but de les amener liés aux principaux sacrificateurs ? » (v. 21). Nous pouvons espérer que beaucoup ne demeurèrent pas seulement étonnés, mais qu’ils crurent aussi en ce nom, « le seul qui soit donné » aux hommes « par lequel il nous faille être sauvés » (Actes 4:12). « Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, démontrant que celui-ci était le Christ » (v. 22). Jésus est le Fils de Dieu présenté à tous les hommes, mais il est bien le Christ, le Messie, auquel les Juifs doivent croire pour être sauvés, aujourd’hui comme alors, car ils nient toujours qu’il le soit, ce qui est la cause de leur rejet comme nation, jusqu’à ce qu’ils disent : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu » (1 Jean 5:1). Inutile de le présenter aux gentils, qui n’avaient rien à faire avec le Christ ou Messie ; aussi dans ses discours, Paul leur présente Jésus, le Seigneur, la Parole du Seigneur ou la Parole, ou, comme à Athènes, « le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont » (Actes 17:24), en contraste avec les idoles, le Dieu qui ordonne « aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (v. 30).

 

10.4                      Ch. 9 v. 23-31 — Arrivée de Saul à Jérusalem

Les versets 23-25 montrent que la Parole de Dieu ne donne pas un récit historique complet, mais présente la pensée de Dieu. Dieu poursuit un but dans son enseignement et met de côté tout ce qui ne sert pas à l’atteindre. « Jésus fit aussi devant ses disciples beaucoup d’autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom » (Jean 20:30, 31). L’Esprit de Dieu, par Jean, n’a choisi que les actes de Jésus nécessaires pour que le croyant reçoive la vie. Il eût été peut-être très intéressant d’en connaître d’autres, mais pas utile. C’est ce que nous voyons ici : « Des jours en grand nombre s’étant écoulés, les Juifs tinrent conseil ensemble pour le tuer ; mais leur complot fut connu de Saul. Et ils surveillaient aussi les portes, jour et nuit, pour le tuer. Mais les disciples, le prenant de nuit, le descendirent par la muraille » (v. 23-25).

Ces versets, qui semblent être la suite chronologique de ce qui précède, embrassent une période d’au moins trois ans que l’auteur inspiré appelle « Des jours en grand nombre ».  Nous apprenons, par Galates 1:16-19, que, lorsque Saul fut appelé par le Seigneur, il ne monta pas à Jérusalem vers les apôtres qui l’avaient précédé, mais s’en alla en Arabie. Trois ans après seulement il revint à Damas, et c’est à ce moment-là que se placent nos versets.

De Damas, il se rendit à Jérusalem (voir Galates et v. 26 de notre chapitre), où il fit la connaissance de Pierre et resta chez lui quinze jours.

Pourquoi demeura-t-il trois ans en Arabie ? La parole de Dieu ne nous le dit pas. Il fut, sans doute, formé par le Seigneur en vue du service qu’il lui confiait. Il faut à tout serviteur de Dieu un temps de retraite dans l’ombre, à l’école du Seigneur, avant de paraître en public. Moïse séjourna quarante ans en Madian avant de commencer son service. Jean le baptiseur ne débuta dans le sien, très court, qu’à l’âge de trente ans. David passa par une longue et douloureuse préparation, avant de monter sur le trône. On pourrait multiplier les exemples.

Paul donne, dans l’épître aux Galates, plus de détails sur son séjour à Jérusalem, afin de prouver que son ministère n’avait rien de commun avec le judaïsme, que même il n’avait rien reçu des apôtres, parce que des docteurs judaïsants voulaient placer les Galates sous le système légal. Dans le récit des Actes, cette précaution n’était pas nécessaire ; l’Esprit de Dieu rapporte simplement la conversion de Saul et le début de son œuvre. En 2 Cor. 11:33, l’apôtre mentionne le fait qu’il fut dévalé dans une corbeille, pour faire comprendre aux détracteurs de son ministère que, bien que nullement inférieur à ceux que l’on estimait plus que lui, il ne se glorifiait que dans sa faiblesse, et il cite comme exemple sa fuite. Ces versets nous apprennent que l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville pour s’emparer de lui ; notre chapitre dit que les Juifs avaient tenu conseil pour le tuer. Les deux textes se complètent, car les Juifs ne pouvaient rien faire sans l’appui de l’autorité civile. Un des récits met en relief la culpabilité des Juifs, l’autre, celle des gentils.

À Jérusalem on ignorait la conversion du grand persécuteur des chrétiens, car, lorsqu’il voulut se joindre aux chrétiens de cette ville, tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût disciple. C’est Barnabas qui le présenta aux apôtres ; il « leur raconta comment, sur le chemin, il avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment il avait parlé ouvertement, à Damas, au nom de Jésus » (v. 27). Nous voyons, par la présentation de Saul par Barnabas, que, lorsqu’un chrétien inconnu dans la localité désire se joindre à l’assemblée, il doit être présenté par un frère qui puisse rendre un bon témoignage de lui. Saul demeura quelque temps à Jérusalem, « allant et venant, et parlant ouvertement au nom du Seigneur. Et il parlait et disputait avec les Hellénistes ; mais ceux-ci tâchaient de le faire mourir » (v. 28, 29). De nouveau la haine se manifeste. L’ennemi cherche à supprimer ce témoin gênant qui venait de lui être arraché d’une façon si merveilleuse. Mais il sera obligé de le laisser accomplir toute l’œuvre pour laquelle le Seigneur l’avait élu.

Apprenant les intentions des Hellénistes, les frères le conduisirent à Césarée, au bord de la mer, d’où ils le firent partir pour Tarse, ville de Cilicie, dont Paul était originaire. Il demeura là jusqu’à ce que Barnabas, voyant la grande œuvre accomplie à Antioche, allât le chercher pour enseigner dans cette ville, où il demeura une année. Il n’est parlé nulle part de ce que Saul fit à Tarse, ni du temps qu’il y resta.

Malgré l’opposition de Satan, les assemblées de Judée, de Galilée et de Samarie « étaient en paix », est-il dit, « étant édifiées, et marchant dans la crainte du Seigneur ; et elles croissaient par la consolation du Saint Esprit » (v. 31). Heureux état qui peut être celui des assemblées aujourd’hui, au milieu de la ruine de l’Église, si elles marchent dans la crainte du Seigneur, en obéissant à la Parole, pour réaliser la consolation du Saint Esprit qui est toujours ici-bas dans l’Église et dans les croyants jusqu’au retour du Seigneur.

Jusqu’ici, ce chapitre nous a fait connaître la conversion de Saul, son séjour en Arabie et son départ pour Tarse, où il demeura un certain temps. Tout est prêt pour qu’il commence son travail au milieu des nations, en dehors de celui de Pierre et de Jean, qui des douze sont les seuls que l’on ait vus à l’œuvre dans le récit des Actes. Mais avant que Saul entreprît son service spécial, une œuvre préparatoire devait s’accomplir par le ministère de Pierre pour se continuer par celui de Paul. C’est ce que nous verrons dans le reste de ce chapitre et dans les chapitres 10 et 11.

 

(v. 32-35). — « Or il arriva que, comme Pierre parcourait toute la contrée, il descendit aussi vers les saints qui habitaient Lydde. Et il trouva là un homme nommé Enée, qui depuis huit ans était couché sur un petit lit ; et il était paralytique. Et Pierre lui dit : Enée ! Jésus, le Christ, te guérit ; lève-toi, et fais-toi toi-même ton lit. Et aussitôt il se leva. Et tous ceux qui habitaient Lydde et le Saron le virent ; et ils se tournèrent vers le Seigneur ».

Pierre ne dit pas à Énée : « Je te guéris », mais « Jésus, le Christ, te guérit ».  Pierre n’était que l’instrument de la puissance de Jésus. Aussi ce miracle ne fit pas tourner les regards de tous vers Pierre, mais vers le Seigneur, tandis que, chez Simon (chap. 8), l’effet produit en lui à la vue du démoniaque guéri par Philippe eut le résultat inverse. Il se tenait auprès de Philippe, satisfait de la jouissance qu’il éprouvait en voyant des prodiges s’accomplir. La suite montra que l’œuvre de Dieu n’était pas réelle dans son cœur et sa conscience. Aujourd’hui aussi, quand on est saisi par un événement ou par la beauté d’une prédication, on parlera beaucoup du prédicateur ; on voudra l’entendre de préférence à un autre, qui s’exprime moins bien, tout en présentant la Parole de Dieu ; mais la conscience n’a pas été touchée ; on n’est pas arrivé à la conviction de son état de péché devant Dieu, ce qui ne rend jamais joyeux, mais produit le désir d’en être délivré. Dans ces cas-là, le prédicateur a pour l’âme plus de prix que le Seigneur. Il en allait autrement pour les habitants de la contrée du Saron.

Dans un temps futur, ces mêmes contrées jouiront d’abondantes bénédictions, annoncées par Ésaïe. Alors le Seigneur établira son règne glorieux, accomplissant entre autres cette parole : « La gloire du Liban lui sera donnée, la magnificence du Carmel et du Saron ; ils verront la gloire de l’Éternel, la magnificence de notre Dieu » (Ésaïe 35:2). Dans ce moment, la part de ceux qui crurent lorsque Pierre était au milieu d’eux, comme de tous les croyants jusqu’à la venue du Seigneur, sera d’être avec le Seigneur apparaissant en gloire ; ils jouiront de bénédictions plus grandes encore que celles décrites par Ésaïe et dont le peuple terrestre jouira alors. Ils feront partie de l’Épouse et des conviés aux noces de l’Agneau, ils jouiront de son beau règne avec lui d’une manière céleste. Ils sont les bienheureux qui n’ont point vu et qui ont cru.

 

10.5                      Ch. 9 v. 36-43 — Résurrection de Dorcas

« Il y avait à Joppé une femme disciple, nommée Tabitha, qui, interprété, signifie Dorcas ; elle était pleine de bonnes œuvres et d’aumônes qu’elle faisait. Et il arriva en ces jours-là, qu’étant tombée malade elle mourut ; et quand ils l’eurent lavée, ils la mirent dans la chambre haute » (v. 36, 37). Quel beau témoignage l’Esprit de Dieu rend de cette femme, « pleine de bonnes œuvres et d’aumônes ». Non que ce qu’elle faisait remplît son cœur, mais c’est ainsi que Dieu la voyait, caractérisée par le bien qu’elle faisait. C’est ce qu’on verra en elle et en chaque croyant dans la gloire, lorsque apparaîtra le résultat de la grâce de Dieu en eux. Il est dit que le fin lin blanc et pur, dont sera vêtue l’Épouse aux noces de l’Agneau, ce sont les justices des saints ou leurs actes justes. Ils en sont vêtus eux-mêmes, lorsqu’ils apparaissent en gloire avec le Seigneur, vus sur des chevaux blancs (Apocalypse 19:8 et 14).

Malgré ses bonnes œuvres, la mort atteignit cette digne femme. Dieu le permit afin de faire éclater sa puissance, manifestée par le Seigneur ici-bas et qui, non seulement faisait marcher un paralytique, mais rendait la vie à un mort.

Apprenant que Pierre était à Lydde, les disciples de Joppé envoyèrent deux hommes le prier de venir sans tarder. « Quand il fut arrivé, ils le menèrent dans la chambre haute ; et toutes les veuves vinrent auprès de lui en pleurant, et en montrant les robes et les vêtements, toutes les choses que Dorcas avait faites pendant qu’elle était avec elles » (v. 38, 39). L’activité de Dorcas résultait de son amour actif dans son cœur ; cela devrait caractériser tous les croyants. L’apôtre reconnaissait chez les Thessaloniciens leur « travail d’amour ». L’amour sait toujours trouver les moyens de se dépenser pour d’autres. Dorcas travaillait pour les veuves et les orphelins. Elle ne se contentait pas de savoir qu’elle était sauvée en croyant ; la vie du racheté ne peut se montrer que par des œuvres de foi qui prouvent qu’on a la foi (Jacques 2).

Pierre fit sortir tous ceux qui étaient dans la chambre où le corps de Dorcas reposait. Il voulait être seul avec son Dieu, afin que rien ne le gênât dans son intercession et que la puissance de Dieu s’exerçât librement. Le Seigneur fit de même lorsqu’il ressuscita la fille de Jaïrus (Luc 8:51). Pierre, « s’étant mis à genoux, pria ; et, se tournant vers le corps, il dit : Tabitha, lève-toi. Et elle ouvrit ses yeux, et voyant Pierre, elle se mit sur son séant ; — et lui ayant donné la main, il la leva ; et ayant appelé les saints et les veuves, il la leur présenta vivante » (v. 40-44). Nous comprenons leur joie à tous.

Ce miracle est le seul que la Parole mentionne comme accompli par les disciples en faveur d’un croyant. Leur puissance miraculeuse n’agissait pas pour soustraire les enfants de Dieu aux épreuves qui, toutes, travaillent ensemble au bien de ceux qui l’aiment et par lesquelles il fait leur éducation. Paul ne guérit par Trophime qu’il laissa malade à Milet (2 Tim. 4:20), ni Timothée : il l’engagea à prendre un peu de vin à cause de ses fréquentes indispositions (1 Tim. 5:23). La guérison de Dorcas eut lieu en faveur des veuves, plutôt que pour Dorcas elle-même et, comme tous les miracles opérés par les apôtres, pour appuyer la prédication de l’évangile par des démonstrations de puissance. Plusieurs habitants de Joppé crurent au Seigneur et Pierre y demeura plusieurs jours.

Dieu veuille que l’exemple de Dorcas soit suivi par un grand nombre de croyants, jeunes surtout. Beaucoup désirent servir le Seigneur en se dévouant aux missions en pays païens ; nous ne voudrions pas les décourager, mais le Seigneur place souvent autour de nous des moyens beaucoup plus à notre portée pour le servir avec zèle et dévouement, en y déployant une activité semblable à celle de Dorcas. Son nom signifie gazelle, animal dont elle imitait l’agilité pour faire le bien. Tous ne peuvent pas confectionner des robes ; mais le Seigneur enseignera à chacun qui veut vraiment lui être agréable, comment il pourra le servir, dans l’ombre peut-être, sans éclat, sans en avoir du relief ici-bas devant les chrétiens et les hommes, mais cette activité portera du fruit pour le ciel et sera manifestée au jour où « chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (1 Cor. 4:5). « Le service religieux pur et sans tache devant Dieu le Père, est celui-ci : de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, de se conserver pur du monde » (Jacques 1:27).

 

11                  Chapitre 10

11.1                      Ch. 10 v. 1-8 — Vision de Corneille

Si l’apôtre Paul fut suscité pour annoncer l’évangile aux gentils, c’est Pierre qui devait leur ouvrir la porte du royaume des cieux, comme le Seigneur le lui avait dit en Matthieu 16:19 ; en d’autres termes, dans ce chapitre, il les introduit dans la maison de Dieu, pour jouir de tous les privilèges du christianisme, comme il l’avait fait pour les Juifs convertis et les Samaritains (chap. 8).

Il y avait, à Césarée, un homme nommé Corneille, centurion d’une cohorte appelée Italique (*). Pieux, craignant Dieu avec toute sa maison, il faisait beaucoup d’aumônes au peuple et priait Dieu continuellement (v. 1, 2) : beau témoignage rendu à cet homme, un gentil, sans doute un Romain, puisqu’il était officier dans l’armée. Trois choses le caractérisaient :

1° Sa piété personnelle. Il avait enseigné ceux qui appartenaient à sa maison à marcher dans la même voie que lui ; son influence s’était étendue à ses soldats parmi lesquels il y en avait de pieux.

2° Sa générosité. Il faisait beaucoup d’aumônes, évidemment au peuple juif, qu’il honorait en sa qualité de peuple de Dieu, en contraste avec les gentils qui le méprisaient.

3° Son esprit de prière.

 

(*) La cohorte, unité de l’armée romaine, se divisait en dix centuries, commandées chacune par un centurion.

 

Tout ce qui est dit de Corneille exprime la vraie piété, à laquelle Dieu voulait répondre en lui faisant connaître comment il s’était révélé en grâce à tous les hommes dans la personne du Seigneur Jésus et par son œuvre à la croix.

« Vers la neuvième heure du jour » (trois heures de l’après-midi), Corneille « vit clairement en vision un ange de Dieu entrant auprès de lui et lui disant : Corneille ! Et, fixant les yeux sur lui et étant tout effrayé, il dit : Qu’est-ce, Seigneur ? Et il lui dit : Tes prières et tes aumônes sont montées pour mémorial devant Dieu. Et maintenant envoie des hommes à Joppé, et fais venir Simon qui est surnommé Pierre ; il est logé chez un certain Simon, corroyeur, qui a sa maison au bord de la mer » (v. 3-6). L’ange parti, Corneille appela « deux de ses domestiques et un soldat pieux d’entre ceux qui se tenaient toujours auprès de lui, et leur ayant tout raconté, les envoya à Joppé » (v. 7, 8). Ces deux domestiques et ce soldat étaient sûrement en communion de pensées avec leur maître. Cet étranger à Israël, et, jusqu’ici au christianisme, qui avait si bien compris sa responsabilité vis-à-vis de sa maison, est un bel exemple à suivre par tous les chrétiens ; car, avec une connaissance plus grande des pensées de Dieu à tous égards, beaucoup de maisons ne portent pas les caractères de piété de celle de Corneille.

Par les moyens que Dieu emploie vis-à-vis de Corneille, on voit l’importance de l’enseignement qu’il veut lui donner. Il lui envoie un ange, non pour l’instruire, mais pour lui donner l’adresse exacte à laquelle il trouvera l’homme qui lui parlera de sa part. Le Seigneur n’a pas donné aux anges des dons pour son Église, mais aux hommes, parmi ceux auxquels il a révélé la grâce merveilleuse dont ils sont les objets et ses conseils éternels à leur égard, qui les placent au-dessus des anges. C’est pourquoi les anges désirent regarder de près dans les bénédictions merveilleuses accordées aux hommes (voir 1 Pierre 1:12) ; alors que, pour ceux d’entre eux qui ont péché, il n’y a point de salut. « Car, certes, il ne prend pas les anges, mais... la semence d’Abraham » (Hébreux 2:16), c’est-à-dire qu’il ne sauve pas les anges, mais les croyants parmi les hommes. Des anges, il est dit : « Ne sont-ils pas tous des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1:14). Dans le cas de Corneille, nous voyons un ange qui servit en sa faveur. Combien la grâce de Dieu est merveilleuse envers les pécheurs ! Elle s’est manifestée dans sa plénitude, non en employant des anges pour nous servir, mais en ce que Dieu envoya du ciel son propre Fils pour nous sauver par sa mort sur la croix.

 

11.2                      Ch. 10 v. 9-24 — Vision de Pierre

Les serviteurs de Corneille se mirent en route pour Joppé. Ils avaient à franchir une distance d’au moins cinquante kilomètres, le long de la mer. Mais pour qu’ils trouvassent Pierre disposé à les suivre, il lui fallait une préparation spéciale de la part du Seigneur, car, lors même que les Samaritains avaient été convertis, baptisés, et qu’ils avaient reçu le Saint Esprit, les chrétiens juifs ne comprenaient pas encore que les privilèges du christianisme appartenaient aux gentils aussi bien qu’à eux.

Comme les messagers de Corneille approchaient de la ville, Pierre était monté sur le toit pour prier vers la sixième heure (midi). Il eut faim, et pendant qu’on lui préparait à manger, il eut une extase : « Il voit le ciel ouvert, et un vase descendant comme une grande toile liée par les quatre coins et dévalée en terre, dans laquelle il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles de la terre, et les oiseaux du ciel. Et une voix lui fut adressée, disant : Lève-toi, Pierre, tue et mange. Mais Pierre dit : Non point, Seigneur, car jamais je n’ai rien mangé qui soit impur ou immonde. Et une voix lui fut adressée encore, pour la seconde fois, disant : Ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur. Et cela eut lieu par trois fois, et le vase fut aussitôt élevé au ciel » (v. 11-16).

Il est facile de comprendre ce que le Seigneur enseignait à Pierre. Sous la loi, les gentils étaient impurs ; les Juifs ne devaient entretenir aucune relation avec eux. Mais maintenant que l’épreuve de l’homme avait manifesté l’impureté des Juifs aussi quant à leur nature, leur culpabilité, il n’y avait plus lieu de maintenir la différence entre ces deux races. Dieu voulait faire grâce à tous en vertu de la mort de Christ, dans laquelle avait disparu, sous le jugement de Dieu, ce qu’avaient été Juifs et gentils. Par le même moyen les uns et les autres étaient purifiés moyennant la foi. C’est pourquoi la voix s’adressant à Pierre, lui dit : « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur ».  On comprend la perplexité de Pierre quand il entendit le Seigneur lui dire par trois fois : « Tue et mange », lui qui, en bon Juif, avait observé les ordonnances de la loi à cet égard, en Lévitique 11 et Deutéronome 14.

Mais il ne tarda pas à saisir le secret de cette vision. « Comme Pierre était en perplexité en lui-même à l’égard de ce qu’était cette vision qu’il avait vue, voici aussi, les hommes envoyés de la part de Corneille... se tenaient à la porte ; et, ayant appelé, ils demandèrent si Simon surnommé Pierre, logeait là. Et comme Pierre méditait sur la vision, l’Esprit lui dit : Voilà, trois hommes te cherchent ; mais lève-toi, et descends, et va avec eux sans hésiter, parce que c’est moi qui les ai envoyés. Et Pierre étant descendu vers les hommes, dit : Voici, moi, je suis celui que vous cherchez ; quelle est la cause pour laquelle vous êtes venus ? » (v. 17-21). Quelle condescendance de la part du Seigneur d’aplanir ainsi toutes les difficultés pour l’accomplissement de son œuvre d’amour ! Quelle satisfaction pour le cœur de Dieu de faire connaître à ce pieux Corneille son Fils Jésus, le Sauveur, venu pour abolir tous ses péchés et le rendre participant à des bénédictions qui surpassaient tout ce que pouvait espérer un Juif sous la loi : « Ce que l’œil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Cor. 2:9). Corneille était un de ceux-là. Il allait bientôt l’apprendre. Les hommes répondirent à Pierre : « Corneille, centurion, homme juste et craignant Dieu, et qui a un bon témoignage de toute la nation des Juifs, a été averti divinement par un saint ange de te faire venir dans sa maison et d’entendre des paroles de ta part » (v. 22). Averti par l’Esprit Saint, Pierre fit entrer les messagers, les logea et partit avec eux le lendemain ; il se fit accompagner de quelques frères de Joppé, pour qu’ils fussent témoins de ce qui allait se passer.

Les envoyés de Corneille lui rendent le même témoignage que l’Esprit de Dieu au v. 2. Fournie par des témoins journaliers de sa vie, cette attestation a un grand prix, car il arrive souvent que tout le bien que peuvent dire d’un chrétien, ou de ses enfants, des personnes qui ne vivent pas dans leur intimité, ne s’accorde pas en tous points avec le témoignage de ceux qui observent leur manière d’agir dans leur vie de famille. Il faut veiller, dès le jeune âge, à ce que notre marche intime, dans la maison, dans nos rapports avec les nôtres, manifeste la même crainte de Dieu, la même piété que lorsque nous nous savons observés par autrui. Pour cela, il faut vivre dans le sentiment de la présence de Dieu qui voit tout et partout.

Arrivés à Césarée, ils trouvèrent Corneille qui avait assemblé ses parents et ses intimes amis. Non seulement il avait enseigné à sa maison la connaissance du vrai Dieu ; mais il en avait entretenu son entourage. Tout était préparé pour qu’un grand nombre apprissent ce qu’ils ne connaissaient pas, savoir l’évangile qui annonce le Sauveur et l’œuvre qu’il a accomplie à la croix.

 

11.3                      Ch. 10 v. 25-33 — Arrivée de Pierre chez Corneille

« Et comme il arrivait que Pierre entrait, Corneille allant au-devant de lui se jeta à ses pieds et lui rendit hommage. Mais Pierre le releva, disant : Lève-toi ; et moi aussi je suis un homme » (v. 25, 26). Corneille pensait à la supériorité de celui que le Seigneur lui envoyait, et voulait l’honorer dignement. La réponse de Pierre signifiait non seulement qu’il n’était pas un être céleste ou divin, mais qu’il était aussi un homme comme Corneille, son égal devant Dieu comme pécheur et par grâce comme un racheté.

Pierre exposa aux personnes assemblées comment il avait été conduit à venir à eux. « Vous savez, vous », leur dit-il, « que c’est une chose illicite pour un Juif que de se lier avec un étranger, ou d’aller à lui ; et Dieu m’a montré, à moi, à n’appeler aucun homme impur ou immonde. C’est pourquoi aussi, lorsque vous m’avez envoyé chercher, je suis venu sans faire de difficulté. Je vous demande donc pour quel sujet vous m’avez fait venir » (v. 28, 29). Corneille lui fit le récit de l’apparition de l’ange sous la forme d’un homme qui se tenait devant lui dans un vêtement éclatant et lui dit : « Corneille, ta prière est exaucée, et tes aumônes ont été rappelées en mémoire devant Dieu » (v. 31). Corneille exposait dans sa prière des besoins que la grâce de Dieu pouvait satisfaire et auxquels la connaissance qu’il avait du Dieu des Juifs ne répondait pas ; c’est pourquoi l’ange lui dit : « Ta prière est exaucée ». On voit aussi qu’une prière a sa réponse lors même que l’exaucement n’est pas encore connu. « Et c’est ici la confiance que nous avons en lui, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées » (1 Jean 5:14, 15). Nous savons que nous les avons, mais Dieu les donnera quand il le jugera à propos. Corneille vit exaucer sa prière le jour même. L’ange lui indique simplement qui l’instruira dans la vérité : « Lorsqu’il sera venu, lui dit-il, il te parlera ». « J’ai donc aussitôt envoyé vers toi », dit Corneille à Pierre, « et tu as bien fait de venir. Maintenant donc, nous sommes tous présents devant Dieu, pour entendre tout ce qui t’a été ordonné de Dieu » (v. 32, 33).

Les résultats d’une réunion pareille sont évidents : il y avait là un homme envoyé de Dieu pour parler, et des personnes assemblées par Dieu, se tenant devant Dieu, pour entendre ce qu’il avait à leur dire. Si nous nous réunissions toujours dans le même esprit que ces personnes pour écouter la Parole de Dieu, quelle bénédiction nous en recevrions ! Ce n’est pas un apôtre, mais quelqu’un de plus grand que Pierre qui nous réunit autour de lui. « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:20), dit le Seigneur. Nous possédons les écrits des apôtres inspirés, la Parole de Dieu ; chaque fois que nous l’entendons ou que nous la lisons, nous devons nous dire : « Voilà ce que Dieu te dit », et le recevoir avec le sérieux qui convient devant une autorité pareille, pour lui obéir et retirer toute la bénédiction éternelle qu’elle apporte.

 

11.4                      Ch. 10 v. 34-43 — Prédication de Pierre

« Et Pierre, ouvrant la bouche, dit : En vérité, je comprends que Dieu ne fait pas acception de personnes, mais qu’en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice, lui est agréable » (v. 34, 35). Dieu veut des réalités. Il ne suffisait pas de dire : « Nous avons Abraham pour père » (Luc 3:8) ; il faut produire de bons fruits, comme le disait Jean le Baptiseur aux Juifs. Si Dieu envoyait au milieu des nations, cela lui était agréable ; il en trouvait si peu chez son peuple terrestre. Ce Dieu, qui ne fait pas acception de personnes, a envoyé sa parole, dit Pierre, « annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ qui est Seigneur de tous » : non seulement des Juifs, mais aussi des gentils. — Cette bonne nouvelle a été annoncée « par toute la Judée, en commençant par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché » (v. 36, 37).

Jean prêchait qu’il fallait se repentir parce que le royaume de Dieu allait venir. Établi en gloire, les pécheurs y seraient détruits. C’est ce que veut dire que « tout arbre qui ne portait pas de bons fruits serait coupé et jeté au feu ».  Tous ceux qui se repentaient étaient baptisés et attendaient le Seigneur dont Jean annonçait la venue. Lorsque Jésus vint, il annonça la bonne nouvelle du salut que recevaient ceux qui s’étaient repentis. Il dit en Luc 4:18, 19 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres ; il m’a envoyé pour publier aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour renvoyer libres ceux qui sont foulés, et pour publier l’an agréable du Seigneur ».

Mais le Seigneur n’a pas seulement prêché. Pierre dit : « Jésus qui était de Nazareth... Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance ; car Dieu était avec lui » (v. 38). Grâce merveilleuse de la part de Dieu, de venir dans ce monde dans la personne de son Fils pour délivrer l’homme de la puissance de Satan, auquel il s’était volontairement asservi. Pierre dit au nom des apôtres : « Nous sommes témoins de toutes les choses qu’il a faites, au pays des Juifs et à Jérusalem » (v. 39). Corneille et ses invités durent accepter ces paroles avec une pleine certitude. Mais celui qui vint accomplir cette œuvre, les hommes « l’ont fait mourir, le pendant au bois ».  Alors Dieu intervint afin qu’on publiât, dans le monde entier, les résultats de l’œuvre de son Fils. « Celui-ci, Dieu l’a ressuscité le troisième jour, et l’a donné pour être manifesté, non à tout le peuple, mais à des témoins qui avaient été auparavant choisis de Dieu, savoir à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il eut été ressuscité d’entre les morts » (v. 40, 41).

Le témoignage des apôtres avait une importance que nous ne comprenons pas assez, nous qui avons la Parole de Dieu. On le voit par le fait qu’un ange vient vers Corneille pour le mettre en relation avec un de ces témoins des œuvres de Jésus et de sa résurrection, sur laquelle repose la prédication de la grâce. Pierre rapporte que le peuple ne vit pas le Seigneur ressuscité. En effet, les Juifs refusèrent de croire en lui lorsqu’il était au milieu d’eux. La grâce leur était bien offerte après sa résurrection, mais pour la foi en un Christ ressuscité et glorifié, invisible, tandis que ceux qui avaient cru en lui lorsque le peuple le rejetait, le virent ; à eux il a été « commandé de prêcher au peuple, et d’attester que c’est lui qui est établi de Dieu juge des vivants et des morts ». Pierre ne termine pas son discours en présentant le jugement qu’exercera Celui que les hommes ont fait mourir. Il invoque un autre témoignage qui a précédé le sien, celui des prophètes : « Tous les prophètes lui rendent témoignage, que, par son nom, quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés » (v. 43). Merveilleuse déclaration ! Aussi « comme Pierre prononçait encore ces mots, l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la parole » (v. 44).

Jusque-là, Corneille et les siens possédaient la vie divine comme tous les croyants qui ont précédé la mort du Seigneur, parce qu’ils croyaient Dieu. Mais pour être enfant de Dieu, c’est-à-dire chrétien, pour faire partie du royaume des cieux, il fallait posséder la rémission des péchés en croyant au Seigneur Jésus mort, ressuscité et glorifié. Cette connaissance manquait à la foi de Corneille et des siens. Dès qu’ils saisirent la déclaration de Pierre, Dieu les scella du Saint Esprit et les reconnut comme ses enfants. Ils reçurent « l’Esprit d’adoption par lequel nous crions Abba, Père ! » (Romains 8:15). Dès lors ils possédaient en abondance la vie des brebis du Seigneur : « Je suis venu afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10:10).

Quel étonnement pour Pierre et les frères qui l’avaient accompagné, en voyant l’Esprit Saint se répandre aussi sur les gentils, car ils les entendaient « parler en langues et magnifier Dieu » (v. 45). Il n’y avait plus de différence entre Juifs et gentils croyants, tous amenés à Dieu par le même moyen. Tout ce qui les séparait avait pris fin dans la mort de Christ, qui a « détruit le mur mitoyen de clôture » et les a réconciliés « tous les deux en un seul corps à Dieu par la croix, ayant tué par elle l’inimitié » (Éph. 2:11-20). Pierre comprit mieux encore que Dieu ne faisait pas acception de personnes, puisqu’il les amenait tous aux mêmes bénédictions du christianisme.

Malgré la réception du Saint Esprit, il fallait encore le baptême qui les introduisait dans la maison de Dieu. « Alors Pierre répondit : Quelqu’un pourrait-il refuser l’eau, afin que ceux-ci ne soient pas baptisés, eux qui ont reçu l’Esprit Saint comme nous-mêmes ? Et il commanda qu’ils fussent baptisés au nom du Seigneur. Alors ils le prièrent de demeurer là quelques jours » (v. 47, 48). Nous avons vu, au chap. 8, que le Saint Esprit ne venait que sur ceux qui étaient baptisés après avoir cru ; c’est l’ordre indiqué par Pierre au chap. 2:38. Ici le Seigneur voulut que le Saint Esprit vînt sur eux avant le baptême, pour montrer que les croyants gentils avaient la même part que les croyants juifs aux conséquences de l’œuvre de Christ. Sans cela, Pierre eût pu hésiter de les baptiser, malgré la vision par laquelle Dieu lui avait montré qu’il purifiait aussi bien les uns que les autres.

Maintenant une assemblée chrétienne pouvait se former à Césarée, où Philippe était déjà venu après sa rencontre avec l’eunuque d’Éthiopie (chap. 8:40). Nous savons qu’en effet il y en eut une ; Paul y passa en allant à Tarse (chap. 9:30). Il y débarqua en venant d’Éphèse (chap. 18:22). Des disciples en vinrent avec Paul à Jérusalem, lors de son dernier voyage dans cette ville (chap. 21:15, 16) et c’est là que le chiliarque envoya Paul pour le soustraire aux embûches des Juifs de Jérusalem ; il y demeura deux ans avant d’aller à Rome (chap. 23 à 25). Pendant ce temps les chrétiens de Césarée purent profiter sans doute du ministère de l’apôtre puisqu’il jouissait d’une certaine liberté et qu’on n’empêchait aucun des siens de le servir (chap. 24:23). Mais la Parole ne dit rien de l’activité de Paul durant les deux ans qu’il passa dans cette ville.

 

12                  Chapitre 11

12.1                      Ch. 11 v. 1-18 — Pierre à Jérusalem

Les apôtres et les frères du Judée apprirent bientôt que les nations avaient aussi reçu la parole de Dieu. Lorsque Pierre fut monté à Jérusalem, les croyants d’entre les Juifs disputaient avec lui en ces termes : « Tu es entré chez des hommes incirconcis, et tu as mangé avec eux » (v. 1-3). Pierre leur expose toute la vision qu’il eut à Joppé, l’arrivée des envoyés de Corneille aussitôt après et comment l’Esprit Saint lui enjoignit de les suivre sans hésiter, ce qu’il fit en prenant avec lui six frères de Joppé. Il leur fit aussi le récit de la vision de Corneille et termine par ces mots qui devaient les convaincre pleinement : « Et comme je commençais à parler, l’Esprit Saint tomba sur eux, comme aussi il est tombé sur nous au commencement. Et je me souvins de la parole du Seigneur, comment il a dit : Jean a baptisé avec de l’eau, mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint. Si donc Dieu leur a fait le même don qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour pouvoir l’interdire à Dieu ? » (v. 15-17). Après ce récit concluant, personne ne pouvait attribuer à Pierre un acte de sa propre volonté, ni l’accuser d’avoir enfreint les ordonnances légales. Dieu savait que l’admission des gentils dans l’Église rencontrerait une vive opposition de la part des Juifs croyants ; il avait donc tout préparé, afin qu’ils reconnussent que telle était sa volonté. Aussi « ayant ouï ces choses, ils se turent, et glorifièrent Dieu disant : Dieu a donc en effet donné aux nations la repentance pour la vie ! » (v. 18). L’assemblée de Jérusalem était dès lors en pleine communion de pensées avec Dieu au sujet des gentils convertis, non seulement parce que Dieu l’avait démontré d’une façon si évidente, mais parce que les Juifs, comme les gentils, avaient cru au Seigneur Jésus et se trouvaient introduits dans le christianisme. Pierre le dit : « Dieu leur a fait le même don qu’à nous — non parce que nous sommes Juifs — qui avons cru au Seigneur Jésus Christ ».  Le moyen d’être sauvé, le même pour tous, c’est de croire au Seigneur Jésus.

Nous ne reviendrons pas sur le récit que fait Pierre aux frères de Jérusalem, puisque nous en avons vu tous les éléments dans le chapitre précédent. Une chose est omise au chap. 10:32, dans le récit de Corneille, où nous lisons : « Envoie donc à Joppé et fais venir Simon... et lorsqu’il sera venu, il te parlera ».  Dans notre chapitre, v. 14, il est dit : « Pierre... te dira des choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison ». Corneille avait la vie de Dieu, comme tous les croyants qui ont précédé la mort de Christ. Pourquoi donc reçoit-il ce message ? Ce n’est que depuis la mort du Sauveur que l’on peut avoir la certitude que l’on est sauvé. Être sauvé, c’est savoir qu’on est délivré du jugement mérité, parce que le Seigneur Jésus l’a porté à la place du coupable ; nul ne le savait avant cette œuvre accomplie. Le croyant a une part à la mort de Christ qui a mis fin à son état de péché, ainsi qu’à sa résurrection qui l’a introduit dans une position nouvelle, en lui, en attendant la gloire. Il n’appartient plus à ce monde où il demeure comme témoin de son Sauveur et Seigneur, qu’il attend du ciel. Il est sauvé, et il le sait. Le croyant de l’Ancien Testament ne pouvait dire : « Christ est mort pour moi », tandis que Corneille, après avoir entendu Pierre affirmer : « Quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés », l’accepta et aussitôt le Saint Esprit tomba sur eux tous, Dieu montrant par là qu’il les reconnaissait comme ses enfants, qu’ils avaient part à sa maison, l’assemblée, successeur d’Israël comme témoignage de Dieu sur la terre. Corneille apprit ensuite qu’il possédait une part céleste en union avec Christ ressuscité et glorifié, ce qui faisait de lui un être céleste, étranger au monde, enfant de Dieu son Père, bénédiction merveilleuse qui appartient au plus simple croyant de l’économie actuelle. C’est pourquoi le Seigneur, tout en disant de Jean le Baptiseur qu’il était le plus grand des prophètes, ajoutait que « le moindre dans le royaume de Dieu est plus grand que lui » (Luc 7:28). Aussi la responsabilité des chrétiens l’emporte de beaucoup sur celle des croyants qui précédèrent la venue de Jésus dans ce monde. Nous connaissons tout le déploiement de l’amour de Dieu dans le don et l’œuvre de son Fils ; nous savons parfaitement ce qu’il est comme lumière et sainteté ; nous participons à sa nature d’une manière consciente et nous possédons le Saint Esprit, puissance de la vie divine. Avec de tels privilèges, nous devons être conséquents et fidèles en vivant pour plaire à notre Dieu et Père et à son Fils bien-aimé qui nous a aimés plus que sa propre vie.

 

12.2                      Ch. 11 v. 19-26 — L’évangile est annoncé à Antioche

Ces versets reprennent le sujet de l’évangélisation au moyen de ceux qu’avait dispersés la persécution survenue à la mort d’Étienne, sujet interrompu par le récit de la conversion de Saul et de l’envoi de Pierre chez Corneille, mais qui devait être repris pour introduire sur la scène l’assemblée d’Antioche qui joue un grand rôle dans le ministère de Paul. Antioche, et non Jérusalem, sert de point de départ au ministère de l’apôtre des gentils.

Des assemblées existaient en Samarie. Des chrétiens dispersés s’étaient rendus jusqu’en Phénicie, à Chypre et à Antioche ; ils annonçaient la Parole aux Juifs seulement (v. 19). Mais quelques-uns d’entre eux, originaires de Chypre et de Cyrène, vinrent à Antioche et parlèrent aussi aux Grecs, « annonçant le Seigneur Jésus » (v. 20). Plus familiers avec les étrangers que les Juifs de Judée, n’ayant pas leurs scrupules, l’amour du Seigneur Jésus les pressait d’en faire part aux gentils ; « et la main du Seigneur était avec eux ; et un grand nombre ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur » (v. 21). Après avoir entendu annoncer Jésus, on se tournait immanquablement vers lui et non vers ceux qui en parlaient. Sujet de l’évangile, objet de celui qui a cru, le Seigneur attache à lui le chrétien, pour qu’il le suive dans son chemin. Beaucoup de personnes qui ont cru, sont satisfaites à la pensée qu’elles iront au ciel. Mais le Sauveur est aussi le Seigneur ; il s’est acquis tous les droits sur ses rachetés ; ils lui doivent obéissance, et, en lui étant fidèles, en apprenant à le connaître toujours mieux, captivés par ses beautés, ses perfections humaines et divines, ils en reproduisent les caractères et sont pratiquement « la lettre de Christ » (2 Corinthiens 3:3), manifestée devant les hommes et que tous peuvent lire. C’est ce qui arriva aux croyants d’Antioche.

De nouveau l’assemblée de Jérusalem, apprenant que les Grecs avaient reçu l’évangile à Antioche, leur envoya Barnabas. Réjoui de voir ce que la grâce de Dieu avait opéré dans cette ville, « il les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur, car il était homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi ; et une grande foule fut ajoutée au Seigneur » (v. 22-24). Un homme de bien est non seulement celui qui fait le bien, mais qui exerce autour de lui une heureuse influence. Dans ses rapports avec ses semblables, il met le bien, chose importante à pratiquer de nos jours où le cœur naturel est si disposé à voir le mal chez autrui. Il est dit que l’amour « n’impute pas le mal » (1 Corinthiens 13:5). Lorsque la puissance de l’Esprit opère avec la foi dans un serviteur de Dieu, il se produit des fruits. Barnabas conduisait au Seigneur ceux auxquels il parlait ; il les exhortait à lui être attachés de tout leur cœur ; il désirait que leur affection ne fût partagée avec aucun autre objet. C’est ce qui a lieu si l’Esprit agit, car il est venu ici-bas pour occuper les croyants de la personne du Seigneur et pour lui rendre témoignage (voir Jean 14:26 ; 15:26 ; 16:13-15).

Il importe de comprendre que le croyant est « ajouté au Seigneur ».  On l’est bien aussi à l’assemblée après la conversion, mais ce qui la caractérise, c’est la présence du Seigneur, et chaque croyant est membre du corps de Christ. La vie individuelle chrétienne se caractérise par l’attachement au Seigneur : on vit de lui et pour lui ; on apprend à le connaître toujours mieux. Si nous le réalisions davantage, il y aurait plus de bénédiction et un bon esprit entre les chrétiens, car l’esprit que l’on rencontrerait les uns chez les autres serait celui de Christ, et tout irait bien.

Comprenant l’importance de l’œuvre dans cette localité, Barnabas alla chercher Saul à Tarse. C’était selon la pensée de Dieu, car Saul devait partir d’Antioche pour porter l’évangile aux nations. « Pendant un an tout entier, ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule » (v. 26). C’est là que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de chrétiens. Ce fait prouve combien la marche de ces nouveaux croyants ressemblait à celle du Seigneur dont ils reproduisaient les caractères. Ils n’étaient plus païens ; ils n’étaient pas devenus Juifs ; ils étaient les imitateurs de Christ ; de là leur désignation de chrétiens, tout naturellement. Puissions-nous tous, petits et grands, porter dignement le nom de Christ, notre Sauveur et Seigneur !

 

12.3                      Ch. 11 v. 27-30 — Libéralité des disciples d’Antioche

« En ces jours-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. Et l’un d’entre eux, nommé Agabus, se leva et déclara par l’Esprit, qu’une grande famine aurait lieu dans toute la terre habitée, laquelle aussi eut lieu sous Claude ».

Au début de l’histoire de l’Église, des prophètes annonçaient les événements à venir, comme ceux de l’Ancien Testament. Dès lors, il n’y en eut plus. Les prophètes de 1 Cor. 14:3 ont des dons que l’on possède toujours ; ils font valoir la Parole pour « l’édification, et l’exhortation, et la consolation ».  C’est une sorte de prophétie en ce que celui qui l’exerce fait ressortir de la Parole sous l’action de l’Esprit, des vérités qui s’appliquent au cœur ou à la conscience de ses auditeurs, sans avoir eu connaissance de leurs besoins ou de leur état.

La prophétie d’Agabus fut pour les disciples d’Antioche une occasion de témoigner leur amour fraternel à leurs frères de la Judée. Ils réalisèrent que, possédant la même vie, celle de Christ, ils formaient une même famille. Grâce aux enseignements de Paul, qui demeura avec eux pendant une année, ils avaient aussi compris que tous les croyants sont membres d’un même corps, le corps de Christ. Aussi « les disciples, chacun selon ses ressources, déterminèrent d’envoyer quelque chose pour le service des frères qui demeuraient en Judée : ce qu’ils firent aussi, l’envoyant aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul » (v. 29, 30). Ils montraient par là un grand désintéressement, car ils durent être aussi atteints par la famine, puisqu’elle eut lieu dans toute la terre habitée ; mais l’amour ne calcule pas. Toutefois ils donnèrent « chacun selon ses ressources », réalisant ce que Paul dit plus tard aux Corinthiens que « si la promptitude à donner existe, elle est agréable selon ce qu’on a, non selon ce qu’on n’a pas » (2 Cor. 8:12). Ce dut être un précieux service à accomplir pour Barnabas et Saul de porter aux frères d’entre les Juifs ce témoignage de l’amour fraternel de la part de leurs frères gentils ; cela leur prouvait qu’ils possédaient la même nature, enfants du même Père, et que, pour ceux qui sont en Christ, il n’y a plus « Grec et Juif, circoncision et incirconcision, barbare, Scythe, esclave, homme libre ; mais... Christ est tout et en tous » (Col. 3:11). On ne doit voir dans le chrétien que les caractères de Christ qui devraient faire disparaître les traits personnels et nationaux. Puisse-t-il en être ainsi de nous tous !

 

13                  Chapitre 12

13.1                      Ch. 12 v. 1-6 — Emprisonnement de Pierre

Pendant que l’œuvre de l’Esprit Saint s’étendait en dehors de la Judée et parmi les Grecs, Satan déployait ses efforts à Jérusalem pour nuire aux chrétiens. Il se servait pour cela du roi Hérode, petit-fils d’Hérode-le-Grand qui avait ordonné le massacre des petits enfants de Bethléhem. « Il mit les mains sur quelques-uns de ceux de l’assemblée pour les maltraiter, et il fit mourir par l’épée Jacques, le frère de Jean. Et voyant que cela était agréable aux Juifs, il continua, en faisant prendre aussi Pierre » (v. 1-3). Un homme sanguinaire comme ce roi se rendait aisément agréable aux Juifs en faisant mourir ceux qu’ils haïssaient. Sans qu’ils s’aimassent, leur haine commune les mettait d’accord, comme le précédent roi Hérode avec Ponce Pilate. Si des hommes s’unissent par haine pour Christ, la grâce de Dieu a opéré pour que les chrétiens s’unissent par amour pour Christ, rendus participants de la nature divine, car nous aussi, nous étions « haïssables, nous haïssant l’un l’autre » (Tite 3:3) et ennemis de Christ.

Lorsque Hérode fit arrêter Pierre, c’était la fête des pains sans levain ; au lieu de l’exécuter immédiatement, il l’emprisonna pour le livrer aux Juifs après la fête. Dieu se servit du temps qui s’écoula afin d’exercer les frères de Jérusalem à la prière et aussi pour rendre évidente sa puissance en délivrant Pierre, malgré les précautions prises par Hérode pour le garder sûrement : « Il le mit en prison, et le livra à quatre bandes de quatre soldats chacune pour le garder, voulant, après la Pâque, le produire devant le peuple. Pierre donc était gardé dans la prison ; mais l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu pour lui » (v. 4, 5). Or que peut l’homme en opposition à Dieu dont la puissance est prête à intervenir, quand il le trouve bon ? Nous ne savons pourquoi Dieu permit que Jacques fût mis à mort ; mais cet apparent succès d’Hérode fournit à Dieu l’occasion de lui montrer son impuissance et sa nullité. L’assemblée savait que Dieu pouvait délivrer son serviteur. La prière met en évidence la puissance de Dieu. Il peut agir sans elle, mais il veut que nos pensées et notre foi soient en activité devant lui et avec lui à l’égard de ce qui exerce nos cœurs. « La fervente supplication du juste peut beaucoup » (Jacques 5:16). Dieu ne se pressa pas de délivrer Pierre ; il attendit jusqu’à la dernière nuit.

« Cette nuit-là, Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes ; et des gardes, devant la porte, gardaient la prison ». Rien n’était plus impossible que de sortir Pierre de la prison ; mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Seize soldats d’Hérode gardaient Pierre ; son Seigneur et Maître avait des myriades d’anges au service des siens, car : « Ne sont-ils pas tous des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut ? » (Hébreux 1:14).

 

13.2                      Ch. 12 v. 7-17 — Délivrance de Pierre

« Et voici, un ange du Seigneur survint, et une lumière resplendit dans la prison ; et, frappant le côté de Pierre, il le réveilla, disant : Lève-toi promptement. Et les chaînes tombèrent de ses mains. Et l’ange lui dit : Ceins-toi et chausse tes sandales. Et il fit ainsi. Et il lui dit : Jette ton vêtement sur toi et suis-moi. Et sortant, il le suivit ; et il ne savait pas que ce qui se faisait par l’ange était réel, mais il croyait voir une vision. Et ayant passé la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer qui conduit à la ville, et elle s’ouvrit à eux d’elle-même ; et, étant sortis, ils allèrent jusqu’au bout d’une rue ; et aussitôt l’ange se retira d’avec lui » (v. 7-10). C’est intéressant de considérer le soin avec lequel ce puissant messager céleste s’acquitte de sa mission. Pour lui, il n’existe aucun obstacle, ni murailles, ni gardes, ni portes. Être spirituel, non assujetti à la matière, il se trouva dans la prison sans autre, comme il se trouvait dans les lieux célestes. Dans la prison il apporte une lumière resplendissante, non pour lui, mais pour Pierre. Il trouve Pierre endormi, nullement agité par les desseins d’Hérode, confiant en Dieu, à qui seul il s’attendait. Il réalisait quelque chose de la paix qui remplissait le cœur de son Maître, lorsqu’il dormait sur la barque dans la tempête (Marc 4:35-41). David, dans une des circonstances les plus angoissantes qu’il eût traversées, dit : « Je me suis couché, et je m’endormirai : je me réveillerai, car l’Éternel me soutient. Je n’aurai pas de crainte des myriades du peuple, qui se sont mises contre moi tout autour » (Psaume 3:5, 6). Pleins de confiance en Dieu, sans volonté propre, nous pouvons tous réaliser ce repos dans les difficultés.

L’ange réveille Pierre, le fait lever. Il n’a pas besoin de lui ôter ses chaînes ; elles tombent de ses mains, tandis qu’il lui dit de se chausser et de se vêtir lui-même, choses qui étaient au pouvoir de Pierre. Mais ce qu’il ne pouvait faire lui-même, l’ange le fait : il le délivre de ses chaînes, ouvre les portes. Une fois prêt, non pour paraître devant le peuple, mais pour quitter la prison, Pierre n’a qu’à suivre l’ange tout naturellement, comme s’il sortait de chez lui. Ils passent devant les gardes qui ne s’aperçoivent de rien ; devant eux s’ouvre, sans clef, la porte de fer qui conduisait à la ville. Arrivés au bout d’une rue, l’ange se retira et Pierre, qui avait cru à une vision, « étant revenu à lui, dit : Je connais à présent certainement que le Seigneur a envoyé son ange, et m’a délivré de la main d’Hérode et de toute l’attente du peuple des Juifs » (v. 11).

Par une grâce merveilleuse de Dieu, les croyants occupent une position supérieure aux anges, puisqu’ils sont enfants de Dieu. Quant à nos corps, qui sont matériels, parce qu’ils appartiennent à la première création, nous leur sommes inférieurs ; on voit passer l’ange à travers portes et murailles, sans qu’elles aient besoin de s’ouvrir, tandis que la porte s’ouvrit pour laisser passer Pierre. Pendant que nous sommes dans ces corps, nous avons besoin de leurs services ; mais bientôt nous aurons des corps spirituels, semblables à celui du Seigneur, qui, après sa résurrection, se trouvait au milieu des disciples, « les portes étant fermées ».  Lorsque nous serons glorifiés, semblables à Christ, nous aurons hérité le grand salut dont il est question en Hébreux 1:14 et 2:3, et n’aurons plus besoin du service des anges.

Pierre s’étant reconnu dans la rue, « se rendit à la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, où plusieurs étaient assemblés et priaient » (v. 12). Il alla tout naturellement là où il trouverait des disciples. En effet, chez la mère de Marc, neveu de Barnabas (voir Colossiens 4:10), on priait pour lui. « Et comme il heurtait à la porte du vestibule, une servante nommée Rhode vint pour écouter ; et reconnaissant la voix de Pierre, de joie elle n’ouvrit point le vestibule ; mais étant rentrée en courant, elle rapporta que Pierre se tenait devant le vestibule. Et ils lui dirent : Tu es folle. Mais elle affirmait qu’il en était ainsi. Et ils disaient : C’est son ange » (v. 12-15). L’assemblée, est-il dit, faisait d’instantes prières à Dieu pour Pierre ; cependant leur foi n’allait pas jusqu’à croire à un exaucement si merveilleux. Après avoir vu mourir Jacques, ils pouvaient douter de la délivrance de Pierre ; mais puisqu’ils priaient, ils croyaient bien que Dieu pouvait le délivrer ; sans cela pourquoi prier ? Cela nous montre que nous prions souvent sans croire à l’exaucement. Il est vrai que, pour avoir la certitude que Dieu nous exaucera, il faut être assuré que ce que nous lui demandons répond à sa volonté. Si nous n’avons pas cette assurance, il faut lui demander qu’il nous la donne, et en tout cas lui dire : « Si c’est ta volonté ». S’agit-il, par exemple, de demander une guérison, une direction dans les événements, une foule de détails dans la vie pratique, il est quelquefois difficile de connaître la pensée de Dieu, mais nous pouvons placer tout cela devant lui, en toute soumission et confiance et il répondra comme il lui plaira. Il y a cependant des choses à l’égard desquelles nous connaissons sa volonté : tout ce qui contribue à le glorifier dans une marche fidèle, le désir de progresser dans la connaissance du Seigneur, la conversion de tel ou tel, enfin tout ce qui concerne les intérêts spirituels de nous-mêmes, des nôtres et de tous les enfants de Dieu, l’œuvre du Seigneur. Ce qui nous manque le plus souvent, c’est de vivre assez près de Dieu pour être plus familiers avec ce qui lui convient. « Qui est l’homme qui craint l’Éternel ? Il lui enseignera le chemin qu’il doit choisir, (Psaume 25:12). Il y a un moyen de connaître la volonté de Dieu, lorsque nous avons une décision à prendre : c’est d’examiner, dans sa présence, quel motif nous fait agir. S’il est selon Dieu, nous pouvons aller de l’avant ; si c’est pour une simple satisfaction personnelle ou en vue d’intérêts matériels, il faut s’abstenir. Dans le cas de Pierre, l’assemblée pouvait compter sur l’exaucement, car Pierre avait reçu du Seigneur, auprès de ses brebis, un service qui n’était pas encore accompli entièrement et il savait de quelle mort il glorifierait Dieu (Jean 21:19), savoir la crucifixion.

Les disciples répondent à Rhode : « C’est son ange » (envoyé ou représentant). Ils pensèrent que c’était un représentant de Pierre et non lui-même. Mais, lorsqu’ils le virent, ils furent hors d’eux. « Leur ayant fait signe de la main de se taire, il leur raconta comment le Seigneur l’avait fait sortir de la prison ; et il dit : Rapportez ces choses à Jacques et aux frères. Et sortant, il s’en alla en un autre lieu » (v. 16, 17). Comme l’assemblée n’était pas au complet chez Marie, Pierre voulait que tous apprissent de quelle manière Dieu avait répondu à leurs prières. Jacques, un des principaux frères de Jérusalem, appelé « frère du Seigneur » (Gal. 1:19), était l’auteur de l’épître qui porte son nom. Un autre apôtre, fils d’Alphée, un des douze, portait le même nom ; mais le récit inspiré n’en parle plus après Actes 1:13. Enfin Hérode décapita Jacques, frère de Jean.

Pierre jugea bon de quitter Jérusalem ; nous ne savons où il se rendit. Son activité se poursuivit ; mais l’Esprit de Dieu nous occupera surtout de celle de Paul, le grand apôtre des gentils, maintenant que Pierre leur a ouvert la porte du royaume des cieux (chap. 10). Nous le retrouvons à Jérusalem au chap. 15, de même que Jacques (v. 7 et 13), dans une assemblée importante où il s’agissait de savoir si l’on devait imposer la loi aux croyants d’entre les gentils. Là se termine le récit inspiré du ministère de Pierre qui continua pourtant jusqu’à sa mort, comme on le constate par ses épîtres, écrites vers l’an 66, tandis que ce que rapporte notre chapitre s’est passé vers l’an 44.

 

13.3                      Ch. 12 v. 18-25 — Mort d’Hérode

Si le cœur des disciples débordait de joie à la suite de la délivrance de Pierre, il n’en était pas de même chez les soldats qui devaient le garder, ni chez Hérode. Lorsque le jour fut venu, « il y eut un grand trouble parmi les soldats, au sujet de ce que Pierre était donc devenu » (v. 18). C’est compréhensible ! Ils avaient accompli leur devoir ; mais le prisonnier qu’ils gardaient appartenait au Seigneur ; il était entre ses mains, non dans les leurs, ni dans celles d’Hérode. Il le leur avait ravi sans qu’ils s’en aperçussent ; ils n’avaient aucun pouvoir sur lui. « Hérode, l’ayant cherché et ne l’ayant pas trouvé, fit subir un interrogatoire aux gardes et donna ordre qu’ils fussent emmenés au supplice » (v. 19). Ces pauvres hommes payèrent de leur vie la délivrance de Pierre. Dieu le permit ; nous ne savons ce qui en fut de leur salut. Pierre les avait peut-être évangélisés durant les quelques jours qu’il passa avec eux.

Quant à Hérode, le défi que Dieu lui jetait en cette occasion ne le fit pas réfléchir ; au contraire, dans son orgueil blessé, il quitta Jérusalem pour Césarée où Satan lui présenta une occasion de rehausser sa dignité. Il était irrité contre les Tyriens et les Sidoniens, ses puissants voisins du nord, qui cependant avaient intérêt à rentrer dans les faveurs du roi, parce que leur pays était nourri par le sien. « Ils vinrent à lui d’un commun accord, et, ayant gagné Blaste le chambellan du roi, ils demandèrent la paix » (v. 20). C’était une affaire politique dans laquelle les uns trouvaient leur intérêt matériel et Hérode une occasion de s’élever en croyant aux hommages qu’on lui présentait. « À un jour marqué, Hérode, revêtu d’une robe royale et assis sur une estrade, les haranguait. Et le peuple s’écriait : Voix d’un dieu et non pas d’un homme ! » (v. 21, 22). En réponse aux flatteries du peuple, Hérode accepta un hommage divin aussi élevé que peu sincère de la part de ceux qui le lui présentaient ; il oubliait qu’il n’était qu’un homme, et quel homme ! « Et à l’instant un ange du Seigneur le frappa, parce qu’il n’avait pas donné la gloire à Dieu ; et, étant rongé par les vers, il expira » (v. 23). N’ayant pas tenu compte de la leçon que Dieu lui donnait en délivrant Pierre, il tombe sous son jugement. On ne se moque pas de Dieu.

Cet Hérode, roi sur le peuple Juif, sans droit à cet honneur, sinon par l’autorité de Rome, représente l’Antichrist, persécuteur des fidèles dans l’avenir, qui sera aussi frappé, consumé par le souffle de la bouche du Seigneur lorsqu’il viendra dans sa gloire (2 Thessaloniciens 2:8).

On voit dans ce chapitre deux genres d’activité des anges. S’ils sont employés en faveur des croyants, ils exécutent aussi des jugements de Dieu.

Malgré l’activité de l’ennemi, « la parole de Dieu croissait et se multipliait. Et Barnabas et Saul, ayant accompli leur service, s’en retournèrent de Jérusalem, emmenant aussi avec eux Jean qui était surnommé Marc » (v. 24, 25). Comme au chap. 6:7, la Parole est identifiée avec les résultats qu’elle produit : elle croissait et se multipliait, car tout vient de la Parole sous l’action de l’Esprit de Dieu. Après avoir porté à Jérusalem les secours des disciples d’Antioche, Barnabas et Saul reviennent dans cette ville où ils vont recevoir les directions de l’Esprit Saint pour leur service futur.

 

14                  Chapitre 13

14.1                      Résumé des douze premiers chapitres

Ce chapitre marque une division importante du livre des Actes ou plutôt de l’histoire de l’établissement de l’Église sur la terre, qui fait le sujet de ce livre.

Dans les douze premiers chapitres, nous avons vu l’œuvre de Pierre au milieu des Juifs, sous la puissance de l’Esprit Saint, la fondation de l’assemblée fondée à Jérusalem, à laquelle le Seigneur ajoutait tous ceux qui devaient être sauvés des jugements qui allaient fondre sur la nation incrédule (chapitre 2:47). Cependant Pierre annonçait aux Juifs que, s’ils se repentaient et se convertissaient, Dieu enverrait Jésus Christ pour établir son règne, comme les prophètes en avaient parlé. En réponse à cet appel, les Juifs lapidèrent Étienne, l’ambassadeur qu’ils déléguèrent après le roi pour lui dire, selon Luc 19:14 : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ».

La persécution suscitée à l’occasion de la mort d’Étienne dispersa les croyants dans les contrées voisines, où ils annoncèrent l’Évangile en commençant par la Samarie. Beaucoup le reçurent et Pierre et Jean vinrent de Jérusalem constater qu’il était reçu en dehors des limites exclusivement juives. Ils prièrent pour que ces nouveaux convertis reçussent le Saint Esprit, les baptisèrent, leur imposèrent les mains et le Saint Esprit vint sur eux. Un eunuque éthiopien reçut l’évangile en rentrant dans son pays et fut baptisé. Saul de Tarse, converti sur le chemin de Damas, commença à prêcher que le Christ est le Fils de Dieu et s’en alla trois ans en Arabie. Pendant ce temps les assemblées se formaient dans la Judée, la Galilée et la Samarie et « croissaient par la consolation du Saint Esprit » (chap. 9:31). L’œuvre s’étendait beaucoup hors de Jérusalem, mais seulement au milieu des Juifs.

Au chap. 10, Pierre a une vision pour lui montrer qu’il doit aller auprès de Corneille, centurion romain, « craignant Dieu ». Il lui présenta Jésus comme objet de sa foi et aussitôt l’Esprit Saint tomba sur lui et les siens. Dès lors, la porte est ouverte aux gentils. Au chap. 11, des Grecs, à Antioche, reçoivent l’évangile par des Cypriotes, toujours au moyen de chrétiens dispersés qui faisaient part à d’autres de ce qu’ils possédaient. Barnabas y est envoyé de Jérusalem et lui-même va chercher Paul à Tarse pour l’affermissement de ces nouveaux disciples. Une assemblée est formée, où Saul et Barnabas enseignent une grande foule pendant un an.

Paul avait été appelé pour annoncer l’évangile aux gentils et faire connaître la vocation de l’Église, son caractère céleste, son union à Christ, tête glorifiée de son corps spirituel dont chaque croyant est un membre. Aussi il reçoit un appel direct du Seigneur, indépendamment des apôtres qui avaient été avant lui. Maintenant que l’œuvre préparatoire est terminée, les Juifs, comme nation, sont mis de côté. Juifs, Samaritains et Grecs sont tous sur le même pied, objets de la même grâce ; les croyants d’entre eux sont baptisés, reçoivent le Saint Esprit venu le jour de la Pentecôte et forment l’Assemblée ou Église. Paul, le grand apôtre des gentils, révélateur du mystère concernant l’Église (Éph. 3), peut commencer son œuvre, dont nous avons le récit à partir du chapitre 13.

 

14.2                      Ch. 13 v. 1-3 — Appel de Saul et Barnabas

Jusqu’ici Jérusalem était le centre de l’œuvre accomplie. Mais comme le caractère de l’Église est céleste, unie à un Christ céleste, rejeté par le peuple juif, elle était indépendante de tout le système juif qui avait Jérusalem pour centre de bénédictions terrestres, et qui allait bientôt être détruite. C’est pourquoi le Seigneur fait partir l’appel de Paul d’une ville gentile. Cependant l’œuvre s’est toujours accomplie en communion avec l’assemblée de Jérusalem, car Satan n’aurait pas demandé mieux que d’amener une division entre chrétiens juifs et gentils, ce que l’Esprit de Dieu a su éviter (chap. 15).

« Il y avait à Antioche, dans l’assemblée qui était là, des prophètes et des docteurs : et Barnabas, et Siméon, appelé Niger, et Lucius le Cyrénéen, et Manahem, qui avait été nourri avec Hérode le tétrarque, et Saul » (v. 1). On voit que l’assemblée ne manquait pas de dons et d’hommes éminents. Lucius fut probablement un des premiers à annoncer la parole et Manahem, un personnage haut placé, élevé avec Hérode le tétrarque (Luc 3:1), qu’il ne faut pas confondre avec Hérode frappé par un ange à Césarée. Mais si importants que fussent ces hommes selon le monde, leur grandeur selon Dieu venait de la grâce qui avait agi envers eux et du service qu’ils accomplissaient à Antioche.

« Comme ils servaient le Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, ayant jeûné et prié, et leur ayant imposé les mains, ils les laissèrent aller » (v. 2, 3). « Ils servaient le Seigneur et jeûnaient », est-il dit. Pour connaître la pensée du Seigneur et le servir avec intelligence, il faut avoir l’esprit libre, non influencé par ce qui satisfait la chair, même dans les choses les plus légitimes, comme la nourriture, cette liberté de l’esprit s’obtient par le jeûne matériel, figure du jeûne spirituel. Si l’on mange et boit à l’excès, on appesantit l’esprit et l’on perd la capacité d’apprécier la valeur des choses et de leurs rapports entre elles. Les sacrificateurs devaient s’abstenir de vin et de boissons fortes, afin de pouvoir discerner « entre ce qui est saint et ce qui est profane, et entre ce qui est impur et ce qui est pur » (Lév. 10:9, 10). Sans supprimer entièrement le jeûne matériel, son sens demeure : l’abstention de tout ce qui satisfait la chair et l’excite n’importe comment, et de ce qui, au point de vue spirituel, alourdit les facultés et empêche de comprendre la volonté de Dieu, telle que sa Parole la présente. Si, par exemple, on se laisse absorber par des lectures profanes, plus ou moins saines, et que l’on prenne ensuite sa Bible pour en lire une portion, on ne la comprendra pas facilement. Certains écoliers apprennent plus facilement leurs leçons avant déjeuner qu’après souper. Le jeûne se pratiquait aussi anciennement dans des circonstances douloureuses, pour montrer que, vu leur solennité, on ne s’accordait pas de satisfactions charnelles (Juges 20:26 ; 2 Sam. 12:16 ; Esther 4:3). Dans notre chapitre, on le voit souvent uni à la prière, pour libérer l’esprit et le rendre apte à comprendre ce que l’on doit demander à Dieu et pour discerner sa réponse.

C’est dans cette attitude que ces prophètes et docteurs se trouvaient pour recevoir l’appel concernant Barnabas et Saul. Avant leur départ, ils jeûnèrent et prièrent encore et leur imposèrent les mains, acte qui indique une pleine identification avec eux et leur service. Aussi pouvaient-ils partir en comptant sur les secours de l’Esprit et la communion fraternelle. Ce qui doit toujours arriver lorsqu’un frère se voue au service du Seigneur.

 

14.3                      Ch. 13 v. 4-12 — L’évangile dans l’île de Chypre

Comme nous l’avons remarqué en commençant ce livre, nous y voyons constamment l’action de l’Esprit Saint. Il fait mettre à part Barnabas et Saul, les envoie, et les dirige tout au long de leur activité.

Ils descendirent à Séleucie, port de mer le plus rapproché d’Antioche, et de là « firent voile pour Chypre. Et quand ils furent à Salamine, ils annonçaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs ; et ils avaient aussi Jean pour serviteur » (v. 4, 5). Partout où il y avait une synagogue, Paul commençait par y aller, afin de prêcher premièrement aux Juifs. À Philippes (chap. 16) où, paraît-il, il n’y en avait pas, les Juifs se réunissaient pour la prière au bord du fleuve ; c’est là que Paul se rendit. « Au Juif premièrement et au Grec », dit-il en Romains 1:16. La nation mise de côté par Dieu, les jugements allaient l’atteindre ; mais individuellement, les Juifs étaient des objets de grâce, comme tous les hommes, et bénéficiaient d’une priorité sur les gentils, à cause des relations que Dieu avait entretenues avec ce peuple. Ils étaient toujours « bien-aimés à cause des pères » (Rom. 11:28).

Ils prirent aussi comme serviteur Marc, appelé Jean, neveu de Barnabas (Colossiens 4:10), fils de sa sœur, chez qui les disciples étaient réunis pour la prière au chapitre précédent.

De Salamine, ils traversèrent l’île et arrivèrent à Paphos, où ils trouvèrent un magicien, faux prophète juif, lié avec le proconsul Serge Paul, « homme intelligent », est-il dit, qui fit appeler Barnabas et Saul pour entendre la parole de Dieu.

« Mais Elymas, le magicien, leur résistait, cherchant à détourner le proconsul de la foi » (vers. 6-8). Alors Saul, qui dès ce moment est appelé de son nom grec de Paul, « fixant ses yeux sur lui, dit : Ô homme plein de toute fraude et de toute méchanceté, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu pas de pervertir les voies droites du Seigneur ? Et maintenant voici, la main du Seigneur est sur toi, et tu seras aveugle, sans voir le soleil pour un temps. Et à l’instant une obscurité et des ténèbres tombèrent sur lui ; et, se tournant de tous côtés, il cherchait quelqu’un qui le conduisît par la main » (v. 9-11). Cet homme représente le peuple juif qui s’opposait toujours à Christ et à ses serviteurs et voulait empêcher le salut de parvenir aux nations. Un aveuglement moral et temporaire tomba sur lui, comme jugement de Dieu, durant le temps où l’évangile est prêché aux nations pour le rassemblement de l’Église. Ensuite, Israël sera sauvé : « Un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée (dans l’Église) ; et ainsi tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25, 26). « Le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant saisi par la doctrine du Seigneur » (v. 12). L’incrédulité d’Israël amène la conversion des gentils ; mais l’œuvre s’accomplit par la parole du Seigneur. Les manifestations de puissance confirmaient la doctrine que les apôtres prêchaient.

 

14.4                      Ch. 13 v. 13-41 — Discours de Paul à Antioche de Pisidie

Paul et ses compagnons quittèrent Chypre pour Perge de Pamphylie (en Asie Mineure). Là Marc les quitta pour retourner à Jérusalem. Il n’était, sans doute, pas assez affranchi du judaïsme et trop faible en la foi, pour supporter l’opposition que rencontrait le christianisme de la part de ses compatriotes. Mais, plus tard, nous voyons qu’il fit des progrès, car Paul, à la fin de sa carrière, dit à Timothée : « Prends Marc (voir Actes 15:37) et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le service » (2 Timothée 4:11). Il fit d’utiles expériences dans le service du Seigneur, puisque l’Esprit Saint se servit de lui pour écrire l’évangile qui porte son nom et présente le Seigneur sous le caractère de Serviteur.

De Perge, Paul et ses compagnons arrivèrent à Antioche de Pisidie. Ils entrèrent dans la synagogue le jour du sabbat et s’assirent comme de simples auditeurs, sans aucune prétention et dépendant du Seigneur qui les avait envoyés. Cependant, ils attirèrent l’attention des chefs de la synagogue qui, après la lecture de la loi et des prophètes, habituelle le jour du sabbat (Luc 4:16, 17), leur envoyèrent dire : « Hommes frères, si vous avez quelque parole d’exhortation pour le peuple, parlez » (v. 15). Paul avait en effet à les exhorter à croire au Christ que leurs compatriotes de Judée avaient crucifié. « Paul, s’étant levé et ayant fait signe de la main, dit : Hommes israélites, et vous qui craignez Dieu, écoutez » (verset 16). Il récapitula d’abord brièvement l’histoire du peuple juif depuis l’appel des pères : Abraham, Isaac et Jacob, jusqu’au rejet de Christ. Le peuple descendit en Égypte, d’où il sortit plus tard par la grande puissance de Dieu qui « prit soin d’eux dans le désert comme une mère, environ quarante ans ».  Après avoir détruit sept nations des Cananéens « il leur en donna le pays en héritage ».  Après quatre cent cinquante ans, temps approximatif qui s’écoula depuis la sortie d’Égypte jusqu’au règne de David, le peuple demanda un roi. Dieu leur donna Saül, roi de leur choix, tandis que Dieu trouva en David « un homme selon mon cœur qui fera toute ma volonté » (1 Samuel 13:13, 14) ; en contraste avec Saül qui avait refusé de faire la volonté de Dieu. « De la semence de cet homme (David), Dieu, selon sa promesse, a amené à Israël un Sauveur, Jésus, — Jean ayant déjà, immédiatement avant son arrivée, prêché le baptême de repentance à tout le peuple d’Israël. Et comme Jean achevait sa course, il dit : Qui pensez-vous que je sois ? Je ne le suis pas, moi ; mais voici, il en vient un après moi, des pieds duquel je ne suis pas digne de délier la sandale » (v. 23-25).

Paul établit clairement, par l’histoire succincte du peuple, que Jésus devait venir et qu’il est venu. Maintenant il va leur présenter son rejet : « Hommes frères, fils de la race d’Abraham, à vous et à ceux qui parmi vous craignent Dieu, la parole de ce salut est envoyée ».  Il marque la différence entre eux et ceux de Jérusalem, coupables de la mort du Seigneur : « Ceux qui habitent à Jérusalem et leurs chefs, n’ayant pas connu Jésus, ni les voix des prophètes qui se lisent chaque sabbat, ont accompli celles-ci, en le jugeant » (v. 26, 27). Les prophètes annonçaient la mort de Jésus aussi bien que sa naissance ; si les Juifs ont accompli la prophétie en le mettant à mort, ils n’en demeurent pas moins responsables de cela ; ils en portent et en porteront encore les terribles conséquences sous les jugements de Dieu. Paul rappelle l’accomplissement de tout ce qui avait été dit concernant la mort du Seigneur et son ensevelissement, puis il ajoute : « Mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts ».  Voilà le grand témoignage qui devait être rendu par les apôtres ; le grand sujet de leurs prédications. Des témoins, parmi le peuple, virent le Seigneur, après sa résurrection, pendant plusieurs jours ; Paul et ses compagnons l’annonçaient aux Juifs d’Antioche : « Et nous, nous vous annonçons la bonne nouvelle quant à la promesse qui a été faite aux pères, que Dieu l’a accomplie envers nous, leurs enfants, ayant suscité Jésus ; comme aussi il est écrit dans le psaume second : « Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré ».

Ce passage établit que Jésus était bien le Fils de Dieu, malgré tout le mépris qui l’avait accueilli et la haine qui le poursuivit jusqu’à sa mort. Les prophètes avaient annoncé l’accomplissement des bénédictions promises à David : « Je vous donnerai les grâces assurées de David » (Ésaïe 55:3), c’est-à-dire le royaume glorieux promis à la semence de David, qui ne s’était pas établi sous le règne de ce roi, ni de ses successeurs. Que le Seigneur ressuscitera, le Psaume 16:10, le dit : « Tu ne permettras point que ton saint voie la corruption ».  Les promesses quant au règne glorieux qui s’établira sur la terre, ne pouvaient s’accomplir par David, puisqu’il était mort : « Car David, après avoir... servi au conseil de Dieu s’est endormi, et a été réuni à ses pères, et a vu la corruption ». Son tombeau était toujours à Jérusalem, comme dit Pierre au chap. 2:29, tandis que « Celui que Dieu a ressuscité, n’a pas vu la corruption » (v. 33-37).

Toutes ces grandes vérités étant ainsi établies irréfutablement, Paul annonce à ces Juifs d’Antioche quelles en sont pour eux les conséquences : « Sachez donc, hommes frères, que par lui vous est annoncée la rémission des péchés, et que de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit est justifié par lui » (v. 38, 39). Le Roi ayant été rejeté, l’apôtre ne pouvait leur dire que le royaume allait s’établir sur la terre ; mais en attendant qu’il le fût, une œuvre encore plus merveilleuse s’accomplissait en leur faveur, « la rémission des péchés » ; la grâce offrait à tous le pardon des péchés par la foi au Seigneur Jésus. C’est ce qui est prêché dès lors jusqu’à nos jours, mais ne le sera bientôt plus, car le Seigneur vient pour enlever son Église, avant de faire tomber ses jugements sur ce monde. Les Juifs n’avaient pu être justifiés par la loi de Moïse, parce qu’elle les condamnait tous, car tous l’avaient violée. Un homme justifié est celui sur le compte duquel on ne peut mettre aucun péché, puisque le Seigneur en a porté tout le poids sous le jugement de Dieu à la croix. Dieu est juste. Satisfait de l’œuvre expiatoire de son Fils, il ne voit plus un seul péché chez celui qui croit. On comprend que le refus volontaire d’un message pareil expose au jugement éternel, ce dont Paul avertit ses auditeurs : « Prenez donc garde qu’il ne vous arrive ce qui est dit dans les prophètes : « Voyez, contempteurs, et étonnez-vous, et soyez anéantis ; car moi, je fais une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croiriez point, si quelqu’un vous la racontait » (Habakuk 1:5). Ce passage, avec beaucoup d’autres, annonce les jugements qui allaient fondre sur la nation à cause de son idolâtrie ; mais ils n’étaient qu’une figure de ceux qui atteindraient les Juifs pour avoir rejeté leur Messie et la grâce offerte en vertu de l’œuvre de la croix. Ils frapperont à nouveau le peuple incrédule dans les temps futurs, ainsi que toutes les nations qui auront été évangélisées durant le temps de la patience de Dieu. Le contempteur traite avec mépris une chose bonne : « Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut », qui a nécessité la venue du Fils de Dieu dans ce monde, ses souffrances et sa mort ?

Nous aimons à penser qu’aucun de nos lecteurs ne sera un contempteur.

 

14.5                      Ch. 13 v. 42-52 — Nouveau discours de Paul

« Et comme ils sortaient, ils demandèrent que ces paroles leur fussent annoncées le sabbat suivant ». Mais plusieurs n’attendirent pas pour entendre les apôtres. Des Juifs et des prosélytes, serviteurs de Dieu, suivirent Paul et Barnabas, qui les exhortaient à persévérer dans la grâce. Ils désiraient que l’effet de ces paroles durât. C’était la grâce qui leur avait été annoncée, non le royaume en gloire, comme conséquence de la venue de Christ. Ils devaient y persévérer, car ils rencontreraient de l’opposition de la part des Juifs et du monde. Le cœur naturel n’aime pas la grâce : l’accepter, c’est avouer qu’on ne peut rien offrir à Dieu et qu’on ne vaut rien. On ne peut faire grâce qu’à un coupable ; un homme parfait n’en a pas besoin. Pierre écrivait à des chrétiens sortis du judaïsme : « Vous exhortant, et attestant que cette grâce dans laquelle vous êtes est la vraie grâce de Dieu » (1 Pierre 5:12). La forme sous laquelle la grâce de Dieu leur était présentée et qu’ils avaient reçue, était le christianisme qui remplaçait le judaïsme.

« Le sabbat suivant, presque toute la ville fut assemblée pour entendre la parole de Dieu ; mais les Juifs, voyant les foules, furent remplis de jalousie et contredirent à ce que Paul disait, contredisant et blasphémant » (v. 44, 45). Ces Juifs, qui ne voulaient pas la grâce, jaloux de ce qu’on la présentât aux gentils, comprenaient que l’évangile plaçait les nations au même rang qu’eux, puisqu’il s’adressait à tous sans distinction ; mais leur orgueil national se refusait à l’admettre. Dieu tenait compte de leurs anciennes relations avec lui en leur faisant annoncer l’Évangile en premier lieu. Mais ils le repoussaient et détournaient d’eux le fleuve de la grâce qui allait répandre ses bienfaits auprès des gentils, ce dont ils n’avaient pas lieu de se plaindre : « C’était à vous premièrement », leur dirent Paul et Barnabas, « qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations, car le Seigneur nous a commandé ainsi : « Je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre » (v. 46, 47). L’apôtre applique à son ministère un passage d’Ésaïe 49 qui parle de l’œuvre du Seigneur au milieu d’Israël, mais resta sans résultat. Mais le Seigneur dit par l’Esprit : « Quoique Israël ne soit pas rassemblé, je serai glorifié aux yeux de l’Éternel, et mon Dieu sera ma force... » Dieu lui répond : « C’est peu de chose que tu me sois serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les préservés d’Israël ; je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre » (Ésaïe 49:5, 6). Ce passage aura son application littérale dans le millénium ; en attendant il s’applique au temps de la grâce où les gentils sont introduits dans l’Église aussi bien que les Juifs croyants, où ils possèdent des bénédictions spirituelles et célestes infiniment plus excellentes que celles du règne de Christ qui seront pour la terre, quoique glorieuses.

En entendant les paroles de Paul et Barnabas, ceux des nations « s’en réjouirent, et ils glorifièrent la parole du Seigneur ; et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. Et la parole du Seigneur se répandait par tout le pays » (v. 48, 49). L’évangile fit ainsi son entrée au milieu des nations. Mais Paul dut réaliser ce que le Seigneur avait dit à Ananias lorsqu’il l’envoya auprès de lui pour qu’il recouvrât la vue : « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » (chap. 9:16). Il l’endura surtout de la part des Juifs qui s’opposèrent toujours à son ministère. Pour rendre plus efficace leur résistance, « les Juifs excitèrent les femmes de qualité qui servaient Dieu et les principaux de la ville ; et ils suscitèrent une persécution contre Paul et Barnabas, et les chassèrent de leur territoire » (v. 50). Ces prosélytes pieuses s’attachaient fortement au judaïsme qu’elles avaient embrassé après avoir abandonné l’idolâtrie. On comprend qu’elles tinssent à cette religion qui leur avait fait connaître le vrai Dieu, tel qu’il s’était révélé à Israël. Ainsi elles servaient d’instruments aux Juifs pour s’opposer à l’évangile qui ne distingue pas entre Juifs et gentils, mais s’adresse à l’homme perdu, ce qu’ils étaient tous. Au chap. 17:12, nous voyons ces « femmes de qualité » recevoir l’évangile.

En quittant ces lieux, Paul et Barnabas firent comme le Seigneur l’avait enseigné à ses disciples, en Matthieu 10:14. « Ayant secoué contre eux la poussière de leurs pieds, ils s’en vinrent à Iconium ». Ils montraient ainsi que tout était fini entre eux et leurs persécuteurs. Mais les apôtres laissaient derrière eux une assemblée, des disciples « remplis de joie et de l’Esprit Saint » (v. 52). Ce n’étaient pas les ennemis du Seigneur qui avaient triomphé, mais sa parole de grâce et de puissance avait formé, dans cette ville, un témoignage au Seigneur rejeté, mais glorifié, auquel toute puissance appartient dans le ciel et sur la terre, active pour sauver des pécheurs, en attendant de l’être pour établir son règne ici-bas, alors que ses ennemis seront mis pour marchepied de ses pieds.

La persécution obligeait les apôtres à aller d’un lieu à l’autre pour y prêcher l’évangile, ce qui eut lieu si souvent durant leur ministère.

 

15                  Chapitre 14

15.1                      Ch. 14 v. 1-7 — Paul et Barnabas à Iconium

D’Antioche, Paul et Barnabas allèrent à Iconium. Dans la synagogue, « ils parlèrent de telle sorte », est-il dit, « qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs crurent ». Par les résultats de leur prédication, nous voyons qu’ils parlèrent sous la puissante action de l’Esprit Saint qui plaçait devant tous la Parole de Dieu. Car « la foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Romains 10:17). Il est dit simplement qu’ils « crurent ». La parole de Dieu s’adresse au pécheur pour qu’il la croie ; en la croyant, il croit Dieu. L’homme raisonneur prétend que pour croire il faut comprendre ; mais la parole de Dieu ne peut être comprise que par ceux qui croient parce qu’ils possèdent la vie divine et le Saint Esprit. Dieu a usé d’une grande bonté envers les hommes en plaçant devant eux sa Parole à laquelle il suffit de croire pour être sauvé. Il savait que personne ne pouvait être sauvé par une œuvre quelconque, ni même en cherchant à comprendre ce qu’il dit, possédât-on l’intelligence humaine la plus élevée, c’est pourquoi il met sa Parole à la portée de tous, afin que chacun se place devant elle dans l’attitude d’un petit enfant qui croit ce qu’il entend parce qu’il a confiance en celui qui parle. Se voyant rejeté par les sages et les intelligents de ce monde, le Seigneur dit : « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants » (Matt. 11:25). Tous les petits enfants ne peuvent pas devenir des sages et des intelligents selon le monde ; mais les sages et les intelligents peuvent devenir comme de petits enfants pour croire, et ainsi tous peuvent être sauvés.

Voyant les résultats de la prédication de Paul, les Juifs incrédules excitèrent ceux des nations contre les frères. L’œuvre de Dieu ne peut s’accomplir dans le domaine de Satan sans y rencontrer son opposition. Cependant « ils séjournèrent là assez longtemps, parlant hardiment, appuyés sur le Seigneur, qui rendait témoignage à la parole de sa grâce, accordant que des miracles et des prodiges se fissent pas leurs mains » (v. 3). Le Seigneur était la force de Paul et de Barnabas ; c’est lui qui les avait envoyés ; ils parlaient de sa part et, par les miracles qu’il leur donnait de faire, il rendait témoignage à la parole de sa grâce qu’ils annonçaient. Les miracles n’avaient pas pour but de convertir ces païens, mais d’accréditer auprès d’eux la parole par laquelle ils pouvaient obtenir le salut. Il fallait cette double opération de la puissance du Seigneur : par la parole dans les cœurs et par les miracles dont ils étaient témoins, pour accomplir l’œuvre de Dieu chez les Juifs qui avaient crucifié le Seigneur et chez les populations plongées depuis plus de deux mille ans dans les ténèbres de l’idolâtrie. Aujourd’hui le Seigneur n’opère plus de miracles puisque, dans nos pays, tous possèdent la Bible et se prétendent chrétiens ; mais il faut la puissance de sa Parole pour sauver ces chrétiens de nom, car tous ne le sont pas en réalité.

À Iconium, tous ne crurent pas ; la population de la ville se scinda entre partisans des Juifs et partisans des apôtres. Les Juifs, avec leurs chefs et les gentils, se soulevèrent pour les outrager et les lapider ; mais au lieu d’entraver l’œuvre de Dieu, ils contribuèrent à la propager ailleurs. Les apôtres « s’enfuirent aux villes de Lycaonie, à Lystre et à Derbe et dans les environs ; et ils y évangélisaient » (v. 4-7).

 

15.2                      Ch. 14 v. 8-19 — Les apôtres à Lystre

Parmi les auditeurs de Paul à Lystre se trouvait un homme qui n’avait jamais marché. Pendant qu’il écoutait, Paul fixa les yeux sur lui et « voyant qu’il avait la foi pour être guéri, lui dit à haute voix : Lève-toi droit sur tes pieds. Et il sautait et marchait » (v. 8-10). En présence de ce grand miracle, les foules s’écrièrent en lycaonien : « Les dieux, s’étant faits semblables aux hommes, sont descendus vers nous. Et ils appelaient Barnabas Jupiter, et Paul Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole » (v. 11, 12). On attribuait l’éloquence à Mercure. Les sacrificateurs de Jupiter amenaient déjà aux portes des taureaux et des couronnes pour sacrifier à Paul et à Barnabas. On comprend que ces gens, ignorant le vrai Dieu et voyant des manifestations de puissance qui ne pouvaient provenir de l’homme, attribuassent cette puissance à leurs divinités. Les apôtres, apprenant ce que la foule se proposait de faire, déchirèrent leurs vêtements, s’élancèrent au milieu d’eux et leur dirent : « Hommes, pourquoi faites-vous ces choses ? Nous sommes, nous aussi, des hommes ayant les mêmes passions que vous ; et nous vous annonçons que de ces choses vaines vous vous tourniez vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont ; lequel dans les générations passées a laissé toutes les nations marcher dans leurs propres voies ; quoique cependant il ne se soit pas laissé sans témoignage, et faisant du bien, en vous donnant du ciel des pluies et des saisons fertiles, remplissant vos cœurs de nourriture et de joie » (v. 15-17). Dans ce bref et merveilleux discours, l’apôtre leur déclare premièrement qu’ils sont des hommes comme eux, quant à leur nature, et non des dieux. S’il dit qu’ils avaient les mêmes passions, cela ne signifie pas qu’ils se laissaient gouverner par elles comme les païens, mais simplement qu’ils étaient des hommes. Il ajoute que le vrai Dieu a créé toutes choses, qu’ils doivent se tourner vers lui et délaisser les vanités de l’idolâtrie. Ce Dieu avait laissé marcher les nations dans leurs propres voies (Romains 1:19-32), alors que les hommes l’avaient abandonné pour adorer les faux dieux, derrière lesquels se plaçaient les démons (voir 1 Corinthiens 10:19, 20). Dieu avait appelé Abraham à sortir de son pays et de sa parenté, pour se former, par sa postérité, un peuple qui gardât la connaissance de lui-même, le vrai et seul Dieu, et au milieu duquel il voulait habiter.

Tant que Dieu avait mis de côté les nations, il ne les avait pas laissées sans témoignage de lui-même ; il leur avait donné des pluies, des saisons fertiles ; il avait veillé à ce qu’elles eussent la nourriture et de quoi réjouir leur cœur. Il est appelé « le conservateur de tous les hommes » (1 Timothée 4:10 ; voir aussi le Psaume 104). Par la bonté de Dieu envers tous et par la création, les hommes auraient dû garder la connaissance de lui-même, comme seul vrai Dieu. Maintenant, passant sur ce temps d’ignorance des hommes, comme Paul le dira aussi aux Athéniens (chap. 17:30), Dieu les invite à se détourner de leur idolâtrie vers lui. C’est ce que firent les Thessaloniciens ; ils s’étaient « tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils » (1 Thess. 1:9).

Impressionnée par la guérison de cet impotent, malgré les paroles de Paul, la foule eut peine à ne pas sacrifier. Mais cette exaltation ne dura pas longtemps. Des Juifs venus d’Antioche et d’Iconium les excitèrent contre Paul à tel point qu’ils le lapidèrent et le traînèrent hors de la ville, le croyant mort. La versatilité du cœur de l’homme ! Tout à l’heure les apôtres passaient pour des dieux et maintenant on les traite comme de vils malfaiteurs, indignes de vivre. Si le cœur n’a pas été touché par la Parole de Dieu, les impressions les plus vives sont passagères ; elles ne créent aucune conviction. On peut admirer, aujourd’hui, une belle prédication de la Parole, sans qu’aucun effet salutaire se produise. On a vu les foules dans l’admiration en entendant le Seigneur et en contemplant les miracles qu’il faisait, et lorsque les chefs du peuple veulent le faire mourir, cette même foule joint sa voix aux leurs pour demander qu’il soit crucifié.

 

15.3                      Ch. 14 v. 20-28 — L’œuvre à Derbe

Entouré des disciples, Paul eut la force de se lever et d’entrer dans la ville qu’il quitta le lendemain pour aller à Derbe avec Barnabas. Il fallait que le Seigneur le soutînt puissamment pour qu’il pût continuer son service après avoir été laissé pour mort sous les pierres qu’il avait reçues. Il fait, sans doute, allusion à cette circonstance lorsqu’il dit en 2 Cor. 11:25 : « Une fois j’ai été lapidé ».  Il rappelle aussi à Timothée les persécutions et les souffrances qu’il avait endurées à Antioche, à Iconium et à Lystre (2 Timothée 3:11) en ajoutant : « Et le Seigneur m’a délivré de toutes ».

On peut trouver étrange que le Seigneur permette qu’un serviteur aussi fidèle que Paul passe par de si grandes épreuves, qui, à vues humaines, devaient nuire à l’accomplissement de son service. Mais l’apôtre avait compris pourquoi le Seigneur agissait ainsi. Lorsqu’il lui fut envoyé une écharde dans la chair, il supplia le Seigneur trois fois pour qu’elle se retirât de lui ; mais le Seigneur lui répondit : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ».  Alors il put dire : « Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans mes infirmités, afin que la puissance du Christ demeure sur moi. C’est pourquoi je prends plaisir dans les infirmités, dans les outrages, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ : car quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12:8-10).

L’œuvre du Seigneur ne peut aboutir que par la force qui vient de lui. Il place ses serviteurs dans des circonstances où leur faiblesse se réalise, tandis que sa puissance se manifeste en eux pour accomplir son œuvre. Lorsqu’un maître engage un domestique, il en choisit un qui jouit d’une bonne santé, parce qu’il ne peut lui communiquer aucune force en vue de son travail. Mais, quand le Seigneur appelle quelqu’un à son service, il lui fournit toute la force nécessaire et le place dans des circonstances qui l’obligent à dépendre de lui. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Quand je suis faible, alors je suis fort ».

Voici le court récit de l’œuvre à Derbe : « Ayant évangélisé cette ville-là et fait beaucoup de disciples, ils s’en retournèrent à Lystre, et à Iconium, et à Antioche » (v. 21). Les apôtres n’y subirent probablement pas de persécutions comme à Lystre. Si l’épreuve n’est pas nécessaire, le Seigneur ne l’envoie pas. Les souffrances endurées à Lystre ne découragèrent pas ces fidèles serviteurs du Seigneur. Ils retournèrent dans les localités où ils avaient été persécutés, pour voir les croyants qu’ils y avaient laissés.

Paul ne travaillait pas seulement à évangéliser ; dans chaque localité les convertis formaient une assemblée de Dieu, objet de ses soins et de son grand amour. Il imitait en cela aussi le Seigneur qui « a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par parole » (Éphésiens 5:25, 26). En 2 Cor. 11:28, où l’apôtre énumère ce qui lui était arrivé durant son service, il termine en disant : « Outre ces choses exceptionnelles, il y a ce qui me tient assiégé tous les jours, la sollicitude pour toutes les assemblées ». Attaché au Seigneur dans ce qu’il avait de plus cher ici-bas, il aimait tous les chrétiens parce qu’ils étaient les membres du corps de Christ. L’édification de l’assemblée constitue une partie importante de l’œuvre du Seigneur ; c’est pourquoi Paul et Barnabas retournèrent dans les villes qu’ils avaient évangélisées, « fortifiant les âmes des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et les avertissant que c’est par beaucoup d’afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (v. 22).

Ces nouveaux chrétiens étaient sans doute exposés aux persécutions, et leur foi pouvait en être ébranlée. Ils ne résisteraient à l’ennemi que par la foi qui compte sur Dieu et en se nourrissant de sa Parole. Paul comprenait la nécessité de les fortifier et de les exhorter, car si Dieu sauve des pécheurs, ce n’est pas seulement pour qu’ils aillent au ciel ; c’est pour avoir sur la terre des témoins de ce que la grâce accomplit en faisant marcher sur les traces de Christ des hommes incapables de lui obéir, tant qu’ils resteront étrangers à la vie divine. Puis, outre le témoignage individuel que le chrétien doit rendre, Dieu voulait aussi une assemblée, comparée à une lampe qui projette la lumière de Christ dans ce monde (Apoc. 1:20). Le chrétien est une lumière (Matthieu 5:14-16 ; Éphésiens 5:8 ; 1 Thessaloniciens 5:5).

Les apôtres avertissaient aussi les frères que c’est par beaucoup d’afflictions qu’il faut entrer dans le royaume de Dieu, état de choses où les droits de Dieu sont reconnus, comme ceux d’un roi auquel on rend toute obéissance. Mais, si l’on croit en Dieu, si on lui obéit, on rencontre l’opposition de Satan et des hommes, car ce royaume est au milieu d’eux ; il ne change rien à l’état de choses qui caractérise le monde dont Satan est le chef. C’est pourquoi il y a de la souffrance, tandis que, lorsque le Seigneur établira son royaume en gloire après la destruction de ses ennemis, il n’y en aura plus. Aujourd’hui les chrétiens portent l’opprobre de Christ et souffrent pour lui, pendant que le monde cherche des jouissances ; plus tard, les chrétiens jouiront dans la gloire, alors que ceux qui n’ont pas voulu entrer dans le royaume de Dieu auront leur part dans la souffrance.

Dans chaque assemblée, Paul et Barnabas choisirent des anciens « et ils prièrent avec jeûne, et les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru » (v. 23). On demande souvent pourquoi on n’établit plus des anciens dans chaque assemblée. Seuls les apôtres le faisaient, grâce à une autorité que nous n’avons pas et à leur capacité de discerner chez ces nouveaux convertis lesquels pouvaient accomplir ce service. Ils avaient à veiller au maintien de l’ordre et à présenter la Parole. Les qualités requises des surveillants ou anciens sont énumérées en 1 Timothée 3:1-7 et Tite 1:5-9. Sur l’ordre de Paul, Timothée et Tite devaient en choisir.

Aujourd’hui il n’existe plus d’apôtres pour donner des ordres pareils. Ils n’ont jamais prescrit aux assemblées de se donner des anciens. Si elles trouvent des frères qui portent les caractères d’anciens et qui en accomplissent le service, elles peuvent les reconnaître, mais elles n’ont aucune autorité de la part du Seigneur pour en établir. Les assemblées étaient recommandées à Dieu et au Seigneur en qui les frères avaient cru, comme nous le verrons au chap. 20:32, et non à une succession d’apôtres ou d’anciens. À mesure que l’Église s’est affaiblie spirituellement, on a donné une grande importance à ceux qu’elle désignait comme anciens. Plus tard on leur donna le nom d’évêques (surveillants) ; leur importance dépendit de celle de l’église ou de la localité. Ensuite on institua des archevêques, établis sur plusieurs églises. Rome étant devenue un centre religieux important, son évêque prit plus tard le nom de pape. Il domine sur toutes les églises qui reconnaissent son pouvoir, savoir l’église romaine, en opposition à l’église grecque qui ne le reconnaît pas. C’est ainsi que tout dégénère, si l’on ne demeure pas attaché à la Parole de Dieu.

Paul et Barnabas revinrent sur leurs pas, et, traversant de nouveau la Pisidie et la Pamphylie, ils arrivèrent à Perge, près de la mer, où ils annoncèrent la parole, et de là à Attalie. Il n’est pas dit qu’ils évangélisèrent dans cette ville. De là ils se rendirent par mer à Antioche d’où ils étaient partis, recommandés à la grâce de Dieu qui ne leur fit pas défaut tout le long de ce laborieux voyage. À Antioche, ils réunirent l’assemblée et racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi ».

Ces chapitres 13 et 14 nous font connaître le premier voyage d’évangélisation de Paul, commencement du grand ministère que le Seigneur lui avait confié. Il n’avait pas seulement à annoncer le salut aux nations, mais à annoncer aux convertis qu’ils constituaient l’Église ou Assemblée de Dieu, dont chaque croyant est un membre du corps de Christ, la tête dans le ciel. L’assemblée de chaque localité représente l’Assemblée universelle dont Christ est le seul chef. Il n’y a dans le monde entier qu’une Assemblée, dont fait partie chaque croyant. Les fondateurs des Églises diverses, indépendantes les unes des autres, ne l’ont pas compris.

 

16                  Chapitre 15

16.1                      Ch. 15 v. 1-21 — Une conférence à Jérusalem

Le rassemblement des chrétiens au milieu des nations offrait aussi à Satan un nouveau champ d’activité. Il chercha à lui nuire depuis le dedans, comme il l’avait fait depuis le dehors et se servit des Juifs incrédules pour susciter la persécution, comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, tandis que les Juifs convertis troublèrent les assemblées intérieurement. Paul lutta constamment avec eux, car ils voulaient introduire la loi et les ordonnances chez les chrétiens des nations. En lisant l’épître aux Galates, on voit combien ils avaient réussi dans les assemblées de la Galatie.

Dans ce chapitre 15, nous assistons aux premiers efforts de l’ennemi pour troubler les chrétiens et susciter de la souffrance dans le cœur de l’apôtre. Plusieurs Juifs croyants venus de Judée à Antioche, enseignaient aux frères qu’ils ne pouvaient être sauvés à moins d’être circoncis selon l’usage de Moïse (v. 1). C’était en opposition directe à l’évangile de la grâce, qui présente le salut gratuit par la foi en l’œuvre de Christ à la croix, puisque, sur le principe des œuvres, personne n’a pu ni ne peut être sauvé. Mais cette affirmation suscita une grande contestation entre Paul et Barnabas et ces Juifs. Ne voulant pas trancher la question à Antioche, lors même qu’ils l’auraient pu, on décida qu’ils iraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens pour examiner cela. La sagesse de Dieu dicta cette résolution, car, si Paul et Barnabas avaient déclaré à Antioche que les croyants des nations ne devaient pas être placés sous les ordonnances de Moïse, sans que l’assemblée de Jérusalem se déclarât d’accord avec eux, une division aurait pu éclater entre les assemblées formées de croyants juifs, qui avaient leur centre à Jérusalem, et celles des nations qui avaient le leur à Antioche. Tel était le but de l’ennemi.

Accompagnés par les frères d’Antioche, les apôtres traversèrent la Phénicie et la Samarie, où se trouvaient des assemblées et racontèrent la conversion des nations, ce qui causa une grande joie à tous les frères. Arrivés à Jérusalem, « ils furent reçus par l’Assemblée et les apôtres et les anciens ; et ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux ».  Mais il se trouvait là quelques pharisiens qui avaient cru, donc chrétiens, mais sans avoir abandonné les formes du judaïsme ; aussi ils s’élevèrent en disant qu’il faut circoncire les croyants d’entre les gentils et leur enjoindre de garder la loi de Moïse.

(v. 2-5). — Étroitement attachés au judaïsme, les pharisiens ne se permettaient ni l’incrédulité des sadducéens, ni la mondanité des Hérodiens.

On comprend que les croyants d’entre eux demeurassent attachés à leur religion, tout en ayant accepté le salut par Christ. Plus on tient à une religion qui s’adapte à la chair, plus on l’abandonne difficilement. Ils n’avaient pas compris que non seulement leurs péchés avaient pris fin par la mort de Christ ; mais que le vieil homme auquel s’adressait la loi, qu’ils n’avaient jamais pu accomplir, était aussi mort à la croix. On n’exige pas d’un mort qu’il accomplisse la loi. La circoncision figurait cette mort de l’homme en Adam ; mais puisque, en Christ, cet homme est mort à la croix, il était parfaitement inutile de le circoncire.

Les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette grave question. Une grande discussion ayant eu lieu, Pierre se leva et rappela que Dieu l’avait choisi pour annoncer aux nations la parole de l’évangile, afin qu’elles crussent ; il fit allusion à son appel auprès de Corneille, en déclarant que Dieu leur avait donné l’Esprit Saint comme aux Juifs et qu’il n’a établi aucune différence entre les Juifs et les nations, puisqu’il a purifié leurs cœurs par la foi. Il ajouta : « Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? Mais nous croyons être sauvés par la grâce du Seigneur Jésus, de la même manière qu’eux aussi » (v. 6-11). Il affirme clairement la suffisance de l’œuvre de Christ pour être sauvé ; quant au salut, il met Juifs et Gentils sur un pied d’égalité, ce qui froissait l’orgueil de ces pharisiens convertis. En plaçant ces chrétiens sous la loi, on tentait Dieu, c’est-à-dire qu’on exigeait de lui une preuve que ce qu’il dit est vrai. Lorsque Dieu a parlé, cela suffit. Le Seigneur dit à Satan : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Dieu avait dit prophétiquement, en parlant du Messie : « Il commandera à ses anges à ton sujet, de te garder en toutes tes voies : ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre » (Psaume 91:11, 12). Il n’était donc pas nécessaire de se jeter en bas du temple pour voir si ce que Dieu avait dit était vrai. De même on ne pouvait exiger de Dieu qu’il recommençât l’expérience faite de l’homme naturel ; puis la loi et la grâce ne se mélangent pas. C’est l’une ou l’autre. Demeurer sous la loi, c’est la perdition ; accepter la grâce, c’est le salut.

Après le discours concluant de Pierre, la multitude se tut. Barnabas et Paul racontèrent les miracles que Dieu avait accomplis par leur moyen parmi les nations (v. 12), et qui devaient impressionner ces chrétiens juifs ; ils savaient bien qu’ils venaient de Dieu seul, et que s’il les faisait par les apôtres chez les gentils, c’est qu’il approuvait leur ministère.

Après Paul et Barnabas, Jacques prit la parole. C’était l’ancien le plus estimé de l’assemblée de Jérusalem, auteur de l’épître qui porte son nom, et, d’après Galates 1:19, un des frères du Seigneur. Ses paroles avaient donc du poids pour ses auditeurs juifs. Dans son discours, il montre que Pierre, en disant que Dieu avait visité les nations pour en tirer un peuple pour son nom, était en accord avec les paroles des prophètes ; il cite Amos 9:11, 12 : « Après ces choses, je retournerai et je réédifierai le tabernacle de David, qui est tombé, et je réédifierai ses ruines et je le relèverai, en sorte que le résidu des hommes recherche le Seigneur, et toutes les nations sur lesquelles mon nom est réclamé, dit le Seigneur, qui fait ces choses, connues de tout temps » (v. 15-18). Ce passage s’applique littéralement à ce que Dieu fera pour rétablir le peuple d’Israël après les jugements qui seront tombés sur lui ; cela amènera la bénédiction des nations. En attendant l’accomplissement entier de cette prophétie, elle se réalisait en ce que les bénédictions parvenaient aux nations par l’évangile pour en faire un peuple céleste ; lorsque le temps de l’Église aura passé, le tabernacle de David sera réédifié ; Dieu reprendra ses relations avec son peuple terrestre mis de côté pour le moment. Appuyé par le témoignage de Pierre, de Paul et des prophètes, Jacques est d’avis « de ne pas inquiéter ceux des nations qui se tournent vers Dieu, mais de leur écrire qu’ils s’abstiennent des souillures des idoles, et de la fornication, et de ce qui est étouffé, et du sang ; car Moïse, dès les générations anciennes, a dans chaque ville ceux qui le prêchent, étant lu dans les synagogues chaque sabbat » (v. 19-21). Cela suffisait pour les Juifs qui restaient sous la loi. Mais les croyants d’entre les gentils n’avaient rien à faire avec la synagogue, pas plus qu’avec la loi de Moïse. Ce qu’ils devaient observer n’avait rien de spécial pour les Juifs et liait tous les hommes ; tous ont la responsabilité de se conformer à la Parole de Dieu, dès le commencement et doivent, Juifs ou non, s’abstenir de l’idolâtrie, de la fornication et de l’usage du sang interdit dès le jour où un nouveau monde recommença avec Noé, alors que Dieu ajouta à l’alimentation humaine la chair (Genèse 9:4). L’ordre fut renouvelé à Moïse lorsque Dieu donna ses commandements au peuple juif (Lévitique 7:26 ; 17 ; 12:13 ; Deutéronome 12:16, 23 ; 15:23). De nouveau Dieu maintient pour les chrétiens ce qu’il a ordonné à chacun.

 

16.2                      Ch. 15 v. 22-35 — Lettre adressée aux assemblées des nations

On décida de communiquer aux assemblées des nations le résultat de cette conférence, afin de les rassurer en annulant ce que certains hommes leur avaient dit quant à la loi de Moïse. « Alors il sembla bon aux apôtres et aux anciens, avec toute l’assemblée, de choisir parmi eux des hommes, et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas : savoir Judas appelé Barsabbas, et Silas, hommes d’entre ceux qui tenaient la première place parmi les frères » (v. 22). On voit par le choix des hommes que l’on envoyait avec Paul et Barnabas, l’importance de ce message, où l’on constate le parfait accord entre les frères de Jérusalem et ceux qui travaillaient au milieu des nations. Ainsi, toute division fut évitée. Voici les termes de la lettre : « Aux frères d’entre les nations qui sont à Antioche et en Syrie et en Cilicie : Salut ! Comme nous avons ouï dire que quelques-uns qui sont sortis d’entre nous, vous ont troublés par des discours, bouleversant vos âmes, disant qu’il faut être circoncis et garder la loi (auxquels nous n’avons donné aucun ordre), il nous a semblé bon, étant tous d’accord, de choisir parmi nous des hommes et de les envoyer vers vous avec nos bien-aimés Barnabas et Paul, hommes qui ont exposé leurs vies pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous avons donc envoyé Judas et Silas, qui vous annonceront de bouche les mêmes choses. Car il a semblé bon au Saint Esprit et à nous de ne mettre sur vous aucun autre fardeau que ces choses-ci qui sont nécessaires : qu’on s’abstienne des choses sacrifiées aux idoles, et du sang, et de ce qui est étouffé, et de la fornication. Si vous vous gardez de ces choses, vous ferez bien. Portez-vous bien » (versets 23-29). Par cette lettre, les frères de Jérusalem déclarent aux assemblées des nations qu’il n’y a aucune solidarité entre eux et ceux qui les avaient troublés. C’était important pour le cas où d’autres viendraient se réclamer de l’autorité de Jérusalem pour imposer les ordonnances de Moïse.

Arrivés à Antioche, ces frères convoquèrent l’assemblée et remirent la lettre aux frères. Après en avoir pris connaissance, « ils se réjouirent de la consolation ».

Le séjour des frères venus avec les apôtres fut une bénédiction pour l’assemblée, car Judas et Silas « qui eux aussi étaient prophètes, exhortèrent les frères par plusieurs discours et les fortifièrent. Et après avoir séjourné là quelque temps, ils furent renvoyés en paix par les frères vers ceux qui les avaient envoyés » (v. 32, 33). De bonnes relations étaient établies entre les frères de Jérusalem et ceux des nations. C’était aussi un grand encouragement et une force pour Paul de pouvoir dire désormais aux judaïsants ce que l’assemblée de Jérusalem avait décidé.

« Paul et Barnabas séjournèrent à Antioche, enseignant et annonçant, avec plusieurs autres aussi, la parole du Seigneur » (v. 35). Dès le début, Dieu a pourvu à ce qu’il y ait parmi les nouveaux convertis des hommes capables d’enseigner.

 

16.3                      Ch. 15 v. 36-41 — Départ de Paul pour son second voyage

« Et quelques jours après, Paul dit à Barnabas : Retournons maintenant visiter les frères par toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir comment ils vont » (v. 36). Comme nous l’avons déjà remarqué, Paul ne se bornait pas à évangéliser ; il avait à cœur l’édification et la prospérité des assemblées qu’il avait formées, car elles constituaient le témoignage du Seigneur : fait très important à retenir aujourd’hui, car, malgré la ruine de l’Église professante, les vrais croyants qui se trouvent au milieu d’elle constituent la véritable Église, ou Assemblée, et sont responsables de marcher selon les enseignements de Paul auquel le Seigneur avait confié, comme à un sage architecte, l’édification de l’Assemblée, vue comme « l’édifice de Dieu » (1 Corinthiens 3:10, 11). Si tout a été gâté dans l’Église par l’œuvre de serviteurs infidèles, la Parole de Dieu demeure, elle ne peut changer. Ainsi au milieu du désordre actuel, en obéissance à cette Parole, les croyants doivent avoir à cœur, ceux surtout que le Seigneur appelle à son service, non seulement l’évangélisation, œuvre importante puisque c’est par elle que les pierres s’ajoutent à l’édifice, mais aussi le rassemblement des enfants de Dieu selon la Parole et leur édification.

Au chapitre 13 nous avons vu que Jean, ou Marc, le neveu de Barnabas, avait quitté les apôtres à Perge, pour retourner à Jérusalem. Pour ce second voyage, Barnabas voulait le reprendre avec eux, mais Paul s’y opposa, vu qu’il les avait abandonnés. Ce désaccord amena entre eux de l’irritation, et ils se séparèrent. Barnabas prit avec lui son neveu et partit pour Chypre, son pays. Paul fixa son choix sur Silas, dès lors son fidèle compagnon, et partit après que les frères l’eurent recommandé à la grâce du Seigneur. Ils parcoururent la Syrie et la Cilicie, où ils fortifièrent les assemblées.

Ce petit incident, survenu entre les serviteurs du Seigneur, nous montre que, pour être un instrument docile dans la main du maître, il ne faut prendre en considération que sa volonté et mettre de côté tout motif personnel. Paul le réalise dans une grande mesure. Il avait compris, dès le début, ce qu’il dit à Agrippa (chap. 26:17) que le Seigneur, l’ayant retiré du peuple et des nations, il était indépendant des uns et des autres, en ne prenant en considération que la volonté du Seigneur. Le dévoué Barnabas était moins affranchi des liens qui le rattachaient à sa famille et à son pays. Le fait que Marc était son neveu et Chypre son pays constituait un poids qui l’entraîna loin de Paul et le priva de son rôle de collaborateur dans une œuvre aussi merveilleuse que celle qui l’attendait (chap. 13:2). Il ne cessait pas de travailler pour le Seigneur, quoiqu’il n’y ait plus qu’une mention de lui en 1 Corinthiens 9:6. Dieu regarde aux motifs qui nous font agir ; ils déterminent la valeur de nos œuvres. Pour servir le Seigneur il ne faut songer qu’à lui plaire et, pour cela, obéir à sa parole, vérité à retenir dès le jeune âge ; car, petits ou grands, tout ce que nous faisons doit être fait pour le Seigneur. C’est ainsi que chacun peut le servir, car les évangélistes et les missionnaires ne sont pas seuls à servir le Seigneur ; tous les croyants sont ses serviteurs, du plus jeune au plus âgé, s’ils font pour lui tout ce qu’il place devant eux, depuis les plus simples devoirs aux choses qui paraissent les plus importantes. Rien de ce qui se fait en son nom ne perdra sa récompense, même le don d’un verre d’eau froide, dit le Seigneur en Matthieu 10:42.

 

17                  Chapitre 16

17.1                      Ch. 16 v. 1-5 — Appel de Timothée

Arrivé à Derbe et à Lystre, où une assemblée avait été formée lors de son premier voyage, Paul y trouva Timothée qui était fils d’une femme juive et d’un père grec, union que la loi de Moïse ne permettait pas ; mais la grâce apportait le salut à chacun puisque, par la loi, personne ne pouvait être sauvé. Le père de Timothée recevait un bon témoignage des frères de Lystre et d’Iconium. On apprend par 2 Timothée 1, qu’Eunice, la mère de Timothée, et Loïs, sa grand-mère, femmes pieuses, lui avaient dès son enfance, enseigné les Écritures, appelées en 2 Timothée 3:15 « les saintes lettres », qui pouvaient le « rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus ».  Timothée était donc bien préparé pour devenir un collaborateur précieux de Paul qui, dès lors, le prit avec lui. Il lui demeura dévoué et fidèle jusqu’à la fin. Paul dit de lui en Philippiens 2:20-22 : « Je n’ai personne qui soit animé d’un même sentiment avec moi pour avoir une sincère sollicitude à l’égard de ce qui vous concerne ; parce que tous cherchent leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ. Mais vous savez qu’il a été connu à l’épreuve, savoir qu’il a servi avec moi dans l’évangile comme un enfant sert son père ».

Vrai serviteur du Seigneur sous la direction de Paul, Timothée dépendait du Seigneur pour accomplir le service dont l’apôtre le chargeait. Il l’envoie d’Éphèse en Macédoine (chap. 19:22). Il le laisse à Éphèse pour enseigner comment il faut se conduire dans la maison de Dieu (1 Timothée). Dans la seconde épître que Paul lui adresse, il le fortifie et l’encourage, afin qu’il enseigne aux chrétiens fidèles à se séparer du mal. Prisonnier à Rome pour la seconde fois, Paul l’engage à venir auprès de lui avant l’hiver. Seul un apôtre pouvait avoir sous sa dépendance des serviteurs tels que Timothée et Tite. Aujourd’hui, chaque serviteur dépend directement du Seigneur, car nous n’avons plus d’apôtres dans l’Église ; mais le Seigneur prend soin d’elle et en prendra soin jusqu’à son retour. Tous ses serviteurs, comme tous les croyants, doivent dépendre de lui seul.

Il est à désirer que chaque enfant élevé dans la connaissance des saintes lettres, comme Timothée, et tous les enfants des chrétiens doivent l’être, progresse non seulement dans cette connaissance, mais dans la piété qui en découle, en se séparant du mal et du monde, pour être utile au Seigneur, dans n’importe quel service. Dès son jeune âge on doit mettre en pratique ce que l’on a compris de la Parole de Dieu. « Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta Parole » (Psaume 119:9). C’est un avantage incalculable pour toute la vie que de prêter attention à la Parole de Dieu dès ses jeunes années, alors que les facultés, intactes, ont une fraîcheur qui permet à la Parole de s’implanter, non seulement dans l’intelligence, mais dans le cœur. Elle gouvernera la vie entière en rendant le chrétien capable de résister à l’influence délétère du monde, au milieu duquel il vit comme témoin du Seigneur et dans l’attente de son retour.

 

17.2                      Ch. 16 v. 6-12 — Paul se rend en Macédoine

Nous pouvons conclure des versets 4 et 5, qu’il y avait des assemblées dans toutes les villes que Paul traversait : « Comme ils passaient par les villes, ils leur remirent pour les garder, les ordonnances établies par les apôtres et les anciens qui étaient à Jérusalem ».  Au sujet de ces ordonnances, voir au chapitre précédent. « Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour » (v. 4, 5). Tels étaient les résultats de l’action de l’Esprit de Dieu par les apôtres chez ces gentils, alors qu’il pouvait agir librement, sans être contristé, comme il l’est aujourd’hui par l’état de l’Église, établie alors avec la puissance illimitée du Seigneur. Mais, au milieu de ce triste état de la chrétienté, ceux qui obéissent à la Parole trouvent toujours dans le Saint Esprit la puissance nécessaire pour marcher selon la pensée du Seigneur.

Quittant cette contrée où il laissait une œuvre si belle, Paul traversa la Phrygie et la Galatie. Nous ignorons ce qu’il y fit, mais, d’après l’épître aux Galates, nous voyons que des assemblées s’y formèrent. Il paraissait tout naturel à l’apôtre de continuer son travail en passant de la Phrygie en Asie, nom que l’on donnait plus particulièrement à la partie de l’Asie Mineure située près de la mer Égée. Là se trouvaient les sept Églises auxquelles le Seigneur fit adresser les épîtres des chap. 2 et 3 de l’Apocalypse. Mais le Saint Esprit les empêche de s’y rendre, sans que nous sachions comment. Ils allèrent donc en Mysie, contrée voisine, puis cherchèrent à gagner la Bithynie, située au bord de la mer de Marmara. De nouveau « l’Esprit de Jésus » ne le leur permit pas ; cette expression, qu’on ne trouve pas ailleurs, rappelle que cet Esprit conduisait Jésus dans une dépendance absolue de la volonté de Dieu. Ils descendirent donc dans la Troade, à l’entrée des Dardanelles. Là, dans un songe, Paul vit un Macédonien qui le priait en ces termes : « Passe en Macédoine, et aide-nous » (v. 8, 9). Paul et ses compagnons en conclurent que le Seigneur les appelait à évangéliser la Macédoine. Ils mirent donc à la voile et, après une escale dans l’île de Samothrace, ils abordèrent à Néapolis, le port de Philippes, où ils se rendirent pour y demeurer quelques jours.

L’arrivée du grand apôtre des gentils en Macédoine nous intéresse particulièrement, car c’est la première fois que l’évangile pénétrait en Europe. Le Seigneur avait ses raisons pour que Paul évangélisât la Macédoine, avant que toute l’Asie Mineure eût entendu la bonne nouvelle du salut, comme l’apôtre se l’était sans doute proposé.

 

17.3                      Ch. 16 v. 13-15 — Au bord du fleuve

« Le jour du sabbat, nous sortîmes hors de la porte et nous nous rendîmes au bord du fleuve, où l’on avait coutume de faire la prière ; et, nous étant assis, nous parlions aux femmes qui étaient assemblées » (v. 13). Dans les localités où il n’y avait pas de synagogues, les Juifs, nous dit l’histoire, s’assemblaient au bord d’un cours d’eau pour accomplir leurs devoirs religieux et faire leurs ablutions. C’est donc là que Paul se dirigea pour annoncer son message, comme de coutume, aux Juifs premièrement, puis aux Grecs. Il ne se présenta pas comme un grand prédicateur qui arrivait en ces lieux, mais s’assit, avec ses compagnons, auprès des femmes. Une d’entre elles, une étrangère, marchande de pourpre, mais qui servait Dieu, prosélyte pieuse, comme on en rencontre souvent dans ce livre, écoutait les paroles de Paul. Objet de la sollicitude du Seigneur qui avait envoyé l’apôtre pour elle tout d’abord, elle écoutait, chose importante pour quiconque assiste à une prédication sur la Parole de Dieu ou à un entretien. Si l’on est distrait, à quoi bon prêcher ? Aussi il est dit que « le Seigneur lui ouvrit le cœur pour qu’elle fût attentive aux choses que Paul disait » (v. 14).

On peut encore écouter et saisir ce que l’on entend par l’intelligence naturelle, ce qui produit certains effets, mais point durables. La vérité doit pénétrer, chez celui qui entend, par le cœur, siège moral des affections. Si la Parole le touche, elle produit des effets salutaires et permanents, un bonheur qui n’est pas passager. C’est ce que le Seigneur demande ; il veut que, par le cœur, nous nous attachions à lui. Salomon demandait : « un cœur qui écoute » (1 Rois 3:9). En Luc 8:15, le Seigneur dit que ceux qui portent du fruit sont ceux qui, « ayant entendu la Parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon ». Bien d’autres passages montrent que c’est par le cœur que l’on est agréable au Seigneur. C’est pourquoi dans le livre des Proverbes, qui parlent beaucoup du cœur, nous lisons : « Mon fils, donne-moi ton cœur » (chap. 23:26).

La parole que Paul annonçait répondait aux besoins de Lydie ; elle tombait dans une terre préparée, comme le Seigneur le dit dans le passage de Luc cité plus haut. Les effets furent immédiats. Elle crut et fut aussitôt baptisée, ainsi que sa maison. La vie de Jésus se manifeste par les fruits de l’amour. Paul et ses compagnons étaient des étrangers à Philippes, nouveaux venus ; aussi l’amour fraternel de Lydie la pousse à leur offrir aussitôt l’hospitalité ; mais elle a compris qu’ils ne peuvent l’accepter sans être sûrs qu’elle soit fidèle au Seigneur. L’amour, la sainteté, la vérité vont ensemble. Elle leur dit : « Si vous jugez que je suis fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et demeurez-y ».  Et elle les y contraignit. Introduite dans la maison de Dieu par le baptême, elle veut que les disciples entrent dans la sienne. La communion s’établit entre ceux qui annoncent la Parole et ceux qui la reçoivent ; tous possèdent la même vie et le même objet, le Seigneur. On voit que les apôtres se font presser pour accepter l’hospitalité de Lydie ; ils n’en usent pas comme d’un droit qui leur appartient.

Depuis le verset 10 de ce chapitre, Luc, l’auteur du livre des Actes, se met au nombre de ceux qui accompagnaient Paul ; il parle à la première personne, « nous » ; jusqu’ici il parlait à la troisième.

 

17.4                      Ch. 16 v. 16-24 — L’œuvre de l’ennemi

On n’attaque pas l’ennemi sur son terrain sans qu’il se défende. Meurtrier et menteur, il voudrait garder ses victimes jusqu’à la consommation de leur perte. Aussi il fait son possible pour empêcher les serviteurs du Seigneur d’accomplir leur œuvre. On le voit dans le récit suivant.

Il commença par se servir d’une servante, possédée par un de ses anges, un esprit de python, par lequel elle prétendait prophétiser. Espèce de spirite, elle procurait un grand gain à ses maîtres. Satan ne voulut pas commencer par contredire ce que Paul disait, ni user de violence envers lui. Il se donna l’apparence d’approuver son enseignement en criant après l’apôtre et les siens : « Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-Haut, qui vous annoncent la voie du salut. Et elle fit cela pendant plusieurs jours » (v. 17, 18). Satan avait pour but de nuire à l’évangile en feignant de s’associer à l’œuvre de Paul. Si l’apôtre l’avait accepté, il aurait travaillé avec le prince de ce monde, ce qui aurait ruiné son œuvre. Le monde ne saurait s’associer à la proclamation du salut. Comment Paul aurait-il pu agir de concert avec celui qui avait conduit les hommes à crucifier son Seigneur et Maître ? Cette mort vainquit Satan. En proclamant cette victoire, l’évangile délivre du pouvoir du prince de ce monde ceux qui lui étaient asservis et leur donne le pardon de leurs péchés et la vie éternelle. La possédée semblait dire vrai ; mais elle évitait de mentionner la grande vérité qui la condamnait. Serviteur du Très-Haut, Paul servait aussi Celui que Dieu avait fait Seigneur et Christ, après l’avoir ressuscité d’entre les morts. En vertu de cette victoire sur l’ennemi, le Seigneur a donné des dons aux hommes pour délivrer les pécheurs dont le diable souhaitait la perte. C’est pourquoi le démon ne disait pas qu’ils étaient les esclaves du Seigneur Jésus. Paul ne se pressa pas de dénoncer d’où venait cette voix trompeuse ; mais, affligé d’entendre cette femme, « il se retourna et dit à l’esprit : Je te commande au nom de Jésus Christ de sortir d’elle. Et à l’heure même il sortit » (v. 18).

Se voyant vaincu comme serpent, le diable changea de tactique et agit comme lion, c’est-à-dire par la force brutale, pour s’opposer aux apôtres. Les maîtres de la servante, voyant tarir la source de leur gain, saisirent Paul et Silas, les traînèrent sur la place publique devant les magistrats et dirent aux préteurs, magistrats chargés d’administrer la justice, que ces hommes troublaient le pays et annonçaient des coutumes qu’il n’était pas permis aux Romains de recevoir et de pratiquer. La foule se souleva contre eux ; les préteurs leur firent arracher leurs vêtements et donnèrent l’ordre de les fouetter abondamment. Puis ils les jetèrent en prison avec ordre au geôlier de les garder sûrement. Il les jeta dans la prison intérieure et attacha leurs pieds au poteau. Là se termine l’œuvre de l’ennemi envers Paul à Philippes. Le Seigneur ne lui permit pas d’aller plus loin. Nous allons voir pourquoi il l’avait laissé aller jusque-là.

 

17.5                      Ch. 16 v. 25-34 — L’œuvre de Dieu

« Or sur le minuit, Paul et Silas, en priant, chantaient les louanges de Dieu ; et les prisonniers les écoutaient » (v. 25). Quelle prédication pour les prisonniers qui entendaient chanter ces hommes au corps meurtri, le cœur débordant de joie et de paix ! Ils manifestaient une jouissance et un bonheur qui ne pouvaient venir que de Dieu et que ne possédait, sans doute, aucun de ceux qui les écoutaient.

« Tout d’un coup, il se fit un grand tremblement de terre, de sorte que les fondements de la prison furent ébranlés ; et incontinent toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous furent détachés » (v. 26). Dieu intervient en puissance en faveur des siens lorsqu’il le trouve à propos ; qui peut lui résister ? L’homme sent sa petitesse en présence de pareilles manifestations. La prison était solidement construite, les pieds des prisonniers fortement attachés et les portes sûrement fermées. En un instant le néant de tout cela apparaît. Les prisonniers déliés, les portes de leurs cellules ouvertes ; ils pouvaient partir. Mais la même puissance les retenait. Dieu, qui avait confié à l’homme l’autorité pour exercer la justice, ne voulait pas agir contrairement à ce qu’il avait établi, en facilitant l’évasion de ceux qui avaient été emprisonnés justement ; ce n’était pourtant pas le cas pour Paul et Silas.

Voyant les portes ouvertes, le geôlier voulait se tuer, car il croyait que les prisonniers avaient pris la fuite. « Mais Paul cria à haute voix, disant : Ne te fais point de mal ; car nous sommes tous ici » (v. 27, 28). Dieu, qui ne désire pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie, voulait précisément le salut du geôlier et, nous pouvons le penser, celui des prisonniers ; espérons que plusieurs furent sauvés. Le geôlier s’élança dans la prison et se jeta aux pieds de Paul et de Silas. La supériorité de ces deux serviteurs de Dieu s’imposait à lui ; il se sentait convaincu de péché. « Les ayant menés dehors, il dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? Et ils dirent : Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison. Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison » (v. 29-32). Dans les voies de Dieu, cette prédication de sa parole ne pouvait avoir lieu que si Paul et Silas étaient dans la prison ; voilà pourquoi le Seigneur laissa le champ libre à l’ennemi qui fait toujours une œuvre qui le trompe, parce qu’il ne connaît pas l’amour de Dieu, auquel sa haine peut ouvrir la porte. C’est ce qui eut lieu à la croix. La puissance du diable et la méchanceté des hommes conduisirent le Seigneur au point où l’amour de Dieu fut manifesté, dans son insondable grandeur, pour sauver le pécheur par la victoire remportée sur l’ennemi.

Comme Lydie, le geôlier manifesta aussitôt les caractères de la vie divine dans l’amour qu’il témoigna à Paul et à Silas. Il lava leurs plaies, et, sans tarder, fut baptisé avec tous les siens. Puis, « il les fit monter dans sa maison, et fit dresser une table ; et croyant Dieu, il se réjouit avec toute sa maison » (v. 34). Il est dit : croyant Dieu et non pas en Dieu. Croire Dieu, c’est croire ce qu’il dit, et se l’approprier. Ceux qui croient Dieu sont sauvés. Croire en Dieu, c’est croire simplement qu’il existe ; mais on peut croire en quelqu’un, sans croire ce qu’il dit. Les démons croient qu’il y a un Dieu, mais ils en tremblent, parce qu’ils savent qu’il est leur juge (Jacques 2:19). Beaucoup de personnes croient en Dieu et ne tremblent pas, quoiqu’il soit aussi leur juge. Celui qui croit Dieu, croit ce qu’il dit par l’évangile, et il sait que le jugement qu’il devait subir a été enduré par le Sauveur, afin de l’épargner et de lui donner le droit d’être enfant de Dieu.

Dès lors le geôlier et sa famille possédaient la même joie que Paul et Silas dans la prison. « Il se réjouit avec toute sa maison ». On voit ici, comme avec Lydie, que Dieu identifie la maison d’un croyant avec lui-même, dans la grâce qui lui est faite. Non que le salut des parents soit compté aux enfants ; chacun doit croire pour son propre compte. Mais devant Dieu, comme témoignage sur la terre, les enfants sont dans la même position que leurs parents, privilège merveilleux qu’ils ne sauraient trop apprécier. Aussi, ils doivent écouter les enseignements de leurs parents, responsables de les conduire dans le même chemin qu’eux, séparés du mal et du monde, au milieu duquel se trouve la maison de Dieu. Obéir à leurs parents, c’est tout ce que le Seigneur leur demande. En le faisant, la faveur de Dieu repose sur eux et ils recevront, par la foi, le salut et la vie éternelle qui les rendra capables de marcher en obéissance au Seigneur, dans le chemin où, jusque-là, leurs parents les ont conduits. Mais quelle responsabilité pour ceux qui se détournent des enseignements reçus dès leur jeune âge, pour aller dans le monde, et se laissent séduire par ses attraits corrupteurs. Ils s’exposent à de terribles conséquences ; ils sont infiniment plus coupables que les enfants du monde. J’aime à espérer que ce ne sera le cas d’aucun de ceux qui lisent ces lignes !

 

17.6                      Ch. 16 v. 35-40 — Paul et Silas en liberté

Les autorités reconnurent probablement que les fautes dont on avait accusé Paul et Silas ne méritaient pas le cruel châtiment qu’on leur avait infligé, car le lendemain les préteurs firent dire au geôlier de les relâcher. Aussi s’empressa-t-il de leur dire : « Les préteurs ont envoyé afin que vous soyez relâchés ; sortez donc maintenant, et allez-vous-en en paix » (v. 35, 36). Si cette libération réjouissait les apôtres, ce n’était pas un acte de justice de les avoir battus et emprisonnés. Aussi Paul veut le faire sentir aux préteurs, car les autorités sont responsables d’agir justement. L’autorité vient de Dieu ; le chrétien doit s’y soumettre ; Paul et Silas, ayant accepté le traitement inique qu’on leur infligea, avaient le droit de relever l’illégalité commise à leur endroit. Paul dit aux envoyés des préteurs : « Après nous avoir fait battre publiquement, sans que nous fussions condamnés, nous qui sommes Romains, ils nous ont jetés en prison ; et maintenant ils nous mettent dehors en secret ! Non, certes, mais qu’ils viennent eux-mêmes et qu’ils nous mènent dehors ! » (v. 37). Les sujets des Romains devaient être traités selon les lois, très justes, de l’empire. Aussi les préteurs vinrent eux-mêmes, avec l’attitude de suppliants plus qu’avec autorité, car ils se sentaient en défaut.

L’œuvre que le Seigneur voulait accomplir à Philippes était terminée ; Paul et Silas pouvaient aller ailleurs porter l’évangile. « Étant sortis de la prison, ils entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les exhortèrent et partirent » (v. 40). On apprend, par l’épître que Paul adressa de Rome aux Philippiens, une dizaine d’années plus tard, que les chrétiens de cette assemblée étaient fidèles et s’intéressaient tout particulièrement à l’œuvre de Paul. Lydie et le geôlier avaient montré, dès le début, un intérêt tout particulier pour Paul et Silas. Cet amour pour l’œuvre du Seigneur s’était développé, comme nous le lisons au chap. 1:3-8 : « Faisant toujours des supplications pour vous tous, avec joie, à cause de la part que vous prenez à l’évangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant... parce que vous m’avez dans votre cœur, et que, dans... la défense et la confirmation de l’évangile, vous avez tous été participants de la grâce avec moi ».  Par les versets 15 à 20 du chap. 4 de la même épître, nous voyons qu’avant la fin de son voyage en Macédoine, ils firent à Paul un envoi pour ses besoins, même deux fois, à Thessalonique, où il se rendit depuis Philippes, comme nous le verrons au chapitre suivant.

 

18                  Chapitre 17

18.1                      Ch. 17 v. 1-19 — Paul à Thessalonique

De Philippes l’apôtre ne s’arrêta pas jusqu’à Thessalonique, aujourd’hui Salonique. Il traversa Amphipolis et Apollonie, villes dont il n’existe que peu de chose aujourd’hui. À Thessalonique il y avait une synagogue des Juifs ; Paul s’y rendit selon sa coutume et discourut avec les Juifs pendant trois sabbats, leur expliquant les Écritures concernant Jésus. Il leur exposa qu’il fallait que le Christ souffrît et qu’il ressuscitât d’entre les morts, vérité importante à recevoir pour les Juifs. Les écritures avaient parlé du Messie, de sa naissance, de son ministère, de ses souffrances et de sa mort, puis du règne du fils de David, dont jouiraient non seulement les Juifs, mais aussi toutes les nations. Mais les Juifs, comme les apôtres avant la mort du Seigneur, n’avaient retenu des Écritures que ce qui concernait les gloires terrestres de ce règne et ne croyaient pas à la mort de Christ, moins encore au triste état moral du peuple qui nécessitait les jugements, annoncés par Jean le Baptiseur en Matthieu 3:7-12 ; Luc 3:17. Ils n’avaient pensé qu’à leur gloire et non à la gloire de Dieu. C’est pourquoi, lorsque Jésus suivait le chemin d’Emmaüs avec les disciples, il leur expliquait dans toutes les Écritures les choses qui le concernaient, parce qu’ils n’y avaient vu que ce qui aurait satisfait leur orgueil national, et non leur état de péché sur lequel le Seigneur ne pouvait établir son règne. À leurs yeux il suffisait d’être descendants d’Abraham pour jouir du règne du fils de David. Mais comme le Seigneur ne se présentait pas à eux de manière à flatter leur orgueil, ils le crucifièrent.

Cette mort, résultat de la haine de l’homme contre Dieu, tel qu’il s’était manifesté en Christ, était nécessaire au salut des pécheurs et à l’accomplissement des promesses relatives à la bénédiction d’Israël et des nations. Il est dit ici, comme plusieurs fois dans l’évangile selon Luc, auteur du livre des Actes : « Il fallait que le Christ souffrît » (Luc 24:7, 26, 46, et Jean 3:14 entre autres). C’est ce que les Juifs ne voulaient pas admettre, de même qu’un si grand nombre de chrétiens professants aujourd’hui. En refusant d’y croire, on signe sa condamnation éternelle. Voilà pourquoi Paul exposait aux Juifs de Thessalonique qu’il fallait que le Christ souffrît et qu’il ressuscitât d’entre les morts, leur disant que « celui-ci, Jésus, que moi je vous annonce, est le Christ ». Ils ne voyaient pas en Jésus le Messie promis et le traitaient d’imposteur, c’est-à-dire d’un homme qui se donnait pour ce qu’il n’était pas. Devant les Juifs, Paul établit tout ce qu’il dit de Jésus par leurs propres écritures. Pour qu’un Juif soit sauvé, il faut qu’il croie que Jésus est le Christ ; en le croyant, il croit à tout ce qui est dit de lui dans les Écritures, et par conséquent, comme nous l’avons vu à propos du geôlier de Philippes, il croit Dieu. Dans nos pays christianisés, beaucoup de personnes croient que Jésus était le Christ, mais elles ne sont pas sauvées pour cela. Pour l’être, il faut croire que ce Christ, rejeté par les Juifs, mourut pour porter le jugement de Dieu à la place du coupable. Tous ceux qui croient que Jésus est mort et a été ressuscité pour eux, sont sauvés.

En entendant Paul et Silas, quelques-uns des Juifs, persuadés, se joignirent à eux, avec « une grande multitude de Grecs qui servaient Dieu, et des femmes de premier rang en assez grand nombre » (v. 4), tous gens des nations qui, ne trouvant rien dans le paganisme pour satisfaire le vide de leur âme, avaient embrassé le judaïsme, parce qu’ils comprenaient que les Juifs adoraient le vrai Dieu. Il y avait en eux de vrais besoins ; aussi la présentation de Christ et de l’amour du Dieu vivant et vrai touchait facilement leur cœur.

Cette vérité si claire était insupportable à l’ennemi. À Philippes il se servit de la foule pour arrêter les apôtres. Ici, il employa les Juifs. Ceux-ci, « pleins de jalousie, ayant pris quelques méchants hommes de la populace, et ayant fait un amas de peuple, troublèrent la ville, et, ayant assailli la maison de Jason, ils cherchèrent Paul et Silas pour les amener au peuple » (v. 5). En se servant des méchants hommes de la populace, ces malheureux recouraient à un procédé peu digne de leur orgueil national ; mais, pour satisfaire la haine contre Christ, tous les moyens sont bons. Ceux qui servaient Dieu et les femmes de qualité parmi les gentils, ayant cru ce que les apôtres prêchaient, il fallait leur opposer la canaille. Cela suffit à indiquer de quel côté était le bien. N’ayant pas trouvé Paul et Silas chez Jason, ils traînèrent celui-ci, avec quelques frères, devant les magistrats de la ville en criant : « Ces gens qui ont bouleversé la terre habitée, sont aussi venus ici ; et Jason les a reçus chez lui, et ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus ». Paul avait sans doute parlé de la royauté de Christ, quoique rejeté (v. 6, 7). La lumière apparaissant au milieu des ténèbres, de même que la vérité au milieu de l’erreur, soulève l’opposition et le désordre. Après l’enlèvement de l’Église, lorsque l’énergie d’erreur aura gagné tous les cœurs, les hommes diront « paix et sûreté », rien ne les troublera. Mais, tôt après, apparaîtra le soleil de justice ; il amènera le jour « brûlant comme un four » qui brûlera les méchants comme du chaume (lire Malachie 4). Achab disait à Élie : « Est-ce bien toi, — celui qui trouble Israël ? » (1 Rois 18:17). C’étaient au contraire ces malheureux Juifs et ceux qu’ils ameutaient contre Paul qui agitaient la ville. « Et la foule et les magistrats de la ville, qui entendaient ces choses, furent troublés » (v. 8). Les magistrats se conduisirent plus dignement que ceux de Philippes : « Après avoir reçu caution de Jason et des autres, ils les relâchèrent » (v. 9).

L’assemblée des Thessaloniciens était formée ; nous la connaissons mieux par les deux épîtres que Paul leur adressa, que par le récit des Actes. Son séjour à Thessalonique fut court. Ayant laissé les frères dans la persécution qui avait commencé pendant qu’il était avec eux, il leur écrivit, peu après, sa première épître, pour les encourager et les enseigner au sujet de la venue du Seigneur. Nous y voyons la réalité de l’œuvre de Dieu en eux. Paul y parle de leur « œuvre de foi », de leur « travail d’amour » et de leur « patience d’espérance de notre Seigneur Jésus Christ ». Toute leur œuvre résultait de leur foi, leur travail de leur amour, et leur patience d’espérance était la même que celle du Seigneur, qui attend avec patience, assis à la droite de Dieu, le moment de venir chercher son Église, qui est son Épouse. Tout jeunes chrétiens qu’ils fussent, ils étaient devenus les imitateurs du Seigneur et des apôtres, et servaient de modèles aux croyants en Macédoine et dans l’Achaïe (lire 1 Thess. 1). On voit donc que de jeunes chrétiens peuvent être des témoins du Seigneur fidèles et dévoués, en recevant la parole de la prédication, qui est vraiment la parole de Dieu, et non celle des hommes (1 Thess. 2:13). Mais ils n’étaient pas au clair au sujet de la venue du Seigneur. Ils croyaient que ceux qui étaient délogés en seraient privés ; aussi l’apôtre les rassure en leur disant, au chapitre 4, que, lorsque le Seigneur viendra, il ressuscitera premièrement les morts en Christ ; puis il transmuera les vivants, et tous ensemble monteront à la rencontre du Seigneur en l’air, pour être toujours avec lui et revenir avec lui en gloire, lorsqu’il jugera les méchants et établira son règne.

La persécution sévissait si intensément que certains prédicateurs affirmaient qu’ils étaient dans le jour du jugement du Seigneur. C’est pourquoi l’apôtre leur adressa la seconde épître pour les rassurer en leur disant : (chap. 2) que ce jour ne peut avoir lieu avant l’arrivée de l’apostasie et la manifestation de l’Antichrist. Auparavant, le Seigneur vient chercher les siens (voir la première épître). L’apostasie, c’est le rejet complet du christianisme pour accepter la religion que présentera l’Antichrist. Au temps de Jean il débutait ; aujourd’hui il est près d’être consommé. Il commence par nier la pleine inspiration des Écritures, la divinité de Christ et d’autres vérités que l’on abaisse au niveau de l’intelligence humaine pour les expliquer par elle, ce qui aboutira au rejet complet même des formes chrétiennes, comme on le voit déjà en Russie. Aussi il importe de tenir ferme à l’inspiration entière de la Bible, et de croire non seulement à son inspiration, mais à tout ce qu’elle dit, puisque alors on croira à la divinité de Christ et à l’efficacité de sa mort pour le salut des pécheurs, son sang étant le seul moyen d’être purifié de nos péchés. « Le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché » (1 Jean 1:7).

 

18.2                      Ch. 17 v. 10-15 — Paul à Bérée

Ce n’était pas dans la pensée du Seigneur que Paul restât à Thessalonique ; ce qu’il voulait y accomplir était fait. Son prompt départ nous a valu les deux épîtres si importantes ; on voit que le Seigneur pensait à nous en permettant que Paul partît si tôt de cette ville. « Les frères envoyèrent Paul et Silas, de nuit, à Bérée, lesquels étant arrivés, entrèrent dans la synagogue des Juifs » (v. 10). La haine des Juifs de Thessalonique contre l’évangile ne découragea pas Paul et Silas. Fidèles au Seigneur, ils commencèrent de nouveau par les Juifs de Bérée. « Ceux-ci », est-il dit, « étaient plus nobles que ceux de Thessalonique ; et ils reçurent la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les Écritures pour voir si les choses étaient ainsi » (v. 11). C’est de la noblesse de ne pas rejeter la Parole par parti pris, mais de confronter par elle ce qu’on entend, afin de savoir si on peut le recevoir avec son autorité. L’apôtre ne pouvait pas se servir comme nous du Nouveau Testament pour prêcher l’Évangile ; il n’existait pas encore ; mais ce qui importait pour les Juifs, qui seuls possédaient les Écritures, c’était de savoir si ce qu’on leur présentait était conforme à leurs écritures. Depuis la mort de Christ, le Saint Esprit est descendu et a fait connaître aux apôtres tout ce que les Écritures disaient du Seigneur et de son œuvre. On est souvent étonné en voyant leur habileté à découvrir dans l’Ancien Testament ce qui concernait le Seigneur et les résultats de son œuvre. Déjà lorsque le Seigneur se trouva avec ses disciples après sa résurrection, il leur dit qu’il « fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les Psaumes, fussent accomplies. Alors il leur ouvrit l’intelligence pour entendre les Écritures » (Luc 24:44, 45).

Avec la droiture qui les caractérisait, « plusieurs » de ces Juifs crurent, « et des femmes grecques de qualité et des hommes aussi, en assez grand nombre ». On voit toujours ces hommes et femmes de qualité au nombre des croyants, preuve que de vrais besoins leur avaient fait rechercher la vérité telle qu’elle était dans le judaïsme et qu’ils étaient pleinement satisfaits lorsqu’on leur présentait Jésus.

De nouveau l’opposition de Satan apparaît ; mais comme il n’avait pas d’instruments à Bérée, il les fit venir de Thessalonique. « Quand les Juifs de Thessalonique surent que la parole de Dieu était aussi annoncée par Paul à Bérée, ils y vinrent aussi, agitant les foules » (v. 13). Comme toujours, au lieu de faire taire la voix de Dieu qui proclame le salut aux hommes, l’opposition de l’ennemi ne fait que répandre ailleurs cette bonne nouvelle, en envoyant les apôtres plus loin. « Les frères renvoyèrent aussitôt Paul, comme pour aller à la mer ; mais Silas et Timothée demeurèrent encore là. Et ceux qui conduisaient Paul le menèrent jusqu’à Athènes ; et après avoir reçu pour Silas et pour Timothée l’ordre de le rejoindre au plus tôt, ils partirent » (v. 14, 15). De Bérée à Athènes, il y a au moins trois cents kilomètres ; ce voyage dura donc quelque temps, en sorte que Silas et Timothée firent un assez long séjour à Bérée avant de rejoindre Paul, et ils purent se rendre utiles à cette nouvelle assemblée. Comme tant d’autres, elle n’est plus nommée. Rien de ce qui la concerne ne pouvait nous être utile, comme c’était le cas au contraire dans celles auxquelles Paul a adressé des lettres qui nous ont été conservées et font partie des Écritures.

 

18.3                      Ch. 17 v. 16-34 — Paul à Athènes

En attendant Silas et Timothée à Athènes, Paul ne perdait pas son temps. Cette ville, célèbre par les sciences et les arts, qui faisaient l’orgueil des Grecs, était plongée dans une profonde idolâtrie, malgré la sagesse dont ils se vantaient. Paul dit aux Corinthiens : « Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu » (1 Cor. 1:21). On ne peut connaître Dieu que par la foi en sa Parole. L’apôtre, rempli de Christ, la vraie sagesse, avait son esprit excité au dedans de lui en voyant cette ville remplie d’idoles. Avec les Juifs et ceux qui servaient Dieu, il discourait dans la synagogue. Là au moins, il trouvait la connaissance du vrai Dieu ; mais dans ce milieu il rencontrait aussi de l’opposition, comme nous l’avons vu partout dans son voyage, parce que Dieu s’était révélé en Christ pour leur faire grâce, mais ils n’en voulaient rien. Ils préféraient le Dieu qui s’était révélé à Moïse en Sinaï, et restaient sous la loi qu’ils ne pouvaient accomplir ; par conséquent, ils demeuraient sous la malédiction.

Tous les jours, Paul prêchait sur la place publique à ceux qui voulaient l’écouter. Il leur annonçait Jésus et la résurrection ; mais les philosophes épicuriens, matérialistes, qui recherchaient le bonheur et le plaisir, et les philosophes stoïciens qui, au contraire, bravaient la douleur pour atteindre ce qu’ils estimaient être vertueux, avec toute leur sagesse ne comprenaient rien à ce que Paul disait ; ils croyaient qu’il leur annonçait des divinités étrangères. Leur esprit ne pouvait sortir d’un cercle limité, où, en fait de religion, ils ne voyaient que des divinités dans ce qui dépassait leur raison. « Que veut dire ce discoureur ? » disent-ils. Et ils le conduisirent à l’Aréopage, lieu où siégeait le tribunal, en lui disant : « Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine dont tu parles ? car tu nous fais entendre certaines choses étranges ; nous voudrions savoir ce que veulent dire ces choses » (v. 19, 20). Ils ne désiraient pas connaître la vérité, mais apprendre quelque chose de nouveau, car, dit l’auteur du récit : « Tous les Athéniens et les étrangers séjournant à Athènes ne passaient leur temps à autre chose qu’à dire ou à ouïr quelque nouvelle » (v. 21). Rien n’était plus nouveau que ce que Paul prêchait ; mais la Parole de Dieu ne satisfait pas la curiosité ; elle s’adresse à la conscience et au cœur, ce que l’homme redoute. C’est pourquoi Félix, au chap. 24, dit à Paul : « Pour le présent va-t’en ; quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ».  Hélas ! ce moment ne s’est jamais présenté. Le moment convenable c’est aujourd’hui (Hébreux 3:7, 13, 15 ; 4:7).

Heureux de profiter de l’occasion qui lui était offerte pour exposer la vérité devant ces gens avides de nouveautés, mais non de vérité, Paul remarqua en passant, parmi les objets de leur culte, un autel dédié « Au dieu inconnu ».  En général, chez les peuples idolâtres, on a constaté qu’au milieu de leurs nombreuses divinités, il existe la croyance en un être, ou Esprit invisible, supérieur, comme le disait dernièrement un noir à un évangéliste : « Il y a bien un être invisible qui fait tout tourner ». De même que l’idée de Dieu se trouve chez tous les hommes, là où manque la foi au vrai Dieu. Même ceux qui professent ouvertement l’incrédulité ne peuvent se soustraire à l’idée qu’il existe un Dieu, car Dieu a créé l’homme dépendant de lui, en soufflant en lui une respiration de vie, ce qui n’a pas eu lieu pour la bête, et ainsi tous les hommes ont une conscience qui ne leur permet pas de se débarrasser de l’idée de Dieu, quoique, pendant un temps, elle puisse rester endormie.

On croit savoir que cet autel inconnu datait de l’époque où une épidémie persistait malgré les invocations faites à toutes les divinités ; un oracle aurait conseillé de dédier un autel au dieu inconnu pour faire cesser le fléau. Paul tira parti de ce fait pour présenter ce Dieu à eux inconnu, en contraste avec leurs idoles qui, au lieu de représenter Dieu, étaient une invention de Satan qui, par leur moyen, cachait un démon (voir 1 Cor. 10:19-21). Il leur dit : « Je vois qu’en toutes choses vous êtes voués au culte des démons... Celui donc que vous honorez sans le connaître, c’est celui que moi je vous annonce » (versets 22, 23).

Ce Dieu a fait le monde et toutes les choses qui y sont. Seigneur du ciel et de la terre, il n’habite pas dans des temples faits de main, comme les idoles. « Les cieux sont mon trône, et la terre le marchepied de mes pieds : quelle est la maison que vous me bâtirez, et quel est le lieu de mon repos ? Toutes ces choses, ma main les a faites, et toutes ces choses ont été, dit l’Éternel » (És. 66:1, 2). Il ne dépend de personne pour le servir, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie. Il a fait d’un seul sang toutes les races des hommes pour habiter sur la surface du globe. Si les hommes ont été répandus sur toute la terre, comme ils ont dû le faire lors de la dispersion des peuples à la tour de Babel, ce n’était pas pour demeurer indépendants de Dieu ; ils devaient le chercher et le reconnaître par le moyen de ses œuvres. « Depuis la fondation du monde, ce qui ne se peut voir de lui, savoir et sa puissance éternelle et sa divinité, se discerne par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites, de manière à les rendre inexcusables » (Romains 1:20). Au lieu de cela, les hommes se groupèrent en peuples d’après leur langage. Au lieu de chercher l’auteur de la création, leur Créateur, ils en eurent peur et se forgèrent des divinités, s’imaginant qu’elles les protégeraient ou leur accorderaient ce qui satisferait leurs goûts naturels dépravés. À la place du vrai Dieu qui élevait leur âme à lui, les hommes s’abaissèrent en se faisant des divinités qui leur étaient inférieures. « Ils ont changé la vérité de Dieu en mensonge, et ont honoré et servi la créature plutôt que celui qui l’a créée, qui est béni éternellement » (Romains 1:25). C’était l’œuvre du diable, que, depuis la chute, les hommes ont toujours été disposés à écouter ; derrière les idoles il a placé les démons. L’idolâtrie a commencé après Babel ; c’est alors que Dieu appela Abraham à sortir de son pays et de sa parenté, pour obtenir un peuple qui gardât la connaissance de lui-même. Or ce peuple se montra d’une même nature que les autres hommes, malgré tous les avantages que Dieu lui avait accordés, et lui aussi se voua à l’idolâtrie. Alors Dieu, au lieu d’en finir avec les hommes par les jugements, passa par-dessus ces temps de leur ignorance (v. 30) et leur présenta un Sauveur. Au lieu de le recevoir avec reconnaissance, ils consommèrent leur péché en le mettant à mort.

Mais Dieu le ressuscite, le couronne de gloire et d’honneur à sa droite, en lui disant : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepied de tes pieds » (Ps. 110:1 ; Héb. 1:13). En attendant, « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ; parce qu’il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (v. 30, 31). Si les Athéniens se repentaient, ils obtiendraient la grâce dont ils avaient besoin. Ils devaient profiter de ce temps qui ne durerait pas toujours. Dieu prend patience longtemps ; mais il doit agir envers le monde selon sa justice ; il ne peut laisser à jamais le mal suivre son cours et le péché impuni.

Il y a dans le ciel un homme, son Fils bien-aimé, qu’il a pris dans la mort où les hommes l’avaient placé et auquel il a confié le jugement qui s’exécutera sans miséricorde sur ceux qui n’auront pas obéi à l’ordre divin, non d’accomplir la loi, mais de se repentir. Par la bonté de Dieu ce temps dure encore, mais nous savons que nous sommes arrivés à ses dernières limites. Il faut en profiter, comme Paul le disait aux Athéniens, car on ne peut être sauvé sans repentance, sans reconnaître son état de perdition et de culpabilité devant Dieu, sans reconnaître, par conséquent, qu’on a mérité son juste jugement, enduré à notre place par le Seigneur Jésus, à la croix du Calvaire. Les hommes ignorent la preuve que le Seigneur Jésus jugera vivants et morts : à savoir que Dieu l’a placé dans la gloire après sa résurrection. Ils croyaient en avoir fini avec Jésus, l’avaient enseveli, avaient scellé la pierre qui fermait l’entrée du sépulcre, désirant qu’on n’en parlât plus. Mais Dieu le ressuscita, le glorifia à sa droite et l’établit juge des vivants et des morts. Il va apparaître « venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire » (Matthieu 24:30). En présence d’une vérité si solennelle, comment dormir tranquille et ne pas s’empresser d’obéir à l’ordre de Dieu de se repentir et de croire que le Juge qui va apparaître est aujourd’hui le Sauveur, qui ne met point dehors celui qui vient à lui ?

En entendant parler de la résurrection des morts, « les uns s’en moquaient et les autres disaient : Nous t’entendrons encore sur ce sujet » (v. 32). Paul leur laissait la responsabilité d’avoir entendu la vérité. « Quelques hommes se joignirent à lui et crurent, entre lesquels aussi était Denys, l’Aréopagite, et une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux. « Ces deux convertis avaient sans doute une importance toute particulière pour le Seigneur, puisqu’ils sont nommés. Le nombre des convertis ne fut pas grand dans ce milieu d’érudits, mais on peut penser qu’il s’accrut depuis. Il n’est jamais fait mention de l’assemblée à Athènes, mais il est évident qu’il y en a eu une, car l’apôtre ne se contentait pas d’annoncer le salut ; il apprenait à ceux qui avaient cru qu’ils étaient tous des membres du corps de Christ et formaient l’assemblée de Dieu sur la terre, vérité importante que le Seigneur lui avait révélée et que tous les chrétiens devraient reconnaître et réaliser aujourd’hui.

 

19                  Chapitre 18

19.1                      Ch. 18 v. 1-4 — Arrivée de Paul à Corinthe

Paul quitta Athènes pour se rendre à Corinthe, capitale de l’Achaïe, ville renommée pour ses richesses, son développement scientifique, mais aussi pour son immoralité. Si l’apôtre dit, dans sa première épître adressée à l’assemblée de cette ville, qu’il n’y a pas beaucoup de nobles ni de riches parmi eux (chap. 1:26), on voit qu’il doit les mettre en garde contre la sagesse humaine qu’ils introduisaient dans les choses de Dieu et les reprendre quant à l’immoralité à laquelle, sortis d’un tel milieu, ils étaient exposés. Paul arrive humblement ; sa grandeur résidait dans le service qu’il accomplissait, car il était un des hommes les plus honorés du Seigneur par les révélations qu’il avait reçues concernant l’assemblée, pour annoncer, parmi les nations, les richesses insondables du Christ (Éphésiens 3:8, 9). Mais ce qui est grand selon Dieu dans ce monde n’a pas d’apparence et les hommes ne l’estiment pas. Aussi nous le voyons arriver dans cette ville luxueuse comme un simple ouvrier. Il se rend chez Aquilas et Priscilla, un couple juif, fabricants de tentes comme lui. Quelles que fussent l’instruction et la position d’un jeune Juif, il apprenait toujours un métier manuel. Aquilas et Priscilla venaient d’arriver de Rome, d’où on les avait expulsés, comme tous les Juifs, par ordre de l’empereur Claude. Paul travaillait de ses mains pour suffire à ses besoins, non seulement à Corinthe, mais aussi ailleurs. Il dit aux anciens d’Éphèse, lorsqu’il leur fit ses adieux : « Vous savez vous-mêmes que ces mains ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi. Je vous ai montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi il nous faut secourir les faibles, et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir » (chap. 20:34, 35). Dans les lieux où il arrivait pour la première fois, il n’y avait pas de chrétiens, pas d’assemblée pour lui venir en aide ; même à Corinthe, lorsque l’assemblée fut formée, il ne voulut rien recevoir des frères, estimant prudent de demeurer indépendant, afin de leur être plus utile selon le Seigneur. Modèle de chrétien et de serviteur de Dieu en toutes choses, l’apôtre cherchait toujours les intérêts d’autrui en s’oubliant lui-même. Il suivait de près son divin Maître. Il travaillait de ses mains et « Chaque sabbat, il discourait dans la synagogue et persuadait Juifs et Grecs », les Juifs en leur prouvant que Jésus était le Christ annoncé dans les Écritures, les Grecs, en leur montrant que le vrai Dieu, en contraste avec leurs idoles, avait donné son Fils, mort sur la croix pour les sauver.

 

19.2                      Ch. 18 v. 5-17 — Travail de Paul à Corinthe

Pendant son séjour à Athènes, Paul avait envoyé Silas et Timothée à Thessalonique pour encourager et fortifier les croyants de cette ville, toujours exposés à la persécution depuis qu’il les avait quittés (voir 1 Thessaloniciens 3:1-5). À leur retour ils trouvèrent Paul à Corinthe « étreint par la parole, rendant témoignage aux Juifs que Jésus était le Christ » (v. 5). La Parole de Dieu exerçait sur Paul son autorité divine ; il en était pénétré comme seul moyen par lequel il pouvait persuader les Juifs de la vérité qu’ils repoussaient. En elle réside la puissance par laquelle Dieu accomplit son œuvre dans les cœurs. C’est pourquoi Paul écrivait à Timothée : « Prêche la parole, insiste en temps et hors de temps, convaincs, reprends, exhorte, avec toute longanimité et doctrine » (2 Timothée 4:2-4). De beaux discours religieux, attrayants, impressionnants, peuvent émouvoir les sens, mais n’agissent pas sur la conscience ; « ils chatouillent les oreilles », dit l’apôtre, et demeurent sans effet, tandis qu’une parole de Dieu, appliquée par le Saint Esprit, travaille la conscience, amène devant Dieu et produit le besoin du Sauveur qu’elle présente.

Les Juifs s’opposaient et blasphémaient (v. 6). Alors Paul, « secoua ses vêtements et leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations ».  Il agissait selon la parole de l’Éternel à Ézéchiel (chap. 3:19) : « Si tu avertis le méchant, et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté ni de sa méchante voie, il mourra, lui, dans son iniquité ; mais toi, tu as délivré ton âme ». Maintenant que, après ses avertissements, ils refusaient positivement d’écouter, Paul les laissait pour annoncer Jésus aux nations, d’après un passage d’Ésaïe 49:6, qu’il a déjà cité aux Juifs à Antioche de Pisidie (chap. 13:47), s’appropriant ce qui est dit du Seigneur dans ce prophète : « Je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre ».  C’est ce que dit l’Éternel en réponse à la plainte qu’Israël n’a rien voulu du ministère du Seigneur. Ces Juifs portaient une double responsabilité : après avoir rejeté leur Messie en disant : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants », ils rejetaient le salut offert en son nom ; leur sang reposait sur leur tête ; s’ils étaient perdus, il y allait de leur propre faute, comme pour tous ceux qui ne croient pas au Seigneur Jésus comme leur Sauveur. « Il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés », ainsi que Pierre le dit aux Juifs de Jérusalem (chap. 4:12).

Paul « entra dans la maison d’un nommé Juste qui servait Dieu, et dont la maison tenait à la synagogue ».  Il semble qu’il avait quitté la demeure d’Aquilas et de Priscilla. Cependant « Crispus, le chef de la synagogue, crut au Seigneur avec toute sa maison ; et plusieurs des Corinthiens l’ayant ouï, crurent et furent baptisés ».

Au cœur de cette grande ville et devant l’opposition des Juifs, Paul pouvait estimer inutile de rester plus longtemps, car, dans ce milieu d’érudits, les hommes n’étaient guère accessibles à l’évangile. Aussi se sentait-il parmi eux « dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement » (1 Cor. 2:3). C’est pourquoi le Seigneur lui dit dans un songe : « Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville » (v. 9, 10). Le Seigneur voyait là tous ceux qui devaient être sauvés et il encourage son serviteur à parler, malgré l’animosité des amateurs de la sagesse humaine, si opposée à la foi. Aussi demeura-t-il à Corinthe un an et demi, enseignant la parole de Dieu.

Dans 1 Cor. 1, nous voyons comment il prêchait la Parole. Homme instruit, il aurait pu présenter la vérité avec la sagesse humaine ; mais, comme nous l’avons déjà vu, c’est la Parole de Dieu qui seule opère dans un cœur pour l’amener à Dieu. Il aurait pu parler de Jésus comme d’un homme puissant, bon pour son prochain, victime de la haine de ses compatriotes qui repoussaient sa doctrine, le fondateur de cette religion chrétienne qui enseigne à aimer tous les hommes, à être bons envers tous, et ainsi de suite. C’est ainsi que beaucoup prêchent Christ aujourd’hui. Mais ce n’est pas ainsi que Paul le présentait. Il dit : « Je ne suis pas allé avec excellence de parole ou de sagesse, en vous annonçant le témoignage de Dieu ; car je n’ai pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » (1 Cor. 2:1, 2). Cela ne veut pas dire, comme on allègue souvent pour excuser son ignorance des vérités de la Parole, que l’on n’a pas besoin de savoir autre chose que ce qui concerne la mort du Seigneur. Les deux épîtres aux Corinthiens montrent que l’apôtre enseigna beaucoup d’autres vérités aux croyants. Mais, s’il s’agit de présenter Christ à des inconvertis, et surtout à des gens confiants dans leur sagesse philosophique ou dans leur propre justice, il faut leur présenter la croix de Christ, où l’homme en Adam a pris fin avec toute sa sagesse humaine, ses prétentions, sa propre justice et ses péchés. Le pécheur est un condamné à mort depuis l’entrée du péché dans le monde ; après la mort vient le jugement. Ne faut-il donc pas commencer par lui parler de Jésus, venu dans ce monde pour subir, sur la croix, à la place du coupable, le jugement qu’il avait mérité ? À quoi sert de présenter toutes les vertus et les qualités du Seigneur, lorsqu’il était sur la terre, si l’on ne croit pas qu’il a dû mourir pour sauver le pécheur ? Car, si le Seigneur était monté au ciel sans mourir, toute sa marche parfaite et admirable n’aurait pas expié un seul péché. « Sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission ».

Lorsque les Corinthiens eurent accepté Jésus comme leur Sauveur, Paul leur révéla d’autres vérités, les richesses insondables du Christ. Il leur dit entre autres : « Vous êtes de lui (de Dieu) dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice, et sainteté, et rédemption, afin que, comme il est écrit, celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (1 Cor. 1:30, 31), et non plus dans un homme, si sage soit-il selon la chair, puisqu’il a pris fin à la croix, dans la mort de Christ.

L’assemblée de Corinthe devait être fort nombreuse, mais elle donna beaucoup de souci à l’apôtre. Il eut à lutter contre les tendances naturelles qui portaient les frères à agir en hommes charnels à tous égards (voir les premiers versets de 1 Cor. 3).

Comme partout, l’ennemi voyant le travail de Dieu s’opérer dans son domaine ténébreux, se servit de nouveau des Juifs pour s’élever contre Paul, mais en vain, car il était sous la protection du Seigneur qui lui avait dit : « Parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi ». Ils l’accusent devant le tribunal en ces termes : « Cet homme persuade aux hommes de servir Dieu contrairement à la loi » (v. 12, 13). Gallion, proconsul d’Achaïe, magistrat très en faveur à la cour de Rome, auquel on rend le témoignage d’un esprit doux et pacifique, vit qu’il ne s’agissait pas d’actes délictueux, mais de questions touchant la loi des Juifs. Il leur enjoignit donc de régler eux-mêmes les griefs dont ils accusaient Paul et refusa d’intervenir, puis il les expulsa du tribunal. Là-dessus les Juifs, furieux d’être déboutés, saisirent Sosthène, le chef de la synagogue, et le battirent, sans que Gallion s’en mît en peine. On peut espérer que Sosthène se convertit. Peut-être est-ce lui que Paul s’adjoignit pour écrire sa première épître aux Corinthiens.

Après avoir pris congé des frères, Paul partit pour la Syrie, en passant par Cenchrée, port de Corinthe, où se trouvait une assemblée dont une sœur, nommée Phœbé, était servante (Romains 16:1). Il se fit raser la tête, parce qu’il avait fait un vœu, pour se conformer à une coutume juive, mais nous n’en savons rien de plus. Puis il partit par mer, accompagné de Priscilla et d’Aquilas qu’il laissa à Éphèse, où il discourut avec les Juifs dans la synagogue (v. 18, 19). Il y eut des conversions, car les frères le prièrent de demeurer plus longtemps avec eux, mais il n’y consentit pas, disant : « Il faut absolument que je célèbre la fête prochaine à Jérusalem ; je reviendrai vers vous, si Dieu le veut » (v. 20, 21). C’est en effet, ce que Dieu permit, comme nous le verrons au chapitre suivant. Il partit d’Éphèse par mer, aborda à Césarée où il salua l’assemblée, puis se rendit à Jérusalem où il désirait tant aller ; mais la Parole reste muette sur ce séjour. Ensuite il continua son voyage sur Antioche.

La visite à Jérusalem n’entrait pas dans l’itinéraire que l’Esprit de Dieu traçait à Paul. Il avait sans doute de bonnes raisons pour s’y rendre nous savons combien il était attaché à son peuple selon la chair ; mais ce qu’il faisait là restait en dehors de son service auprès des nations.

 

19.3                      Ch. 18 v. 22, 23 — Troisième voyage de Paul

Après un séjour à Antioche, Paul se remit en route, traversa la Galatie et la Phrygie où les assemblées avaient été formées lors de ses précédents voyages, et il fortifia « tous les disciples » (v. 23). Pendant ce temps, il vint à Éphèse un Juif nommé Apollos, originaire d’Alexandrie, en Égypte, où se trouvaient beaucoup de Juifs. Homme éloquent et puissant dans les Écritures, instruit dans la voie du Seigneur, Apollos, chose étrange, ne connaissait que le baptême de Jean. Il parlait de ce qui concernait le Seigneur dans les Écritures de l’Ancien Testament : « Il enseignait diligemment les choses qui concernaient Jésus ».  Le Seigneur étant l’aliment du nouvel homme, par lequel la vie divine peut se développer, il édifiait les croyants et parlait hardiment aux Juifs, comme il le faisait à Éphèse. Parmi ses auditeurs se trouvaient Aquilas et Priscilla. Ils comprirent bien vite ce qui manquait à Apollos, et « ils le prirent et lui expliquèrent plus exactement la voie de Dieu ».  Il manquait à ce serviteur la connaissance de Christ ressuscité et glorifié et des résultats de sa mort, tels que Paul en avait reçu la merveilleuse révélation en rapport avec l’Église. Ayant profité de ces enseignements, il se proposa d’aller en Achaïe. Les frères d’Éphèse écrivirent aux disciples de cette contrée, pour les exhorter à le recevoir. Lorsqu’il fut arrivé, « il contribua beaucoup par la grâce à l’avancement de ceux qui avaient cru ; car il réfutait publiquement les Juifs avec une grande force, démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ » (v. 27, 28).

On voit en Apollos un serviteur formé par l’Esprit Saint qui distribue des dons à chacun, « comme il lui plaît » (1 Corinthiens 12:11). Il est conduit par le Seigneur qui l’envoie où il le trouve bon. C’est avec lui seul qu’il a à faire. En 1 Corinthiens 16:12, on voit que Paul aurait voulu qu’il allât chez les Corinthiens, mais il ne trouvait pas le moment convenable ; il recevait les directions nécessaires du Seigneur, non d’un apôtre. Les serviteurs de Dieu dépendent de lui seul, non des hommes, ni des assemblées ; mais ils doivent se laisser conduire par le Seigneur pour annoncer l’Évangile et servir les frères et les assemblées. Paul avait sous sa dépendance des serviteurs tels que Timothée et Tite, qu’il envoyait où il le trouvait bon ; cela se pouvait alors parce que Paul était apôtre, doté d’une autorité qui n’existe plus ; mais il n’en usait pas envers d’autres serviteurs. Il chargea aussi Tychique de porter ses épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens, et, plus tard, lui enjoignit de se rendre à Éphèse et en Crète.

 

20                  Chapitre 19

Paul leur dit : « Jean a baptisé du baptême de la repentance, disant au peuple qu’ils crussent en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus » (v. 4). Le baptême de Jean était en rapport avec un Christ vivant qui devait venir pour établir son règne glorieux. Pour y participer il fallait se repentir et abandonner sa mauvaise voie ; c’est pourquoi Paul l’appelle le baptême de la repentance.

Mais ce Christ qui venait après Jean a été rejeté ; son royaume en gloire n’a pu s’établir. Jésus est mort ; il a accompli ainsi l’œuvre de la rédemption. Au lieu du royaume glorieux, l’évangile de la grâce proclame le salut des pécheurs. Ceux qui le reçoivent font partie de l’Église dont les bénédictions sont spirituelles et célestes. Or comme c’est par la mort du Seigneur que le croyant est sauvé et fait partie de la maison de Dieu, le nouveau témoignage qui a remplacé Israël, le signe de l’introduction dans ce nouvel ordre de choses est le baptême chrétien qui rattache à un Christ mort ; on est baptisé pour Christ pour sa mort (Romains 6:3), pour réaliser la mort à tout ce qui caractérise le monde et le vieil homme, en suivant le Seigneur dans le chemin qu’il nous a ouvert au travers du monde qui l’a rejeté.

Au temps des apôtres, après le baptême, on recevait le Saint Esprit. « Ayant ouï ces choses, ils furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus ; et, Paul leur ayant imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux, et ils parlèrent en langues et prophétisèrent » (v. 5, 6). Aujourd’hui, les effets de la puissance du Saint Esprit ne se manifestent pas par des dons miraculeux. Mais le Saint Esprit que l’on reçoit après avoir cru aujourd’hui comme alors, accomplit tout ce que le Seigneur a dit de lui dans l’évangile de Jean, en faveur des chrétiens, où il le présente comme le Consolateur qui demeure avec eux pour leur rappeler les choses que Jésus avait dites ici-bas, les conduire dans toute la vérité, leur annoncer ce qui va arriver, prendre ce qui est au Seigneur pour le leur communiquer (voir Jean 14:15-20, 26 ; 15:26 ; 16:12-15), en un mot, faire valoir la Parole dans les cœurs, opérer l’œuvre de Dieu dans les croyants et dans l’Assemblée que le Seigneur nourrit et chérit par ce moyen. L’Assemblée, au commencement, n’était pas nourrie et consolée par les dons miraculeux, mais bien par la Parole de Dieu que le Saint Esprit faisait valoir. Chez le croyant, le Saint Esprit est aussi le sceau par lequel Dieu le reconnaît comme son enfant. On ne peut dire à Dieu Père, sans avoir le Saint Esprit (Romains 8:15, 16).

 

20.1                      Ch. 19 v. 8-22 — Travail de Paul à Éphèse

Paul entra dans la synagogue à Éphèse et, pendant trois mois, il discourut avec les Juifs, « les persuadant des choses du royaume de Dieu » (v. 8). Mais, comme toujours, l’opposition surgit de la part des Juifs. Paul se retira d’avec eux, mit à part ceux qui avaient cru, et présenta la Parole tous les jours pendant deux ans dans l’école de Tyrannus, personnage dont il n’est rien dit de plus ; « de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie ouïrent la parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs » (v. 5, 9, 13). Le terme Asie désignait seulement la contrée dont Éphèse était la capitale.

Dans cette ville, où l’opposition se manifestait très forte de la part des Juifs, au milieu des ténèbres de l’idolâtrie, Dieu opérait des miracles extraordinaires par les mains de Paul. Il montrait ainsi que la puissance était à lui et non dans la magie qui se pratiquait largement à Éphèse. « De sorte que même on portait de dessus son corps des mouchoirs et des tabliers sur les infirmes ; et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient » (v. 11, 12). Ainsi la puissance miraculeuse ouvrait le chemin à l’évangile, mais c’était la Parole de Dieu qui, en pénétrant dans les cœurs et les consciences, accomplissait l’œuvre divine.

Il y avait à Éphèse des Juifs exorcistes, personnages qui prétendaient chasser les démons. Voyant, sans doute, que Paul réussissait mieux qu’eux, ils voulurent se servir du nom de Jésus pour obtenir plus de succès et disaient : « Je vous adjure par Jésus que Paul prêche » (v. 13). Mais le nom de Jésus ne se prête pas à l’homme trompeur pour lui donner de l’importance ; aussi ceux qui voulurent s’en servir à cette fin, en firent l’humiliante expérience. Un des principaux sacrificateurs juifs, nommé Scéva, avait sept fils qui prétendaient se servir du nom de Jésus pour chasser un démon. « Mais l’esprit malin, répondant, leur dit : Je connais Jésus et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? » Et l’homme en qui était l’esprit malin s’élança sur eux et ils s’enfuirent nus et blessés (v. 14-16). Les démons connaissaient Jésus mieux que les hommes. En Matthieu 8:29, ils lui disent : « Es-tu venu ici avant le temps pour nous tourmenter ? » Ils savent qu’il est leur juge. En Marc 5:7, l’un d’eux lui dit aussi : « Je t’adjure par Dieu, ne me tourmente pas ». De même, en Luc 8:28 ; Jacques dit au chap. 2 de son épître : « Tu crois que Dieu est un ; tu fais bien : les démons aussi croient et ils frissonnent ». Ils ont péché ; il n’y a pas de pardon pour eux, et ils savent que le jour de leur jugement par le Seigneur arrivera certainement.

On voit aussi, dans cette confession des démons, la preuve de la divinité de Jésus. Ils le reconnaissent comme celui envers qui ils ont péché et, malgré l’humanité qu’il a revêtue, ils voient en lui le Dieu qui les jugera, ce dont ils frissonnent, tandis que l’homme, une créature qui leur est inférieure et aussi coupable, auquel Dieu offre son pardon, refuse de croire en Jésus et à sa divinité, lui qui se présente à tous comme Sauveur, en attendant d’être le juge de ceux qui n’auront pas voulu croire.

Ce récit montre également la supériorité des démons, comme créatures, sur l’homme. L’un d’eux mit en fuite les sept fils de Scéva, nus et blessés : leur véritable état naturel fut manifesté et ils portaient des blessures, conséquences de leurs prétentions. Ces anges de Satan sont appelés en Éphésiens 6:12, des principautés, des autorités, des dominateurs de ces ténèbres, une « puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes ». Ce sont donc des êtres redoutables, mais qui ne peuvent rien faire au chrétien revêtu de l’armure complète de Christ, c’est-à-dire, s’il présente dans sa marche les caractères de Christ en obéissant comme il a obéi. C’est ainsi que le Seigneur vainquit Satan lors de la tentation au désert. Les hommes qui comparaîtront devant le grand trône blanc avec tous leurs péchés, en sortiront nus : leur état de péché sera pleinement dévoilé à la lumière éclatante du trône, malgré la bonne opinion qu’ils auront pu avoir de leur religion, de leur honnêteté. Ils n’en sortiront pas blessés, mais destinés à porter éternellement les conséquences de leurs péchés, pour n’avoir pas cru au Seigneur Jésus comme leur Sauveur. Pour n’être pas trouvé nu au jour du jugement, il faut être revêtu de Christ.

Cette action du démon sur les fils de Scéva, « vint à la connaissance de tous ceux qui demeuraient à Éphèse, Juifs et Grecs ; et ils furent tous saisis de crainte, et le nom du Seigneur Jésus était magnifié » (v. 17), ce nom qui n’avait aucune apparence au milieu des hommes, puisque Paul présentait Jésus comme mort sur la croix, expression de la faiblesse humaine, mais sorti de la mort en vainqueur de Satan et de ses anges. Mais en ce nom Dieu offrait le salut. Aussi, les effets de sa puissance en grâce se manifestèrent. « Plusieurs de ceux qui avaient cru, venaient, confessant et déclarant ce qu’ils avaient fait ».

Lorsqu’on s’est vu dans la présence de Dieu, où ce que nous sommes et ce que nous avons fait a été manifesté dans sa pleine lumière, on ne craint pas de le dire en public. C’est là la vraie droiture dont parle David après avoir confessé ses fautes devant Dieu : « Jetez des cris de joie, vous tous qui êtes droits de cœur » (Ps. 32:11). Et : « Bienheureux l’homme... dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! » (v. 1, 2). L’esprit sans fraude ne cache rien à Dieu, ne se justifie pas lui-même ; c’est à quoi il faut arriver pour obtenir le pardon. Dieu ne peut pardonner des péchés que l’on cache, ni des pécheurs qui croient ne pas avoir fait beaucoup de mal. Si un bienfaiteur veut payer les dettes d’un homme ruiné, il faut premièrement qu’il sache de la bouche de cet homme quel est le montant de ses dettes. Une fois ses dettes payées, celui-ci ne craindra pas de dire à d’autres combien elles étaient grandes, afin de faire ressortir la grâce et la bonté de l’ami qui les lui a acquittées. Il en ira de même pour tout croyant, comme pour les Éphésiens et pour la Samaritaine qui alla dire à ses concitoyens : « Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait », parce qu’elle s’était vue dans la présence de Dieu auquel rien n’est caché.

Il y avait aussi parmi les convertis d’Éphèse plusieurs qui « s’étaient adonnés à des pratiques curieuses », soit les sciences occultes et la magie. Les livres qui les initiaient aux secrets de ces manifestations, admirées des gens superstitieux et qui n’avaient de vrai que d’être diaboliques, ils les brûlèrent devant tous, afin que personne ne pût les utiliser, démontrant ainsi l’erreur et la folie de leurs pratiques. Ils ne s’arrêtèrent pas à la valeur matérielle de ces ouvrages, qui s’élevait à cinquante mille pièces d’argent, dont ils faisaient la perte avec joie pour le Seigneur. « C’est avec une telle puissance que la parole du Seigneur croissait et montrait sa force » (v. 20), cette parole par laquelle Dieu créa les cieux et la terre (Ps. 33:6 ; 2 Pierre 3:5). Employée pour la conversion des pécheurs, elle produit, dans la conscience et le cœur, les effets merveilleux qui prouvent la réalité de son œuvre en ceux qui croient, une œuvre cachée, dont la réalité se montre par des actes, appelés des œuvres de foi, comme on le voyait chez les Thessaloniciens ; la réalité de la vie divine se manifestait en eux par leur « œuvre de foi » et leur « travail d’amour » (1 Thess. 1:3).

Nous connaissons la bonne marche de l’assemblée d’Éphèse par l’épître que Paul lui adressa quelque quinze ans plus tard, lorsqu’il était prisonnier à Rome. Il n’a point d’observations à leur faire, comme à la plupart des autres assemblées auxquelles il s’adressait. C’est pourquoi il pouvait leur exposer ce qui nous est si profitable maintenant, la position céleste de l’Église et des croyants, selon les conseils de Dieu.

Après ces manifestations de la puissance de la Parole à Éphèse, Paul se proposa de passer par la Macédoine et l’Achaïe, pour aller de là à Jérusalem, et ensuite à Rome. Il n’y arriva que prisonnier. Il aurait dû s’y rendre sans passer par Jérusalem, car c’est dans cette ville que les Juifs le prirent et le remirent entre les mains des Romains, comme nous le verrons dans les chapitres 21 à 24 ; mais le Seigneur le permit ainsi.

Paul resta encore quelque temps à Éphèse, après avoir envoyé Timothée et Eraste à Corinthe, car il était très préoccupé de l’état de cette assemblée, comme nous le voyons dans les deux lettres qu’il leur adressa. C’est à ce moment qu’il leur écrivit sa première épître, que Tite leur porta. Pendant le reste de son séjour à Éphèse, il traversa la terrible émeute suscitée par Démétrius.

 

20.2                      Ch. 19 v. 23-41 — Grand tumulte à Éphèse

Il ne semble pas qu’il y ait eu de grandes persécutions durant le séjour de Paul à Éphèse. Mais l’ennemi, que la puissance de Dieu avait bridé jusque-là, suscita des troubles avant son départ. Il existait à Éphèse un temple dédié à la déesse Diane. Plus anciennement ce temple, merveilleux en beauté et en richesse, passait pour une des sept merveilles du monde ; mais il fut détruit par un incendie. Celui qui fut rebâti, quoique de moindre importance, était cependant célèbre à cause de la grande Diane, que le secrétaire de la ville appelle « l’image tombée du ciel » (v. 35). En souvenir du temple détruit et pour maintenir au milieu du peuple le prestige de la déesse, un certain Démétrius fabriquait de petits temples en argent, dont la vente lui procurait un grand gain, ainsi qu’à tous les artisans qu’il occupait à cela. Mais comme les chrétiens n’en achetaient plus, Démétrius assembla ceux qui travaillaient à cette industrie, leur exposa que leur bien-être venait de ce travail, et qu’il y avait du danger pour eux que cette industrie ne tombât en discrédit. Pour produire plus d’effet encore sur ses auditeurs, il ajouta que si Paul continuait à parler contre l’idolâtrie, on risquait de voir le discrédit tomber sur le temple, si bien que l’idole, universellement révérée, serait anéantie.

C’est par la religion de la chair que Satan a le plus de prise sur le cœur humain pour s’opposer à Dieu. Démétrius leur dit : « Vous voyez et apprenez que non seulement à Éphèse, mais presque par toute l’Asie, ce Paul, usant de persuasion, a détourné une grande foule, disant que ceux-là ne sont pas des dieux, qui sont faits de main » (v. 26, 27). Tout en résistant à la vérité que Paul prêchait, Démétrius avait éprouvé, dans ce qu’il appelle la persuasion dont Paul usait, la puissance de sa prédication. Ce n’était rien moins que la « puissance de Dieu en salut à quiconque croit » (Romains 1:16) qui détournait ces hommes des tromperies du diable. « Quand ils eurent entendu ces choses, ils furent remplis de colère, et s’écriaient, disant : Grande est la Diane des Éphésiens ! Et toute la ville fut remplie de confusion ; et, d’un commun accord, ils se précipitèrent dans le théâtre » (v. 28, 29), sans doute pour agir plus fortement sur les foules. Ils entraînèrent avec eux deux compagnons de Paul, Gaïus et Aristarque. L’apôtre voulait aussi y entrer, mais les disciples s’y opposèrent, ainsi que quelques Asiarques, magistrats qui présidaient aux cérémonies religieuses et aux jeux publics et qui étaient des amis de Paul. On ne sait s’ils furent convertis ; mais d’après ces paroles ils étaient favorables à l’apôtre, sans être au nombre des disciples. Le Seigneur se sert de qui il veut pour protéger les siens ; il savait que Paul n’aurait aucune influence sur cette foule et qu’il courrait un danger inutile. Un Juif, nommé Alexandre, voulut présenter une apologie au peuple ; mais lorsqu’on le reconnut comme Juif, les émeutiers crièrent pendant deux heures : « Grande est la Diane des Éphésiens ! » Malgré le prestige qu’exerçait sur les hommes cette idole renommée, elle était impuissante à se protéger, puisqu’il fallait crier si longtemps qu’elle était grande. Il ne paraît pas que cet Alexandre fût un disciple ; il voulait faire connaître, sans doute, que les Juifs étaient d’accord avec Démétrius contre Paul ; mais il échoua, car les Juifs n’étaient pas aimés des Grecs.

Le secrétaire de la ville intervint pour apaiser la foule. « Hommes éphésiens », dit-il, « qui est donc l’homme qui ne sache pas que la ville des Éphésiens est consacrée à la garde du temple de la grande Diane, et à l’image tombée du ciel ? » (v. 35). Selon lui, un tumulte pareil risquait de faire accuser la ville de sédition, car il n’y avait aucun motif pour justifier les troubles. « Vous avez amené ces hommes », leur dit-il, « qui ne sont ni des voleurs sacrilèges, ni des blasphémateurs de votre déesse. Si donc Démétrius et les artisans qui sont avec lui ont quelque affaire contre quelqu’un, les tribunaux sont ouverts, et il y a des proconsuls ; qu’ils s’accusent les uns les autres. Et si vous avez une réclamation à faire sur d’autres sujets, on en décidera dans l’assemblée légale » (v. 37-39). Après avoir prononcé ces paroles de bon sens, il congédia l’assemblée. Grâce à ce discours, nous voyons avec quelle sagesse Paul et ses compagnons avaient prêché l’Évangile au milieu des païens d’Éphèse. Ils n’étaient pas des voleurs sacrilèges, c’est-à-dire des gens qui se fussent emparés de choses que la population tenait pour sacrées, ni des blasphémateurs de leur déesse. Ils avaient présenté la Parole de Dieu qui suffisait pour démontrer le néant de l’idolâtrie, sans avoir besoin de dénigrer l’idole, sacrée à leurs yeux. Il y a là un enseignement important à retenir quand on doit présenter l’Évangile au monde, surtout vis-à-vis d’une religion sincèrement respectée. Ce n’est pas en en disant du mal qu’on fera accepter la vérité ; il faut simplement présenter la Parole de Dieu. Elle fera son chemin dans les cœurs en y apportant la lumière nécessaire ; elle manifestera l’erreur mieux que si l’on montre du mépris pour ce qui passe pour sacré. Paul écrivait à Timothée : « Prêche la parole ». C’est la seule véritable arme offensive dont il faut se servir, pour que le Seigneur accomplisse son œuvre. Par elle Dieu a créé l’univers ; par elle le croyant est délivré du pouvoir des ténèbres et transporté dans le royaume du Fils de son amour (2 Pierre 3:5 ; Hébreux 1:3 ; Colossiens 1:13).

 

21                  Chapitre 20

21.1                      Ch. 20 v. 1-6 — Paul quitte Éphèse

Lorsque le tumulte d’Éphèse eut cessé, Paul fit venir les disciples et après les avoir embrassés, partit pour la Macédoine. De ce qu’il fit dans ce pays, où il y avait plusieurs assemblées, entre autres à Philippes, à Thessalonique et à Bérée, il est dit simplement au v. 2 : « Et ayant traversé ces quartiers-là, et ayant beaucoup exhorté les disciples, il vint en Grèce ». Mais nous connaissons un détail de ce voyage par ce qu’il dit en 2 Corinthiens 2:12, 13. Pour aller d’Éphèse en Macédoine, Paul passa par la Troade où il pensait trouver Tite qu’il avait envoyé d’Éphèse pour porter aux Corinthiens sa première épître. Comme il avait écrit sévèrement, quoique dans l’amour, il était anxieux de savoir quel effet elle avait produit. Tite étant déjà parti, quoiqu’une porte lui fût ouverte pour annoncer l’Évangile, Paul ne put rester en Troade et continua son voyage vers la Macédoine où il le trouva (2 Corinthiens 7:13). Rassuré sur l’état des Corinthiens, il leur écrivit de là sa seconde épître, où il les exhorte, entre autres, à préparer des secours destinés aux disciples de la Judée, dont il leur avait déjà parlé dans 1 Cor. 16:1-3 (voir encore 2 Corinthiens 8 et 9 et Romains 15:25 et 27, épître que Paul écrivit aussi pendant ce voyage).

Arrivé en Grèce, il y séjourna trois mois, durant lesquels il put revoir l’assemblée de Corinthe, et songeait à se rendre par mer en Syrie pour aller à Jérusalem. Mais il apprit que les Juifs lui avaient dressé des embûches, espérant, sans doute, le faire mourir, et décida de passer par la Macédoine, chemin beaucoup plus long, mais qui nous valut les précieux enseignements que nous donne ce chapitre sur sa visite en Troade et les exhortations qu’il fit aux anciens d’Éphèse, qu’il vit à Milet. Dieu dirige ses serviteurs pour accomplir sa volonté. Il se servit des mauvaises intentions des Juifs de l’Achaïe pour que sa Parole contînt des enseignements qui nous sont si utiles.

Tous les compagnons de Paul se dirigèrent avec lui vers la Macédoine. Un frère de Bérée, nommé Sopater, l’accompagna jusqu’en Asie, où se trouvait Éphèse, tandis que d’autres frères de Thessalonique, Aristarque, Second et Gaîus, puis le fidèle Timothée avec Tychique et Trophime, prirent les devants et l’attendirent en Troade, avec ceux qui l’accompagnaient. D’après le verset 6, ceux-ci s’étaient arrêtés à Philippes, d’où ils partirent par mer après les jours des pains sans levain.

 

21.2                      Ch. 20 v. 7-12 — Un dimanche en Troade

La veille du départ de Paul, le premier jour de la semaine, l’assemblée était réunie pour rompre le pain. Cette mention, très précieuse et importante, confirme que le jour du Seigneur, le dimanche, est bien le jour choisi pour se souvenir de sa mort, puisque c’est ce jour-là qu’il ressuscita. On ne rompait pas le pain à l’occasion de la visite de l’apôtre ; car on lit : « Et le premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain... », indication d’une habitude, suivie sans doute ailleurs, car les saints étaient conduits partout par le même Esprit. Le jour du sabbat ne peut se célébrer dans le christianisme, puisque le Seigneur le passa tout entier dans le tombeau, sa mort ayant mis fin à l’état de choses légal auquel appartenait le sabbat. Le jour mis à part pour le Seigneur est le premier de la semaine, déjà spécifié par sa résurrection, en Jean 20:19, et de nouveau mentionné huit jours après, quand les disciples étaient encore réunis (v. 26). Ils ne prenaient pas la cène ces dimanches-là, puisque le Seigneur était encore avec eux ; mais c’était le jour du Seigneur, ce qui est confirmé en Apocalypse 1:10 où Jean dit : « Je fus en Esprit, dans la journée dominicale » (ou seigneuriale, qui appartient au Seigneur, mise à part pour lui).

La présence de Paul, qui devait partir le lendemain, donnait un cachet particulier à cette réunion. Il profita de l’occasion pour faire un discours qui se prolongea jusqu’à minuit. Les premiers chrétiens rompaient le pain le soir et faisaient en même temps un repas, parce que le Seigneur avait institué la cène le soir après le repas de la Pâque. Il y avait beaucoup de lampes dans la salle à cause de la nombreuse assistance. Un jeune homme nommé Eutyche, assis sur la fenêtre, s’endormit profondément, parce que Paul prêchait très longuement, tomba, et fut relevé comme mort. Il nous semble que, si Paul nous tenait un discours, personne au milieu de nous ne dormirait ; mais ce n’est pas certain, car nous avons souvent l’occasion d’entendre cet apôtre dans nos réunions, lorsqu’on lit dans ses épîtres et que l’on en parle, ce qui n’empêche pas toujours de s’assoupir. Ce qui tient éveillé, c’est l’intérêt que l’on porte à la Parole qui est présentée : elle a du reste une saveur toute particulière lorsqu’elle est lue là où le Seigneur a promis sa présence, et c’est cette présence qu’il faut rechercher avant tout autre chose, lorsque nous sommes réunis, car c’est de cela que découle l’édification de l’assemblée. Le Seigneur a dit : « Là où deux ou trois sont assemblés en (ou à) mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matthieu 18:20). Paul descendit, se pencha sur Eutyche, l’embrassa et dit : « Ne soyez pas troublés, car son âme est en lui » (v. 10). Tous furent extrêmement réjouis de le retrouver vivant. Il avait simplement perdu connaissance.

Ils rompirent donc le pain et mangèrent ; puis, après avoir conversé jusqu’à l’aube, ils partirent. C’était un moment solennel que celui-là. Car, ainsi que l’apôtre le dit aux anciens à Milet, il ne pensait pas les revoir ici-bas et cette perspective l’avait engagé à parler longuement. Les chrétiens d’alors, surtout ceux d’entre les gentils, ne possédaient pas, comme nous, les Écritures ; ils étaient enseignés oralement lorsqu’ils avaient la visite d’un serviteur du Seigneur. C’est pourquoi ils profitaient de cette occasion exceptionnelle, puisque la réunion avait pour but de se souvenir de la mort du Seigneur et qu’il n’était pas nécessaire d’avoir une prédication. Quand nous sommes réunis pour nous souvenir du Seigneur, nous offrons à Dieu le Père, comme au Seigneur, les louanges et l’adoration de cœurs reconnaissants ; une prédication est plutôt exceptionnelle si le culte est bien rendu ; elle peut avoir lieu si l’on se laisse diriger par le Seigneur.

 

21.3                      Ch. 20 v. 13-16 — Départ de la Troade

Les compagnons de Paul partirent par mer et arrivèrent à Assos, localité située au sud de la Troade, où ils attendirent l’apôtre qui avait désiré faire ce chemin à pied. Il éprouvait, sans doute, le besoin de se trouver seul et de jouir des effets bienfaisants de cette marche dans la solitude. Lorsqu’il eut rejoint ses compagnons à bord, le navire les transporta à Mitylène, située dans l’île de Lesbos. Le lendemain, ils arrivèrent à la hauteur de Chios, autre île sur les côtes d’Asie Mineure. Le troisième jour, ils passèrent à Samos et s’arrêtèrent à Trogylle, puis abordèrent à Milet. Ils évitèrent Éphèse, qui se trouvait un peu plus au nord, car Paul avait peu de temps, puisqu’il désirait être à Jérusalem le jour de la Pentecôte.

 

21.4                      Ch. 20 v. 17-38 — Discours de Paul à Milet

Il fit donc venir à Milet les anciens de l’assemblée d’Éphèse pour les exhorter à en prendre soin, car ce qui le liait à elle, comme à toutes, ce n’était pas seulement le fait qu’il y avait travaillé longtemps, mais le prix qu’elle avait pour le cœur du Seigneur. Dans l’épître qu’il leur adressa de Rome, il écrit : « Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât en la purifiant par le lavage d’eau par parole » (Éphésiens 5:25, 26). Les serviteurs du Seigneur doivent prendre soin de l’assemblée avec le même amour que lui.

L’apôtre rappelle aux anciens comment il s’était comporté pendant son séjour parmi eux ; il avait servi le Seigneur en toute humilité, avec larmes, et les embûches des Juifs lui avaient attiré de cruelles épreuves. Aucune peine ne l’avait détourné de la tâche que le Seigneur lui avait confiée pour former cette assemblée. Il n’avait caché aux chrétiens aucune des choses qui leur étaient profitables. Il les avait enseignées publiquement et dans les maisons, en insistant sur la repentance envers Dieu et la foi de notre Seigneur Jésus Christ (v. 18-21), les deux grandes vérités que l’évangéliste doit placer devant les inconvertis. La repentance premièrement, non le regret d’avoir mal fait, sens restreint que l’on donne ordinairement à ce mot, mais un jugement sain et selon Dieu porté sur soi et sur ses actes ; si l’on regrette un acte, on peut encore se justifier et en amoindrir la gravité, tandis que, par la vraie repentance, on se juge soi-même et ses fautes selon la sainteté de Dieu. En reconnaissant ainsi sa culpabilité et le jugement qui en résulte, on est heureux de saisir par la foi la valeur du sacrifice que le Seigneur Jésus a accompli pour sauver le pécheur.

Son œuvre achevée, l’apôtre avait devant lui son voyage à Jérusalem qui, au lieu de le remplir de joie, lui faisait pressentir des choses pénibles ; même l’Esprit Saint lui disait que des liens et des tribulations l’attendaient. Mais il ne faisait aucun cas de sa vie, ni ne la tenait pour précieuse. Entièrement livré au Seigneur, tout ce qu’il désirait, c’était d’achever sa course et le service qu’il avait reçu pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu (v. 22-24). On peut penser qu’il n’aurait pas dû aller à Jérusalem puisqu’il en était ainsi ; mais s’il y allait, ce n’était pas pour s’épargner la souffrance, comme il nous arrive de manquer à notre devoir pour l’éviter. Il ne voyait qu’une chose, c’était d’« achever sa course », quoi qu’il lui en coûtât. La pensée que les frères d’Éphèse ne le reverraient pas lui était aussi pénible. Il dit : « Je sais que vous tous, parmi lesquels j’ai passé en prêchant le royaume de Dieu, vous ne verrez plus mon visage » (v. 25). Il en prend occasion pour leur dire qu’il était net du sang d’eux tous, faisant allusion à ce que l’Éternel dit à Ézéchiel (chap. 3:18-21) que, s’il n’avertit pas le méchant et que celui-ci meure dans son iniquité, il redemandera son sang de la main du prophète. Paul n’avait mis aucune réserve à leur annoncer tout le conseil de Dieu (v. 27). Ils devaient donc « prendre garde à eux-mêmes, et à tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint les avait établis surveillants pour paître l’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre Fils ».

Quels motifs puissants l’apôtre place devant eux, afin qu’ils prennent soin de cette assemblée ! Ils possédaient toutes les vérités qu’il leur avait enseignées, et il insiste sur la qualité et la valeur de cette assemblée aux yeux de Dieu. Elle est son assemblée ; elle porte ses propres caractères et il se l’est acquise par le sang de son propre Fils. C’est ainsi que nous devons la considérer, lors même qu’elle est aujourd’hui dans une grande faiblesse. Il semble souvent que c’est si peu de chose que ces quelques chrétiens qui se réunissent au nom du Seigneur, sans aucune apparence extérieure. Mais comment se fait-il qu’ils sont réunis à ce nom ? C’est qu’ils ont été rachetés par le sang du Fils de Dieu qui en a fait des pierres vivantes de l’édifice de Dieu. Sans doute que leur marche, individuellement et en assemblée, n’est pas toujours à la hauteur de leur dignité, ce qui expose l’assemblée à être méconnue comme assemblée de Dieu. Les anciens d’Éphèse ayant compris ce qu’était l’assemblée, devaient redoubler de zèle pour la paître en lui donnant la nourriture qui convenait à son développement, d’autant plus que Paul leur dit : « Je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau » (v. 29). Il fallait être vigilant pour les repousser, car ils ne se présenteraient pas sous leur vrai caractère, mais, comme les émissaires de Satan savent faire : « avec de douces paroles et un beau langage » (Romains 16:18). Il s’élèverait aussi du milieu des croyants des hommes qui annonceraient « des doctrines perverses, pour attirer les disciples après eux. C’est pourquoi veillez, vous souvenant que, durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes » (v. 30, 31).

Tout ce que l’apôtre a prédit est arrivé. De bonne heure, les loups ravisseurs ont surgi et, du sein même de l’Église sont sorties des doctrines perverses. Des hommes, se prétendant serviteurs de Dieu, au lieu de prêcher Christ pour attacher les cœurs à lui, les ont attachés à eux-mêmes par des enseignements qui plaisaient à la chair et les ont détournés du Seigneur. La chrétienté actuelle, savoir tous ceux qui portent le nom de chrétiens, est le résultat de cet enseignement à travers les siècles qui se sont écoulés depuis que l’apôtre, comme un sage architecte, avait fondé l’édifice sur son fondement qui est Jésus Christ (1 Corinthiens 3:10, 11). Mais au milieu de cet état de choses se trouve l’Assemblée de Dieu, composée de tous ceux qui sont sauvés par le sang de Christ. Ecoutons ce que dit Paul au v. 32 : « Et maintenant je vous recommande à Dieu, et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés ». C’est là ce qui demeure a travers tons les âges, la Parole de Dieu. C’est à elle que l’Assemblée est remise ; elle est divine, immuable ; en elle se trouve tout ce qui est nécessaire pour la conversion de ceux qui doivent y entrer et pour les édifier, les enseigner, les conduire dans la séparation du monde et du mal sous toutes ses formes.

Paul, qui avait reçu toute la révélation concernant l’Assemblée, ne la recommande pas à d’autres apôtres qui viendraient après lui, ni à un clergé établi par des hommes. Il savait que le Seigneur avait promis des évangélistes, des pasteurs et des docteurs, tant que l’Assemblée serait sur la terre (Éphésiens 4:9-16). C’est donc lui seul qui pourvoit dans sa fidélité et son amour, à tout ce dont son Assemblée a besoin jusqu’à son retour. Il suffit de se laisser enseigner et diriger par sa Parole, de lui obéir, pour profiter des ressources toujours à la disposition de la foi, et de maintenir, au travers du désordre de la chrétienté, les caractères de l’Assemblée de Dieu. Si les chrétiens l’avaient l’ait dès le début, au lieu d’établir des hommes qui n’étaient nullement qualifiés pour le service auquel ils prétendaient, comme le montre l’histoire de l’Église et comme on le voit encore aujourd’hui, l’Assemblée serait demeurée dans sa fraîcheur première.

L’apôtre montre ensuite (v. 33 à 35), comment il s’est comporté au milieu des croyants d’Éphèse. Lui, le plus grand serviteur de Dieu qui ait existé, n’avait convoité ni l’argent, ni l’or, ni la robe de personne, ce qui n’eut pas lieu dans la suite chez un grand nombre de ceux qui s’attribuèrent des places dans l’Église et qui ne virent dans leurs fonctions qu’une source de gain. Paul, au contraire, avait travaillé pour n’être à charge à qui que ce soit, afin de servir d’exemple à tous, car le serviteur de Dieu ne doit pas se borner à enseigner, mais il doit pratiquer ce qu’il enseigne, afin que l’on voie dans sa marche les effets de la Parole qu’il présente. Paul dit aux Philippiens (chap. 4:9) : « Ce que vous avez et appris, et reçu, et entendu, et vu en moi, — faites ces choses et le Dieu de paix sera avec vous ». Il dit encore aux anciens d’Éphèse : « Je vous ai montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi il nous faut secourir les faibles, et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir ». On ne trouve pas ce passage textuellement dans les évangiles, car ils ne rapportent pas tout ce que le Seigneur a dit, puisque le monde ne pourrait pas « contenir les livres qui seraient écrits » ; mais en Luc 14:13, 14, on trouve la pensée que Paul attribue au Seigneur : « Quand tu fais un festin, convie les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles ; et tu seras bienheureux, car ils n’ont pas de quoi te rendre la pareille : car la pareille te sera rendue en la résurrection des justes ». Puisqu’il y a de tels résultats en donnant, celui qui donne est plus heureux que celui qui reçoit.

Après avoir terminé ses exhortations, Paul « se mit à genoux et pria avec eux tous. Et ils versaient tous beaucoup de larmes, et se jetant au cou de Paul, ils le couvraient de baisers, étant surtout peinés de la parole qu’il avait dite, qu’ils ne verraient plus son visage. Et ils l’accompagnèrent au navire » (v. 36-38).

On comprend l’affliction que causait le départ de celui auquel, après Dieu, ils devaient d’avoir été tirés du paganisme pour faire partie de cette institution merveilleuse qu’est l’Assemblée de Dieu. Il est fort probable que l’apôtre revint à Éphèse après sa première captivité à Rome. La Parole ne dit pas combien de temps il resta libre entre la première et la seconde ; mais nous lisons en 2 Timothée 4, qu’il avait laissé son manteau en Troade, et en Tite 3, qu’il avait résolu de passer l’hiver à Nicopolis. On voit en 2 Timothée 4, qu’il approche de la fin de sa course ; il avait déjà comparu devant Néron (v. 16). On ne connaît sa mort que par l’histoire profane ; elle dut avoir lieu vers l’an 68.

 

22                  Chapitre 21

22.1                      Ch. 21 v. 1-14

Les liens formés dans les cœurs des rachetés par la possession de la nature divine, nature du Dieu qui est amour, sont puissants et au-dessus des liens naturels. C’est ce qu’éprouvaient Paul et les anciens d’Éphèse, car il est dit au premier verset de notre chapitre : « Et quand, nous étant arrachés d’auprès d’eux... ». La vie des croyants est faite pour passer l’éternité ensemble dans la contemplation du Seigneur de gloire. En attendant d’être au ciel, dans sa glorieuse présence, rien n’est plus doux pour les enfants de Dieu que de réaliser ces relations fraternelles, surtout quand ils passent par les épreuves que l’on rencontre si fréquemment dans ce monde, comme c’était le cas pour Paul et pour ceux auxquels il devait s’arracher pour avancer dans un chemin de douleur tel que nous le verrons dans la suite.

Paul et ses compagnons arrivèrent en peu de temps à Cos, île de l’Archipel, le jour suivant à Rhodes, autre grande île non loin des côtes et, de là, à Patara, port de la Lycie. Ils s’y embarquèrent sur un navire en partance pour Tyr, où il y avait des chrétiens et, sans doute, une assemblée. Ils conseillèrent à Paul, par l’Esprit Saint, de ne pas monter à Jérusalem ; mais il ne trouva pas à propos de renoncer à son voyage. Le jour du départ, tous l’accompagnèrent au rivage avec femmes et enfants ; après qu’ils se furent embrassés, Paul et les siens s’embarquèrent. Là, comme à Milet, tous étaient sous l’étreinte de l’amour fraternel.

Il n’est pas inutile de faire remarquer que les enfants assistaient à ce départ. Les enfants des chrétiens ont leur place avec leurs parents dans tous les actes de la vie chrétienne. On voit déjà cela en Israël ; lorsque le roi Josaphat rassembla le peuple de Juda pour demander à l’Éternel son secours contre les nombreuses armées qui venaient lui faire la guerre, tous furent convoqués : « Tout Juda se tenait devant l’Éternel, avec leurs petits enfants, leurs femmes et leurs fils » (2 Chroniques 20:13). La bénédiction de Dieu ne peut reposer sur les enfants que s’ils suivent leurs parents dans le chemin de la foi, dans l’obéissance et la séparation du monde. Ils participent aux joies et aux peines de la famille chrétienne et apprennent la dépendance de Dieu en assistant à la lecture et à la prière de famille. Dès l’antiquité les croyants l’avaient compris. Dieu dit d’Abraham : « Je sais qu’il commandera à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, pour pratiquer ce qui est juste et droit, afin que l’Éternel fasse venir sur Abraham ce qu’il a dit à son égard » (Genèse 18:19). Josué dit : « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (Josué 24:15). Il importe de considérer ce que la Parole enseigne quant à la marche des familles chrétiennes, afin que les enfants soient gardés des principes de ce monde, où la vie de famille disparaît de plus en plus, ce qui favorise l’esprit d’indépendance des enfants et par conséquent leur ruine à tous égards. Mais revenons à nos voyageurs.

De Tyr, le bateau toucha Ptolémaïs, où se trouvaient aussi des frères avec lesquels Paul et ses compagnons demeurèrent un jour. Le lendemain, ils abordèrent à Césarée ; là se termina le voyage par mer. Ils entrèrent chez Philippe l’évangéliste, un des sept diacres choisis au chap. 6 pour distribuer des secours aux veuves nécessiteuses. Nous l’avons déjà vu prêchant l’Évangile en Samarie, après la mort d’Étienne, ensuite sur le chemin de Gaza pour enseigner l’eunuque d’Éthiopie. De là, l’Esprit l’enleva et il fut trouvé à Azot, l’ancienne Asdod des Philistins ; puis il évangélisa toutes les villes jusqu’à Césarée, où il demeura, paraît-il, jusqu’alors. Sa famille avait marché sur les traces de son chef. Il avait quatre filles qui prophétisaient, c’est-à-dire qu’elles annonçaient la Parole à d’autres. Certaines personnes se basent sur cette mention, pour établir que les femmes peuvent parler dans les assemblées. Il n’est pas dit qu’elles prophétisaient dans l’assemblée. Toute femme ou fille chrétienne peut parler de la Parole de Dieu à d’autres, chaque fois que l’occasion leur en est fournie. Nous voyons, en 1 Cor. 14:3, ce que signifie actuellement « prophétiser » ; c’est parler pour « l’édification, et l’exhortation, et la consolation », c’est-à-dire, faire valoir la Parole de Dieu selon les besoins de ceux qui écoutent, besoins qui ne sont souvent connus que de Dieu et non de celui qui parle ou « prophétise ». La prophétie annonçant des choses qui doivent arriver non encore révélées, ne s’exerce plus maintenant que la révélation de Dieu est complète. La Parole de Dieu nous fait connaître tout ce qui arrivera jusqu’à la fin du monde.

Il y avait à Césarée un prophète nommé Agabus, venu de Judée, qui avait déjà annoncé, au chap. 11:28, qu’une grande famine aurait lieu. Celui-là était un prophète qui annonçait des choses à venir. Il vint auprès de Paul et, ayant pris sa ceinture, s’en lia les pieds et les mains et dit « L’Esprit Saint dit ces choses : L’homme à qui est cette ceinture, les Juifs à Jérusalem le lieront ainsi et le livreront entre les mains des nations ». Agabus ne dit pas à Paul de ne point aller à Jérusalem, comme l’avaient fait les disciples de Tyr ; il indiqua simplement ce qui lui arriverait. En entendant ces paroles, les compagnons de Paul et les disciples de Césarée le supplièrent de ne pas aller à Jérusalem. Mais il leur répondit : « Que faites-vous en pleurant et en brisant mon cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus » (v. 13). Comme nous le verrons au v. 18 du chapitre suivant, le Seigneur avait averti Paul de sortir de Jérusalem, parce qu’« ils ne recevraient pas son témoignage ». Mais il désirait ardemment être utile à ses frères Juifs en leur portant des secours de leurs frères de la Macédoine et de l’Achaïe (voir Romains 15:25-33 ; 1 Corinthiens 16:1-3 ; 2 Corinthiens, chap. 8 et 9). Il n’allait pas dans le but de travailler au milieu des Juifs incrédules, car il se proposait, après avoir accompli son service d’amour envers ses frères, d’aller à Rome et en Espagne. Il ne cherchait pas à se ménager ni à sauver sa vie, son œuvre était toute de dévouement. Il nous arrive, pour éviter des difficultés, de ne pas suivre le chemin tracé par le Seigneur ; ce n’était pas le cas pour l’apôtre qui était prêt à mourir pour le nom du Seigneur Jésus. Mais il aurait mieux fait de se laisser guider par la parole du Seigneur plutôt que par son amour pour ses frères. Seulement, il ne nous appartient pas de le critiquer, nous qui avons si peu d’amour pour nos frères et qui sommes si loin de donner notre vie pour eux. Ayant vu la ferme décision de Paul, les disciples se turent, disant : « La volonté du Seigneur soit faite ! »

 

22.2                      Ch. 21 v. 15-26 — Arrivée de Paul à Jérusalem

Paul et ses compagnons montèrent à Jérusalem, accompagnés de quelques disciples de Césarée, entre autres d’un certain Mnason, originaire de l’île de Chypre, mais qui avait une maison à Jérusalem, puisque Paul devait loger chez lui avec ceux qui l’accompagnaient. Les frères de Jérusalem les reçurent avec joie. Le lendemain, ils se rendirent chez Jacques, un des principaux anciens de l’assemblée, où tous les autres anciens se rendirent (v. 15-18). Là, Paul leur « raconta une à une les choses que Dieu avait faites parmi les nations par son service » (v. 19). À l’ouïe de ce récit, ils glorifièrent Dieu, car les chrétiens juifs admettaient pleinement que l’évangile fût prêché aux nations, d’après ce que nous avons vu au chap. 15. Jusque-là tout alla bien ; mais si les chrétiens juifs étaient heureux de voir les gentils accepter l’évangile, ayant compris qu’il ne fallait pas les placer sous la loi, ce n’était pas ce qu’ils pensaient pour eux-mêmes, au moins pour un assez grand nombre d’entre eux, ce qui causa toujours beaucoup de peine à Paul, comme nous le voyons par l’épître aux Galates. Les anciens lui dirent : « Tu vois, frère, combien il y a de milliers de Juifs qui ont cru, et ils sont tous zélés pour la loi. Or ils ont ouï dire de toi, que tu enseignes à tous les Juifs qui sont parmi les nations de renoncer à Moïse, disant qu’ils ne doivent pas circoncire leurs enfants, ni vivre selon les coutumes » (v. 20, 21). Qu’il s’agisse des Juifs ou des gentils, le mélange du judaïsme et du christianisme est impossible et inutile. L’un remplace l’autre. Les ordonnances de Moïse étaient établies de Dieu pour faire l’expérience de l’homme dans son état naturel, en l’éprouvant pour voir s’il était capable de plaire à Dieu et de vivre par l’observation de la loi. Il est dit : « Vous garderez mes statuts et mes ordonnances, par lesquels, s’il les pratique, un homme vivra » (Lévitique 18:5). Comme personne ne les a pratiqués, personne n’a reçu la vie par ce moyen. C’est pourquoi le Seigneur Jésus vint dans ce monde ; par sa mort il obtint le pardon des péchés pour les coupables et la vie éternelle pour quiconque croit. Dès lors, inutile de pratiquer les ordonnances incapables de donner la vie. Le chrétien doit bien faire les choses agréables à Dieu, mais il prend le Seigneur Jésus comme modèle de la vie qu’il lui a donnée. Il peut l’imiter parce qu’il est sa vie. Ces croyants juifs ne l’avaient pas compris et, par orgueil religieux, voulaient conserver ce qui les avait distingués des gentils, mais s’opposait à l’œuvre de la croix et à ses conséquences bénies.

Les anciens de Jérusalem voulurent que Paul accomplît un acte par lequel il ferait croire à ces croyants zélés pour la loi qu’il n’enseignait pas à renoncer aux coutumes juives. Aux prises avec les frères de Jérusalem, l’apôtre céda à leur désir et s’associa, sur leur conseil, à quatre hommes qui avaient fait un vœu selon les ordonnances de la loi. Ils lui dirent : « Purifie-toi avec eux, et paye leur dépense, afin qu’ils se rasent la tête, et tous sauront que rien n’est vrai des choses qu’ils ont ouï dire de toi, mais que toi aussi, tu marches gardant la loi » (v. 22-24). En acceptant cette proposition, Paul faisait une chose absolument contraire à ce qu’il enseignait. Cela paraît étrange de sa part, mais il n’eut pas la force de résister, parce qu’il n’aurait pas dû se trouver à Jérusalem à ce moment-là. Pour avoir la force de rendre témoignage fidèlement, que l’on soit apôtre ou simple chrétien, il faut être là où Dieu veut que nous soyons. Paul dut souffrir cruellement de cette obligation. Mais le Seigneur eut pitié de son serviteur en ne permettant pas que l’acte proposé par les anciens eût son entier accomplissement. D’après la loi, lorsqu’on avait fait un vœu, il fallait présenter, sept jours plus tard, un sacrifice de gros ou de menu bétail (Lévitique 22:21), ce qui eût été en pleine contradiction avec la valeur du sacrifice de Christ dont Paul avait si pleinement montré la suffisance dans ses enseignements. Heureusement une émeute des Juifs l’empêche d’aller jusqu’au bout (v. 27). Arrêté et dès lors privé de sa liberté, il dut laisser à toujours, à leurs vœux et leurs sacrifices, ses frères judaïsants de Jérusalem, cause, involontaire sans doute, de sa captivité qui dura quatre ans, comme nous le verrons : deux ans à Césarée et deux à Rome.

 

22.3                      Ch. 21 v. 27-40 — Paul est saisi dans le temple

« Et comme les sept jours allaient s’accomplir, les Juifs d’Asie l’ayant vu dans le temple, soulevèrent toute la foule et mirent les mains sur lui, s’écriant : Hommes israélites, aidez-nous ! C’est ici l’homme qui partout enseigne tout le monde contre le peuple, et la loi, et ce lieu ; et qui de plus a aussi amené des Grecs dans le temple, et a profané ce saint lieu » (v. 27, 28). Ces Juifs d’Asie se trouvaient là, sans doute, pour la fête de Pentecôte, où Paul avait aussi désiré se rendre. Ils avaient eu l’occasion de le voir dans ses précédents voyages en Asie, et l’entendirent prêcher l’évangile aux gentils, lorsque les Juifs refusaient de le recevoir. Comme ils le haïssaient tout particulièrement, l’ennemi se servit d’eux pour mettre un terme à sa liberté dans le service du Seigneur, qu’il continua sous une autre forme en rendant témoignage comme prisonnier à Césarée devant Agrippa et à Rome devant Néron, alors empereur, et aussi, par ses épîtres qu’il écrivit de Rome ; car, comme il le dit en 2 Timothée 2:9 : « Toutefois la Parole de Dieu n’est pas liée ».

Ces méchants prétendaient que Paul amenait des Grecs dans le temple, une profanation sous la loi, parce qu’ils avaient vu Trophime d’Éphèse avec lui (v. 29). Toute la ville fut en émoi ; ils saisirent Paul, le traînèrent hors du temple et cherchèrent à le tuer. Mais le chiliarque (commandant de la cohorte), apprenant que tout Jérusalem était en confusion, intervint avec la force armée, ce que voyant, les Juifs cessèrent de battre Paul (v. 30-32). Le chiliarque ordonna de l’enchaîner et demanda qui il était et ce qu’il avait fait. N’obtenant que des réponses contradictoires, il le fit conduire dans la forteresse. À cause de la violence de la foule, les soldats durent le porter pour le soustraire à la rage de ses ennemis qui criaient : « Ôte-le » (v. 33-36).

L’apôtre suivait de près son Seigneur et Maître, passant par des circonstances semblables, rejeté comme lui par son peuple, qui criait aussi au gouverneur romain : « Ôte, ôte, crucifie-le ! » (Jean 19:15) et, comme lui, livré entre les mains des gentils. Le Seigneur avait prévenu ses disciples qu’ils seraient traités de la sorte : « Ils feront ces choses, parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi » (Jean 16:3).

Au moment où l’on allait introduire Paul dans la forteresse, il demanda au chiliarque la permission de dire quelque chose. L’officier lui répondit : « N’es-tu pas l’Égyptien qui, ces jours passés, a excité une sédition et emmené au désert les quatre mille hommes des assassins ? » (v. 38). Paul répondit : « Je suis Juif, de Tarse, citoyen d’une ville de la Cilicie qui n’est pas sans renom ; je te prie, permets-moi de parler au peuple » (v. 37-39). Ayant obtenu la permission, il se tint sur les degrés et d’un signe de main, imposa le silence. Puis il prononça en hébreu un discours, rapporté dans le chapitre suivant.

 

23                  Chapitre 22

23.1                      Ch. 22 v. 1-21 — Discours de Paul sur les degrés de la forteresse

Paul commence son discours en ces termes : « Hommes frères et pères, écoutez maintenant mon apologie auprès de vous. Et quand ils entendirent qu’il leur parlait en langue hébraïque, ils firent silence encore plus » (v. 1, 2). Il leur confirme tout d’abord qu’il est Juif, né à Tarse de Cilicie, mais élevé à Jérusalem, « instruit aux pieds de Gamaliel selon l’exactitude de la loi de nos pères », zélé pour Dieu comme eux l’étaient tous. Gamaliel était un célèbre docteur de la loi, très honoré des Juifs et d’une grande sagesse, comme on le voit par le conseil qu’il donna au sanhédrin en faveur des apôtres (chap. 5:33-40). On remarquera, dans tout ce discours, que Paul présente les faits de manière à faciliter aux Juifs l’acceptation de ce qu’il leur exposait, tout en maintenant strictement la vérité. Dans les versets 4 et 5, il rappelle comment il avait persécuté les chrétiens, en les faisant jeter en prison, ce dont le souverain sacrificateur et le corps des anciens étaient témoins ; comment, avec leur approbation, il se rendait à Damas pour amener les chrétiens à Jérusalem, afin qu’ils fussent punis. Enfin (v. 6 à 21), il raconte sa conversion avec des détails qui auraient dû convaincre les Juifs de sa réalité. Si un homme, pareillement ennemi des disciples de Christ, avait été converti d’une façon si merveilleuse, ce n’était pas par un acte de sa volonté, mais par la puissance de Dieu, de ce Dieu qu’eux tous prétendaient encore servir. Qui, si ce n’est Dieu, pouvait faire briller une lumière, comme un éclair, sur la route de Damas et faire entendre une voix du ciel, avec une autorité qui s’imposait immédiatement à Saul tombé à terre ? Car, à cette terrible question : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? », il répondit : « Qui es-tu, Seigneur ? » C’était Jésus le Nazaréen que Saul persécutait. Il se nomme Jésus, ce nom sous lequel il avait été connu sur la terre, méprisé et haï ; mais c’est lui qui était le Seigneur, comme Pierre l’avait dit aux Juifs (chap. 2:36) : « Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié ». Saul n’avait aucune idée qu’il persécutait celui qui était le Seigneur, assis à la droite de la majesté, en attendant le moment d’exercer ses jugements sur la terre (Hébreux 1:3 et 13 ; Psaume 110:1). Cette réponse de Jésus révélait aussi la position des chrétiens que Saul persécutait, haïssait et traînait en prison. En vertu de la mort du Seigneur et de sa résurrection, tous ceux dont il a pris la place sous le jugement de Dieu, à la croix, sont vus en lui, dans la gloire, formant un seul corps dont lui est la tête. Ainsi en persécutant les membres du corps de Christ, Saul persécutait Christ lui-même. C’est pour annoncer cette grande vérité concernant l’Église, corps de Christ, que le Seigneur avait appelé Paul à son service. Voilà pourquoi elle apparaît aux premières paroles qu’il lui adressa sur le chemin de Damas.

Après avoir compris la gloire et l’autorité de celui qui l’arrêtait, Saul répondit : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Il est maintenant à sa disposition pour accomplir sa volonté. Le Seigneur lui dit : « Lève-toi, et va à Damas, et là on te parlera de toutes les choses qu’il t’est ordonné de faire ». Pouvait-il refuser de marcher ? Si les Juifs qui l’écoutaient n’avaient pas été aveuglés par leur haine contre le Seigneur et son serviteur, ce récit les aurait convaincus que Paul ne pouvait qu’obéir. Mais ils avaient résisté au témoignage du Serviteur parfait ; leur aveuglement en était la conséquence. Pour aller à Damas, Saul, rendu aveugle par la lumière qui avait resplendi devant lui, dut être conduit par la main. Là, Ananias, un homme pieux selon la loi, qui jouissait d’un bon témoignage de tous les Juifs de Damas, — qualités qui devaient le rendre favorable aux Juifs qui écoutaient Paul — vint vers lui et lui dit : « Saul, frère, recouvre la vue ». À l’heure même Saul le vit, miracle que Dieu seul pouvait opérer.

Ensuite l’apôtre raconte ce qu’Ananias lui dit de la part du Seigneur quant à son service futur. Le récit de sa conversion (chap. 9) contient les paroles du Seigneur à Ananias (v. 15, 16). Dans son discours devant Agrippa (chap. 26:16-18), Paul rapporte ce que le Seigneur lui révèle quant à son ministère. Ces récits, inspirés, comme toutes les Écritures, sont adaptés aux circonstances et à l’auditoire auquel ils s’adressaient. Entre tous, ils donnent le récit complet de cette conversion merveilleuse et de l’appel de ce grand serviteur du Seigneur à un service spécial, qui vient, en importance, pour l’Église, après l’œuvre de Christ (voir Colossiens 1:24-29). Si le Seigneur a souffert pour le salut de l’Église, Paul a souffert pour la rassembler et compléter la Parole de Dieu.

Ananias dit à Saul : « Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche ; car tu lui seras témoin, auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues. Et maintenant, que tardes-tu ? Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés, invoquant son nom » (v. 14-16). Le Dieu qui avait choisi Paul était le Dieu des Juifs, qu’eux-mêmes prétendaient servir. Il allait lui révéler sa volonté, qui était de faire connaître sa grâce à tous les hommes et ses conseils à l’égard de l’Église, composée de Juifs aussi bien que de gentils. C’était aussi « pour voir le Juste ». Pour être apôtre il fallait avoir vu le Seigneur. Il dit en 1 Cor. 9:1 : « Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus notre Seigneur ? » (voir aussi Actes 1:21, 22). Jésus est appelé le « Juste », le seul juste qui ait été sur la terre et que les hommes ont cloué sur une croix. Pierre leur avait déjà dit au chap. 3:14 : « Vous avez renié le saint et le juste ». Et Étienne : « Ils ont tué ceux qui ont prédit la venue du Juste » (chap. 7:52). Cette dénomination du Christ devait atteindre la conscience des Juifs, en leur rappelant le crime affreux dont ils étaient coupables et par conséquent leur condamnation. Mais ce Juste voulait faire entendre à Saul sa voix de grâce, pour qu’il rendît témoignage devant tous des choses qu’il avait vues et entendues, savoir tous les résultats de son œuvre à la croix. Ananias termine en disant : « Et maintenant, que tardes-tu ? Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés, invoquant son nom ». Le baptême introduit dans l’Assemblée, envisagée comme maison de Dieu sur la terre. Une fois baptisé, Saul était un témoin du Seigneur qu’il allait suivre dans le chemin de la mort au monde, chemin de souffrances dont il eut une large part, ainsi que tous ceux qui veulent être fidèles au Seigneur, mais auxquelles correspond une gloire éternelle.

Dans son récit, Paul passe sur tout le temps qui s’écoula depuis son départ de Damas jusqu’au moment où il vint à Jérusalem (chap. 9:26-28), et dont il parle en Galates 1:18, 19, ce qui fait trois ans au moins, qu’il passe en Arabie. Il nous apprend qu’à ce moment-là, alors qu’il priait dans le temple de Jérusalem, il fut en extase et vit le Seigneur, lui disant : « Hâte-toi, et sors au plus tôt de Jérusalem ; parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard » (v. 18). Ils avaient repoussé celui de Pierre également (chap. 3), comme quoi, s’ils se repentaient, le Seigneur reviendrait pour établir son règne. En conséquence, la nation mise de côté, le salut était annoncé aux gentils. Le Seigneur savait que les Juifs rejetteraient aussi le témoignage de Paul. C’est pourquoi il le suscitait pour évangéliser les nations.

Dans les v. 19 et 20, l’apôtre rappelle au Seigneur ce qu’il avait fait avant sa conversion : « Seigneur, ils savent que je mettais en prison et que je battais dans les synagogues ceux qui croient en toi ; et lorsque le sang d’Étienne, ton témoin, fut répandu, moi-même aussi j’étais présent et consentant, et je gardais les vêtements de ceux qui le tuaient ». En disant cela au Seigneur, Paul pensait, sans doute, qu’avec de tels antécédents, il était propre à convaincre les Juifs, pour qu’ils se convertissent, comme lui-même l’avait été, après avoir été ennemi de Christ. Pierre, de même, après avoir renié le Seigneur, pouvait présenter la grâce au peuple qui l’avait mis à mort. Mais le Seigneur savait que c’était inutile et lui répondit : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations » (v. 21). Il ne voulait pas leur envoyer Paul après le rejet du ministère de l’Esprit par Pierre. Il en ira de même pour la chrétienté, après l’enlèvement de l’Église. Ceux qui auront refusé l’Évangile de la grâce ne seront pas de nouveau évangélisés par ceux qui annonceront l’Évangile du royaume, adressé alors à ceux qui n’auront pas entendu actuellement. En Israël, des individus pouvaient encore être sauvés, et il y en a eu beaucoup, comme nous l’avons vu au commencement de ce livre, mais la nation, comme telle, était rejetée jusqu’au jour où Dieu reprendra ses relations avec elle, sur le pied de la grâce envers un résidu repentant.

 

23.2                      Ch. 22 v. 22-30 — Paul dans la forteresse

En entendant ces paroles : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations », ils ne purent contenir leur rage contre Paul, n’admettant pas que les gentils reçussent une bénédiction quelconque, d’autant plus qu’ils avaient la conscience de refuser ce que Dieu donnait aux nations qu’ils méprisaient. « Ils l’écoutèrent jusqu’à ce mot, et ils élevèrent leur voix, disant : Ôte de la terre un pareil homme, car il n’aurait pas dû vivre » (v. 22). La révélation des pensées de Dieu a manifesté l’opposition absolue qui existe entre ses pensées et celles des hommes, démontrée par la présence du Seigneur ici-bas. Dieu dit de lui : « C’est ici mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Les hommes ont dit : « Il n’a ni forme, ni éclat ; quand nous le voyons, il n’y a point d’apparence en lui pour nous le faire désirer » (Ésaïe 53:2). Dieu avait mis à part Paul dès avant sa naissance (Galates 1:15) et les hommes disent : Ôte-le, car un tel homme « n’aurait pas dû vivre ». Tels sont les êtres, auxquels, par nature, nous sommes semblables, que Dieu veut sauver et placer dans la même gloire que son propre Fils afin de montrer « dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus » (Éphésiens 2:7). Pour faire connaître cette grâce, Dieu suscitait un serviteur comme Paul, qui a rencontré, comme son Seigneur, la haine et la mort de la part des hommes.

En voyant l’excitation de la foule, car tous criaient et jetaient en l’air leurs vêtements et de la poussière (v. 23), le chiliarque donna l’ordre de conduire Paul à la forteresse, pour lui infliger la question par le fouet, afin de savoir pourquoi ils s’ameutaient contre lui (v. 24). Lorsqu’on voulait obtenir des aveux d’un accusé, on le mettait à la torture, afin que ses souffrances l’obligeassent à avouer son crime ou à révéler ce que l’on désirait savoir. On le fit avec tous les chrétiens martyrisés pour les contraindre à dénoncer leurs coreligionnaires. Lorsqu’on eut fait étendre Paul pour le fouetter, il dit au centurion : « Vous est-il permis de fouetter un homme qui est Romain et qui n’est pas condamné ? » (v. 25). Les Romains observaient rigoureusement leurs lois et traitaient les citoyens romains avec plus d’égards que les ressortissants des nations soumises ; on ne pouvait leur infliger une peine à moins d’une condamnation préalable. Paul le savait et le Seigneur s’en servit pour lui éviter la flagellation. Le centurion fit remarquer la chose au chiliarque « Que vas-tu faire ? car cet homme est Romain. Et le chiliarque s’approchant dit à Paul : Dis-moi, es-tu Romain ? Et il dit : Oui. Et le chiliarque reprit : Moi, j’ai acquis cette bourgeoisie pour une grande somme. Et Paul dit : Mais moi, je l’ai par naissance » (v. 26-28). En constatant que Paul disait vrai, l’officier eut peur et fit éloigner les bourreaux. Cependant le chiliarque, selon son droit, voulant savoir de quoi les Juifs accusaient Paul, ordonna que les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin s’assemblassent pour exposer leurs griefs. Le lendemain, il fit délier Paul et le leur présenta. Nous verrons que cette comparution aboutit à le placer définitivement entre les mains des Romains.

 

24                  Chapitre 23

24.1                      Ch. 23 v. 1-11 — Devant le sanhédrin

« Et Paul, ayant arrêté les yeux sur le sanhédrin, dit : Hommes frères, je me suis conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour ». Un prisonnier, traduit devant ses juges, a des péchés sur la conscience. S’il feint de n’être pas coupable, il ne peut dire comme Paul, que devant Dieu, il s’est conduit en toute bonne conscience. La conscience est la faculté, obtenue par la chute, de discerner entre le bien et le mal. Lorsque Dieu plaça Adam en Eden, où tout était bon, il n’y avait ni bien ni mal à connaître ; l’homme se trouvait dans l’innocence, dans l’ignorance du bien et du mal, puisqu’il n’y avait aucun mal dans cette belle création, œuvre parfaite du Créateur. C’est pourquoi, dès que l’homme eut péché et qu’il fut en possession de ce que Satan lui avait dit : « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal » (Gen. 3:5), il se révéla incapable de résister au mal pour marcher dans le bien. En effet, Dieu seul pouvait avoir la connaissance du mal, car il est Saint, il est lumière, il est parfait. Pour que l’homme puisse marcher dans le bien, en ayant la conscience qui lui fait distinguer le mal d’avec le bien, malgré sa nature sans force pour faire le bien et résister au mal, il doit naître de nouveau, afin de participer à la nature divine. Autrefois enfant d’Adam, il devient un enfant de Dieu, capable d’éviter le mal pour marcher dans le bien. Puis, pour éclairer sa conscience et le diriger, il lui faut la Parole de Dieu qui donne la lumière nécessaire à l’action conforme à sa nouvelle nature, toujours d’accord avec la pensée de Dieu. C’était ainsi que Paul avait marché. La Parole de Dieu réglait sa vie. Il pouvait dire qu’il s’était conduit en toute bonne conscience, non selon son appréciation, mais devant Dieu.

Cette déclaration atteignit la conscience d’Ananias, le souverain sacrificateur qui, devant Dieu, ne pouvait en dire autant, tout en se persuadant, sans doute, qu’il valait mieux que Paul. Aussi ordonna-t-il de le frapper sur la bouche (v. 2). Chez l’homme inconverti, à moins que Dieu ne travaille déjà dans son cœur, la mauvaise conscience s’accompagne toujours de haine pour ceux qui marchent mieux que lui. Ignorant qu’Ananias fût le souverain sacrificateur, Paul lui dit : « Dieu te frappera, paroi blanchie ! Es-tu assis là pour me juger selon la loi ; et, contrairement à la loi, tu ordonnes que je sois frappé ? » (v. 3). En langage figuré, paroi blanchie représente l’hypocrisie, une chose blanchie extérieurement, comme cela se pratiquait autrefois sur les sépulcres, mais qui couvre toutes sortes de taches ou d’impuretés. C’est bien ce qu’était Ananias, mais avec la dignité de la position qu’il occupait dans ce moment, il ne convenait pas de le lui dire. Lorsqu’on fit remarquer à Paul qu’il injuriait le sacrificateur, il dit : « Je ne savais pas, frères, que ce fût le souverain sacrificateur ; car il est écrit : Tu ne diras pas de mal du chef de ton peuple » (Exode 22:28).

Le sanhédrin se composait de pharisiens et de sadducéens. Attachés à la loi, les pharisiens professaient une grande piété, surtout extérieurement, et croyaient toutes les Écritures. Les sadducéens n’admettaient que le Pentateuque et n’admettaient pas la résurrection, comme on le voit par la question qu’ils posèrent au Seigneur en Matthieu 22:23-33, ni les anges ni les esprits ; par conséquent, ils s’opposaient aux pharisiens. Connaissant cette composition du sanhédrin, Paul voulut en tirer parti pour les diviser et affaiblir leur témoignage contre lui. Il s’écria : « Hommes frères, je suis pharisien, fils de pharisien ; je suis mis en jugement pour l’espérance et la résurrection des morts » (v. 6). Les effets de cette déclaration ne se firent pas attendre. « Il s’éleva une dissension entre les pharisiens et les sadducéens ; et la multitude fut partagée » (v. 7). Quelques scribes du parti des pharisiens dirent : « Nous ne trouvons aucun mal en cet homme ; mais si un esprit lui a parlé, ou un ange... » (v. 9). Un grand tumulte s’étant élevé, le chiliarque, craignant pour la vie de Paul, le fit conduire à la forteresse.

Paul usa d’un moyen humain pour amener la confusion dans l’auditoire. Il eût mieux valu qu’il présentât simplement la vérité en se confiant dans le Seigneur pour les résultats. C’est pénible d’entendre traiter l’apôtre de pharisien ; car il ne l’était plus. Il souffrait bien pour l’espérance et la résurrection des morts, mais présentait cette grande vérité telle que les pharisiens l’admettaient. Quoique apôtre, Paul, comme un homme, eut ses moments de faiblesse que la Parole ne cache pas. Fréquemment les auteurs de biographies ont soin de ne faire ressortir que les beaux côtés de leur héros ; mais la Parole de Dieu étant la vérité, rapporte les faiblesses et les fautes des hommes de Dieu, lorsque cela nous est utile, et non pour que nous les mésestimions, mais pour que nous prenions garde, nous qui marchons moins fidèlement qu’eux.

Malgré la faiblesse de son serviteur, le Seigneur se tint près de lui la nuit suivante et lui dit : « Aie bon courage ; car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent, à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome » (v. 11). Êtres faibles et souvent inconséquents, nous avons à faire à celui qui nous connaît et nous aime. « Il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière » (Psaume 103:14). Au lieu de lui reprocher sa manière d’agir, le Seigneur encourage son serviteur, accablé de maux et de tristesse. Il savait quel cœur il avait pour lui, pour son service et ses rachetés. C’est ce grand amour qui l’avait conduit entre les mains de ses ennemis. Il avait rendu témoignage à Jérusalem : il en ferait autant à Rome, où il alla en effet deux ans plus tard comme prisonnier, non des méchants, mais du Seigneur qui, au-dessus de la scène visible, dirigeait tout pour sa gloire et pour le bien de son serviteur ; il lui accorderait d’accomplir toute l’œuvre à laquelle il l’avait appelé. Grâce merveilleuse que celle d’être les objets d’un amour tel que celui du Seigneur Jésus ! Combien cela doit nous encourager à lui être fidèles, petits ou grands, car nous sommes tous à son service. Parce qu’il nous a rachetés, tout ce que nous faisons doit être fait pour Lui.

 

24.2                      Ch. 23 v. 12-22 — Un complot des Juifs

Remplis de haine pour Paul, comprenant sans doute que, devant un tribunal romain, ils n’obtiendraient pas sa mort, les Juifs s’engagèrent par serment, au nombre de quarante, à ne rien manger ni boire jusqu’à ce qu’ils l’eussent tué. Ils communiquèrent cette décision aux sacrificateurs et aux anciens, afin d’avoir leur concours pour exécuter leur criminel dessein : « Vous donc, maintenant, avec le sanhédrin, avertissez le chiliarque, pour qu’il le fasse descendre vers vous, comme si vous vouliez vous informer plus exactement de ce qui le regarde ; et, avant qu’il approche, nous sommes prêts pour le tuer » (v. 15). Ils ignoraient que le Seigneur avait dit à Paul, la nuit précédente, qu’il rendrait témoignage de lui à Rome. La vie de son serviteur était entre ses mains, non entre celles de ses ennemis. Si ces méchants avaient à leur disposition le sanhédrin des Juifs, le Seigneur employa un jeune garçon pour annuler leur projet. Un neveu de Paul ayant entendu parler de ce guet-apens, alla le rapporter à son oncle. Celui-ci appela un centurion et lui dit de conduire le jeune homme au chiliarque. Il lui révéla ce qui suit : « Les Juifs se sont entendus pour te prier que demain tu fasses descendre Paul devant le sanhédrin, comme si tu voulais t’enquérir plus exactement à son sujet. Toi donc n’y consens pas, car plus de quarante hommes d’entre eux lui dressent un guet-apens, lesquels se sont obligés par un serment d’exécration de ne manger ni ne boire jusqu’à ce qu’ils l’aient tué ; et ils sont maintenant prêts, attendant de toi la promesse » (v. 20, 21). Après avoir écouté avec bienveillance le neveu de Paul, le chiliarque le renvoya, en lui disant de ne rien divulguer. Il voulait agir selon sa propre responsabilité, sans que les Juifs vinssent compliquer son action, en apprenant par quel moyen leur complot avait été déjoué.

C’est le Seigneur qui inclina le cœur du chiliarque en faveur de Paul, car il aurait pu ne pas tenir compte de ce que lui disait ce jeune garçon, la vie d’un de ces Juifs, si difficiles à gouverner, n’avait pas d’importance pour un Romain. Mais le Seigneur de Paul était celui qui avait placé les Juifs sous l’autorité des gentils. Au-dessus de la scène visible, il dirigeait tout pour l’accomplissement de ses desseins. Il en va de même aujourd’hui. Si les chrétiens subsistent au milieu du monde, s’ils sont protégés par les autorités, c’est parce que Dieu les a établies. Malgré tous les efforts de Satan pour les renverser, il ne le pourra pas, parce que les enfants de Dieu sont encore ici-bas. L’Église enlevée, le Seigneur lâchera la bride au mal et des choses terribles se passeront dans ce monde où Satan exercera tout son pouvoir sur les hommes, puisqu’il ne sera plus bridé par la puissance de l’Esprit Saint, monté au ciel avec ceux qui attendent le Seigneur et tous les saints ressuscités.

 

24.3                      Ch. 23 v. 23-25 — Paul conduit à Césarée

Le chiliarque appela deux centurions et leur dit de préparer deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et deux cents porte-lances pour conduire Paul en sûreté à Césarée auprès du gouverneur Félix. Ils devaient se procurer des montures et se tenir prêts à partir dès qu’il ferait tout à fait nuit. Ainsi l’apôtre fut soustrait à la haine de ses ennemis et escorté par une véritable armée, comme un grand homme de ce monde ; il avait un grand prix pour son Seigneur qui dispose de tout pour faire ce qui lui est agréable. Il incline le cœur des rois à tout ce qui lui plaît (voir Prov. 21:1).

Le chiliarque écrivit à Félix pour lui expliquer pourquoi il lui envoyait ce prisonnier. Nous citerons en entier cette lettre, modèle de clarté et de concision : « Claude Lysias, au très excellent gouverneur Félix, salut ! Cet homme ayant été saisi par les Juifs et étant sur le point d’être tué par eux, je suis survenu avec la troupe et je l’ai délivré, ayant appris qu’il est Romain. Et voulant connaître le motif pour lequel ils l’accusaient, je l’ai fait descendre devant leur sanhédrin ; et j’ai trouvé qu’il était accusé touchant des questions de leur loi, mais qu’il n’était sous le coup d’aucune accusation qui méritât la mort ou les liens. Et ayant été averti des embûches que les Juifs allaient dresser contre cet homme, je te l’ai aussitôt envoyé, ayant donné l’ordre à ses accusateurs aussi de dire devant toi les choses qu’ils ont contre lui. Porte-toi bien » (v. 26-30).

Les soldats conduisirent Paul jusqu’à Antipatris, ville qui se trouvait à soixante-quatre kilomètres de Jérusalem et à quarante-cinq de Césarée. De là, les cavaliers continuèrent seuls. Ils remirent la lettre de Lysias au gouverneur et lui présentèrent Paul. Félix lui demanda de quelle province il venait, puisqu’il était Romain. Apprenant qu’il était de Cilicie, il lui dit : « Je t’entendrai à fond quand tes accusateurs aussi seront arrivés. Et il donna ordre qu’il fût gardé au prétoire d’Hérode » (v. 31-35). Paul avait passé son enfance à Tarse, capitale de la Cilicie et ville riche et populeuse.

 

25                  Chapitre 24

25.1                      Ch. 24 v. 1-21 — Apologie de Paul devant Félix

Cinq jours après l’arrivée de Paul à Césarée, les Juifs descendirent de Jérusalem pour l’accuser. Ils prirent avec eux un certain orateur, nommé Tertulle, dont le nom signifie « imposteur », pour soutenir leur accusation auprès de Félix. S’il faut un talent oratoire pour accuser un homme, cela signifie que les faits à sa charge ne suffisent pas pour convaincre les juges. Tertulle commença par des éloges flatteurs à l’adresse du gouverneur, éloges peu sincères de la part de ce peuple orgueilleux, toujours vexé d’être sous la domination romaine : « Puisque nous jouissons par ton moyen d’une grande tranquillité, et que par ta prévoyance des mesures excellentes sont prises en vue de cette nation, très excellent Félix, nous l’acceptons, en tout et partout, avec une entière gratitude. Mais afin de ne pas t’arrêter davantage, je te prie de nous entendre brièvement selon ta clémence... » (v. 3, 4).

Alors commença l’accusation, qui ne fit pas plus d’effet sur le gouverneur que les flatteries, car il connaissait le caractère juif. Tertulle insinua que Paul était une peste et qu’il excitait des séditions parmi les Juifs dans le monde entier. Cette imputation, si elle se vérifiait, risquait d’influencer le gouverneur, puisqu’il s’agissait de révolte, acte bien éloigné de la pensée de Paul qui avait écrit aux chrétiens de Rome : « Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle ; car il n’existe pas d’autorité, si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu » (Romains 13:1).

En second lieu, Tertulle accusa Paul d’être un meneur de la secte des Nazaréens, — nom que l’on donnait alors aux chrétiens — et qu’il avait tenté de profaner le temple. Cette accusation ne devait guère intéresser le gouverneur romain ; il n’y avait rien là de contraire aux lois romaines, ni rien qui dût amener du trouble, sinon celui que les Juifs provoquaient en s’opposant à Paul dans tous les lieux où il prêchait l’évangile. Tertulle reconnaît que le crime de profanation était du ressort des Juifs et qu’ils avaient voulu le juger selon leur loi ; mais, dit-il : « Lysias, le chiliarque, étant survenu, l’a emmené en l’arrachant d’entre nos mains avec une grande violence, donnant ordre que ses accusateurs vinssent auprès de toi ; et par lui tu pourras toi-même, en l’interrogeant, arriver à la pleine connaissance de toutes ces choses dont nous l’accusons ».

(v. 8, 9). — Tout est faux dans cette déclaration, malgré la confirmation alléguée par les Juifs. En réalité, Lysias avait fait conduire Paul à Césarée parce que les Juifs voulaient le tuer ; il l’avait soustrait à leurs mains criminelles sans violence, accomplissant un acte juste et humain pour éviter le meurtre d’un innocent. Ils disent que Félix arriverait à la pleine connaissance des choses dont ils l’accusaient ; c’est le contraire qui eut lieu, de même que devant son successeur Festus et le roi Agrippa (chap. 26:30-32).

Le gouverneur ayant fait signe à Paul de parler, celui-ci prononça son apologie avec la droiture que lui donnait sa bonne conscience devant Dieu et encouragé de le faire devant Félix, le sachant gouverneur des Juifs depuis plusieurs années. Il commença par dire que Félix pouvait connaître qu’il n’y avait pas plus de douze jours qu’il était monté pour adorer à Jérusalem ; qu’on ne l’avait trouvé, ni dans le temple disputant avec quelqu’un, ni dans la ville ; que ses accusateurs ne pouvaient soutenir leurs imputations ; mais qu’il servait le Dieu de ses pères ; qu’il croyait toutes les choses écrites dans la loi et les prophètes ; qu’il avait espérance en Dieu, espérance que les Juifs avaient aussi, qu’il y aura une résurrection tant des justes que des injustes (v. 10-15). Quant à ce que Paul avance comme objet de sa foi : la croyance en toutes les choses écrites dans la loi et les prophètes, l’espérance en Dieu et la résurrection, c’était ce que tout Juif faisait profession de croire. S’il n’y avait eu que cela pour les exciter contre Paul, ils l’auraient laissé tranquille ; mais toutes les vérités qu’il énumère impliquaient celles du christianisme auquel ils s’opposaient. La loi et les prophètes rendent témoignage à Christ ; il en est le grand sujet. Le Seigneur dit aux disciples qui allaient à Emmaüs : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les écritures, les choses qui le regardent » (Luc 24:25-27). Lorsque le Christ vint, ils ne l’écoutèrent pas et le crucifièrent. Mais il est ressuscité, et en vertu de sa mort et de sa résurrection, il a fait proclamer l’Évangile à toutes les nations ; voilà ce que les Juifs n’admettaient pas, comprenant bien que, mis de côté en tant que nation, comme pécheurs, il leur fallait le même Sauveur que les gentils qu’ils méprisaient, le Sauveur qu’ils avaient crucifié. Voilà pourquoi les Juifs haïssent l’apôtre Paul. Après avoir parlé de la résurrection, que tout Juif orthodoxe admettait, il leur en indique la conséquence pratique chez ceux qui y croient. Puisque tous doivent ressusciter, tant les justes que les injustes, c’est pour paraître devant Dieu, où il faudra voir, à la lumière divine, toutes les actions, bonnes et mauvaises, accomplies ici-bas, et en subir le jugement. Ceux qui auront cru au pardon des péchés par la mort du Sauveur, participeront à la résurrection de vie, parce qu’ils ont la vie par laquelle on peut faire le bien, comme le Seigneur le dit en Jean 5:29 ; ils jouiront dans le ciel d’un bonheur éternel. Ceux qui sont morts sans avoir cru au Seigneur Jésus, ressusciteront en résurrection de jugement et s’en iront dans les tourments éternels. C’est pourquoi Paul dit : « À cause de cela, moi aussi je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Il dit « moi aussi », parce que les Juifs qui l’accusaient prétendaient avoir part aux mêmes bénédictions que lui, du moment qu’ils étaient Israélites. Puisque le croyant doit aussi être manifesté devant le tribunal de Christ, ainsi que Paul le dit en 2 Cor. 5:10, il doit s’exercer à ne faire dans ce monde que des choses qui soient approuvées du Seigneur en ce jour-là. Ce n’est pas le bien qu’il fait qui le sauve, mais c’est parce qu’il est sauvé qu’il fait le bien.

Paul continua son discours en disant qu’après plusieurs années, durant lesquelles il avait annoncé l’évangile chez les gentils, il était venu pour faire des aumônes et des offrandes à sa nation, c’est-à-dire aux chrétiens de nation juive, en leur apportant les dons des assemblées de Macédoine et d’Achaïe. C’est alors qu’ils le trouvèrent purifié dans le temple sans attroupement et sans tumulte ; mais les Juifs d’Asie soulevèrent la foule et l’arrêtèrent (chap. 21:27, 28). Ce sont eux qui auraient dû être présents et accuser Paul, s’ils avaient quelque chose contre lui, ou bien les assistants pouvaient dénommer ses actes injustes lorsqu’il comparaissait devant le sanhédrin. Mais il ne fit entendre qu’un mot : « C’est pour la résurrection des morts que je suis... mis en jugement par vous » (v. 21), déclaration qui partagea la multitude et causa un tumulte tel que le chiliarque enleva Paul du milieu d’eux. Ainsi se termina cette comparution sans que les Juifs eussent gain de cause.

 

25.2                      Ch. 24 v. 22-27 — Paul et Félix

« Mais Félix, ayant plus exactement connaissance de ce qui regardait la voie, les ajourna, disant : Quand le chiliarque Lysias sera descendu, je prendrai connaissance de votre affaire » (v. 22). Gouverneur de la Judée depuis plusieurs années, sa femme étant Juive, Félix connaissait assez bien le judaïsme et le christianisme ; il comprenait donc qu’il n’y avait rien de grave dans les accusations portées contre Paul. Il ordonna au centurion « que Paul fût gardé, et qu’il eût quelque liberté, et qu’on n’empêchât aucun des siens de le servir » (v. 23), c’est-à-dire des disciples qui l’avaient suivi de Jérusalem, ou des frères de Césarée.

Quelques jours après, Félix, venu avec Drusille, sa femme, demanda à entendre Paul sur la foi en Christ qui distinguait précisément le christianisme du judaïsme. Les chrétiens croyaient en Jésus selon les Écritures, à sa mort expiatoire, à sa résurrection, à son exaltation dans la gloire et à toutes les glorieuses conséquences de ces vérités, tandis que les Juifs ne croyaient pas que Jésus fût le Christ annoncé par les prophètes. Mais la foi en Christ s’accompagne d’une marche pratique qui fait contraste avec celle de l’homme naturel, Juif ou gentil. C’est ce que Paul présenta aussi à Félix : il lui parla de la justice, de la tempérance et du jugement à venir (v. 24, 25). La justice, ici, est la justice pratique, savoir une marche qui convienne à Dieu ; on a dit qu’elle consiste en « l’absence du péché dans toutes nos voies ». La tempérance est la capacité de se gouverner soi-même pour demeurer dans ce qui est sain à tous égards, sans se laisser aller à ses goûts, ceux-ci risquant de dégénérer en passions qu’on ne peut plus maîtriser. Il faut être sobre dans les choses légitimes et naturelles ; ce qui dépasse la sobriété est péché. Le jugement à venir est, comme nous l’avons vu plus haut, la comparution devant Dieu, où les hommes rendront compte non seulement des grands péchés qu’ils auront commis, mais, dit le Seigneur en Matthieu 12:36 : « de toute parole oiseuse qu’ils auront dite ».

Entendant Paul discourir sur ces sujets, « Félix tout effrayé répondit : Pour le présent va-t’en ; quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ».  L’effroi de Félix s’explique. L’histoire nous apprend que la plupart de ces gouverneurs romains s’adonnaient à toutes sortes de péchés. Son effroi aurait pu lui être salutaire, car, s’il avait compris que sa conduite était loin d’être juste et que ce serait terrible de paraître devant Dieu en jugement, il pouvait apprendre aussi que Jésus était venu pour porter le jugement à la place de ceux qui se reconnaissaient coupables. Mais il ne fallait pas s’en aller ; la Parole aurait opéré dans son âme une repentance à salut pour l’amener à la jouissance du pardon de ses péchés. Ce travail de conscience fut arrêté chez Félix ; la lumière divine lui fit peur ; il comprit sur-le-champ que, s’il acceptait ce que Paul lui disait, cela comportait le changement de sa conduite et voulant encore jouir « des délices du péché » (Hébreux 11:25), il dit à Paul : « Pour le présent va-t’en ; quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». Il est à craindre que ce moment ne revint jamais. Il aurait dû profiter de celui qui se présentait à lui dans cette heure même où il entendait la voix de Dieu par Paul. « Voici, c’est maintenant le temps agréable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6:2). La Parole de Dieu ne dit jamais que demain est ce jour-là ; Satan seul l’affirme, car il admet bien qu’il faille être converti ; mais il dit que c’est assez tôt demain, ou plus tard, lorsqu’on aura joui de ses jeunes années. Celui qui prête l’oreille à de telles suggestions s’expose à entendre la voix de Dieu lui dire : « Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée » (Luc 12:20). Le raisonnement de Félix et de tous ceux qui en tiennent de semblables, est celui d’un insensé. C’est folie que de croire disposer du temps qui est au-devant de soi ; il n’appartient qu’à Dieu qui donne à chacun le présent, aujourd’hui, pour accepter le salut offert gratuitement. On a dit avec raison que « la route tout à l’heure, conduit à la ville jamais ».

Ce qui empêchait aussi Félix d’être atteint par la Parole que Paul lui présentait, était le motif intéressé qui le poussait à s’entretenir avec lui. Il venait à Paul dans l’espoir de recevoir de lui de l’argent, pour qu’il favorisât son élargissement. Il ne comprenait guère ce qu’est la justice. Il en avait si peu souci qu’il laissa Paul en prison pendant deux ans pour gagner la faveur des Juifs (v. 27), autre côté de son intérêt, car si Paul lui avait donné de l’argent, il ne se serait guère inquiété de plaire aux Juifs. Chacun sera jugé d’après les motifs qui le font agir.

 

26                  Chapitre 25

26.1                      Ch. 25 v. 1-12 — Festus et les Juifs

Au bout de deux ans, Félix eut pour successeur Porcius Festus. Trois jours après son arrivée, le nouveau gouverneur monta à Jérusalem. Les principaux des Juifs profitèrent de sa présence pour lui demander comme une grâce d’y faire venir Paul, afin d’accomplir leur projet antérieur (chap. 23). Festus ne trouva pas à propos de satisfaire leur désir ; il répondit que Paul serait gardé à Césarée, où lui-même allait bientôt se rendre. « Que les hommes influents parmi vous descendent donc avec moi, dit-il, et s’il y a quelque crime en cet homme, qu’ils l’accusent » (v. 1-5).

Environ une semaine plus tard, Festus quitta Jérusalem et vint à Césarée. Le lendemain, « s’étant assis sur le tribunal, il donna l’ordre que Paul fût amené ».  Les Juifs, qui s’étaient empressés de suivre le conseil de Festus, portèrent contre lui des accusations nombreuses et graves qu’ils ne pouvaient prouver, tandis que Paul se défendait en disant : « Je n’ai péché en rien, ni contre la loi des Juifs, ni contre le temple, ni contre César » (v. 7, 8).

Festus ne se préoccupant guère de ce qui était juste à l’égard d’un prisonnier juif, chercha, comme son prédécesseur, à gagner la faveur des Juifs et demanda à Paul s’il voulait monter à Jérusalem pour y être jugé de ces choses par devant lui (v. 9). S’il savait que les Juifs voulaient le tuer en chemin, cette proposition était une iniquité. Paul répondit : « Je suis ici devant le tribunal de César, où je dois être jugé. Je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais toi-même très bien. Si donc je leur ai fait tort, ou que j’aie fait quelque chose qui soit digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais si rien n’est vrai de ce dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux j’en appelle à César » (v. 10, 11). Il avait bonne conscience devant Dieu et devant tous ; aussi ses paroles respiraient-elles une fermeté et une persuasion propres à impressionner ses auditeurs, ou à les convaincre, si leur conscience avait été capable d’être atteinte. Mais foulée aux pieds par leur haine contre le Seigneur et son serviteur, elle était trop endurcie. N’ayant rien à attendre des Juifs ni de Festus, Paul en appela à César.

On comprend l’appel de Paul à César ; mais le Seigneur aurait pu aussi intervenir pour le délivrer et l’envoyer à Rome, comme il le lui avait dit. Cependant celui qui est au-dessus de tout dirigeait les circonstances pour accomplir sa volonté. Paul devait aller à Rome ; il y irait, libre ou prisonnier ; ce que le Seigneur voulait faire par son moyen se ferait. Sa détention à Rome nous a valu les épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens, aux Philippiens, à Philémon et aux Hébreux. La seconde épître à Timothée date de sa seconde réclusion. À vues humaines, la prédication de l’Évangile semblait gravement compromise ; mais, de sa prison, Paul écrivit aux Philippiens : « Or, frères, je veux que vous sachiez que les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’Évangile » (Philippiens 1:12 ; voir aussi les versets 13 à 18). Dieu fait tout travailler à sa gloire et au bien des siens.

 

26.2                      Ch. 25 v. 13-22 — Festus renseigne Agrippa

Quelques jours après la séance où Paul en appela à César, Agrippa et Bérénice vinrent saluer Festus. Celui-ci exposa au roi l’affaire de Paul, lui disant que Félix avait laissé un certain prisonnier au sujet duquel les principaux des Juifs avaient sollicité une sentence contre lui, lorsqu’il se rendit à Jérusalem ; mais il avait répondu que les Romains n’avaient pas la coutume de condamner quelqu’un avant que l’accusé eût eu l’occasion de se défendre devant ses accusateurs. Sitôt après son retour, les Juifs étaient venus et il avait fait comparaître Paul devant son tribunal. Mais, se tenant là, ils n’avaient avancé « aucune charge relativement aux choses que moi je supposais ; mais ils avaient contre lui quelques questions touchant leur culte religieux et touchant un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant » (v. 13-19). Festus reconnaissait qu’il n’avait pas affaire à un mauvais homme ; mais il ne se sentait pas capable de juger de son cas. Il s’agissait du culte des Juifs auquel il ne s’intéressait guère, et encore moins à cet homme mort que Paul affirmait être vivant. C’était bien au sujet de cet homme que s’élevait la plus grande difficulté, car s’ils avaient contre Paul, des questions touchant leur culte religieux, c’est que ce culte selon la loi, auquel ils tenaient tant, avait été remplacé par celui que Dieu le Père désirait, ainsi que le Seigneur le dit à la Samaritaine : « L’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent » (Jean 4:23). Ce culte, rendu à Dieu connu comme Père, avait remplacé celui de Jéhovah, le Dieu d’Israël, dont l’adorateur ne pouvait approcher librement. En vertu de l’œuvre de Christ à la croix, l’adorateur, purifié de tous ses péchés, est rendu propre pour jouir de la présence de Dieu son Père ; il s’approche sans crainte, le gentil aussi bien que le Juif, par la foi au Christ rejeté, que les Juifs méprisaient toujours.

Festus, en effet, ne pouvait rien comprendre aux difficultés relatives à un culte pareil, ni à l’importance qu’il y avait d’affirmer que Jésus était vivant, fait merveilleux, sur lequel reposent toutes les bénédictions du christianisme et celles auxquelles les Juifs auront part comme peuple terrestre, lorsque l’Église sera enlevée et qu’ils auront reconnu leur grave péché d’avoir mis à mort le Seigneur. Les Juifs s’opposaient si fortement à la vérité de la résurrection de Jésus, parce qu’elle fournissait la preuve de leur condamnation, Dieu ayant ressuscité celui qu’ils avaient haï et mis à mort. Au chap. 5, v. 28, ils disent aux apôtres : « Vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme ».  On voit en Matthieu 27:64, que les chefs du peuple redoutaient la résurrection de Jésus et ses conséquences. Non seulement ils scellèrent le sépulcre, mais, lorsqu’il fut évident que Christ était ressuscité, ils payèrent les gardes qui avaient constaté cette résurrection pour qu’ils dissent que ses disciples avaient dérobé son corps pendant leur sommeil. « Cette parole s’est répandue parmi les Juifs jusqu’à aujourd’hui » (Matthieu 28:11-15). Ainsi ce peuple portait les deux grands caractères de Satan : meurtre et mensonge.

En entendant le récit de Festus, Agrippa lui dit : « Je voudrais bien moi-même aussi entendre cet homme. Demain, dit-il, tu l’entendras » (v. 22). Hérode Agrippa était un fils du roi Hérode, frappé par un ange alors qu’il haranguait le peuple à Césarée, parce qu’il avait accepté l’hommage dû à Dieu seul (chap. 12:23). Bien que d’origine iduméenne, il avait, paraît-il, superficiellement embrassé le judaïsme, comme ses prédécesseurs et comprenait mieux que Festus ce que Paul disait.

 

26.3                      Ch. 25 v. 23-27 — Festus présente Paul à Agrippa

« Le lendemain donc, Agrippa et Bérénice étant venus en grande pompe, et étant entrés dans la salle d’audience avec les chiliarques et les principaux de la ville, Paul, sur l’ordre de Festus, fut amené » (v. 23). Paul est introduit devant cette assemblée des grands de ce monde pour rendre le témoignage dont le Seigneur avait parlé à Ananias (chap. 9:15). Pour Dieu il était le plus grand, le plus illustre de tous, comme l’ambassadeur de Celui qui apparaîtra un jour au monde comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, pour détruire ses ennemis et établir son règne de justice et de paix. Mais à cause du triste état dans lequel se trouve le monde à la suite du rejet de ce Roi, son grand envoyé apparaît sous la forme d’un prisonnier. Malgré cela, conscient de la dignité de sa position, il souhaite à Agrippa et à tout son auditoire de lui être semblable « hormis ces liens ». Enfant de Dieu et cohéritier de Christ, le chrétien doit toujours se rendre compte de la haute position que la grâce lui a faite. Il régnera un jour avec Christ sur la terre et sera éternellement avec lui dans la gloire. Jusque-là, il n’a aucun droit à faire valoir ici-bas, parce que son Seigneur est au ciel, rejeté de ce monde. La conscience de sa position élevée le rend humble ; il la possède par grâce, et ainsi il portera les caractères du Seigneur qui, ayant eu toujours conscience de sa grandeur, puisqu’il était Dieu, fut l’Homme parfaitement humble de cœur, accessible à tous, manifestant toujours la grâce et l’amour.

Festus présenta Paul à cette illustre compagnie, comme l’accusé dont les Juifs voulaient la mort, mais en qui il n’avait rien trouvé qui la méritât. Comme il en avait appelé lui-même à César Auguste, Festus devait l’envoyer à l’empereur ; mais, n’ayant rien de précis à écrire à son sujet, il l’avait amené devant tous, et tout particulièrement devant Agrippa, afin que, interrogé par lui, il pût se renseigner sur son compte (v. 24-27). Cette comparution, comme aussi celle qu’il subit à Rome, manifesta la non-culpabilité de Paul : « Mes liens sont devenus manifestes comme étant en Christ, dans tout le prétoire et à tous les autres » (Phil. 1:13). Il était prisonnier pour le Seigneur et non pour avoir commis des crimes.

 

27                  Chapitre 26

27.1                      Ch. 26 v. 1 à 32 — Apologie de Paul devant Agrippa

Lorsque Paul reçut la permission de parler, il commença en disant : « Je m’estime heureux, roi Agrippa, de ce que, au sujet de toutes les choses dont je suis accusé par les Juifs, je dois faire mon apologie aujourd’hui devant toi, surtout parce que tu es au fait de toutes les coutumes et questions qui existent parmi les Juifs ; c’est pourquoi je te prie de m’écouter avec patience » (v. 1-3). Heureux de se trouver devant un auditoire qui ne lui était pas hostile comme les Juifs du chap. 23, il saisissait avec joie l’occasion de présenter la vérité devant un roi et sa cour.

Il rappelle sa manière de vivre dès sa jeunesse, telle que les Juifs la connaissaient et dont ils pouvaient rendre témoignage, car il avait été pharisien, pratiquant méticuleusement le culte juif. S’il comparaissait en jugement, c’était pour « l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères, à laquelle nos douze tribus, en servant Dieu sans relâche nuit et jour, espèrent parvenir ; et c’est pour cette espérance, ô roi, que je suis accusé par les Juifs » (v. 4-7). Il répète ici, en partie, son discours devant Ananias (chap. 23:7). Quelle est l’espérance de la promesse de Dieu à Israël ? C’est Christ, annoncé par les prophètes, pour introduire ce peuple dans le beau règne dont ils avaient tous parlé et dont les douze tribus jouiront. Ce Christ promis est venu ; mais il a été rejeté, ce qui a fait renvoyer à plus tard la jouissance des bénédictions annoncées à ce peuple que Paul considérait toujours selon les pensées de Dieu et non dans le triste état dans lequel il se trouvait, haïssant Christ et les siens, et divisé depuis le règne de Roboam, fils de Salomon. En effet, les Juifs du temps du Seigneur, de même que ceux que nous connaissons aujourd’hui, descendaient du royaume de Juda, formé des tribus de Juda et de Benjamin, revenu de la captivité de Babylone sous Esdras pour recevoir le Messie. Les dix tribus qui formaient le royaume d’Israël, avec Samarie pour capitale, avaient été transportées en Assyrie cent quinze ans avant la captivité de Juda. Elles ne sont jamais revenues. Confondues avec les peuples d’orient, elles rentreront dans le pays après la venue du Seigneur en gloire, pour ne former qu’un seul peuple durant le règne de Christ, selon la pensée de Dieu que la foi a toujours reconnue.

Quand le peuple, divisé, vivait dans l’idolâtrie, Élie bâtit un autel composé de douze pierres, « selon le nombre des fils de Jacob, auquel vint la parole de l’Éternel, disant : Israël sera ton nom » (1 Rois 18:31). Paul s’exprime comme il le fait aux versets 6 et 7, parce qu’il reconnaît, comme Élie, le peuple selon la pensée de Dieu. Il en est de même aujourd’hui, relativement à l’Église. La chrétienté professante est dans un triste état ; c’est le monde. Mais elle renferme les vrais croyants ; ils reconnaissent que la vraie Église, ou Assemblée, se compose de tous ceux qui sont nés de nouveau ; que cette Église est une, malgré la dispersion des enfants de Dieu entre les diverses sectes. Ceux qui agissent selon les enseignements de la Parole de Dieu se réunissent autour du Seigneur et prennent la cène à sa Table où l’unité du corps de Christ est exprimée, lors même qu’ils ne seraient que quelques-uns à l’entourer. La foi reconnaît toujours les choses comme Dieu les a établies, malgré la confusion et le désordre qui résultent de l’infidélité de l’homme.

Le motif de sa comparution établi, Paul continue : « Pourquoi, parmi vous, juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite des morts ? » (v. 8). Tout ce qu’il allait présenter reposait sur le grand fait de la résurrection du Seigneur. Il semble qu’Agrippa soutenait les sadducéens, favorables au gouvernement et négateurs de la résurrection. C’est pourquoi Paul tient à relever, dès le début, l’importance de cette vérité fondamentale du christianisme. Il continue en disant qu’il avait pensé qu’il fallait « faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen » ; comment il avait fait souffrir les saints ; comment, en les punissant, il les contraignait à blasphémer ; comment, transporté de fureur, il les persécutait jusque dans les villes étrangères. Puis, comment il avait été arrêté sur le chemin de Damas, où, jeté à terre sous l’effet d’une lumière plus éclatante que celle du soleil, il avait entendu la voix du Seigneur lui dire en hébreu : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? » Et il ajouta, ce qu’il n’avait pas dit dans son précédent discours sur sa conversion : « Il t’est dur de regimber contre les aiguillons » (v. 14). Ces paroles font comprendre que Paul résistait à la voix de sa conscience, par laquelle Dieu lui parlait. Lorsqu’il persécutait les saints, en voyant leur attitude dans les souffrances et le témoignage qu’ils rendaient, elle avait pu être atteinte, comme ce fut le cas plus tard pour plusieurs persécuteurs des chrétiens. Les hommes redoutaient tellement leur témoignage puissant qu’en conduisant les martyrs au supplice, on les bâillonnait pour les empêcher de parler ; car la Parole de Dieu est comme un aiguillon qui atteint la conscience la plus endurcie.

Le Seigneur arrêta soudainement Saul dont il voulait employer la grande énergie et toutes les belles qualités à son service d’amour. Après avoir été terrassé et avoir entendu la voix du Seigneur, Saul dit : « Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi, et tiens-toi sur tes pieds : car je te suis apparu afin de te désigner pour serviteur et témoin, et des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles je t’apparaîtrai, en te retirant du milieu du peuple et des nations vers lesquelles moi je t’envoie pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière, et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés, par la foi en moi » (v. 16-18).

Dans le v. 18, le Seigneur énumère cinq buts du ministère de Paul : 1° Il doit ouvrir les yeux des nations en leur présentant la Parole ; 2° pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière, que cette Parole ferait briller devant leurs yeux ; 3° pour les soustraire au pouvoir de Satan et les amener à Dieu ; 4° pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés ; 5° pour avoir une part avec ceux qui sont sanctifiés, c’est-à-dire tous ceux qui ont été mis à part selon les conseils de Dieu en grâce. Tous ces faits merveilleux seraient obtenus « par la foi en moi », en celui que Saul avait persécuté et que le monde hait. Nous trouvons un résumé du sujet en Col. 1:12-14. « Rendant grâces au Père qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière ; qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés ». Oeuvre merveilleuse accomplie au milieu de ces peuples idolâtres auxquels Paul porta ce message de lumière et d’amour !

Comme le Seigneur le lui a dit, il lui apparut plusieurs fois pour lui révéler ces glorieuses vérités. On remarque aussi qu’il lui dit qu’il le retirait du milieu du peuple et des nations vers lesquelles il l’envoyait. Il le mettait entièrement à part de tout. Paul était un ambassadeur pour Christ (2 Cor. 5:20). Un ambassadeur n’appartient pas au pays où il accomplit sa mission ; il y représente son souverain. Paul était dès lors du ciel, un envoyé spécial du Seigneur ; mais chaque croyant, quoiqu’il ne soit pas apôtre, est aussi du ciel, étranger dans ce monde. Pour lui, il n’y a ni Juif, ni Grec, ni circoncision, ni incirconcision, ni barbare, ni Scythe (Col. 3:11). Ce qui le caractérise, c’est Christ dont il a la vie.

Après avoir dépeint cette vision et avoir placé devant son auditoire le but de son appel par le Seigneur, Paul dit : « Ainsi, ô roi Agrippa, je n’ai pas été désobéissant à la vision céleste ; mais j’ai annoncé premièrement à ceux de Damas, et à Jérusalem, et à tout le pays de la Judée, et aux nations, de se repentir et de se tourner vers Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance » (v. 19, 20). Paul, en effet, a été prompt à obéir : « Quand il plut à Dieu,… de révéler son Fils en moi,... aussitôt, je ne pris pas conseil de la chair ni du sang » (Gal. 1:15, 16). Au lieu d’aller à Damas faire prisonniers les chrétiens de cette ville, il fut compté au nombre des disciples de Christ et commença à prêcher qu’il fallait se repentir et se tourner vers Dieu. La repentance, œuvre intérieure, amène à renoncer à la mauvaise voie suivie jusque-là et se prouve par des faits qui en sont les fruits, démontrant la réalité de l’œuvre de Dieu dans le cœur et la conscience. Jean le Baptiseur le disait à ceux qui venaient à lui : « Produisez donc du fruit qui convienne à la repentance » (Matthieu 3:8). Il ne suffit pas de dire : « Je suis converti ».  Il faut le prouver par une marche qui découle de la vie que l’on a reçue, car personne ne peut lire dans le cœur pour voir ce qui s’y est passé. Notre entourage doit voir des œuvres qui manifestent la réalité de la foi. On entend souvent dire par des enfants de chrétiens qu’ils sont sauvés, mais on ne voit pas de changement dans leur conduite. Le Seigneur dit : « On connaît l’arbre à son fruit ». Pour qu’une plante porte du fruit, il faut la soigner, l’arroser ; cette œuvre s’accomplit chez le croyant au moyen de la Parole et de la prière. Par ces deux moyens, la vie de Dieu se développe et se montre. Un enfant sera plus obéissant, il accomplira plus consciencieusement ses devoirs, quels qu’ils soient. On le verra chercher à se corriger de ses défauts avec le secours que Dieu lui donne au moyen de la Parole et de la prière.

Voyant Paul exécuter fidèlement sa mission, les Juifs cherchèrent à le tuer ; mais, dit-il : « Ayant reçu le secours qui vient de Dieu, me voici debout jusqu’à ce jour, rendant témoignage aux petits et aux grands, ne disant rien d’autre que ce que les prophètes et Moïse ont dit devoir arriver, savoir qu’il fallait que le Christ fût soumis aux souffrances, et que, le premier par la résurrection des morts il devait annoncer la lumière et au peuple et aux nations » (v. 22, 23). Ainsi, pour trouver Paul en défaut, il eût fallu annuler la Parole de Dieu, dont le grand sujet est Christ, son œuvre et tous ses résultats merveilleux, qui se montreront, pour la terre, dans le règne glorieux du Seigneur, et pour le ciel dans une éternité de gloire. Mais pour jouir de ce que cette Parole nous donne, il faut la croire telle qu’elle est écrite et ne pas chercher en elle ce qui plaît au cœur naturel, comme les Juifs le faisaient, ce qui égare et jette de l’obscurité sur elle. Que de maux les vrais croyants ont endurés, que de sang a été répandu, avec la Parole en mains, par ceux qui l’expliquaient à leur façon, remplis de haine pour ceux qui, la recevant dans sa simplicité, étaient les vrais chrétiens ! Que d’erreurs dans les temps actuels, même au milieu de vrais chrétiens, qui ne croient pas simplement ce qu’elle dit et cherchent à l’ajuster à leurs propres pensées.

En entendant parler de choses tellement au-dessus de sa portée, Festus s’écria : « Tu es hors de sens, Paul ; ton grand savoir te met hors de sens » (v. 24). En effet, Paul avait un grand savoir ; il parlait des choses profondes de Dieu, que la sagesse humaine est incapable de comprendre, tandis qu’elles sont révélées aux petits enfants, c’est-à-dire à celui qui croit comme un petit enfant. « L’homme animal ne reçoit pas les choses... de Dieu, car elles lui sont folie » (1 Corinthiens 2:14). Mais si « le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient » (1 Corinthiens 1:21). Car Dieu veut accomplir ses pensées de grâce.

Paul répondit à Festus : « Je ne suis point hors de sens, très excellent Festus, mais je prononce des paroles de vérité et de sens rassis : car le roi a connaissance de ces choses, et je parle hardiment devant lui, car je suis persuadé qu’il n’ignore rien de ces choses : car ceci n’a point été fait en secret » (v. 25, 26). Roi de ces contrées depuis un certain temps, Agrippa savait ce qui s’y était passé, et comme il professait le judaïsme, il avait une certaine connaissance qui manquait à Festus. Il était d’un caractère plutôt conciliant. Paul lui dit : « Ô roi Agrippa ! crois-tu aux prophètes ? Je sais que tu y crois. Et Agrippa dit à Paul : Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien » (v. 27, 28). On sent le roi un peu gêné par cette déclaration de Paul en présence d’un pareil auditoire. Comme la note du verset 28 le fait comprendre, « tu me persuaderas bientôt d’être chrétien », a le sens de : « tu me fais chrétien en bien peu de temps » ; ce qui était compromettant devant cet auditoire païen. Alors, conscient de la grâce merveilleuse que Dieu lui avait faite et de sa supériorité sur tous ceux qu’il avait devant lui. Paul répondit au roi : « Plût à Dieu que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens » (v. 29).

Jouissant de cette faveur d’être enfant de Dieu, possédant cette relation bénie avec Dieu le Père, ayant la gloire en perspective, délivré d’un monde plongé dans les ténèbres, hors du pouvoir de Satan, comment ne pas souhaiter que tous possédassent de si grands privilèges ? Paul ne désirait pas pour eux les liens, quoiqu’ils n’ôtassent rien au bonheur qui remplissait son cœur. Le roi et sa suite ne savaient pas qui ils avaient devant eux comme prisonnier et moins encore qui le soutenait dans son témoignage.

S’ils ne l’ont pas appris ici-bas, ils le sauront un jour, alors qu’il sera trop tard pour profiter de la grâce dont Paul était le grand héraut. Mais nous pouvons supposer que le Seigneur accomplit son œuvre dans plusieurs de ceux qui entendirent le message de l’apôtre.

La séance terminée, le roi se retira avec les assistants. Ils émirent cet avis : « Cet homme ne fait rien qui soit digne de mort ou de liens. Et Agrippa dit à Festus : Cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en avait appelé à César » (v. 30-32). L’innocence de Paul est reconnue, comme celle du Seigneur l’avait été par Pilate ; mais ni l’un ni l’autre n’a été relâché, pour des motifs fort différents. Le Seigneur se livrait lui-même pour accomplir l’œuvre que son Père lui avait donné à faire, l’œuvre de notre salut. Quant à Paul, il en avait appelé à César. Cependant il allait aussi à Rome pour accomplir l’œuvre de Dieu. Mais il ressemblait en bien des points à son divin Maître et, dans ce chemin de douleur, jouissait de sa communion comme peu en ont joui, ainsi que le témoignent les épîtres qu’il écrivit pendant sa captivité à Rome.

 

28                  Chapitre 27

28.1                      Ch. 27 v. 1-8 — Départ pour Rome

Le départ pour l’Italie décidé, Paul et d’autres prisonniers furent remis à un centurion nommé Jules, qui faisait partie de la cohorte Auguste, unité de l’armée romaine portant le nom du célèbre empereur. On les embarqua sur un navire d’Adramytte, port de l’Asie Mineure. Aristarque de Thessalonique accompagnait Paul ; nous l’avons déjà vu avec l’apôtre à Éphèse (chap. 19), puis en Macédoine. Il paraît avoir été prisonnier à Rome, puisque l’apôtre l’appelle son compagnon de captivité en écrivant aux Colossiens (chap. 4:10), et aussi son compagnon d’œuvre, dans l’épître à Philémon. Sans doute plusieurs frères accompagnaient Paul, entre autres Luc, l’auteur du livre des Actes. Le navire, devant faire escale aux ports de la côte d’Asie, aborda le lendemain à Sidon. Le centurion qui traitait Paul avec humanité, est-il dit au verset 3, lui permit d’aller avec ses compagnons voir leurs amis, afin de bénéficier de leurs soins. De là, ils partirent pour Chypre, les vents étant contraires, ils voguèrent à l’abri de cette île et arrivèrent à Myra, port situé au sud-ouest de l’Asie Mineure. Leur navire devant continuer sa course vers le nord, ils le quittèrent pour prendre un bateau d’Alexandrie qui allait en Italie. À cause du vent défavorable, le navire côtoya la Crète et atteignit avec peine Beaux-Ports, près d’une ville nommée Lasée.

 

28.2                      Ch. 27 v. 9-44 — De l’île de Crète à Malte

La saison était avancée. À cette époque, on ne naviguait guère en hiver, car les voiliers étaient incapables de lutter contre les tempêtes de la saison. Il est dit (v. 9) que le jeûne était passé : il correspondait à la fête des propitiations, qui avait lieu le septième mois de l’année juive, en sorte que l’on se trouvait au mois d’octobre ou de novembre. En considérant les dangers de la navigation, Paul conseilla aux matelots de passer l’hiver dans le port où ils se trouvaient ; il les avertit que la traversée risquait de causer de sérieux dommages non seulement au chargement et au navire, mais aussi à leurs vies. Mais le centurion se fiait plus au pilote et au capitaine qu’à Paul. Comme le port n’était pas commode pour hiverner, ils résolurent de partir pour Phénice, autre port de Crète, afin d’y passer l’hiver.

Ces hommes ne connaissaient pas l’importance de ce prisonnier qui allait à Rome comme serviteur de Dieu et non comme malfaiteur ; ils ne pensaient pas que sa parole eût la valeur de la parole de Dieu, car il leur parlait de sa part. Ils l’apprirent plus tard, lorsque tout ce que Paul avait prévu arriva. Le vent du midi soufflait doucement, ce qui leur était favorable et paraissait leur donner raison. Mais peu après, un vent violent descendit de l’île à l’abri de laquelle ils pensaient voyager. Ne pouvant plus lutter, ils laissèrent aller le navire à la dérive et furent emportés. Toutes les mesures de sûreté n’apportèrent aucune amélioration à leur sort et ils craignirent d’être emportés sur les bancs de sables de la Syrte, grand golfe au nord de l’Afrique, dans la direction duquel le vent les chassait. Ils descendirent les agrès supérieurs du navire (*). Le lendemain, ils jetèrent à la mer une partie de la charge, et le troisième jour le reste des agrès, afin d’alléger le bâtiment. Les jours s’écoulaient sans changement, durant lesquels, dit l’écrivain des Actes, « il ne parut ni soleil ni étoiles » ; tout espoir de salut s’évanouit.

 

(*) Les agrès sont tous les objets qui font partie de la mâture d’un bâtiment : voiles, cordages, vergues, etc.

 

Quand l’homme est à bout de ressources, parce qu’il n’a pas écouté la voix de la sagesse, Dieu peut intervenir. La vie de l’équipage et des passagers était entre ses mains et tout particulièrement son serviteur Paul qu’il envoyait à Rome. C’est lui qui sera écouté, maintenant que la sagesse de ceux auxquels le centurion se fiait « est venue à néant » (voir Ps. 107:27).

Après avoir été longtemps à jeun, « Paul, se tenant debout au milieu d’eux, dit : Ô hommes, vous auriez dû m’écouter, et ne pas partir de Crète, et éviter ces avaries et ce dommage. Et maintenant je vous exhorte à avoir bon courage ; car on ne fera la perte de la vie d’aucun de vous, mais seulement du navire. Car un ange du Dieu à qui je suis et que je sers, est venu à moi cette nuit, disant : Ne crains point, Paul : il faut que tu comparaisses devant César ; et voici, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi. C’est pourquoi, ô hommes, ayez bon courage ; car je crois Dieu, et je sais que la chose arrivera comme il m’a été dit. Mais il faut que nous soyons jetés sur quelque île » (v. 21-27). De tous ceux qui se trouvaient à bord, aucun ne pensait qu’au milieu d’eux se trouvait un homme en relation avec le ciel et auquel un ange était apparu au milieu de la tempête. Insignifiant comme un prisonnier pouvait l’être, c’est de lui que tous dépendaient. « Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi », lui avait dit l’ange. Quel contraste avec un autre homme, aussi un serviteur de Dieu, au milieu d’une tempête sur les mêmes eaux, alors que tout espoir de sauver le navire était perdu. Le salut commun dépendait aussi de lui, mais par un tout autre moyen. Il s’agit de Jonas, le prophète, qui fuyait de devant l’Éternel, afin de ne pas s’acquitter du message adressé par lui à Ninive. Ayant désobéi, il comprend qu’il est la cause de cette tempête et indique lui-même le moyen de l’arrêter. Il faut le jeter à la mer. Paul, au contraire, était dans le chemin de Dieu, envoyé à Rome pour rendre témoignage devant l’empereur et les grands de ce monde, ainsi que le Seigneur l’avait dit à Ananias au chap. 9:15. De tels faits, et tant d’autres dans la Parole, nous font voir que ce qui importe pour un serviteur de Dieu, comme pour tout croyant, c’est d’obéir, dès que l’on connaît la volonté de Dieu. Ils nous montrent aussi que ce qui importe pour Dieu ici-bas, ce sont ceux qui lui appartiennent. Les hommes ne pensent pas que de grands événements, provoqués en apparence par une cause toute naturelle, le sont en réalité par un racheté du Seigneur, et en tout cas par la volonté de Dieu qui a toujours des raisons pour agir comme il le trouve bon.

Lorsque vint la quatorzième nuit de ce terrible voyage, le navire errait sur la mer Adriatique, dirigé, par celui qui commande aux vents et à la mer, vers l’ouest plutôt que vers les côtes de l’Afrique. Pensant qu’ils approchaient de la terre, les matelots jetèrent la sonde et trouvèrent vingt brasses de profondeur, un peu plus loin quinze brasses. Craignant que le navire ne donnât contre un écueil, ils l’immobilisèrent au moyen d’une ancre. Ensuite ils descendirent la chaloupe à la mer, sous prétexte d’aller jeter plus loin les ancres de la proue, mais avec l’intention de s’enfuir. Alors Paul dit au centurion et aux soldats : « Si ceux-ci ne demeurent pas dans le navire, vous ne pouvez être sauvés » (v. 31). En entendant cela, les soldats coupèrent les cordes de la chaloupe qui tomba à la mer. En attendant le jour, Paul les exhorta à prendre de la nourriture, « car », dit-il, « cela est nécessaire pour votre conservation ; car pas un cheveu de la tête d’aucun de vous ne périra » (v. 33, 34).

Ces exhortations de Paul nous fournissent un enseignement, tant celles relatives aux matelots qui devaient rester dans le navire pour le salut de tous, que celles qui concernent la nécessité de prendre de la nourriture.

Dieu place à la disposition de chacun les moyens d’existence et de conservation. Les matelots ayant pour métier tout ce qui touche à la marche et à l’entretien d’un navire avaient donc la responsabilité du bateau ; à eux de faire leur service. C’est pourquoi Paul leur enjoint de rester à bord. Dieu peut accomplir des miracles quand Il le trouve à propos ; mais tant que nous avons à notre disposition les moyens qu’Il nous a donnés pour nous en servir, nous devons en user. Il en va de même pour la nourriture. Un homme ne peut vivre sans manger et Dieu a pourvu à la nourriture dont il a besoin. Comme elle ne manquait pas dans ce navire, ils avaient à la consommer, il est probable que, venant d’Alexandrie en Égypte, il transportait du blé, ce que confirme le verset 38. On ne peut dire que Dieu nous garde lorsque nous nous exposons au danger. Si c’est par obéissance que nous avons à le faire, nous pouvons compter sur Dieu sans crainte. Le Seigneur nous exhorte à ne pas nous mettre en souci pour la vie, ni de ce que nous mangerons ou boirons, ni de quoi nous serons vêtus ; notre Père sait que nous avons besoin de ces choses, il y pourvoira (lire Matthieu 6:24-34). Mais comment le fait-il ? Normalement c’est par le travail de nos mains. Nous ne pouvons pas compter sur Dieu et ne rien faire. S’il juge à propos de nous retirer le travail ou la capacité de travailler, il faut compter sur sa fidélité ; il interviendra par ses moyens à Lui. Il est bon d’être exercé à dépendre de Lui seul en recherchant premièrement son royaume et sa justice, comme le Seigneur le dit dans les passages cités plus haut. Paul avait donc raison de dire, en exhortant les matelots à prendre de la nourriture, que c’était nécessaire à leur conservation, puisque Dieu conserve ses créatures en leur fournissant les aliments et les moyens de les obtenir.

Lorsque Paul eut exhorté à manger, il prit du pain et rendit grâces à Dieu devant tous ; et, l’ayant rompu, il se mit à manger. Et ayant tous pris courage, eux aussi prirent de la nourriture. « Or nous étions en tout dans le navire deux cent soixante-seize personnes » (v. 35-37). Ensuite ils jetèrent le froment à la mer pour alléger le bâtiment. Le jour venu, ils se trouvèrent en face d’une terre qu’ils ne connaissaient pas. Ils aperçurent une baie, bordée d’une plage sur laquelle ils résolurent de faire échouer le navire si possible. Pour cela, ils coupèrent les câbles des ancres et laissèrent libre le gouvernail, puis mirent au vent la voile d’artimon (celle qui est le plus en arrière). Ainsi, poussé par les vagues vers la côte, le navire s’échoua. La proue engagée dans la plage demeura immobile, tandis que la poupe se rompait. Craignant que les prisonniers ne s’enfuient, les soldats proposèrent de les tuer ; mais le centurion, voulant sauver Paul, les en empêcha. Il ordonna à ceux qui savaient nager de se jeter les premiers à la mer pour gagner la terre ; aux autres d’utiliser des planches et des débris du navire. Ainsi, tous parvinrent à terre sains et saufs, comme Paul le leur avait dit.

 

29                  Chapitre 28

29.1                      Ch. 28 v. 1-10 — Arrivée à Malte

Les naufragés apprirent que l’île s’appelait Malte. Ils furent bien accueillis par les indigènes qui firent un grand feu pour les réchauffer et sécher leurs vêtements, car il faisait froid et la pluie tombait toujours. Paul ne demeura pas oisif ; il ramassait des branches sèches pour alimenter le feu, il s’y trouva une vipère qui s’attacha à sa main lorsqu’elle sentit la chaleur. Voyant cela, les barbares dirent : « Assurément, cet homme est un meurtrier, puisque, après avoir été sauvé de la mer, Némésis (déesse de la justice vengeresse), n’a pas permis qu’il vécût » (v. 4). Mais Paul ayant secoué sa main, la vipère tomba dans le brasier et il n’en souffrit aucun mal, tandis que les indigènes s’attendaient à le voir enfler et mourir subitement. Comme il n’en était rien, leurs sentiments changèrent à son égard et ils dirent qu’il était un dieu. Dieu permit cette circonstance pour signaler son serviteur au milieu des prisonniers de tous genres qui étaient avec lui.

Près de là se trouvait la propriété de Publius, appelé « le premier de l’île », titre que portait le gouverneur romain. Il « les » reçut avec beaucoup de bonté et les logea pendant trois jours ; il s’agit probablement de Paul et de ses compagnons. Le beau-père de ce Publius souffrait de la fièvre et de la dysenterie ; Paul alla le voir, pria, lui imposa les mains, et il fut guéri. Aussitôt tous les malades de l’île accoururent et obtinrent la guérison.

Événement merveilleux, pour ces pauvres païens, que les conséquences de ce naufrage ! Dieu manifestait sa puissance en délivrance au milieu d’eux. C’est intéressant de voir là un exemple de la puissance de Dieu en activité pour délivrer les hommes des conséquences du péché : Satan vaincu, représenté par le serpent jeté dans le feu, et les malades guéris. Lorsque le Seigneur envoya ses disciples, « Il leur donna autorité sur les esprits immondes pour les chasser, et pour guérir toute maladie et toute langueur » (Matt. 10:1). Sans être un dieu, mais supérieur à ce que les hommes appelaient une divinité, Paul était le serviteur du vrai Dieu qui, par son moyen, déployait sa puissance en faveur de ses créatures, toutes soumises aux conséquences du péché. Nous ignorons les effets de ces miracles sur le peuple, et si Paul prêcha l’évangile ; mais nous avons tout lieu de croire qu’il le fit. Dieu ne veut pas seulement délivrer les hommes des maux dont ils souffrent ici-bas ; il veut les sauver pour l’éternité. Paul leur tint sans doute un langage semblable à celui qu’il adressait aux habitants de Lystre, lorsqu’ils voulaient lui sacrifier, le prenant pour Mercure et Barnabas pour Jupiter : « Nous vous annonçons que de ces choses vaines vous vous tourniez vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, et la terre, et la mer et toutes les choses qui y sont » (Actes 14:15). Et à ceux d’Athènes : « Dieu, ayant passé par-dessus les temps de l’ignorance, ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ; parce qu’il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes 17:30, 31). Comme résultats de l’activité de Paul à Malte, il est seulement dit : « Ceux-ci nous firent aussi de grands honneurs, et à notre départ nous fournirent ce qui nous était nécessaire » (v. 10). Dans cette reconnaissance, il pouvait y avoir non seulement quelque chose de naturel de la part de gens qui avaient bénéficié de la bonté de Paul, mais aussi des fruits de la vie de Dieu qui se manifeste par l’amour. Car Paul ne resta pas inactif durant les trois mois de leur séjour dans l’île.

Les pleins résultats de l’activité de la grâce de Dieu dans ce monde ne nous sont pas révélés ici-bas, Dieu travaille pour sa propre gloire et nous en verrons les résultats merveilleux au ciel, dans ce jour où il sera dit : « Qu’est-ce que Dieu a fait ? » (Nomb. 23:23). Cette connaissance suscitera alors chez tous les louanges éternelles et l’adoration, louanges déjà produites ici-bas, dans une mesure, par ce que nous pouvons connaître du travail de la grâce de Dieu envers nous et dans le monde.

La lecture de la Bible suggère beaucoup de choses que nous aimerions savoir. Mais elle contient tout ce qui nous fait connaître notre Sauveur et Seigneur et par Lui notre Dieu et Père, ainsi que tous nos privilèges présents et éternels. Elle nous donne aussi toute la lumière dont nous avons besoin pour marcher au milieu de ce monde sur les traces de notre Modèle parfait, notre Seigneur Jésus Christ, en attendant son retour.

 

29.2                      Ch. 28 v. 11-16 — De Malte à Rome

Un navire d’Alexandrie, les Dioscures (nom mythologique), qui avait hiverné à Malte, partait à destination de Rome et prit à bord Paul et ses compagnons de voyage. Ce navire avait un capitaine plus sage que celui qui amena Paul jusque-là, puisque, dans l’antiquité, on ne naviguait pas en hiver. Le premier port qu’il toucha fut Syracuse en Sicile, où il stationna trois jours, puis il aborda à Rhegium, à l’extrémité sud de l’Italie ; de là, par un vent favorable, on longea la côte de la péninsule jusqu’à Pouzzoles, où se trouvaient des frères avec lesquels Paul demeura sept jours ; il avait donc une certaine liberté. À Pouzzoles se terminait le trajet maritime, ce qui favorisait un arrêt. De là, le voyage s’effectuait sur terre. Dieu permit cet arrêt qui fut un rafraîchissement pour l’apôtre. De là, avec ses compagnons, il gagna Rome directement.

Les frères de cette ville ayant appris ce qui était arrivé à Paul durant son périlleux voyage, vinrent au-devant de lui jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes, localités situées à trente et quarante kilomètres environ de Rome. En voyant les frères, Paul « rendit grâces à Dieu et prit courage » (v. 15).

Nous ne pouvons nous faire qu’une faible idée de tout ce qu’il éprouvait dans son âme en approchant de Rome, comme aussi de tout ce qu’il avait ressenti durant ce long et pénible voyage. Que de questions avaient dû se presser dans son esprit, puisqu’il avait demandé lui-même de paraître devant César ! Cependant, au-dessus de tout, il avait la parole du Seigneur, qui, la veille de son départ pour Césarée, lui avait dit : « Aie bon courage ; car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent, à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome » (chap. 23:11). Mais cet homme remarquable sentait sa faiblesse ; aussi, le Seigneur, qui a éprouvé dans sa parfaite humanité tout ce que peut sentir de douloureux l’homme de Dieu dans ce monde, le suivait de sa parfaite sympathie. Il avait préparé sur son chemin un réconfort en envoyant au-devant de lui quelques frères, dont plusieurs, sans doute, lui étaient connus, et auxquels il avait adressé de Corinthe une épître, quelques années auparavant, alors qu’il avait la pensée de leur rendre visite en se rendant en Espagne (Romains 15:22-24). Maintenant, c’est comme prisonnier qu’il réalisait son désir. Il avait à comparaître devant Néron, ce redoutable empereur, quoique à ce moment il fût moins cruel que plus tard. Mais Paul avait affaire à son Seigneur dont il avait expérimenté la bonté et la puissance jusqu’alors et comme il le fit dans la suite, car il écrivait, vers la fin de sa captivité, aux Philippiens : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (Phil. 4:13). Plus tard, dans sa dernière captivité, après avoir comparu devant Néron, abandonné de tous, il dit : « Le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié, afin que par moi la prédication fût pleinement accomplie et que toutes les nations l’entendissent : et j’ai été délivré de la gueule du lion » (2 Timothée 4:17). Le lion est une allusion à l’empereur Néron. Le Seigneur est le même pour tous ceux qui se confient en lui, petits et grands. Il connaît tout ce qui se passe dans nos cœurs, notre faiblesse. Si nous regardons à lui avec foi, il interviendra à propos, quelles que soient nos circonstances.

Ayant repris courage, Paul arriva à Rome. Le centurion livra les prisonniers au préfet du prétoire, chef de la garde de l’empereur ; Paul reçut l’autorisation de demeurer chez lui sous la garde d’un soldat. Il est probable que le centurion qui avait traité Paul avec humanité fit de lui un rapport favorable, comme témoin de tout ce que Paul avait dit et fait durant ce voyage remarquable. Mais, nous l’avons dit, le Seigneur veillait sur son serviteur.

 

29.3                      Ch. 28 v. 17-31 — Paul et les Juifs de Rome

Dès son arrivée à Rome, Paul ne perdit pas de temps. Les circonstances ne le distrayaient pas du service du Seigneur. Il n’oubliait pas son peuple selon la chair et continuait, comme toujours, à s’occuper d’eux : « au Juif premièrement, et au Grec », avait-il écrit (Romains 1:16). Trois jours après son arrivée, il convoqua les principaux Juifs pour leur exposer les raisons de sa présence. On reconnaît toujours sa droiture en tout ce qu’il fait et dit. Il leur exposa ce qui s’était passé lors de son arrivée à Jérusalem (chapitres 21 et suivants). C’est pour les mettre au courant qu’il les avait fait appeler, mais il ajouta « C’est pour l’espérance d’Israël que je suis chargé de cette chaîne » (v. 17-21). Comme nous l’avons souvent dit, l’espérance d’Israël est le Christ qui aurait apporté au peuple les bénédictions promises, s’ils l’avaient reçu. Comme ils le repoussèrent, il était annoncé aux nations (v. 28), ce qui excita leur haine à un très haut degré. Nous voyons avec quel bon esprit Paul renseignait ces Juifs sur ce qui s’était passé à son égard. Il ne mentionne pas l’animosité de ceux de Jérusalem, ni le complot qu’ils avaient ourdi pour le tuer, et qui, au point de vue de leur responsabilité, motivait sa présence à Rome. Il n’accuse personne.

Les Juifs auxquels Paul s’adressait lui dirent qu’ils n’avaient aucune lettre de Judée à son sujet et qu’aucun des leurs n’avait mal parlé de lui.

« Mais », ajoutèrent-ils, « nous demandons à entendre de toi quel est ton sentiment ; car, quant à cette secte, il nous est connu que partout on la contredit » (v. 22). S’ils ne savaient rien de l’apôtre, ils comprenaient, d’après ses paroles, qu’il appartenait à une secte qui rencontrait partout de l’opposition. On pouvait prévoir qu’ils l’écouteraient avec méfiance. Cette contradiction générale était une preuve que ce qu’ils appelaient secte était de Dieu, car toute vérité de Dieu est impopulaire à la masse des hommes dont le cœur est naturellement opposé à Dieu.

À un jour assigné, les Juifs revinrent auprès de Paul. Du matin jusqu’au soir, il leur exposa la vérité, « cherchant à les persuader des choses concernant Jésus, et par la loi de Moïse et par les prophètes » (v. 23). Pour ceux qui n’ont pas de prévention contre la vérité, rien n’est plus concluant que ce que les Écritures disent de Jésus, car sa Personne est le grand sujet de la Parole de Dieu ; mais pour être éclairé, il faut croire. « Les uns furent persuadés par les choses qu’il disait ; et les autres ne croyaient pas » (v. 24). Voyant cette incrédulité, Paul leur dit : « L’Esprit Saint a bien parlé à nos pères par Ésaïe le prophète ».  Et il leur cita les paroles que ce prophète prononça huit cents ans auparavant (Ésaïe 6:9, 10), comme jugement de Dieu sur l’incrédulité du peuple et qui s’accomplissait alors : « Va vers ce peuple et dis : En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n’apercevrez point ; car le cœur de ce peuple s’est épaissi et ils ont ouï dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient des yeux, et qu’ils n’entendent des oreilles et qu’ils ne comprennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse ». Il peut paraître étrange que Dieu empêche de voir et d’entendre ; mais il s’agit d’un jugement sur ce peuple après un long temps de patience. Deux fois ces paroles ont été citées par le Seigneur ; en Matthieu 13:14, 15, en présence de l’incrédulité du peuple et en Jean 12:39, 40, après qu’il eut accompli tous les miracles qui prouvaient aux Juifs qu’il était bien le Christ, le Fils de Dieu. Ici, pour la troisième fois, l’accomplissement de cette prophétie est annoncé après le temps de la patience de Dieu qui, une fois son Fils rejeté, avait fait annoncer son retour par Pierre, si le peuple se repentait (Actes 3:19-26). Les apôtres et Paul publièrent ensuite le salut à chacun individuellement.

Puisque la grâce et la patience de Dieu étaient rejetées, il ne restait plus que le jugement sous la forme annoncée par Ésaïe. Dieu n’exécute ses jugements qu’à la suite d’un long temps de patience. Il les exerce souvent par le moyen de ce que l’homme a aimé contre la volonté de Dieu. Les Juifs ne voulurent écouter ni les prophètes, ni le Seigneur, ni les apôtres ; ils fermèrent volontairement leurs oreilles. Comme jugement, Dieu les leur ferme. Il arrivera de même à la chrétienté au milieu de laquelle nous vivons. Voici des siècles que l’Évangile de la grâce est présenté. La plupart de ceux qui portent le nom de chrétiens ne le croient pas. Ils préfèrent prêter l’oreille aux insinuations de Satan qui ne cherche que le malheur de l’homme ; ils croient ses mensonges plutôt que la vérité de Dieu qui veut les sauver. L’erreur est déjà en activité maintenant ; mais l’Esprit Saint l’est aussi pour faire valoir la Parole à salut. Mais lorsque l’Église sera enlevée, l’Esprit Saint le sera aussi, et Dieu enverra « une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thess. 2:11, 12). Solennel avertissement qui nous dit combien nous devons fermer l’oreille à toute voix étrangère à la vérité, afin de n’être pas exposés à croire le mensonge.

Après avoir cité les paroles d’Ésaïe, Paul dit aux Juifs : « Sachez donc que ce salut de Dieu a été envoyé aux nations ; et eux écouteront. Quand il eut dit ces choses, les Juifs se retirèrent, ayant entre eux une grande discussion » (v. 28, 29).

Dès ce moment, le service de Paul au milieu des Juifs était terminé. Il demeura deux ans entiers à Rome, le temps que dura sa première captivité à Césarée, « dans un logement qu’il avait loué pour lui, et il recevait tous ceux qui venaient vers lui, prêchant le royaume de Dieu et enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus Christ, avec toute hardiesse, sans empêchement » (v. 30, 31).

La Bible ne dit rien d’autre de l’activité de Paul pendant les deux ans de sa captivité à Rome, sinon qu’il écrivit les épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens, à Philémon et celle aux Hébreux. Mais puisqu’il « prêchait avec toute hardiesse et sans empêchement », il eut des auditeurs et des résultats. Les soldats qui le gardaient et qui se relayaient souvent, eurent le temps d’entendre l’Évangile qui parvint jusqu’à la cour de César, où plusieurs le reçurent et réalisèrent la communion fraternelle avec les Philippiens en les faisant saluer par Paul dans la lettre qu’il leur écrivit. Il put contribuer à l’édification et à l’affermissement des frères de Rome qu’il avait désiré voir, « afin de leur faire part de quelque don de grâce spirituel », et de les affermir (Romains 1:11, 12). Par la seconde épître à Timothée nous voyons qu’après ces deux ans de captivité, l’apôtre fut relâché. Il put revoir les assemblées de Macédoine, c’est en s’y rendant qu’il pria Timothée de rester à Éphèse (1 Timothée 1:3). Il revit aussi les frères de Grèce et d’Asie puisqu’il avait laissé son manteau et ses livres en Troade (2 Timothée 4:13). Il avait envoyé Tychique à Éphèse (v. 12), tandis qu’Eraste était resté à Corinthe et que Trophime était malade à Milet (2 Timothée 4:20). Il écrit à Tite de venir auprès de lui à Nicopolis, où il avait résolu de passer l’hiver. Lorsqu’il écrivit à Tite, il était encore en liberté, mais non pas lorsqu’il écrivit la seconde épître à Timothée. Il désirait que Timothée vînt auprès de lui avant l’hiver ; on ne sait s’il put le revoir. La Parole ne dit rien de cette captivité. Mais, par l’histoire ecclésiastique, on sait que lors d’une terrible persécution des chrétiens, vers la fin du règne de Néron, Paul dut être emprisonné de nouveau. Il fut décapité vers l’an 67.

L’apôtre Paul fut suscité pour révéler les vérités concernant l’assemblée, son caractère céleste, son union avec Christ, sa marche comme telle en attendant le Seigneur qui l’introduira auprès de lui dans la gloire. Tout ce qui la concerne, tout ce qu’il nous faut pour agir selon ses enseignements jusqu’à la venue du Seigneur, nous a été donné par Paul dans ses écrits inspirés, en sorte que nous n’avons pas besoin de savoir autre chose. Voilà pourquoi la Parole se tait sur tant de choses intéressantes concernant la vie de ce grand apôtre, mais qui n’entraient pas dans ce qui nous était utile comme révélation de la pensée de Dieu. Au ciel nous le verrons revêtu de toutes les gloires qui découlent de son fidèle service ; là le Seigneur n’oubliera rien de tout ce qu’il aura fait pour lui. En attendant ce moment, puissions-nous tous être ses imitateurs, comme il nous exhorte à l’être en 1 Corinthiens 4:16 ; 11:1 ; Philippiens 3:17.